/
«
BCU - Lausanne
■IMMIMIIIi .
*1 004367509*
Digitized by Gopgle
HISTOIEB DBS FRANCS
GRÉGOIRE DE TOURS
BT
FRÉÛëGâIRË
Paris.— Imprimé chez Boniventurc et Duces: oi <, lî"), quai dei AttgusUns.
Digitized by Gopgle
HISTOIRE DES FRANCS
GRÉGOIRE DE TOURS
ET
FRÉDÉGAIRE
TRADUCTION DE M. GUIZOT
NOUVELLE ÉDITION ENTIÈREMENT REVUE
BT AQOMBirTRB BB LA OBOOBAPHtB BB «B^^OIBB OB TOVBt
*IT OB ralDéBAIBB
PAR ALFRED JACOBS.
TOMB t
PABIS
UBRAUUfi ACIAD£BUQU£
DIDIER £X Cv LIBR.-£J>IÏ£UKS
35, QVAt BBS fiRANDS-AUaOiTIIII.
1862
Digitized by Google
xi by Google
AVERTI3SEMEN1
Un jeune archéologue français, M. Alfred
Jacôbs, m'a demandé rautorisation de pu-
blier une nouvelle édition de la traduction
de X Histoire ecclésicLstique des Francs, par
Grégoire de Tours, que j'ai publiée
il y a trente -huit ans (en i823), et
qui fait partie de ma Collection des Mé^
moires relatifs à V histoire de France de*
puis la fondation de la monarchie jusqM^àu
xm® siècle. Il se proposait d y joindre un
dictionnaire géographique raisonné de tous
\ • •
Digitized by Gopgle
AYEBTISSraiBMT.
les lieu^ mentionnés par Grégoire de Tours^
et un mémoire sur Tétat de ladministration
sous les Mérovingiens. J'étais en droit d'a-
voir pleine confiance dans le savoir et
lexactitude de M. Alfred Jacobs. Il a fait,
à rÉcole des Chattes^ de solides études ; il
a été Tun des élèves les plus assidus de
mon savant et regretté confrère, M. Gué-
rard, dont les travaux ont jeté, sur Tétat
social de l'ancienne France, de si vives et
si sûres lumières. Il s'était déjà distingué
par ses recherches sur divers points d'ar-
chéologie et de géographie française. J'ai
donné très-volontiero à M. Alfred Jacobs
l'autorisation qu'il désirait, et depuis que
j'ai vu ison travail, je me félicite de la lui
avoir donnée. Ses études géographiques et
archéologiques, le soin avec lequel il a revu,
en ia réimprimant, nia traduction, et les
notes qu'il y a ajoutées donnent, à l'édition
nouvelle qu'il en publie aujourd'hui, un
vrai mérite scientifique, et rendent la lec->
Digitized by Google
tare du curieux ouvrage de l'évêque de
Tours plus claire et plus facile pour le pu
blic. Je prends plaisir à rendre à M. Alfred
Jacobs ce témoignage.
GuiZOT«
Yal-lUcher.— Juin 1801.
Digitized by Googlt*
Digitized by Google
r
NOTICE
GRÉGOIRE DE TOURS
Du V* au xn* siècle, le clerpré presque seul a écrit
rhistoire. C'est que seul il savait écrire, a-t*on dit.
n y en a encore une autre raison, et plus puissante
peut-être. L'idée même de Thistoire ne sul3sistait,
à cette époque, que dans l'esprit des ecclésiastiques;
eux seuls s'inquiétaient du passé et de Tavenir. Pour
les barbares brutaux et ignorants, pour Tancienne
population désolée et avilie, le présent était tout ; de
grosners plaisirs ou d*aifreuses misères absorbaient
le temps et les pensées ; comment ces hommes au-
• raient-ils songé à recueillir les souvenirs de leurs
ancêtres, à transmettre les leurs à leurs descendants?
Leur vue ne se portait point au delà de leur existence
personnelle ; ils vivaient concentrés dans la passion,
Tintérét, la souffirance ou le péril du moment. On a
tort de croire que, dans les premiers temps surtout,
Digitized by Google
11 NOTICE
le clergé seul écrire; la civilisation romaine
n'avait pas disparu tout à coup ; il restait, dans les
cités, dids laïques naguère richeSy puissants, lettrés/
d'illustres sénateurs, comme les appelle Grégoire de
Tours. Mais ceux-là mêmes tombèrent bientôt dans
k plus étroit, le plus apathique égoisme. A Taspect
de leur pays ravagé, de leurs monuments détruits, .
de leurs propriétés enlevées, au milieu de cette insta-
bilité violente et de cette dévastation sauvage, tout '
sentiment un peu élevé, toute idée un peu étendue
s'évanouit; tout intérêt pour le passé ou l'avenir
cessa : ceux qui étaient vieux et usés crurent à la fin
du monde; ceux qui étaient jeunes et actift prirent
parti, les uns dans l'Église, les autres parmi les
barbares eux-mêmes. Le clergé seul, confiant en ses
croyances et investi de quelque force, continua de
mettre im grand prix à ses souvenirs, à ses espé-
rances; et comme seul il avait des pensées qui ne se
renfermaient pas dans le présent, seul U prit plaisir
à raconter à d'autres générations ce qui se passait
^sous ses yeux.
De tous les monuments qu^il nous a transmis sur
ce long et sombre chaos, le plus important est, à
coup sûr, r Histoire ecclésiastique des Francs de
Grégoire de Tours; titre singulier ^ et qui révèle le
* Un assez grand nombre de manuscrits portent pour titre
Bi-'itoria Francomm, ou Gesta Francorum; quelques-uns môme
■uiipl«in6Bl Chronicm; mais les plus anciens sont ii^titulés flti*
toria êeelnUuHea Franeorum, et le début du second liTre indique
cltirement qne tel est en effet le titre que Orégoire de Tours «
4û donner à son ouvrsge*
Digitized by Google
Stm ORÊGOIRE DE TOURS. m
secret de l'état social à cette époque. Ce n'est pas
. rhi^ioire distincte de rÉglise, ce n*est pas non j^os
Phistoire dvîle et politique seule qa^a^onln retracer
, ^récrivain ; l'une et l'autre se sont offertes en même
^iemps & sa pensée, et tellement unies qu'il n*a pas
. cru pouvoir les séparer. Le clergé et les Francs,
. c'était alors en effet toute la société, la seule du
moins qtà prit vraiment part aux événements et pût
prétendi*e à une histoire. Le reste de la population
vivait et oxourait misérable, inactif, ignoré.
L'origine do Grégoire de Tours semblait le vouer
à l'Église; la famille de sa grand'mère Léocadie,
l'une de? plus considérables du Beiry, avait donné
au christianisme VettiusEpagatus, l'un des premiers
et des plus illustres martyrs des Gaules; son père
Florentius et sa mère Armenlaria descendaient l'un
et l'autiDe de saint Grégoire, évèque de Ijançres; fl
%vait pour grand-onde saint Nicet S évèque de Lyon,
et pour oncle saint Gai, évèque de Clermont; tous les
sQi^yçnirs de ses ancêtres se rattachaient aux épreuves
00 9|ix triomphes de la foi ; et, lorsqu'il naquit en
Auvergne le 30 novembre 539, sa famille y était
depuis longtemps distinguée par les grandeurs rel^
gieuses et mondaines. La naissance d'un frère nommé
Pierre et d'une sœur dont on ignore le nom avait
précédé la sienne; mais soit que la renonmiée qu'il
f cquit plus tard ait rejailli 9ur son en&nce, soit qu'en
effet on eût remarqué en lui de bonne heure un
t Ou saint Nizier, Nheitut,
Digitized by Google
IV KOTIGË
penchant peu commun pour l'étude et la piété, tout
indique qu'il fat, dès ses jeunes ans, Tobiet de la
prédilection et des espérances de tous ses parents.
H reçut en naissant les noms de George et de Flo-
rentiuSy son grand-père et son père, et les a inscrits
lui-même en tète de ses ouvrages ; ce fut seulement
lorsqu'il parvint à l'évôché de Tours, que, d'après
Tusage du temps, il prit le nom du plus illustre de
ses ancêtres, saint Grégoire, évèque de Langres, son
bisaïeul. Son père mourut peu après sa naissance ;
mais sa mère, femme d'un mérite distiagué, à ce
qu'il parait, se voua avec passion à Téducation d'un
fils dont la faible complexion alarmait chaque jour
sa tendresse, et dont les dispositions précoces pro-
mettaient à son orgueil maternel les plus donces
joies. Les familles romaines n'avaient pas encore
perdu tout souvenir d'un temps, non plus heureux
pour le peuple en général, mais moins barbare et
qui laissait quelque éclat aux anciennes grandeurs;
elles mettaient encore du prix à la science, aux lettres,
à la gloire polieet humaine. L'Église seule leur ofiMit
quelques moyens d'y parvenir. Le jeune Grégoire fut
confié aux soins de son oncle saint Gai, alors évèque
d'Auvergne; son grand-onde, saint Nicet, évèque de
Lyon, s'occupa aussi de ses progrès et de son ave-
nir. Saint Avite, successeur de saint Gai, lui porta la
même affection. Saint Odon, abbé de Gluni, au
x" siècle, et qui a écrit sa vie, raconte avec complai-
sance les marques de dévotion fervente que donnait
Grégoire encore enfant, et les miracles opérés en
Digitized by Google
SUR GRÉGOIRE DE TOURS. ' t
faveur de sa santé sur le tombeas de saint Hillide.
Mais il semble que la ^uérison ne fut jamais que
momentanée ; car, dans un nouvel accès de maladiei
le jeune homme, déjà ordonné diacre, se fit trans-
porter à Tours, sur le tombeau de saint Martin, alors
. la gloire des Gaules et Tobjet de sa vénération parti-
culière. Dans ce vo3^age, les citoyens de Tours le
prirent en grande estime; son esprit était animé,
son caractère doux, son instruction plus étendue que
celle de la plupart des prêtres, et il Tavait dirigée
avec ardeur vers les sciences sacrées Je ne m*oo-
a cupe point, dit-il lui-même, de la fuite de Saturne,
« ni de la colère de Junon, ni des adultères de Jur
« piter; je méprise toutes ces choses qui tombent
^ « en ruine , et m'applique bien plutôt aux choses
« divines, aux miracles de rÉvangUe. » Le peuple
partageait ce sentiment; c'était celui des meilleurs
hommes de Tépoque, de tous ceux qui conservaient
quelque énergie morale, quelque goût vraîment
actif pour le développement intellectuel; et lorsque
le jeune Florentins retom'na en Auvergne après
avoir été guéri par l'intervention de saint Martin, il
laissa le' peuple comme le clergé de Tours plein
d'ad^niration pour la sainteté de son langage, de sa
vie et de son savoir.
n en reçut bientôt la preuve la plus éclatante.
. En 573, pendant un voyage quil fit, on ne sait
pourquoi, à la cour de Sighebert, igoi d*Austrasie,
auquel appartenait FAuvergne, Eùphronius, évèque
de Toms, vint à mourir i et d'une voix unanime.
Digitized by Google
▼ï ' NOTICE
dit le l»Qgrfl^e> le clergé et le peuple élurent kM
plaoe Grégoire absent et âgé seulement de trente-
quatre ans. Des députés partirent aussitôt pour aller
solliciter du roi Sighebertiaconfirmation de ce choix*
Grégoire hésita ; Tabbé de Cluni Talfirme du moint :
sa jeunesse et sa mauvaise santé l'effrayaient ; mais
Sighebert et la reine Brunehaut joignirent leurs sol-
licitations à celles des députés; il accepta, fot sacré
par yEgidius (Gilles), évêque de Reims, le 22 août
673, «t partit aussitôt pour son évôché.
C'est dans les monumenis du siècle, et surtout dam
Grégoire de Tours lui-même, qu'il faut apprendre
ce qu'était alors Texistence d'un évéque, quel éclat,
quel p(mv<»r, mais aussi qilds travaux et quels périls
y étûent attachés. Tan£s que la force avide et bn»-
tale errait incessamment sur le territoire, réduisant
les pauvres à la servitude, les riches à la pauvretéi
détruisant aujourd'hui les grandeurs qu'elle avait
créées hier, livrant toutes choses aux hasards d'une
lutte toi^ours imminente et toiyoors impcévue,
c'était dans quelques cités fameuses, près du tom-'
beau de leurs saints, dans le sanctuaire de leurs
églises, que se réfugiaient les malheureux de toute
condition, de toute origine, le Romain dépouillé de
ses domaines, le Franc poursuivi par la colère d'un
nn ou la vengeance d*un ennemi, des bandes de
laboureurs fuyant devant des bandes de barbaM,
toute une population qui n'avait plus ni lois à ré-
clamer, ni magistrats à invoquer, qui ne trouvait
plus nulle part, pour son refos et sa vie,, sûreté m
Digitized by
SUR GRÈGOI&E DE TOURS ▼a
profeectk«.I>aiisks églises seiden^
de droit subsistait encore et la faroe se senlaU saisie
de quelque respect. Les évtkpes n'avaieut, pour dé-
fendre cet uniqœ asik des fiùiiks, qoe rautoiilé de
leur mission^ de lenr langage, de bars censures; il
iiallait qu au nom seul àta la foi, ils réprimassent des
'vainqnenrs féroces on rendissent quelque énercne à
de nûsérafales vaincus. Chaque jour ils épronvuent
1 insuffisance de ces moyens; leur richesse excitait
Tenvie, lenr résistance le courrons; de fréquentes
attaques, de grossiers outrages venaient les menacer
ouïes interrompre dans les cérémonies saintes; le
sang coulait dans les églises, souvent celui de leurs
piètres, même le lenr. Enfin ils exerçaient la seule
magistrature morale qui demeurât debout au milieu
de la société bouleversée, magistrature, à coup sûr,
la plus périlleuse qui fut jamais.
Beaucoup d'évùques étaient fort loin de se mon-
trer dignes d'une âtuation si difficile et si haute; il
n*est aucun désordre, aucun crime dont on ne ren-
contre, dans l'histoire du clercré de cette époque,
d'efiroyables exemples. Mais Grégoire de Tours fut
de ceux qui s*en scandalisaient et quelquefois les
reprenaient vertement. Je ne redirai point ici les
événements de sa vie religieuse et politique; il les a
racontés dans son Histoire. On y verra que, soit qu*il
s'agit de défendre ou le clergé en général, ou lui-
même, ou les privilèges de son église, ou les proscrits
qui s*y étaient réfugiés, soit qu'il fût appelé à main-
tenir ou à rétablir la paix dans sa ville, soit qu'il
Digitized by Google
rifi NOTICE
intervint conune négodateur tour à tour employé
• par les divers rois francs, il ne manqua ni de pru-
dence ni de courage. On s'est étonné de sa supersti-
tion, de sa crédulité, de son ignorance, de son ardeur
contre les héréticpies; il faut bien plutôt 8*étonner
de ce qu'il ne s'est point attribué à lui-même le don
des miracles qu'il accordait à tant d'autres, de ses
efforts pour s'instruire, de la douceur qu'il témoi-
g-na souvent, même aux brigands*qui avaient pillé
son église et aux Ariens ou aux Juifs que ses argu-
ments n'avaient pas convertis. Peu d'ecclésiastiques
de son temps, il est ais4 de s'en convaincre, avaient
une dévotion, je ne dirai pas aussi éclairée, mais
moins aveugle, et tenaient, en ce qui touchait à
l'Église, une conduite aussi modérée. On lui a
reproché la confusion de son Histoire, les labiés
absurdes dont elle est semée, sa partialité pour les
' rois orthodoxes, quels que soient leurs forfaits, et
tous ces reproches sont légitimes ; mais il n'est aucun
de ses contemporains qui ne les mérite encore davaiH
tage, aucun qui, à tout prendre, ait agi avec autant
de droiture, étudié avec autant de soin, et donné,
dans ses écrits et sa vie, autant de preuves de bon
sens, de justice et d'humanité.
Aussi obtint-il constamment, dans le cours de son
épiscopat, Taffection du peuple de Tours et la consi-
dération des rois barbares. Il faut bien se servir des
termes qui répondent aux sentiments qu'éprouvaient
alors les hommes, et qu'ils ont employés eux-mêmes,
quelque emphatiques qu'ils nousjparaissent aujour»
Digitized by Google
SUR GRKi^OXaS DE TOURS. iz
dliui. Grégoire de Tours fat vénéré comme un des
plus saints évéques, et adnxifé comme une des lu-
mières de rÉglise. Le voyage que, selon Tabbé de
Cluni, il fit à Rome, en 892 ou 594, pour voirie
pape saint Grégoire le Grand, est fort douteux, car il
n'en a parlé nulle part; mais le récit du biographe
n*en prouve pas moins quel éclat conservaient encore
au X* siècle son nom et sa mémoire, a Arrivé devant •
tt le pontife, dit-il, il s'agenouilla et se mit en prières;
a le pontife, qui était d*un sage et profond esprit,
« admirait en lui-môme les secrètes dispensations de
a Dieu qui avait déposé, dans un corps si petit et si
a chétif, tant de grÀces divines. L^évèque, inté»
(( rieurement averti, par la volonté d'en haut, de la
«( pensée du pontife, se leva, et le regardant d'un
a air tranquille : (Test le Seigneur qui nous a faits^
c( dit-il, et non pas nous-mêmes; il est le même dans
« ks grands et dam les petits. Le saint pape, voyant
a qu*il répondait ainsi à son idée, le prit encore
• « en plus grande vénération, et eut tant à cœur
« d'illustrer le siège de Tours qu'il lui fit présent
ic d'une diaire d'or qu'on conserve encore dans cette
(c église. ))
Grégoire était en efièt de très-petite taille et sa
mauvaise santé dura toute sa vie. Deux mois après *
son élévation à Tépiscopat, il fut atteint d'une ma-
ladie si grave que sa mère, malade elle-même et
' qui s*était retirée en Bourgogne, se hâta d'accourir,
malgré les fatigues et les périls du voyage , auprès
de sonfils chéri. L'intervention de saint Martinréussit
Digitized by Gopgle
X NOTICE
seule à guérir le. nouvel évéque, qui bien des lois
encore fut obligé d*y avoir i^urs. Enfin , le 17 no-
vembre 393 *, les miracles même devinrent ineffi-
caces; révèque de Tours mourut à cinquante-quatre
ans, après vingt ans et quelques mois d'épiscopat|
ei lut élevé au nombre des saints.
Il laissait, en mourant, de nombreux ouvrages
dont il avait pris soin de dresser lui-même la liste,
et qui, àTexception de quatre, sont parvenus jusqu*à
nous; en voici la liste et le sujet :
V Histoire écclésiastiqtÂe des frmes;
2* Un traité de la Gloire des Martyrs j recueU de
légendes en cent sept chapitres, consacré au i^éc^t
des miracles des martyrs ; ^
3* Un traité des Miracles de saint Julien, martyr
à Brioude en Auvergne, en cmquantc chapitres;
i"" Un traité de là Gloire des ConfesseurSf en cent
douze chapitres;
5** Un traité des Miracles de saint Martin de Tours,
en quatre livres ;
6« Un recueil intitulé Vies des PèreSy en vingt
chapitres, et qui contient Thistoire de vingt- deux
saints ou s^tes de TEglise gallicane ;
7* Un traité des Miracles de saint A ndré, sur Fau-
t lient ici té duquel on a élevé quelques doutes qui
paraissent mal fondés.
Les ouvrages perdus sont :
Un Commentaire sur les Psaumes;
f Sêhm M. LéTM<}oe de La IUTaliëre,^t 095 selon doa Ratairt.
Digitized by
SUR GREGOIRE DE TOURS. XI
2* llakrsMsurksOffuesdel^Égiise:
^ Une |irébce que Grégoire de Toars mise
en tète d'un Traité des Messes de Sidoine ApolU-
naire;
4* Une traductioB latine du martyre des sept
Dormants./
Enfin.on a attnboé à Grégoire de Tours plusieurs
écrits qm ne sont pas de lui.
De tous ces ouvrages, et malgré quelques faits ou
quelques détails sur Tesprit et les niœurs du temps,
épars dans les recueils de légendes, P Histoire eceU*
siastiqite des Francs est le seul qui suit demeuré
pour nous important et cuneuz. Tout porte à croire
que ce fut le demie^ travail de Fauteur; s6n récit
s'étend jusqu'en 591, époque voisine de sa mort, et
presque tous ses autres ouvrages y sont cités, tandis
que FBisMre des Francs ne Test dans aucun. Elle
est divisée en dix livres. Le premier, résumé absurde
et confus de l'histoire ancienne et universelle du
monde, serait ausâ dépourvu d'intérêt que de vérité
chronologique s'il ne contenait quelques détails sur
rétablissement du christianisme dans les Gaules;
détails de peu de valeur, il est vrai, quant à This-
toîre des événements, mais qui peignent naïvement,
et quelquefois atec charme, Tétat des esprits et des '
moeurs; peu d'anecdotes de ce temps sont plus tou-
chantes, plus poétiques même que celle des deux .
Amants : ce Hvtc finit à la mort de saint Martin de
Tours^ en 397. Le second livre s'étend de la mort de
saint Martin à celle de Clovis P% c'est-à-diié de l'U
Digitized by Gopgle
zii NOTICE
397 à Tan SI I . Le troisième, de la moH de Clovis I** /
à celle de Tbéodebert P% roi d'Austrasie, de Tan
Hi à Tan S47. Le quatrième, de la màri de Théo- '
debert I** à celle de Sighebert I**, roi d* Austrarie, de
Tan 547 à Taii 578. Le cinquième comprend les
cinq premières aimées du règne de Ghildeberi XI,
roi d'Anstrasie/ de Tan S75 à Fan S80. Le nxièm^
finit à la mort de Chilpéric, en 384. Le septième est
consacré à Tannée Le huitième commence au
. voyage que fit le rrâ Contran à Orléans, au mois de
juillet 585, et fmit à la mort de Leuvigild, roi d'Es-
pagne, en 586. Le neuvième s'étend de Tan 887
à Tan 889. Le dixième enfin s'arrête à la mort de
- saint Yrieix, abbé en Limousin , c'est - à - dire au
mois d*aoùt 89i ^ L'ouvrage entier comprend ainsi,
à partir de la mort de saint Martin, un espace de
cent soixante-quatorze ans ; les cinquante-deux der"
nières années sont celles auxquelles Thistorien avait
assisté*
Tout indique qu'il écrivit son Histoire à deux re-
prises différentes; plusieurs manuscrits ne contien-
nent que les m premiers livres, et ce sont les seuls
que connut Frédégaire lorsque, dans le siècle sui-
vant, il entreprit un abrégé des chroniqueurs qui
ravalent précédé. Il est donc probable que les qua^
* Malgré renchaînement chronologique des dix livres de i'ifw-
tùke des Franc* ^ il s'en faut beaucoup que le* événements y
soient bien clanés et toujours rapportés à leur vrai temps; il y
règne eu contraire une extrême confusion, et Ton rencontra
sans cesse, dans chaque livre, des récits qui 'devraient appar»
4eiiir aux livres antérieurs ou postérieurs.
Digitized by GoogI
♦
SUR GRÉGOIRE DE TOURS. xm
derniers livres furent composés après la publication
des premiers; peut-être même ne furent-ils répan-
dus qu'après la mort de l'auteur. Cependant leur
authenticité n'est pas moins certaine.
Imprimée pour la première fois à Paris, en 1561,
VHistoire des Francs l'a été fort souvent depuis ; je
ne dirai rien des nombreux travaux d'érudition et
de critique dont elle a été l'objet ; ils ont été repro-
duits et résumés avec le plus grand soin dans l'édi-
tion qui fait partie du Recueil des historiens des
Gaules et de la France, et dont nous avons adopté
le texte. Deux traductions françaises de l'ouvrage de
Grégoire de Tours ont été publiées, l'une, en 1610,
par Claude Bonnet, avocat au parlement de Gre-
noble, l'autre, en 1688, par l'abbé de MaroUes.
Elles sont l'une et l'autre extrêmement fautives, et la
première est souvent plus inintelligible quel'original.
La meilleure ou plutôt la seule bonne édition des
œuvres complètes de Grégoire de Tours est celle
que publia dom Ruinart, en 1699, in-folio. La pré-
face est pleine de savantes recherches.
Les deux dissertations les plus complètes et les
plus exactes sur la vie et les écrits de notre histo-
rien sont : 1** celle qui se trouve dans le tome III de
VHistoire littéraire de la France, par les Bénédic-
tins (page 372-397) ; 2*^ un mémoire de M. Lévesque
de La Ravalière dans la Collection des Mémoires
. de l'Académie des inscriptions et belles -lettres,
tome XXVI, page 598-637.
GuizoT,
.1
Digitized by Google
Digitized by Google
PRÉFACE
DE GRÉGOIRE DE TOURS
La calture des lettres dépérit, ou plutôt disparait
dans les \illes de la Gaule : au milieu des bonnes et
des mauvaises actions, pendant que se déchaînaient
la {érocité des nations et la fureur des rois, que
l'Église était attaquée par les hérétiques et défendiie
par les fidèles, que la foi chrétieime, fervente dans
beaucoup de cœurs, languissait dans quelques autres,
que les Églises étaient dotées par les hommes fieax.
et dépouillées par les impies, il ne s'est rencontré
aucun grammahien, habile dans la dialectique, qui
entreprit de retracer ces événements soit en p^ose,
soit en vers. Aussi beaucoup dliommes gémissaient
disant : n Malheur à notre temps! parce que Tétude
« des lettres périt parmi nous, et que nul ne saurait
DigitizcG by Li(.)o^le
<c plus eomngner en des écrits les &its d*à présent, n
Ces plaintes et d'autres semblables m'ont engagé à
conserver pour les hommes à venir la mémoire des
: fiiits passés, et, bien que mon langage fût inculte,
je n*ai pu taire ni les entreprises des méchants ni la
Tie des gens de bien. Ce qui m*a surtout confirmé
dans mon dessein, c'est que j'ai souvent ouï dire
autour de moi (pie les discours philosophiques des
rhéteurs sont moins faciles à comprendre que la
langue rustique. J'ai cru aussi qu'il serait utile pour
la chronologie de faire remonter au commencement
du monde mes premiers livres, dont j'ai inscrit ci-
dessous les diapitres*
Ht .
* • • •
Digitized by
LES DIX LIVRES
DE
IL'HISTOIUE ECCLÉSIASTIQUE DES FMNGS
FAR
GSOBjQfiS- FLOBSMT-GBfiGOIBB
i ÉVÈQUE DE ÏOURS
IX.
DigitizcG by Li(.)o^le
1
SOMMAIRE DU LIVRE PREMIER.
ï. De la création d'Âdam et d'Eve; physionomie d'Adam.— ii. Comment CaiQ
tua son frère Abel.— m. Énoch le Juste enlevé par le Seigneur.— it. Du dé-
liig0k de Noé, de TArche; colère de Dieu et aérie des générationt.— Po*»
téfité deNoé,deiesfilBt et partienlikeiiient de Cbns, fils de Qiun, inTen*
tewde lamai^e et de ridolfttrie.— ti. Delà. Kwr de Babylone et de la con-
fusion des langues. — vu. Origine, naissance, condition d'Abraham; Ninus.—
VIII. Isaac; Ésaii, ses fils et Job.— ix. Jacob et ses fils; Joseph en Égypte.— >
X. Nature da Nil et passage d« la m» Ronge.—». Les fils d*Israël dans
le désert; leur entrée dans la tene pronûse ; Josoé.'^cn. Rois des JaUii.—
xiii . De SaloBBOn et de la construction du Temple.— ziv. Comment fut divisé ^
le royaume d'Israël par la dureté de Roboam ; captivité de Babylone et j
prophètes de ce temps-là. — xv. Du retour des Juifs à la naissance de Jésus- |
CIirist--xn.Roisetroyaumesdesantresiiatfoiis.— xrn.BmperenrsronialDs; |
quand Lyon fut fondé.— xviii. Nativité dnSanTenr, ptésents des Mages»
massacre des Innocents. — xix. Le Christ, sa prédication, ses miracles et sa <
passion. — xï. De Jo.spph d'Arimathie qui l ensevelit. — xxi. Vœu de l'apôtre
Jacques.— xzii. Du jour de la résurrection dominicale. — xxiii.Qe l'Ascension»
et delà mort de Filate et d'Hérode.— ixir. De Pierre qui vint à Rome et
confessa le Christ dans le martyre; Néron, Jacques, Marc et Jean rÉvan»
gcliste. — XXV. Persécution sous Trajan. — xxvi. Origine des schismes et des hé-
résies.— xxvii. Les martyrs Irène et Photin. — xxviii. Persécution souaDèce;
les sept prédicateurs envoyés en Gaule. — xxix. Conversion des Bituri ges.— i
xu. Persécutions de Valérien et de GslUen; Chrocus et le tésple d*Aif
vergne.— zzsi. Be plusieurs autres martyrs.— zxxii. Le msr^ Piivat et le *
tyran Chrocus. — sixiii. Persécution sous Dioclétien. — xxxiv. Constantin le !
Grand; saint Mariiu et découverte de la croix.— ixxv. Règne de Constance. . I
•— xxxyi. Arrivée de saint Martin. La matrone Melanie.— xxxvii. Mort de J
Tempereur Valons.— zzzviu.Théodoseetson règne.Mort du tjrsn Maxime. I
— xxxix. fJrbicus, évèque d'Auvergne. — xl. Saint Alljre et son successetur
à répiscopat.— iLi. Suint Népotien , évèque d'Auvergne. — XLii. Les deux
amants, leur chasteté et leur sépulture, —zuii. Saint Martin passe en
Vttutre vie.
Digitized by Google
HISTOIEE ECCLÉSUSTIQUE
DES FRANCS
LIVRE PREMIER
PROLOGOB*
Ail momeni de retracer les luttes des rois avec les
nations ennemies, des martyrs avec les païens, de
l'Église avec les bérétiques, j'éprouve le désir d'exposer
ma croyance , afin que ceux qui me liront ne doutent
pas que je sois catholique. L'effroi que produit chez
quelques-mis Topinion de la iin procliaioe du moude
me détermine aussi à recueillir, dans les chroniques et
les histoires, le nombre des années passées , afin qu'on
sache clairement combien^il s'en est écoulé depuis la
création. Mais d'abord je réclame Fîndulgence des
lecteurs si je m'écarte , daus les mots et daas les
syllabes , des règles de la grammaire dont je ne suis
pas bien instruit; car je ne nie suis jamais appliqué
qu'à retenir j avec simplicité et sans doute de cœur , ce
dont i'Éghse prêche la croyance, sachant que Fhomme,
sujet au péché, peut obtenir grâce par une loi sincère
auprès de notre clément Seigneur.
Digitized by Google
à PROLOGUË.
Je crois donc en Dieu, Père tout-puissant ; je crois en
Jésus-Christ, son fils unique, notre Seigneur Dieu, né
du Père et non créé ; je crois qu'il a toujours été aTCC
le Père, non depuis un temps, mais avant tous les temps;
car on ne pourrait appeler celui-ci père s'il n'avait pas
de fils, ni celui-ci fils s'il n'avait pas de père. Je repousse
avec exécralion ceux qui disent : // était quand il n'était
pas, etc., et j'affînne qu'ils sont rejetés de rÉglise. Je
crois que le Christ est le Verbe du Père, par qui toutes
choses ont été faites. Je crois que ce Verbe a été fait
chair et que , par sa Passion , il a racheté le monde. Je
crois que son humanité et non sa divinité a été soumise
à la Passion. Je crois qu'il ressuscita le troisième jour,
qu'il délivra l'homme perdu, qu'il monta dans les cieux
où il est assis à la droite du Père, et qu'il viendra pour
Juger les vivants et les morts. Je crois que le Saint-
Esprit procède du Père et du Fils , qu'il ne leur est pas
inférieur, qu'il existait en même temps. Je crois qu'il
est Dieu égal au Père et au Fils, étant d'une même
nature^ d'une omnipotence égale, d'une essence
coétemelle, de telle sorte >qu'il n'a jamais été sans le
Père et le Fils, et qu'il n'est inférieur ni à l'un ni à
l'autre. Je crois quexette sainte Trinité subsiste dans la
distinction des personnes , et qu'autre est la personne
du Père, autre celle du Fils, autre celle du Saint-Esprit.
Dans cette Trinité, je confesse un seul Dieu , une seule
puissance et une seule essence. Je crois à la bienheu-
reuse Marie, vierge avant l'eu lanternent et vierge après.
Je crois à l'immortalité de Pâme ; mais je ne c^ip zss
Digitized by
PROLOGUE. 5
qu'eUe ait une part de divinité. Je crois fidèlement à
tout ce qui a été établi par les trois cent dix-huit évèques
du concile de Nicée. Je pense, sur la iin du monde , ce
que j'ai appris de mes anciens. L'Antéchrist d'abord
introduira la circoncision» aflirmant qu'il est le Christ;
ensuite il placera sa statue pour qu'on Fadore dans le
temple de Jérusalem, comme nous lisons que l'a dit le
Seigneur : Vous verrez VtUnminaHm de la désolation dans
le lieu saint ^ Mais le Seigneur lui-même montre par
ces paroles que tous les hommes ignorent ce tte heure :
Quant à ce Jour ou à celle heure, nul ne le saU, ni le$
anges qui sont dans le cicL ni le FilSj mais le Père seul*.
Nous répondrons aux hérétiques qui affîrment que le
Fils est inférieur au Père puisqu'il ignore ce jour :
qu'ils sachent donc que ce Fils est le peuple chrétien,
duquel Dieu a dit' : Je serai leur père , et ils seront mes
fils S'il avait voulu parler de son Fils unique, il n'eût
jamais mis les anges auparavant^ car il dit : Ni les anges
qui sont dans le del ni le Fils ; ce qui fait voir que ces
paroles se rapportent, non à son fils uni(jue, mais à son
peuple adoptif • Notre ûn à nous» c'est le Christ lui-même
qui, dans son immense bonté, nous accordera la vie éter-
nelle, si nous nous sommes tournés vers lui.
La supputation des années du monde et leur en-
chaînement sont clairement exposés dans les chroniques
d'£usèbe»éYèque de Césarée^ et du prêtre Jérôme. Orose^
ê.
* Èvang. selon saint Mathieu, chap. xxiv, v. 1^
* Évang. selon saint Marc, chap. xiii. v. 32.
9 JI* £piire de saint Paul aux Corinth., chap. vi, v. 1^.
é ÂDAH£X£Y£.
à l'aide de recherches laborieuses , a de même donné
i'eiiiemble des années écoulées depuis lecommencemeai
du monde jusqu'à son temps. Et c'est ce qu'a fait aussi
Victor, lorsqu'il s'efforçait de déterminer Tépoque de la
solennité pascale, l^ous désirons^ à limitation de ces
auteurs, et , si Dieu daigne nous prêter son concours ,
calculer la série des années qui se sont écoulées depuis
la naissance du premier bomme jusqu'à nos jours ; et
nous accomplirons plus facilement cette tâche si nous
remontons à Adam.
■
L-^An commencement Dieu forma dans son Cbrist,
qui est le principe de toutes choses, c'est-à-dire dans son
Fils, le ciel et la terre. Après avoir créé les éléments
du monde, il prit une motte d'un frtigile limon et en
façonna I homme à son image et à sa ressemblance ; il
souffla sur sa face le souMe de vie , et Tbomme fut fait
en âme vivante. Pendant qu'il dormait. Dieu lui ôta une
côte dont il forma la femme £ve. 11 n'est pas douteux
que ce premier honune, Adam^ avant le péché^i n'offrit
les traits du Seigneur^ notre Rédempteur; car Jésus lui-
même^ durant le sommeil de la Passion, laissa échapper
de l'eau et du sang de son côté, et il produisit une ËgHse
vierge et immaculée, rachetée par ce sang, puriûée par
cette eau, n'offrant ni tache ni ride, c'est-à-dire purgée
de toute tache et de toute ride par la vertu du baptême
et de la croix. Ces deux premières créatures humaines»
qui vivaient heureusement au milieu des délices du
Digitized by Google
GAIN.— ÉNOCH.— LE DÉLUGE. 7
Paradis, séduites par la ruse du serpent, transgressèreul
les préceptes divins, et, chassées de ce séjour céleste,
elles furent jetées dans les fatigues du monde.
lî. — La femme conçut de son mari, et enfanta deux
fîls. Mais tandis que Dieu accueille avec bienveillance le
sacrifice de Tun, Tautre animé par l'envie s'emporte, se
Jette sur son frère , l'accable , le tue et devient par
l'effusion de ce sang fraternel le premier parricide.
III. — ^Dès lors toute la race se précipita dans des
crimes exécrables j excepté Énoch le Juste, qui, mar-
chant dans les voies de Dieu, fut, à cause de sa justice,
enlevé par le Seigneur lui-même du milieu de ce
peuple de pécheurs ; car nous lisons : Énoch marcha
avec Dieu, et il ne parut plus parce que Dieu Venleva^,
IV. — Le Seigneur donc, irrité des iniquités du peuple
qui ne marchait pas dans ses voies, envoya le déluge et
fit disparaître, par une inondation, toutes les créatures
vivantes de la face de la terre. Il conserva seulement
dans Tarche , pour renouveler le genre humain , Noé ,
qui lui était resté fidèle et reproduisait son image , et
avec lui sa femme et les femmes de ses trois fils. Ici les
hérétiques nous demandent avec reproche pourquoi
l'Écriture sainte a dit que le Seigneur s'était mis en
colère. Qu'ils sachent donc que Nctrc-Scigneur ne
s'emporte pas à la manière des hommes : il s'émeut pour
effrayer, il chasse pour rappeler, il s'irrite pour corriger.
Je ne doute pas non plus que cette arche ne soit l'image
de l'Église, notre mère ; l'Église, naviguant au milieu
J Genèse, chap. v, v. 2i,
9
Digitized by Google
8 ' NOfi ET SES FILS. .
des Ilots et des écueils de ce inonde, nous recueille dans
son sein maternel poar nous préserver des maux qui
nous menacent , et nous couTre de ses bras et de sa
protection tutéiaire.
Depuis Adam jusqu'à Noé, on compte dix générations :
Adam , Seth , Enos , Caïnan , Malaléel, Jared , Enoch ,
Mallmsalem , Lamech, Noé. Pour ces dix générations >
on trouve mille deux cent quarante-deux ans. Adam fui
enterré dans la terre de Chanaan , appelée auparavant
Ébron, comme l'indique dairemeot le livre de Josué.
V. — Après le déluge, Noé avait trois fils,Sem, Cham et
Japhet. Ils donnèrent tous trois naissance à des nations;
et, comme le dit Fancienne histoire, c'est d'eux que le
genre humain est sorti pour se disperser sous la face
du deL Le premier né de Cham fut Ghus^ qui , par
l'insinuation du diable , inventa l'art de la magie et
l'idolâtrie. Le premier aussi, i)ar Tinstigation du diable,
il construisit une statue pour l'adorer ; et par son pou*
voir trompeur, il faisait voir aux hommes des étoiles et
du feu tombant du ciel. 11 passa chez les Perses qui
l'appelèrent Zoroastre, c'estpà-dire étoile vivante. Ayant
pris de lui la coutume d'adorer le feu, ils adorent,
comme un Dieu, cet homme même qui fut brûlé par
le feu divin.
YL — ^Lorsque les hommes se multipliant se furent
répandus par toute la terre, ils sortirent de l'Orient
et trouvèrent les champs fertiles de Sennaar. Ils y
bâtirent une ville et s'efforcèrent d'élever une tour qui
atteignit aux cieux. Mais Dieu, mettant la confusion dans
Lâ tour de BABEL.— ABRAHAM. V
leur Taine entreprise et dans leur langue» le» dispersa
par tonte la terre dans les vastes espaces do monde. La
ville fui nommée tîabel, c'est-a-dire confusion, parce
que Dieu avait confondu leurs langues. C'est la Baby-
lone bâtie par le géant Nembroii, fils de Cluis; Orose
rapporte dans son histoire qu elle a été construite en
forme de carré, dans une plaine magnifique ; son mur,
bâti de briques et de bilunie, a cinquante coudées d'é-
paisseur^ deux cents de haut, et quatre cent soixante-dix
stades de circuit. Le stade est de cinq aripemes. Il y a sur
chaque côté vingt-cinq portes, ce qui fait en tout cent.
Les battants de ces portes,d'une grandeur extraordinaire,
étaient fondus en airain. Le niènie historien donne beau-
coup d'autres détails sur cette ville et ajoute : a Celte
construction , malgré sa magnificence , n'en fut pas
moins |)rise et renversée. »
Vil. — ^Le premier fils de Noé fut Sem, duquel naquit
Abraham à la dixième p^énération ; c'est-à-dire Noé,
Sem, Arphaxad, Salé, liéber^ Phaleg, Reû, Sarug
et Tharé, qui engendra Abraham. Pendant ces dix gé-
nérations, c'est-à-dire depuis ]\oé jusqu'à Abrabau], on
trouve neuf cent quarante -deux ans. En ce temps
régnait Ninus, qui bâtit une ville appelée Ninive, à
laquelle le prophète Jonas assigne une étendue de
trois journées de chemin. C'est dans la quarante-troi-
sième année du règne de Ninus que na(iuit Abraham,
et c'est à Abraham que commence notre foi. Il reçut
les promesses de Dieu, el le Christ Notre-Seîgneur lui
fil counaitic, en changeant la victime du sacriiice, qu'il
1.
Digitized by Google
10 LES FILS D'ABRAHAM.
naîtrait et soufli irait pour nous, car u ilit lui-même
dans rÉvangiie; Abraham a désiré avec ardeur dê
«otr mon jour, êi il Va m, et il a été rempli de joie ^
SéYère raconte^ dans sa chronique, qu'Abraham offrit
son holocauste sur le mont Calyaire, où le Seigneur a
été crucifié, et c'est aujourd'hui encore l'opinion com-*
mune dans la Tille même de Jérusalem, Sur cette mon-
tagne a été plantée la croix sainte où fut attaché noire
Rédempteur et d'où coula son bienheureux sang. Abra-
ham reçut le signe de la circoncision; ce qui fait tcnf
que le signe qu'il portait sur le corps, nous devons lô
porter dans notre cœur, car le prophète dit : Ayei Min
lie wm$ eire&mire pour votre IHeu et de dreondre
w>tre cœur^. £t : Ne suivez point les dieux étrangers*.
aussi : Tout étranger incireoncis de ecmr n'entrera poini
dans mon sanctuaire''. Dieu, après avoir ajouté une
syllabe au nom d'Abraham \ l'appela le père d*un grand
nombre de nations.
VllL-^A l'âge de cent ans, il engendra Isaac Isaac,
dans la soixantième année de son âge, eut deux fils de
Rébecca. Le premier, Ésaïi, qu'on appelle aussi Édom,
c'est-à-dire fait de terre, vendit son droit d'aînesse par
gourmandise. Il est le père des Idmnéens : lobab en
descendit à la quatrième génération; c'est-à-dire Ésau»
1 Èvang. «elon faint Jean, chap. vin, 66»
t J}ei$iéronome, chap. zi, y. 10.
• JérémU^ chap. zxxv» t. 15.
^ ÈitéeUtit chap. xliv, v. 9.
S Abraham au lieu d'Abram.
7AC0B ET SES ^ILS. 11
Rahud, Zara et Jobab, qui engendra Job. Celui-ci vécut
deax cent quarante^neut anfi : dans sa qnatre-Tîugtiënie
année^ il fut délivré de ses infirmités; après celte gué-'
risoD, il vécut cent soixante-dix ans, ayant recouvré au
double toutes ses richesses, et il eut le bonheur de se
voir enlouré d'autant de lils qu'il en avait perdu.
IX.-^Iie second fils dlsaac fut Jacob, chéri de Dieu^
comme Ta dit le Seigneur par la bouche du prophète :
J'ai aimé Jacob H j'ai hai Ésaû Depuis sa lutte contre
Fange il fut appelé Israël, et de ce nom vient celui des
Israélites. IJ engendra douze patriarches dont voici les
noms : Ruben, Siméon» Lévi, Juda, Issacbar, Zabulon^
Dan, Nephthali, Gad et Aser- Après ceux-ci il eut de
Bacfael Joseph, dans la quatre-vingt-douzième année
de son âge. Il aima ce fils painiessus les autres. 11 eut
aussi de Rachel Benjamin, qui fut le dernier de tous.
Joseph, à ràge de seize ans, image du Rédempteur,
eut des songes quMl raconta à ses frères: il crut vdr
qu'il liait des gerbes que les gerbes de ses frères ado-
raient; et ensuite, que le soleil et la lune, avee ooie
étoiles^ tombaient devant lui. Ces choses allumèrent
oontre lui k haine de ses frères : enflammés de jalou-
sie, ils le vendirMt pour vingt pièces d'argent à des
Ismaéhtes qui allaient en Egypte. Pressés par la famine, *
les frères de Joseph se rendirent en Egypte et furent
reconnus par Joseph, qu'ils ne reconnurent pas. Après
leu]^ avoir fait subir de longues épreuves et s'être fait
amener Benjamin, qui était né de sa m^ Rachel, Jo-
i JCalocfcie, cnap. i, v. 3, 3,
Digitized by Google
1% LE NIL.
sepli se découvrit à eux. Alors tons les Israélites des-
cendirent en Égy[>le, où Joseph les ût jouir de la faveur
de Pharaon. Jacob mourut en Ëgypte» après avoir béni
ses douze fils, et fut porté au tombeau de son [)ère
IsaaC) dans la terre de Chanaau. Joseph et Pharaon
morts^ toute la race des Israélites fut réduite en servi-
tude, et ce fut Moïse qui l'en tira après les dix plaies
fl'Égypte et quand Pharaon eut été engbuti dans la
mer Ronge.
X.^Coinmc plusieurs auteurs ont beaucoup parlé du
passage de cette mer, je crois convenable de dire ici
quelque chose de la situation de cet endroit et du pas-
sage même. Le Nil^, comme on le sait, parcourt toute
FÉgypte et la féconde par ses débordements; c'est pour
cela que les Égyptiens sont aussi appelés habitants du
Nil. Un grand nombre de voyageurs disent que les
bords de ce fleuve sont couverts maintenant de saints
monastères. Sur son rivage est bâtie une ville nonuuée
Babylone, mais qui n'est pas cette Babylone dont noos
avons parlé plus liante Joseph y fit construire des gre-
niers d'un travail étonnant^ et bâtis en pierres carrées
ot en modlons. Ils sont spacieux dans le bas et resser-
rés dans le haut^ de telle sorte qu'un y jette les grains
par un petit trou. On voit encore ai^ourd'hui ces gre-
niers Ce fut de cette ville que le roi partit a\ec une
armée de chars et un grand nombre de fantassins à la
t C'est le Caire.
«Ce sont les Pyramides. L'opinion que Grégoire de Tours émet
»ur leur destination était généralement admise an moyen Age.
t
Digitized by Google
PASSA&£ D£ LÀ. MER ROUG£. 18
poursuite des Hébreux ^ Le fleuve, venant de Torient,
court à Toccideni vers la mer Rouge. De Toccident.
àTori^^avanceun étangouuobrasdelamerRouge^
qui a environ cinquante milles de long sur dix-buit de
large. A Textrémité de cet étangs une ville nommée
Clysma a été bâtie non en raison de la fertilité du lieu,
car il n'eu est pas de plus stérile^ niais à cause du port,
qm attire par sa commodité les vaisseaux venant de
rinde. De là les marchandises se répandent dans toute
TÉgypte. Les Hébreux s'étant dirigés par le désert vers
cet étang s'avancèrent jusqu'à la mer, et, trouvant de
Teau douce, ils y cam[)èrent. Ils étaient donc arrêtés
dans ce lieu resserré entre le désert et la mer, comme
le rapporte TÉcriture: Pharaon, apprenant qu'ils '
éULienl embarrassés en des lieux élroiu et renfermés par
le désert, sans ovotr aucun chemin pour Réchapper, se
met à leur poursuite*. A son approclie, le peuple poussa
de grands cris vers Moïse. Celui-ci» par Tordre de Dieu,
ayant étendu sa baguette sur la mer, elle se divisa ; et
les Hébreux passant à pied sec, entourés des eaux
comme d'un mur, ainsi qu'il est écrit', ayant Moîse à
leur têle^ arrivèrent sains et sauls à l'autre rivage^ qui
est vis-à-vis le mont JSinaï, taudis que Tarmée des .
Égyptiens fut submergée. J'ai dit qu'il y avait beaucoup
de récits relatifs à ce passage ; mais nous avons appris la '
t Pour l'explication de ce passage, comme pour tous les faits
géoc^plûques, nous renvoyons à la Géographie de Grégaire de
Tourê, travail entic-rement nouveau que nous avons cru utile de
joindre îi cette traduction. (V. h. la fin du t. II, au mot NUut.)
s Exode, chap. ziv, v. 3. — * Exode, chap. ziv, v. 2%,
Digitized by Gopgle
U PAS8AGB DE LA MER R0U6B.
Térité par le témoignage de savanls et d'hommes qui
ont râité les lieux mêmes, ei nous TioséroDs ici. Us
disent en effet que les sillons tracés par les roues des
chars subsisieut encore^ et qu'on les aperçoit dans le
fond des eaux aussi loin que la vue peut percer. Si
quelque mouyement de la mer vient à les cacher^ on les
moit par la Yolontô de Dieu lorsque les ûotss'apaisent.
D'antres disent que les Israélites^ après avoir (Ut dans
la mer un tour peu étendu^ revinrent à la même rive
d'où ils étaient partis; d'autres affirment qu'ils passé*
vent tous par un seul chemin, et quelques-uns qu'un
obemin s'ouvrit pour chaque tribu, à l'appui de quoi
ils apportent le témoignage du psanme i B a si^
paré la mer Rouge en sentiers. Il faut entendre ces
mots selon l'esprit et non selon la lettre, car il y a dans
ce monde, qu'on appelle figurément une mer» un grand
nombre de parts distinctes, et tous ne peuvent pas au
as>mo moment et par un seul chemin passer à la vie
éternelle. Les uns passent à la première heure : ce sont
ceux que le baptême a régénérés et qui peuvent persis-
ter jusqu'à la fin de la vie terrestre sans aucune souil-
lure de la chair ; d'autres passent à la troisième heure:
ce sont ceux qui se convertissent dans un fige plus
avancé; d'autres & la sixième heure : ce sont ceux qui
compriment la violence des désirs luxurieux ; et à ces di-
verses heures, comme dit rÉvangéliste, ils doivent tra-
vailler chacun selon sa foi à la vigne du Seigneur. Tels
sont les sentiers par lesquels on passe cette mer. Quant
à cette opinien qw leskratiites, étant allés jusque dans
Digitized by Google
ISBAKL nAKS LE 1>ÉSERT.-«AUL. 1§
k metp rennrent en oôloyaDi Tétaug» eUe s apfMiia sur
ee que Dieo dit à Moïse: Qu'iU rekmmnU tî qu'ik
campent devanl Phtahiroih, qui est entre Magdal H (a
mer, «ts-à-oû éê MêeUeplum K U a'esi pas douteux qjoe
ce passage de la mer et la colonne de nuées sont l'image
de noire baptême, puisque le bienheureux apôtre Paul
dit: Or,wm$ntd9CêspaMignùrêr,mesfrirm,qu$ mm
pères oni été tous sous la nuée, qu ils ont tous été bapti^
i«f $om inconduiu dê Mom doiu la nuée el éum fe
mer'. Lacdonoede feu est rimage do Saint-Esprit
Depuis la naissance d'Abraham jusqu'à la sortie d«
fils d'Israël ou le passage de la mer Rougo^ qni arriTm
la qiiaire-Yingtième année de Moïse^ on compte quatre
cent soixante-deux ans.
XL — ^Âprès cela, les Israélites demeurèrent quarante
ans dans le désert^ où ils reçurent des lois, furent éprou*
Tés et vécurent de la nourriture des anges; ensuite^
après avoir reçu la loi, ils passèrent le Jourdain avec
Josué et prirent possession de la Terre promise.
XIl^Après la mort de Josué, les Hébreux, méprisant
les préceptes divins, furent souvent réduits en serYi-
tode par les nations étrangères. Mais lorsqu'ils se oon«
Tertissaient et gémissaient. Dieu leor donnait des
hommes courageux dont le bras les délivrait. Ensuite
demandant au Seigneur» par Tentremise de Samuel» nn
roi, comme les autres nations, ils en reçurent d'abord
Saûl, et ensuite David.
Depuis Abraham jusqu'à David on compte quatorse
* Exodê, cbap. xiv, t. 3.
s JM Rfàre de saint Paul aux Corinth., chap, x, r, l, %
Digitized by Google
M . SALOMON.— CONSTRUCTION DU TEMPLE.
générations: Abraham, Isaac, Jacob, Juda, Phares,
Esron, Aram^ Aminadab, Naason, Salmon^ Booz, Obeà,
Jessé et David ^ qui eut Salomon de Bersabée. Salomon
fut élevé au trône par le prophète Nathan^ par son frère
et par sa mère.
XIII. — A la mort de David, Salomon ayant com-
mencé à régner^ le Seigneur lui apparut et lui promit de
lui accorder ce qu'il demanderait. Le roi, mépridant les
richesses terrestres, préféra la sagesse. Celte demande .
plut tellement au Seigneur qu'il lui dit : Parce qite •
wm n'avez point demandé lee royaumes de ce monde
7ii ses richesses, mais que vous m'avez demandé la sa-
geese^vous Vaurez de telle eorte qu'il n'y ait jamais eu
d'homme avant vous qui vous ait égalé et qu'il n'y en
aura point après vous qui vous égale \', ce qui fut con-
firmé par le jugement que le roi rendit sur ces deux
fcuiiiies qui se disputaient un enfant. Salomon bâtit^
au nom du Seigneur^ un temple admirable^ orné de
beaucoup d'or, d'argent, d'airain et de fer, en sorte
que quelques-uns disent qull n'y a jamais eu dans le
' monde un semblable édifice.
Depuis la sortie des fils d'Israël de TÉgypte jusqu'à
la construction du Temple, qui eut lieu la septième
année du règne de Salomon, on trouve quatre cent
quatre - vingts ans , comme Tatteste Tbistoire des
Rois.
XIV. — Après la mort de Salomon, le royaume fut ^-
Visé en deux parties, à cause de riniquilé de Koboam.
s R»i$, Uv. III, chap. ni, v. 11, 12.
Digitized by G
BOIS DES JUIFS. 17
n resta à Roboam deux tribus qui furent appdées
royaume de Jiida; et Jéroboam en eut dix, qu'on appela
royaume d'Israël. Ensuite ces tribus s'adonnèrent à
ridolàtrie, et ne purent êlre rappelées ni par les oracles,
ni par la mort de leurs prophètes^ ni par les désastres
de leur pairie, ni par la ruine même de leurs rois;
• tant qu'enfin le Seigneur^ irrité contre elles, suscita
Nabuchodonosor, qui les emracna captives à Babylone,
ayec tous les ornements du Temple.Le prophète Daniel,
qui resta sain et sauf parmi les lions affamés^ et les'
trois jeunes hommes, qui demeurèrent couverts de ro-
sée au milieu des flammes, subirent cette captivité,
pendant laquelle prophétisa Ézéchiel et naquit le pro-
phète Ësdras.
Depuis David jusqu'à la ruine du Temple et la cap-
tivité en Babyloue, on compte quatorze générations,
c'est-à-dire David, Salomon, Roboam, Âbias, Asa, '
Josaphat, Jorain, Ozias, Joalham, Achaz, Ezéchias,
Manassé, Amon, Josias. Pendant ces quatorze généra*
tiens, on trouve trois cent soixante-un ans. Les Israélites
furent délivres de cette captivité par Zorobabel, qui
ensuite rétabht le Temple etla ville. Cette captivité est,
je crois, Fimage de Ja captivité oii est retenue Tàme
pécheresse, et qui la fera vivre dans un horrible exil
si elle n'est pas délivrée par Zorobabel, c'est-à-dire par
le Glirist. Le Seigneur le dit lui-même dans l'Évangile ;
Si le Fils vou$ met en liberlé, vous serez véritablement
K&res *. Qu'il daigne, je Feu supplie, se conslruire en
* Èvang, selon eaini Jean, ohap. zin, y. 36.
Digitized by Gopgle
18 DU BEXOUR D£S JUIFS JUSQU'A JÉSUS-CHKIST.
nous-mêmes un temple où il vienne habiter, où la foi
brille comme Tor^ où Féloquence de la sainte prédica-
tion éclate comme l'argent^ et où tous les ornements do
temple "visible reluisent dans la tempérance de nos sens
et Tbonnéteté de notre vie 1 Que le Seigneur couronne
nos bonnes intentions de salutaires effets; car st h Sei-
gneur ne bâtit une maison, c'est en vain que travaillent
eewe qui la bàtissmu^. On dit que cette captivité dura
soixante-seize ans.
XV.— Ramenés dans leur patrie par Zorobabel» tantôt
murmurant contre Dieu, tantôt se prosternant aux
pieds des idoles ou faisant des abominations, imitant
les actions des Gentils et méprisant les prophètes de
Dieu^ les Israélites furent envahis^ subjugués et massa-
crés par les Gentils jusqu'à ce que le Seigneur, annoncé
par la voix des prophètes et des patriarches, conçu
dans le sein de la Vierge Marie par Topération du Saint-
Esprit, daignât naître pour racheter cette nation, ainsi
que toutes les autres.
Depuis le retour à Jérusalem jusqu'à la naissance
'de Jésus -Christ, on compte quatorze générations»
c'est-à-dire Jéchonias, Salatbiel, Zorobabel^ Abiud,
Ëliacim, Azor, Sadoc, Achim, Éliud, Éléazar, Mathan,
lacob, Joseph > époux de Marie, qui enfanta Notre^
Seigneur Jésus «Christ; Joseph est le quatorzième*
XY L— Pour ne pas avoUr Tair de ne connaître que la
seule nation des Hébreux, nous parlerons des autres
royaumes et dirons quels ils furent et dans quel temps
1 Psaume cxxvi, v. 1.
Digitized by Google
BOYAUMES DIV£liS.— DMPEBEUBS HUMAINS. 19
de rhistoire des Israélites ils subsistèrent. Du temps
d'Abraham, Ninus régnait sur les Assyriens; Europs
SQT les Sicyoniens. Chez les Égyptiens était alors la
seizième dominatioi]. que, dans leur langue, ils appe-
laient dynastie. Du temps de Moïse , les Argiens
avaient pour septième roi Tropas ; Gécrops était le pre-
mier roi de TAttique ; les Égyptiens avaient pour dou-
zième roi GenchriSi qui fut submergé dans la mer
Rouge; le seizième roi des Assyriens était Agatade;
Marate occupait le trône des Sicyoniens. Du temps de
Salomon, lorsqu^il régnait sur Israël, Sylirius était te
cinquième roi des Latins ; Festus celui des Lacédé-
moniens ; Ûxion était le deuxième roi des Corinthiens;
Théphei, roi des Égyptiens. Dans la cent vingt-sixième
année, Eutrope régnait sur les Assyriens; Agasaste
était le second roi des Athéniens. Lorsqu'Amon ré-
gnait sur les Juifs, quand ils furent emmenés en cap-
tivité en Babylooie, Argée était roi des Macédoniens;
GygèSy roi des Lydiens; Yafrès, roi d^gypte ; et Na-
buchodonosor; qui emmena les Israélites captifs, était
roi de Babylone ; Senrius Tullius était le sixième roi de
ftome.
XVII.— Après eux vinrent les empereurs. Le premier
fut Jples César, qui s'empara du pouvoir dans tout Veoh
pire ; le second fut Octave, neveu de Jules César, et qu'on
nomme aussi Auguste, d'où le nom d'Auguste donné
à un mois. Dans la dix-neuvième année de son règne,
on trouve clairement indiquée la fondation de Lyon,
des Gaules^ qu'on nonmia dans la suite très-nobbi# à
Digitized by Gopgle
90 LA NATIVITÉ.— LB CHRIST ET SES MIRiCLBS.
cause de TilLustratioa que lui donoa le sang des
martyrs. '
XVIII. — Dans la quarante-troisième année du règne
d'Auguste, naquity selon la cliair, Notre-Seigneur Jésus-
Christ, conçu , comme nous Fayons dit , par la Vierge
Maiùe, dans Bethléem^ ville de David. Les Mages, ayant
TU de rOrient son étoile immense, vinrent avec des
présents^ et, déposant leurs oflhmdes^ adorèrent le
nouveau-né. Hérode , par crainte pour son royaume ,
s'efforçant d'atteindre le Dieu-Christ , fit périr tous les
petits enfants. Mais il ne tarda pas à être frappé lui-
niéme du jugement de Dieu.
XIX. ^Notre-Seigneur Dieu^ Jésus-Christ^ préebe la
pénitence^ accorde la grâce du baptême, promet à toutes
les nations le royaume des deux, et fait » au milieu du .
peuple, des prodiges et des miracles : c'est-à-dire qu'il
change Teau en vin, qu'il guérit les ûévreux, rend la
lumière aux aveugles, fait renaître les morts à la vie,
délivre des esprits immondes ceux ciui en sont obsédés,
et guérit la peau dégoûtauie des malheureux lépreux.
Pendant qu'il opérait ces miracles , ainsi que beaucoup
d'autres, il prouva clairtment aux peuples qu'il était
Dieu; ce qui alluma la colère des Juifs et anima leur
haine. Alors leur esprit, nourri du sang des prophètes,
médita méchamment de faire périr le Juste. Pour que
les oracles des anciens prophètes fussent accomplis ^
Jesus-Cbrist fut livré par un de ses disciples, condamné
injustement par les pontifes, insulté par les Juifs, cru-
dûé avec des larrons, ct^ après avoir rendu Tâme, son '
Digitized by Gopgle
70SEPH D'ARIMATHTÊ.— L'APOTRE JACQUES. 91
corps fut gardé par des soldais. Pendant qae ces choses
se passaient^ des ténèbres se répandirent snr le monde
entier^ et un grand nombre dliomnies^ s étant convertis
avec gémissement, confessèrent Jésus Ûls de Dieu.
XX. — Joseph, qui avait embaumé d'aromates le corps
de Jésus et Tavait renfermé dans son tombeau , fut
arrêté et mis dans une prison^ où il fut gardé par les
chefs mêmes des prêtres, qui, comme on le voit par les
rapports que Pilate envoya à l'empereur Tibère , l'a-
vaient en plus grande haine que le Seigneur lui-même,
puisqu'il fut gardé par des prêtres^ tandis que Jésus ne
Pavait été que par des soldats. A la résurrection dn
Seigneur, une vision d'anges ayant effrayé les gardes
qui ne le trouvaient plus dans le tombeau, pendant la
nuit les murs de la prison qui renfermait Joseph furent
enlevés en Vaic, et un ange> après avoir délivré le pri-
sonnier, remit les murs à leur place. Gomme les pontifes
faisaient des reproches aux gardes et leur redeman-
daient vivement le corps , tous les soldats leur dirent :
« Rendez vous-même Joseph , et nous rendrons le
Christ. Mais, en vérité, vous ne pouvez rendre le bien-
faiteur de Dieu, ni nous le ûls de Dieu, b Les prêtres
restèrent conius, et les soldats furent absous par cette
excuse.
XXI. — On rapporte que Tapôtre Jacques, ayant vu le
Seigneur mort sur la croix, jura plein d'affliction,
qu'il ne mangerait de pain que quand il aurait vu le
Seigneur ressuscité. Enfin, le troisième jour, le Seigneur,
revenant, échappé avec triomphe au Tartare, se montra
Digitized by Google
n LA RÉSURRECXION.— L'ASCENSION.
à Jacques et lui dit : Lève-toi, Jacques, et mange, parce
que je $uis ressuscité d'entre les morts. C'est Jacques le
Juste^ qu'on nomme le frère da Seigneur parce quMl
était fils de Joseph quiTavait eu d'une autre femme que
Marie.
XXIL— Nous croyonsquela Résurrection du Seigneur
a eu lieu le premier jour et non le septième , comme
beaucoup le pensent. Le jour ou Notre-Seigneur Jésus-
Christ est ressuscité est celui que nous avons appelé
dimanche, c'est-a^re jour du Seigneur, à cause de sa
sainte résurrection. Ce jour fut le premier qui , dans
Torigine des temps, vit la lumière, et c'est aussi le pre-
mier qui eut le bonheur de contempler le Seigneur
sortaat du tombeau.
Depuis la captivité de Jérusalem et la destruction du
Temple jusqu'à la Passion de Notre-Seigneur Jésus-
Christ, c'est-à-dire jusqu'à la dix-septième année du
règne de Tibère, on compte six cent soixante-huit ans.
XXIIL — Le Seigneur étant ressuscité, et ayant dis-
couru pendant quarante jours avec ses disciples sur le
royaume de Dieu , fut euTcloppé à leur vue dans un
nuage, et monta aux cieux, où il est assis dans sa gloire
à la droite du Père. Pilate envoya à Tibère des rapports
dans lesquels il lui parle des miracles de Jésus-Christ,
de sa Passion et de sa Résurrection. Ces rapports nous
ont été coosenrés j usqu'à présent K Tibère en fit part au
«
< Les 0iilttPtIalî,qm «ont parvenus jusqu'aux temps modernes,
tout éTidemment des fabrications dépourvues de toute authen-
ticité.
Digitized by
PERSECtItlOKBE KEROK. f8
Èénàiy qui les rejeta avec colère , parce qu'il n'eu avait
pas été instruit le premier. De là naquirent les premiers
germes de haine contre les Clirétiens. Pilate ne resta
pas impuni du crime de sa méchanceté» c'est-à-dire de
la mort qu'il fit subir à Notre-Seignenr Jésus-Cfarfst. II
se tua de ses propres mains. Un grand nombre croient
qu'il était manichéen, d'après ce qu'on lit dans l'Évan-
gile : Quelques-uns des Galiléens vinrent dire à Jésus que
FilaU avait méU leur sang avec celui de kurs sacrificee
De même le roi Hérode , ayant persécuté les'ap6tres a
du Seigneur» fut frappé pour tant de crimes par la main
de Dieu ; son corps enfla, se remplit de vers; Uérode
prit un couteau pour se délivrer de son mal et s'en
frappa de sa propre main.
XXI Y.— Sous le règne de Claude^quatrième empereur
depuis Auguste» le bienheureux apôtre Pierre se rendit
à Rome où, dans ses prédications, il prouva clairement
par un grand nombre de miracles qne le Christ est flis
de Dieu. C'est dans ce temps que les Chrétiens commen-
cèrent à paraître à Rome. Comme le nom du Christ se
répandait de plus en plus parmi les peuples , la haine
du vieux serpent se ralluma, et insuiua une cruelle
méchanceté dans le cc^ur de l'Empereur ; car ce Néron
luxurieux, vain et superbe , se livrant aux hommes et
assouvissant sur eux ses désirs , amant inCâme de sa
mère, de ses sœurs et de toutes ses proches parentes,
pour combler la mesure de ses iniquités, excita le pre-
A Éioang» a^lon saint Luc, cbap« xitt, 1«
^ -N
Digitized by Google
34 SAINT PIERRË CRUCIFÎÉ.
mier une persécalion contre les Chrétiens. Il avait avec
lui Simon le Magicien^ homme plein de méchanceté et
maître dans les arts de la magie. Cet homme ayant été
vaincu par les apôtres du Seigneur Pierre et Paul ,
Néron, irrité contre eux parce qu'ils prêchaient le Christ
iils de Dieu^et refusaient avec mépris d'adorer les idoles^
ordonna qu'on ftt mourir Pierre sur la croix et Paul par
le glaive. Bientôt lui-même^ cherchant à fuir une sédi-
tion qui s'était élevée contre lui, se tua de sa main , à
la quatrième borne à partir de la ville.
Dans ce temps> Jacques^ le frère du Seigneur, et Marc
l'Ëvangéliste reçurent la glorieuse couronne du martyre
pour le nom du Christ. Le premier, Étienue^ lévite et
martyr, était entré dans cette bienheureuse voie» Après
la mort de Tapôtre Jacques, une grande calamité acca-
bla les Juifs; car Vespasien étant monté sur le trône,
le Temple fut incendié, et six cent mille Juifs périrent
dans cette guerre par le glaive et la famine. Domitien
fut le àecond qui^ après Néron, persécuta les Clirétiens:
il envoya en exil dans 111e de Pathmos Fapôtre Jean,
et exerça contre le peuple diverses cruautés. A sa mort,
saint Jean, apôtre et évangéliste, revint de Texil âgé et
plein de jours, et, après avoir mené une vie parfaite en
Dieu, il s'enferma vivant dans le sépulcre. On dit qu'il
ne connaîtra point la mort avant que le Seigneur vienne
de nouveau i)our le jugement, le Seigneur lui-même
disant dan» les Évangiles : fy vmx qik'U demeure jusqu'à
ce que je vienne K
i Èvattg, aelon saint Jean, chap. xxi, y. â3«
Digitized by Google
PERSECUTION I)E TRAJ AN.— HÉRÉSIES. «5
XXV. — ^Trajan^ le troisième après Néron, persécuta
les Chrélions ; sous son règne saint Clément^ troisième
évêque de TÉglise de Rome^ subit le martyre. On dit
aussi que saint Siméon , cvcque de Jérusalem et fils de
Cléophas^ fut cruciûé pour le nom du Christ , et
qu'Ignace, évêque d'Âniioche , fut conduit à Rome et
livré aux bêtes. Ces événements eurent lieu sous Irsyan.
XX VI.— A Trajan succéda iËlius Adrien^ de qui Jéru-
salem prit le nom d'iEIia , parce que ce successeur de
DoDiitieu ût réparer cette ville. Après ces martyres des
saints^ ce ne fut pas assez à Fentiemi de Dieu d'avoir
excité contre les Chrétiens les nations infidèles, il fallut
encore qu'il fit naître des schismes entre les Chrétiens
eux-mêmes ; il suscita des hérésies, et la foi catholique
déchirée fut interprétée de diverses manières. Sous
l'empereur Anionm parut Thérésie insensée deMarcfon
et de Valentinien ; et Justin le Philosophe, après avoir
écrit en faveur de TÉglise catholique , fut couronné du
martyre pour le nom du Christ. Dana TAsie, une persé-
cution s'étant élevée, saint Polycarpe, disciple de Jean^
apôtre et évangéliste , dans la quatre-vingtième année
de son âge , fut brûlé comme un pur holocauste offert
au Seigneur. Dans les Gaules , un grand nombre de
Chrétiens reçurent pour le nom du Christ la précieuse
et brillante couronne du martyre ; Thistoire de leurs
souffrances nous a été conservée fidèlement jusqu'à ce
jour.
XXV IL— Le premier fut Photin^ évéque de la ville de
Lyon^ qui, plein de jours, subit pour le nom du Christ
1. «
Digitized by Google
S6 t>£RSÉCUTION DË DËCË.
divers supplices. Saint irénée, successeur de ce martyr^
et qui avait été envoyé dans cette ville par saint
Polycarpe , se distingua par une admirable vertu ; en
un court espace de temps , et par ses prédications , il
rendit chrétienne la ville entière. Une persécution
/ s'étant élevée, le démon suscita ^ par la main du tyran»
de telles guerres dans ce pays , un si grand nombre de
fidèles furent égorgés parce qu'ils confessaient le nom
du Seigneur^ que des fleuves de sang chrétien couraient
sur les places publiques, et que nous ne pourrions dire
le nombre ni les noms des martyrs ; le Seigneur les a
Inscrits sur le livre de vie. Le bourreau ayant fait
infliger, en sa présence , d'horribles supplices à saint
Irénée, le consacra ainsi à Notre-Seigneur Jésus-Christ.
« Après ce saint évêciue on fit périr quarante-huit mar*
tyrs, dont le premier fut, dit-on, Vettius Épagaihus.
XXYIIL— Sous Tempereur Dèce de longues persécu*
tiens furent suscitées contre le nom chrétien, et il y
eut un si grand carnage qu'on ne pourrait compter les
martyrs. Babylas, évéque d'Antioche, avee trois petits
enfants, Urbain^ Prilidan et Épolone; Sixte, évéque de
la ville de Rome; Laurent, archidiacre, et Hippolyte
reçurent le martyre pour aVoir confessé le nom du Sei-
gneur. Valentinien et Novatius, alors les principaux
chefs des hérétiques, à Tinsinuation de Tennemi de
Dieu, attaquèrent notre foi. Dans ce temps sept hom- '
mes, nonunés évêques, furent envoyés pour prêcher
dans les Gaules, comme lé rapporte lliistoire de la pas-
sion du saint martyr Saturnin : a Sous le consulat de
Digitized by Google
LES $£PI PRKDICAX£URS DE LA GAULE. S7
Décius et de Gralus, comme le rappelle un souvenir
fidèle^ la ville de Toulouse eut pour premier et plus
grand évéque saint Saturnin. » Voici ceux qni furent
envoyés : Galien^ évêque, à Tours; Tropliime à Arles;
l^ul à Narbonne, Saturnin à Toulouse, Denis à Paris,
Slrémon à Clermont et Marital à Limoges. Parmi
ces pontifes, Denis, évéque de Paris, subit divers sup-
plicés pour le nom du Christ, et, frappé du glaive,
termina sa vie en ce monde. Saturnin, déjà assuré du
martyre, dit à deux de ses prêtres : c Voici que je vais
être immolé et que ma fin approche. Je vous en prie,
jusqu'à ce que j'aie terminé ma vie, ne m'aban*
pas. » Il fut pris, on le conduisit au Gapitote,
les deux prêtres Tabandonnèrcnt, et il fut emmené
seiil. Se voyant ainsi délaissé, on raconte qu'il fit
cette prière : « Seigneur Jésus-Christ^ exauce-moi
du haut de ta sainte demeure : que cette Église n'ob-
tienne jamais d'avoir un évôque pris entre ses ci-
toyens. » Nous savons que jusqu'à présent sa prière
# été exaucée. Attaché à la queue d'un taureau en
lisreur, et précipité du haut du Capitole, il termina
sa vie. Catien, Trophime, Strémon, Paul et Martial,
Tivant^dans une éminente sainteté, après avoir gagné
les peuples à TEglise et répandu partout la foi chré-
y^QD^ pioururefit en confessant paisiblement le Sel-'
l^iéiîf^.^ sortis du monde par la voie du
martyre, et ceux qui sont morts sans tiouble dans leur
fsfr s^ unis dans le royaume des cieux.
XXIX»<»Un d0 leurs discipies, étant allé dans la ville
Digitized by Googlt*
S8 CONVERSION D£S B1TUKIG£S.
de Bourges, annonça aux peuples le Seigneur Jésus-
Cbrist^ sauveur de tous. Un petit nombre d^hommes
ayant oru en lui furent ordonnés prêtres, et apprirent
de lui la t^aiuUi liturgie. Il leur enseigna de quelle ma-
nière, ils deyaient construire une église. Ils deman-
dèrent, pour en faire une,' la maison d'un citoyen; les
sénateurs ^ et les prêtres du lieu étaient alors attachés
à des cultes idolâtres; ceux qui avaient era étaient
d'entre les pauvres, selon ce que le Seigneur reproche
aux Juifs, disant : Lespublkains elles femmes prosliltiéu
v(ms devanceront dans le rtnfaume de JHeùK N'ayant
pas obtenu la maison qu'ils demandaient^ ils allèrent
trouver un certain Léocade^ Tun des premiers sénateurs
des Gaules, qui était de la race de Vettius Épagathus,
martyrisé à Lyon pour le nom du Seigneur» conune
* Le mot tenator n'a point, dans Grégoire de Tours et dans les
('•crivains de cette époque, une signifiratinn unique, pr(^cise et
constante; il désigne tour à tour : 1° Les familles dont des mem-
bres avaient été admis par les empereurs dans le sénat ro-
main. Il y en avait un grand nombre dans toutes les provinces
et surtout dans la Gaule Narbonnaisc. Tous ceux qui avaient
occupé les principales magistratures de l'ompire, ou obtenu
seulement de Tmipereur le titre honoraire de ces magistrat
tures, étaient appelés élarimmi et tenaiores; Les sénateurs
municipaux des jjrineipales villes 'de la Gaule, ou membres de
la curie, corps municipal qui portait quelquefois le titre de
smahu; peut-être les magistrats supérieurs de la curie étaient*
ils seuls honorés du nom de sénateurs; 3** Enfin les familles
riches et considérables, qu'elles fussent ou non agrégées de-
puis longtemps au sénat de Kome ou à celui de la cité. Au
milieu du désordre des temps, toute famille importante dans
sa ville devenait bientôt une famille sénatoriale, et ce titre était
donné presque indilféremment à la grandeur de fait et aux an-
ciens droits.
t Èvang, selon saint Mathieu, chap. xxi , SI,
PBRSÉCUTIOlfS DE YALÉRIËN ET DE 6ALLIEN. S»
. nous l'avons rapporté ci-dessus ; quand ils lui eurent
pféseniè leur demaDde et déclaré leur croyance^ il ré-
pondit : a Si la maison que je possède dans Bourges
est digue de cet emploi^ je ne la refuserai pas. »
Aces mois ils se prosternèrent à ses pieds, lui offrant
trois cents pièces d'or et un plat d'argent, et lui dirent
que sa maison était digne de ce ministère. Léocade ac-
cepta trois pièces d'or en signe d'amitié, et remit géné-
reusement le reste; comme il était encore plongé dans
les erreurs de Tidolâtrie^ il dcTint chrétien et fit de sa
maison une église. C'est aujourd'hui la première église
de Bourges ; elle est ornée avec un soin admirable el
enrichie des reliques du premier marlyr saint Étienne.
XXX. — Le trône impérial fut occupé en vingt-sep-
tième lieu par Valérien et Gallien, qui excitèrent contro
les Chrétiens une cruelle persécution. Alors Rome fut
illustrée par le bienheureux sang de Corneille, et Car-
thage par celui de Cyprien. Dans ce même temps, le
fameux Chiocus, roi des Âlamans, à la tête d'une
amiécf, ravagea les Gaules. On raconte que ce Chrocus
était -d^fiTOexttême arrogance; ayant, à ce que l'on rap-
porte, ç^^lis des crimes par le conseil d'une mère per-
vârse/^IÉMiêmbla, comme nous l'avons dit» la nation
des Alamans, se jeta sur la Gaule, et renversa de fond
enxomble tous les anciens édifices. Arrivé à Glermont,
S4neendia, renversa' et détruisit un temple célèbre que
habitante appelaient Ya^so, en langue gauloise K
*ilMqnes màiittsi^ts portent Vota, Les anciens Gaulois pa-
fMMMiii^ftvoir désigné par ce nom le dieu Mars; d'autre part on
Digitized by GoOglc
aa DIVEKS 14ABIYRS.
C'était im édiflce admirable et solide, doBi les mura
étaient doubles; ils étalent bâtis eu dedans ayec
petites pitres, en dehors avec de grandes pierres car*
rées> et avaient trente piedsd'épaisseur. DansTintérieur
le marbre se mêlait aux mosaïques* le paré 'mêmè
était de marbre et la couverture en plomb.
XXXÏ.— Près de cette ville reposent les martyrs Limi*?
nius et Antolien. Gassiuset Victorin, liés parunelunitié
fraternelle dans Tamour du Christ, répandirent tous
deux leur sang et entrèrent ensemble dans le royaume
des cieux. La tradition rapporte que Victorin aTait été
au service du pontife du temple dont je viens de par-
ler. Allant souvent dans le quartier dit des Chréêimi,
pour les persécuter, il y trouva le chrétien Cassius; tou-
ché par ses prédications et ses miracles^ il eut foi dans
le Christ; abandonna ses infâmes pratiques ^ se fit
consacrer par le baptême et devint puissant et célèbre
en miracles. Peu de temps après, unis sur la terrepar
le martyre, comme nous TaTons dit, les deux amis
montèrent ensemble dans le royaume des cieux.
XXXlI.^Pendant Tirruption des Alamans dans tos
Gaules, saint Privât, évêque de la cité des Cabales, fut
trouvé dai)s une grotte du mont Memmat, où il se li-
vrait aux jeûnes et aux oraisons, tandis que le peuple
était enfermé dans les retranchements du camp de
a conjecturé que ce temple était congacré & Uerotire, d'apièt im
passage de Pline rAncien (liv. III, chap. vu), qui rapporte
que, de son temps, Zénodore construisit en icuver^e un grand
temple on l'honneur de ce dieu.
nssÉcimoK de dtoclétikk. ii
Grèzes^ Comme le bon pasteur refusait de livrer sea
brebis aux loups» ODTOulut le contraindre de sacrifier
aux démons ; lui détesta et repoussa cette souillure, et
on le frappa de serges jusqu'à ce qu'on le crût mort;
peu de jours après cette torture il rendit Tâme. Ghroeos
ayant été pris près d'Arles, ville des Ga^ules, subit divers
tourments, et fut frappé du glaive, par un juste cbâtt-
ment des supplices quMl avait infligés aux saints de Dieu.
XXXlll.— Sous Dioclctien, qui fut le trente-troisième
empereur nmiain, il s'éleya contre les Êbréliens une
cruelle persécution qui dura quatre années, en sorte
qu'en une fois> le tiès-saiut jour de Pâques, un grand
nombre de fidèles furent massacrés pour le colle du
vrai Dieu. Dans ce teuips, ^uirinus, évêque de TEglise
de Siscia \ subit pour le nom du Cbrist un glorieux
martyre ; les païens en fureur, lui ayant attaché au cou
une pierre de meule» le précipitèrent daus les eaux du
fleuYe. Après sa chute, il fut longtemps soutenu sur les
eaux par la puissance divine; elles ne l'engloutissaient
pas parce qu*auçun crimene pesait sur loi. La multitude
des spectateurs pleine d'admiration brava la fùreur
des Gentils, se précipita pour délivrer le pontife, mais
lui ne souffrit pas qu'on l'arrachât au martyre; ayant
levé les yeux au ciel, il s'écria : « Seigneur Jésus, qui
es assis dans ta gloire, à. la droite du Père, ne souille
pas qu'on me retire d'ici; daigne recevoir mon âme
et me réunir à tes martyrs daus le repos éternel. »
4 Qrêdmmae eattrum, (V. la Géographie,)
* Siickntiê EecUna, (Y. U Géographie,)
Digitized by Google
83 CONSTANTIN ET CONSTANCË.
Après avoir prononcé ces mots il rendit Tàme. Son
corps, recaeilli par les Chrétiens avec respect^ reçut la
sépulture.
' XXXIV. — Constantin» trente-quatrième empereur
des Romains» régna heureusement pendant trente ans.
La onzième année de son rè^ne, lu paix ayant été ren-
due aux Églises après la mort de Dioclétien» le bienheu-
reux évêque saint Martin naquit à Sabarida^ ville de
Pannonie^ de parents idolâtres» mais non obscurs ^
Constantin» dans la vingtième année de son règne» fit
pcrir son fils Crispus par le poison et sa femme Fausta
dans un t)ain chaud» parce qu'ils voulaient s'emparer
de son trône. De son temps le bois sacré de la croix
du Seigneur fut retrouvé par le zèle de sainte Hélène,
d'après les indications d'un Juit nommé Judas» qui^eçut
au baptême le nom de Quiriacus. L'histoire d'Eusèbe
va jusqu'à ce temps. Ce qui suit depuis la vingt-unième
année du règne de Constantin a été ajouté par le prêtre
Jérôme, qui rapporte que le prêtre Juvencus, à la
prière de Constantin» mit les Évangiles en vers.
XXXV.— Sous le règne de Constance vécut Jacques
de Nisibe, dont les prières, parvenues aux oreilles de la
clémence divine» écartèrent de sa ville de nombreux
dangers. A la même époque Maximin, évêque de Trêves»
fut puissant en sainteté.
Dans la dk-neuvième année du règne de Constance
le JeuiKî mourut Termite Antoine, âgé de cent cinq ans.
Saint Uilaire» évêque de Poitiers^ fut envoyé en exil à
1 Voir la G coy racine de Grcgoue de Tours,
Oigitized by
SAINT MARTIN. 83
Finstigaiion des hérétiques. Là^ il composa des liTres
pour la foi catholique et les envoya à Constance qui^
le délivrant après quatre années d'exil, lui permit de
rentrer dans sa patrie.
XXXVI. — A cette époque notre lumière commença
à paraître, et la Gaule fut éclairée des rayons d'un
nouveau flamheau : c'est-à-dire que dans ce temps saint
Martin se mit à prêcher dans les Gaules, faisant con*
naître aux peuples, par un grand nombre de miracles,
le Christ vrai fils de Dieu, et dissipant l'incrédulité des
Gentils. U détruisit leurs temples, accabla Thérésie,
bâtit des églises, et, célèbre par un grand nombre
d'autres miracles, pour mettre le comble à sa gloire,
il rendit trois morts à la vie. La quatrième année du
règne de Valentinien et de Vaiens, saint Hilaire de
Poitiers, rempli de sainteté et de foi, après avoir opéré
partout un grand nombre de miracles, monta aux cieux.
On dit qu'il ressuscita aussi des morts.
Mélanie, noble dame romaine, alla par dévotion à
Jérusalem, laissant à Rome son fils Urbain. Elle se
conduisit avec tant de bonté et de sainteté que les habi-
tants rappelèrent Théda \
XXXVII. — Après la mort de Valentinien, Valens,
possesseur de tout l'empire, ordonna d'incorporer les
mornes dans la milice et de frapper de verges ceux qui
refuseraient. Ensuite les Romains soutinrent dans la
Thrace une guerre terrible^ le carnage y fut tel qu'après
avoir perdu leurs chevaux ils durent s'entair à pied.
I Bimti^S, divin*
Digitized by Gopgle
n MORï DE VALENS.— THEODOSE.
Comme ils étaient taillés en pièces par les Goths, Valens
fuyant blessé d'une flèche entra dans une pauvre ca-
bine qui prit feu, et sous les ruines de laquelle, pour-
suivi par les ennemis, il fut enseveli i il ne reçut pas les
bonoèuit de la sépulture. Ainsi la vgngeance divine
ftitt par lui faire expier le sang des martyrs. Ici s'arrêta
la chronique da iérôme i la suite a été écrite par le
prèlreOrose.
XXXVIII. — ^L'empereur Gratien, voyant la ruine de
la chose publique, s'associa Théodose pour collègue à
Fempire. Gelut-d mit son espoir et sa confiance en la
miséricorde de Dieu^ et ce fut plutôt par les veilles et
la» oraisons que par le glaive qu'il réprima les nations*
affermit la république et entra vamqueur dans la ville
deConstantmople.
Lorsque Maxime, après avoir opprimé les Bretons,
eut été victorieux, ses soldats le firent empereur. Il
établit sa résidénce dans la vUle de Trêves, environna
de pièges l'empereur Gratien et le fitpérir. Le bienheu*
reux MarliQ, alors évêque, alla trouver ce Maxime.
Tliéodose, qui avait mis son espoir en Dieu» prit pos-
session de tout Tenipire. Soutenu par des inspirations
divines» il dépouilla Maxime de son trône et le fit périr.
XXX IX. — En Auvergne, le successeur immédiat
d'Austremoine, évêquc et prédicateur, fut Urbicus, Tun
des sénateurs qui s'étaient convertis. 11 avait une femme;
mais, d'après la coutume ecclésiastique^ elle se sépara de
lui et se consacra à la vie religieuse.Us vivaient ainsi daqs
les oraisons, les aumônes et les bonnes œuvres, lorsque
Digitized by
L'ÉVÉQUfi URBtCUS. »
l'envie du démon , qui s'attache toi^ours à la sainteté,
s^eierça sur la femme et, l'enflammant de conclus»
cence pour son mari^ en fit une nourelle ÈYe. EmporMe
par ses désirs et couverte des ténèbres du péché , elle
te rendit» au milieu de l'obscurité de la nuity àk maison
épiscopale. Là, comme tout était fermé, elle commença
àfrapper à la porte et à dire : « Jusques à<piand dormi*
fas4n, évéque? jusque» à quand tiendras-lu tes portes
fermées ? Pourquoi méprises-lu ta femme ? Pouniuoi
tes oreilles scmi-eUes ins^isibles, et n'éoontes-tu pas es
précepte de Paul, qui a écrit : Retenez l'un à Vautre,
de peur que Saian ne vous tente K Voilà que je reviens
à toi, et œ n'est pas Ters un étranger, c'est ym mm
mari que je viens. x> Ces paroles et d'autres sembla-
bles finirent par endormir la religion du pontife. U fit
entrer sa femme dans son lit et ne la renvoya qu'après
avoir satisfait sa passion. Ëosuite, mais trop tard, revenu
à lut et gémissant de son crime, il se retira dans un
monastère de son diocèse pour y faire pénitence. Après
avoir effacé sa faute par ses gémissements et ses larmes»
il retint dans sa ville. Ayant atteint le terme de sa vie,
il sortit de ce monde. De son pécbé naquit une iiile qui
se voua à la vie religieuse. Le pontife fiit enterré avee sa
femme et sa fille dans la crypte de Chantoin *, près de
la voie publique. Légonus lui succéda dans Tépiscopat.
XL.— Celui-ci fut remplacé à sa mort par saint Al^
Ijre, homme d'une piclc éminente et d'une éclatante
I r* ÉpUrc (le saint Paul aux Connth., cbap. VU, V. 5*
• CantQhmnensis crypta. (V, Gvogr.)
Digitized by Google
85 SAINT ALLYRE ET SAINT NÉPOTIEN.
vertu, dont la Tie fut tellement sainte que la renommée
en pénétra jusque chez les nations étranjrères. C'est ainsi
qu'il délivra de Tesprit immonde la fille de l'empereur
de Trêves S qui avait réclamé son secôurs, comme nous
l'avons rapporté dans le livre que nous avons écrit sur
sa vie. U était très^^vieux, plein de jours et de bonnes
œuvres, à ce que raconte la renommée, quand il quitta
par une mort bienheureuse les sentiers de la vie, et
monta vers le Christ. On Fensevelit dans la crypte du
faubourg de la ville. Il avait un archidiacre nommé
avec raison Juste» qui, ayant passé sa vie en bonnes
œuvres , fut déposé dans le tombeau de son maître.
Après la mort du saint confesseur Allyre » de si grands
miracles s'accomplirent sur son glorieux tombeau qu'on
ne pourrait ni les écrire ni les retenir en entier. Saint
Népotien lui succéda.
XLL— Saint Népotien fut le quatrième évêque de
Clermont. Des députés de la ville de Trêves venaient
d'être envoyés en Espagne. Parmi eux se trouvait un
certain Artémius, d'une sagesse et d'une beauté remar-
quables, et brillant de jeunesse ; il fut attaqué d'une
fièvre violente. Les autres, continuant leur route , le
laissèrent malade à Clermont, Artémius était liancé avec
une jeune ûUe de Trêves. Saint Népotien, l'étant allé
voir et rayant oint de l'huile sainte , le rendit par la
grâce de Dieu à la vie. Le jeune homme, ayant ouï du
uiéme saint la parole de la* prédication , oublia son
» jL'empereur Maxime.
LES DBDX AMANTS. m
épouse terrestre et ses propres biens , pour s'unir à la
sainte Église; devenu clerc, il se distingua par une telle
sainteté qu'il succéda à saint Népoiien dans la direction
du troupeau du Seigneur.
X LU . — Dans le même temps Injuriosus, un des riches
sénateurs d'AuTergne> rechercha en mariage une jeune
fille de condition égale à la sienne, et, après avoir donné
des gages, fixa le jour des noces. Leurs parents n'a-
vaient pas d'autres enfants qu'eux. Au jour indiqué ,
après la cérémonie nuptiale, ils sont, selon Tusage,
placés dans un même lit. La jeune Me, pleine d'aOiic-
tion et se tournant vers la muraille , se mil a pleurer
amèrement. Le jeune homme lui demanda : a Quelle
est la cause de ton chagrin t je t'en prie , fais-le-moi
savoir »; et comme elle gardait le silence , il i^onta :
< Je te coqjure, par Jésus-Christ fils de Dieu, de me
faire connaître le siget de tes larmes.» La jeune flUe, se
tournant vers lui, répondit : «Dussé-je pleurer tous les
jours de ma vie, je n'aurais pas assez de larmes pour
effacer la douleur immense de mon cœur ; j'avais résolu '
de garder au Christ mon corps pur du contact des '
hommes, et malheur à moi qu'il abandonne au pomt
que je ne puis accomplir mon vœu , et que je perds en
ce jour, que jamais je n'aurais du voir, ce que j'avais
conservé depuis le commencement de ma vie ! Void
que, délaissée par le Christ immortel qui pour dot me
promettait le paradis, je deviens l'épouse d'un homme
mortel ; au lieu de roses incorruptibles , ce sont des
roses flétries qui déparent plutôt qu'elles n'ornent moû
I. a
Digitiz
38 LES DEUX AMANTS.
front» et Tétole de pureté que je devais revêtir siîr le
quadruple fleuve de Tagneau fait place à une robe qui
m'est un fardeau plutôt qu'un honneur. Mais pourquoi
pins de paroles ? infortunée ! moi qui devais mériter
les cieux, me voici dans les abîmes ! Oh ! si tel était
mon avenir, pourquoi mon premier jour n'a*t-il pas été
^vm le dernier? Que ne sois-Je morte avant d'avoir
goûté le lait ! Pourquoi les doux baisers de mes nour-
riçes ne m'oni-ils pas été donnés dans le cercueil ? Les
spectacles de la terre me font horreur , parce que je
voi§ les mains du Rédempteur percées pour le salut du
monde ; je ne regarde plus les diadèmés étincelants de
pierreries , quand mon esprit contemple la couronne
d'épines ; je dédaigne les vastes espaces de cette terre ,
car Je n'ai d'ardeur que pour les douceurs du paradis ,
et ces hautes demeures me font pitié quand je lève les
yeux yers le Seigneur assis au-dessus des astres. » A
ces paroles prononcées au milieu des larmes , le jeune
homme^ touché de pitié, répondit : a Nous sommes les
enfants uniques des plus nobles de l'Auvergne , et ils
nous ont unis pour perpétuer leur race, afin de n'avoir
|»as des héritiers étrangers à leur sortie de ce monde.
— Ce monde n'est rien, reprit-elle ; ni les richesses, ni
la pompe du siècle , ni la vie présente ; ce qu'il faut
çliercher , c'est plutôt cette vie que ne termine pas la
mort, que les accidents ne brisent pas, qu'aucun mai-
beur ne vient finir, où Thomme plongé dans une
élernelle béatitude jouit d'une lumière impérissable,
et^ en présence do Dieu, devenu pareil aux anges, goûte
Digitized by
LEi> DEUX AMAMj;. 30
4lans la contemplation des joies IncU^lobles. — Par fa
douce éloquence^ répondit alors Itî jeune lioaiine, la vie
éternelle yieni de briller à mes yeux comme une lu-
mière éclatante ; si lu voiix i abslcnir des d('=sirs (îe la
ctioir, je partagerai tes résolutions, d— Ëlle répondit :
« Cette promesse d'un homme à une femme est bien
difficile à tenir ; mais si tu fais que nous demeurions
immaculés au milieu de ce monde, je te donnerai une
part de la dot que mon époux Aotre-Seiizneur Jcsus-
Cbrisi m'a promise à moi sa senvante et sa liancée. » —
Armé du signe de la croix , il repondit seulement : « Je
ferai selon tes conseils. » Et joi^qiant leurs mains
droites, ils s'endormirent. Durant de longues années^
par la suite, et reposant dans le même lit , ils vécurent
dans une admirable chasteté. Ce qui se vit d'une façon
manifeste à leur passage en Tautre monde; car le
temps des épreuves accompli , comme la vierge s'en
allait vers le Seigneur Jésus, le mari s'acquittant des
funérailles s'écria en la déposant dans le sépulcre :
a Grâces te SQmii rendues. Seigneur éternel notre Dieu,
puisque je remets à ta miséricorde ce trésor inunaculé,
comme je l'ai reçu de toi ! » A ecs mois , la morte dit
avec un souf ire : a Pourquoi iais-tu savoir ce qu on ne
le d^mande pas ? » Peu après l'avoir ensevelie, Injurio-
sus la suivit dans l'autre monde. Or connue on l'avait
plaioé dans un sépulcre aux parois distinctes, un nouveau
miracle révéla leur cbasteté : car au malin , le i)euple,
en approchant du lieu où ils reposaient , trouva réunis
les deux tombeaux qu'il avait laissés distants l'un de
Digitized by Gopgle
/
40 HORT DE SAINT MARTIK.
Tautre : le ciel , en les unissant , ne voulait pas que •
leurs .corps fussent séparés dans la sépulture. Jusqu'à ce
jour les habitants du lieu les ont appelés les Deux
Amauts^ et nous en avons parlé au livre des Miracles <•
XLIII. — Cependant dans la seconde année du règne
d'Arcadius et d'Honorius, saint Martin, évêque de Tours,
plein de vertus et de sainteté » comblant les faibles de
bienfaits, mourut à Candes bourg de son diocèse, et s'en
alla heureusement vers Jésus^Christ^daus la quatre-
vingt-unième année de son âge y et la vingt-sixième de
son épiscojiat. Or, il trépassa au milieu de la nuit du di-
manche, sous le consulat d' Alticus et de César Nombre
de personnes entendirent à ce moment un concert cé-
leste; ce que nous avons plus amplement raconté dans le
livre premier de ses Miracles ^. Dès que le saint de Dieu
fut tombé malade au bourg de Candes, les gens de Poi-
tiers» comme ceux de Tours, s'en vinrent assister à son
trépas; et quand il fiit mort^un grand débat s^éleva entre
eux. a II est notre moine, disaient ceux de Poitiers ; il a
été notre abbé» nous demandons qu'on nous le remette.
Qu'il vous suffise d'avoir joui de sa parole, participé
à ses repas, d'avoir été soutenus par ses bénédictions et
réjouis de ses miracles pendant qu'il était évéque dans ce
monde. Uue tout cela vous suffise, et qu'il nous soit per-
* Gloire des confesseurs, chap. xxxii. La femme s'. ip {tel ait Scho-
lastiqut', et ils furent ensevelis dans l'église de fSainte-Allyre.
(Y. Géographie de Grégoire de Tours, au mot Ulidii mouast.)
s Voir Géogra])hie, au mot Condate,
s En raniiée 897. ,
* Chap. iv et T. • . .
Digitized by Google |
SAINT HÂRTIN PORTÉ A TOURS. «1
mis au moins d'emporter son cadavre, b Ceux de Tours
lépondaient : « Si tous dites que ses miracles doiveiit
suffire, sacliez que, pendant qu'il était parmi vous, il
en a fait bien plus qu'ici. €ar, sans rappeler le plus
grand nombre, il vous a ressuscité' deux morts, et à
nous un seul^ comme il le disait lui-même^ il avait un
plus grand pouyoir avant d'être évéque qu'après. H est
donc juste que ce qu'il n'a pas fait parmi nous durant
sa vie^ il le fasse après sa mort. Dieu vous l'a enlevé» et
nous Ta donné. D'ailleurs, si Ton suit l'ancien usage,
son tombeau, conformément à la volonté de Dieu, sera
ùms la ville (ai il a été consacré. ^ vous voulez le re-
vendiquer en vertu des droits de votre monastère, sa-
chez que son premier monastère fut à Milan,
Durant cette contestation, le jour fit place à la nuit,
les portes furent fermées à clef, et le corps du saint
resta au milieu de la maison» gardé par des bommes des
deux peuples. Les Poitevins avaient médité de l'enlever
de vive force le lendemain matin; mais le Dieu tout-puis-
sant ne permit pas que la ville de Tours fût privée de
ion patron. Au milieu de la nuit, les Poitevins furent
accablés de sommeU» et il n'y eut pas un seul bomme
de cette multitude qui veOlàt. Ceux de Tours les voyant
endormis s'emparent du corps du saint ; les uns le des*
cendent par la fenêtre» d'autres le reçoivent dehors; ih
le placent sur un bateau, et suivent tous avec lui le cours
de la Vienne. £utrés dans le bt de la Loire» ils se diri-
gent vers la ville de Tours avec un grand concert de
louanges et de psaumes. Les Poitevins, réveillés par
Digitized by Googlt*
L'ÉVÉQUE LITORIUS.
ces chants, et né trouvant pliis le trésor qu'ils ^rdaieilt,
s'en retournèrent chez eux couverts de confusion.
Que si ïon demande pourquoi, de la mortderévêque
Gàlien jiisqu'à ëalnt Martin, il n'y a eu qU'iin seul éTêque
de Tours, c'est-à-dire Lilorius, on saura que par
FoptiDsition des païens la ville de tours fut longtemps
. privée de la bénéilictîoh sacerdotale. En ce tëiiips-là
ceux qui étaient chrétiens célébraient le divin oiiice
secrètement ëi dans d'obscures teiraites; car si lés
païens venaient à les découvrir, ils les battaient de
verges oii les frappaient du glaive.
Depuis la Passion de Notre-Seip^ncur jusqu'à la mort
de saint Martin, on compte quatre cent douze ans.
Ici finit le premier livre (|ui compretad cinq mille dnq
cent (luarante-six ans depuis le eommeneement du
monde jusqu'à la mort de l'évêque saint Martin.
Digitized by Google
LIVRE il
V
5,
Digitized by Gopgle
SOMMAIRE DU LIVRE II.
I. Épiacopat de Brice.-^{|i Les Vandales et la persécution qu'ils firent subir
an ChrétieBt.— De Cyrola, évèqae des hérétiqaes, et de plusieurs saints 53
martyrs. — iv. Peraéeatfon exercée sous Athanaric — y. De l'éTéque
Arvatitts et des Huns. — yi. De la basilique de Saint-Étienne à Metz. —
VII. De réponse d'Aétius. D'Attila. — viu.JCe que les historiens ont écrit
d'Âétius.-xî^ qu'ils disent des Franc».— x. De ce qu'ont écrit les pro-
pbètes du Seigneur toudiant les sionilacres des Gentils.— xi. De r«mpefear
Avitus.— XII. Le roi Childéric et iEgidius*— xiii. De l'épiscopat de Véné-
rande et de Ruslicus à Clermont. — xiv. Épiscopat d'Eustoche et de
Perpétuus, évéques de Tours. Basilique do Saint-Martin. — xv. De la ba-
silique de Saint-Symphorien. — xvi. L'evéque Namutius et l'Église de
Glenno&t. ^ xtii* -De la fSenmw de Namatlus et de la 'basilique de Saint»
Étienne.— zTin. De la v«Due de Childérie à Orléans, et de ccBed'Odoacre
à Angers. — xit. Guerre entre les Saxons et les Romains. — xi. Le duo
Victor. — xxi.L'evèque Eparchius.— xxii. L'évêque Sidoine.— xxiii. Sain-
teté de Sidoine ; injures punies par la vengeance divine. — xziv. Famine
en Bourgogne. Eeditins. — zzr. Du persécutenr Eumie* — zsn. Mort do
•aint Perpétuus; ^iseopats de Volusien et de Vérus. — zxni. Cooneat
Clovis devint roi. — ixviii. Comment il épousa Clotilde. — xïix. Leur pre-
mier fils est baptisé et meurt dans les vêtements blancs de son baptême. ->
XXX. Guerre contre les Alamans.— xxzi. Baptême do (%ifis.— xxxii. Guerre
oontro Gondeband* — zzziii. Mort de Godé|^l«. ^ xzxtr. GondelMnid
désire être converti.— xxxv. Entrevue de Clovis et d'Alaric— xxxvi. L'é-
vêque Quintien. — xxxvn- Guerre contre Alaric. — xxiviii. Patriciat du
roi Clovis. — xxxix. L'évêque Licinius* — xl. Mort du vieux Sighebert et
do ioa flii. — xu* Mort de Giiarario et do son fils* — zui^Mbrtdo Bagna»
dwire et da aet Mra* — zuu. Mott de Qofis.
Digitized by Google
4
LIVRE DEUXIÈME
PROLOGUE.
Nous racontons confusément, et sans autre ordre que
celui des temps, les vertus des saints et les désastres des
nations. Je ne crois pas qu'on nous blànie d'enlremèler
dans notre récit lesféiicitésdelavie desbienheureuxayee
les calamités des misérables^ puisque c'est moins la com*
moditéde l'écrivain que Tordre des temps qui le réclame:*^
Le lecteur attentif voit en effet dans les histoires des rois
israélites^ s'il y regarde avec soin, que le sacrilège Phi-
née périt sous Samuel le Juste, et le Philistin Goliath
sous David, surnommé la Main-Puissante. U se sou-
viendra aussi que, dans le temps où Tillustre prophète
Élie supprimait à son gré les pluies, à son gré les faisait
descendre sur les terres desséchées, et par ses paroles
changeait en richesse Tindigeuce d une pauvre veuve,
de cruelles désolations tombèrent sur les peuples, et
quelle faim, quelle soif vinrent tourmenter la terre
malheureuse. Quels maux ne souffrit pas Jérusalem dans
3.
Digitized by Gopgle
46 L'évâQUE BRICE.
le temps ci 'Ézécliias, à la vie duquel Dieu voulutajouter
\ quinze années l Et sous le prophète Elisée, qui rappela
des morts à la yie^ et fit, au milieu des peuples^ beau-
coup d'autres miracles, quels carnages^ quelles misères
affligèrent les peuples israélîtes lEusèbe, Sévère, Jérôme
et Orosc^ ont ainsi nuMc diiiis leurs chroniques les guer-
res des rois ^t les vei/ius des martyrs. Nous eu avons
usé de même en cet écrite afin qu'il fût plus aisé de
suivre jusqu'à nos jours Tordre des siècles et le calcul
des années. 'Après avoir pris pour guides les susdits
auteurs^ nous allons rapporter^ avec Faide de Dieu^ les
événements arrivés depuis.
I. — ^Après la mort de saint Martin, évêque de Xouis,
homme éminent et incomparable dont les miracles renk-
plissent chez nous plusieurs volumes, Brice fut appelé
' à répiscopat. Cependant, quand saint Martin habitait
encore cette terre, Brlee, très-jeune alors, liii avait tendu
de fréquentes embûches, parce que celui-ci lui repro-
chait souvent de se hvrer à des occupaUohs futiles. Un
jour, un malade venant deniander à saint Martin quel-
que remède, rencontra sur la place publique Brice, qui
n'était encore que diacre, et lui dit avec simplicité :
a Voilà que j'attend< \c saint hnnnne, et je ne sais où il
est, ni ce qu'il fait. » Brice répondit : « Si tu cherches
ce foii^ regarde là-bas; le voilà qui coiik nq»le le ciel se-
lon sa coutume, comn)é un insensé. » £t lorsque le
pauvre eut .abordé Tévêque et en ieut obtenu ce quil
# i
Digitized by GoOglc
L'éVÉQUE BRICE. il
demandaity le saint s'adressa ainsi au diacre : « Bricé,
Je te parais donc fou?^ » Comme celui-ci^ plein dé cou-
fusion^ niait avoir ainsi parlée le saint homme ajouta :
« Tu parlais loin de moi, et mes oreilles étaient près de
ta bouche; en vérité, je te le dis, j'ai obtenu de Dieu
qu'après ma mort tu fusses honoré du poniiiicat ; nàais
sache que tu y 8oufih*îra8 bien des adVersites. » Brice ssî
moqua de ces paroles^ disant : a N'avais-je pas raison
dedirequ'il parle comme un insensé t » Même torsquîi
^ eut été admis aux honneurs de la prêtrise, il poursuivit
souvent le saint homme de ses iusulies. Plus tard^ élevé
du consentement de ses concitoyens à Fépiiscopat, il s^a-
donna à la [jrière. Bien qu'orgueilleux et vain, il passait
^ pour être chaste. Mais dans la trente-troisième année de
sa dignité, une déplorable accusation s'éleva oonti>e lui:
une femme, à qui ses domestiques avaient coutume de
donner ses vêtements à laver, et qiii, isolis appartsdbe
religion^ avait changé d'habit', vint à concevoir et en-
fanta. Cette circonstance enflamma de colère tout le
peuple de tours, il imputa ce crime à l^évêqiie, il
avait qu'une voix pour le condamner à être lapidé, et lé
peuple disait : a Tu as longtemps caché ta luxure soùs les
dehors de piété d'un saint; mais Dieu ne permet pas que
nous soyons plus longtemps souillés en baisant tes indi-
gnes mains. » Brice, niant le crime avec force, demanda
qu'on lui apportât l'enfant. Et quand cet enfant, qui
n'avait que trente jours, fut en sa présence, il lui dit :
« Je te conjure au nom de Jésus-Christ, fils de'Diett tout-
i Muiare vetUm, embrasser la vie relijpeuse.
Digitized by Google
4ft , L'iîVÈQLE BRICE.
paissant^ de déclarer en présence de tout le monde si
Je Vai engendré. » L'enfant répondit : «Tu n'es pas mon
père. » Gomme le peuple voulait que l'évêquedemandftt
Iç nom du père, celui-ci répondit : « Ce n'est pas mon
affaire; je me suis occupé de ce qui me regardait; si
quelque antre chose tous intéresse, interroges Tous-mè*
ijies. » Le peuple, prétendant que tout cela était Teffet
de la magie, se souleva d'un commun accord, et, en-
traînant Févéque^ lui dit : « Tu ne nous gouverneras
pas plus longtemps sous le faux nom de pasteur.» Brice,
pour convaincre la foule, mit dans sa robe desc^arbons
ardents, les pressa contre lui et arriva, suivi du peuple,
au tombeau de saint Martin» 11 jeta les charbons devant
la tombeau, et Ton vit son vêtement exempt de brûlures.
Alors il dit : a De même que vous voyez mon vêtement
préservé des atteintes de ce teu, de même mon corps est
pur de tout connmerce et de tout contact avec les fem nies.
Mais le peuple ne le crut pas et persista à soutenir le
eontraire.. Brice fut entraîné, calomnié, chassé, pour
que la parole du saint reçût son accomplissement : 5a-
diequetu souffrira de grandei adv&riités dans ton épis-
eopat; etiusiinien fut élu évêque en sa place. Brice
s'en alla trouver le pape de Rome, pleurant, se lamen-
tant et disant : a C'est avec justice que je souffre tout
cela, car J'ai péché contre le saint de Dieu, l'appelant
souvent fou et insensé ; j'ai tu ses mirades et je n'y ai
pas cru. » Aprèe son départ, le penpledeTours dit àson
évêque : « Va après lui, et fais comme il convient; car
si tu ne le poursuis pas, tu seras humilié à la honte dé
Digitized by Google
IRRUPTION DES YANDAUSS, 4»
nous tous. ï> JusUoien^ parti de Tours^ atteignit Yerceil,
▼itie dltalie, mais, frappé du j iigement de Dieu, il mou-
rut daos son voyage. Ceux de Tours apprenant sa niort^
et persévérant dans leur inimitié» instituèrent à sa place
Armentius. Cependant l'évéque Brice^ arrivé à Rome,
instruisit le pape de ce qu'il avait souffert; il célébra
plusieurs fois* durant son séjour dans la résidence apos-
tolique, le saint sacrifice de la messe, et lava, par ses
pleurs, les fautes qu'il avaiticommises envers le saint de
Dieu. An bout de sept ans il quitta Rome et se prépara,
avec Taulorisation du pape, à retourner à Tours. Arrivé
à un village nommé Mont-Louis \ à six milles de la viUe^
il y établit sa den^eure. Cependant Armentius, pris delà
fièvre, rendit Tâme au milieu de la nuit. Brice, instruit
de cette mort par une vision, dit aux siens : « Levez-vous
promptement, pour que nous allions mettre dans son
tombeau notie frère révéque de Tours, j» Gomme ils
entraient par une porte de la ville, on emportait le nnort
par une autre. A la suite de cet événemeut, Brice rentra
en possession de son siège, et vécut beureusement du-
rant encore sept années. A sa mort, arrivée après qua-
rante-sept ans d'épiscopat, il eut pour successeur saint
Eustoche, homme d'une sainteté parfaite.
II. — ^Ensuite les Vandales, (initiant les contrées qu'ils
' bahitaient» firent irruption dans les Gaules> avec leur
roi Gunderic*. Après les avoir dévastées, ils se jetèrent
surlEspagne. Les Suèves, c'est-à-dire les Aiauians, les
* Laudiacus, (V. Gëogr»)
•En 406.
Digitized by Google
âO P£RSÉCUXION DKH VANDALES.
y siiiyirent et s'emparèrent -de la Galice. Peu après,'
comme ces deux peuples élaieut voisius^ la discorde
éclata entre eux ; ils prirent les armes> ei déjà ib étaient
près d'en venir aux mains, lorsque le roi des Alamans
parla ainsi: a Jusques à quand un peuple tout entier
souffrira-t-il de la gUërre? Je vôus en conjure, au lieu
de laisser s'entre-luer les armées des deux peuples, fai-
sons combattre deux des nôtres sur le champ de bataille,
et le peu|)le dont le guerrier sera vainqueur restera
sans conteslaiiou luoiLre du pays. » Cette proposition^
d'empêcher la multitude de se précipiter sur là pointe
des glaives, lut accueillie d'un consentement unanime.
Gunderic étant venu à mourir^ Thrasamund liii succéda
dans la royauté^ Les deiix guerriers en vinirent aux
mains^ et celui des Vandales lut vaincu. Thrasamund
promit donc de quitter TËspagne aussitôt qu'il aurait
fait ses préparatifs de départ. Dans le même temps,
Thrasamund exerça une persécution contre lesChrétienSj
et contraignit toute l'Espagne, par des tourments et des
sup()lices^ à trahir sa foi pour embrasser la secte d'Arius.
Or 11 arriva qu'une jeune hlle pieuse, comblée de ri*-
cbesses, honorée dans le monde pour sa noblesse séna-
toriale, et, ce qui est plus noble que tout le reste, ferme
dans la foi catholique et entièrement dévouée au Dieu
tout-puissant, se trouva soumise à cette épreuve. Le roi,
quand elle fut en sa présence, commença, par des dis-
^ Ce fut Genséric, et non Thrasamund, qui succéda à Gunde-
ric, son frère, et emmena les Vandales en Afrique en 438. Thra-
samund régna en Afrique de Tan 496 à l'an 523.
Digitized by Google
PERSÉCUTION DES VANDALES. SI
cours flatleursi, à vouloir lui persuader de se faire re-
bapUser. Mais comme, munie du bouclier de la îoi, elle
repoussait sou irait empoisonné, le roi ordonna qu'on
s'emparât de tous les biens de celle qui^ eU esprit^ pos-
sédait déjà les royaumes du Pàlrâdis^ et qu'oil iéUt'mëniftt
par des supplices celle qui ne plaçait aucune espérance
dans la yie présente. Que dire de plus ? Aptèâ des épreu-
ves réitérées, après lui avoir enlevé toutes ses i^ichesses,
ne pouvant la contraindre à diviser la sainte Trinité,
on Tenlraîna malgré elle à ùh bouvedu baptékne;
mais, comme on la plongeait de force dans ce bain im-
pur, elle s'écria :< «Je crois que le Père, et le Fils et le
Saint-Esprit sont d'une seule substance et d'une même
essence, » et infecta les eaux de ses excréments, parfum
dont elles étaient bien dignes. Elle sortit de là pour élfe
soumise à la torture selon la loi ; elle endura le supplice
des chevalets, des Aammes et des crocs, et lut oondàinnée
à avoir la tête tranchée pour Jésus-Christ.
Ensuite, les Alamans s'étendirent jusqu'à TraductâV
les Vandale^ jiassère'nt la mer et se dispersèrent dans
l'Afrique et la Mauritanie.
111. — ^Mais comme ce lut de leur temps que la persé-
cution contre les Chrétiens devint le plus violente, ainsi
que nous l'avons dtjà dit, il ne sera [)as iiuilile de rap-
porter quelque chose de ce qu'ils ûrent contre les Églises
de Dieu, et la manière dont ils furent chassés de leur
royaume. Thrasaïuund étant mort après avoir commis
toutes sortes de crimes envei'sles saints de Dieu, Uubé-
* Voir Géo(ji'Uj)}iic de Qnijfoire de Tours
Digitized by Google
&9 L'éVÉQUE HÉRÉTIQUE CTROLA.
ric^ encore plus féroce^ lui succéda dans le royaume
d'Âfirique, par suile de Téleclion des Vandales. Oo ne
saurait imaginer le nombre prodigieux du Cliréiiens'qui
furent mis à mort sous son règne^ pour le nom sacré
de Jésus-Christ. Ce nombre, TAfrique^ qui les a envoyés
au martyre^ le connaît bien^ ainsi que la main du
Christ, qui les a couronnés de pierreries dont Téclat ne
se ternira pas. Toutefois nous avons lu plusieurs de leurs
passions^ dont nous publions quelques traits pour ac-
complir nos promesses. Le faux évêque Cyrola était
alors regardé comme le plus ferme soutien de Thérésie;
le roi ayant envoyé dé tous côtés à la recherche des
Chrétiens, le persécuteur découvrit dans un faubourg
de sa ville révêque Eugène, homme d'une ineffable
sainteté et d'une grande sagesse; il le fit enlever si
violemment que celui-ci ne put même pas aller exhor-
ter le troupeau des fidèles. Se voyant emmené, Eugène
écrivit à ses concitoyens, pour les engagera conserver
la foi catholique, une le lire conçue en ces termes :
« A sestrès-aimés et, dans Tamour du Seigneur, très-
a cliei S iils et filles de FËglise, que Dieu lui a confiés,
a révêque Eugène :
« L'autorité royale nous a ordonné par un édit d'aller
a à Carthage pour y manifester notre foi catholique;
«t afin de ne pas livrer, par mon départ, l'Église de Dieu
a à un état d'incertitude et de suspension, et de ne pas
a délaisser, pasteui^ inûdele, les brebis du Seigneur
« sans leur adresser la parole, j'ai cru nécessaire, pour
« soutenir votre piété^ de remplacer ma présence par
Digitized by Google
SAINT EUGÈNE. I>3
a ces lettres. Je tous demaude donc^ et non sans ré-
« pandre des larmes. Je tous exhorte, tous avertis et
« TOUS conjure, au nom de la majesté de Dieu, du re*
a doutable jour du jugement et de la terrible splendeur .
« dé la Tertu du Christ, de demeurer inébranlables
a dans la foi catholique, en proclamant le Fils égal au
< Père, etle Saint-Esprit aTec le Père et le Fils dans une
c même dÎTinité. ConserTez la grâce d'un baptême
a unique^ et gardez soigneusement Tonction du saint
« chrême. Qu'aucun de ceux qui ont reçu Teau oe re*
€ tourne à Teaii après en avoir été régénéré, car, sur
a un signe de Dieu, le sel se« forme de Teau; mais, si
« on le réduit en eau, il perd aussitôt sa forme. Et cé
a n'est pas sans raison que le Seigneur a dit dans rÉvan-
a gile : Si le sel perd sa force, avec qmi le salera4-^^ ?
a Et certes^ c'est perdre la force du baptême que de
a vouloir y recourir une seconde fois, quand une s(îule
c suffit. N'aTez-TOUSpasentendu cette paroleduGhrist?
c Celui qui a été lavé une première fois n'a pas besoin de
« Vélre une secondeK C'est pourquoi, mes frères, mes
c fils et mes filles en Dieu, ne soyez pas contristésde
a mon absence, parce que, si vous restez attachés à la
c religion catholique, quel que soit mon éloignement,
« je ne tous oublierai pas, et la mort ne me séparera ^
« pas de TOUS. Sachez qneu quelque endroit que les
c bourreaux dispersent mes membres, la palme y sera
c avec moi; si je vais à l'exil, j'ai pour exemple saint
i Èvang. selon saint Mathieu, chap. v, v. 13,
S Èvang, selon saint Jean, chap. xxii, v. 10.
Digitized by Google
54 SAINT EUGÈNE.
« Jean l'Évangéliste; si l'on m'envoie à la moTi^UChriti
a est ma vie, et la mort m'est un gain K Si je reviens icK
« mes (rères. Dieu remplira vos vœux. Il me suffit à
« cette heure de n'avoir pas gardé le silence avec Vous.
« Je vous ai insli uits et avertis selon mon pouvoir, je
a suis donc innocent du sang de tous ceux quit>érirônt;
i et jé sais que qùand viendrà le tempà dé reildt^ à
a chacun selon ses œuvres^ cette lettre sera lue et por-
t ierà témoignage devant le tribunal du Christ. Si je
a reviens, mes frères, je Voiis verrai dans cette vie pré-
à sente ; si je ne reviens pas^ je vous verrai dans la vie
« future. Cepeiîdant je vous dis adieii. Piriez ëi jeûnés
« pour nous, parce que le jeûne et l'aumône ont toujours
« fléchi la miséricorde du Seigneur. Souvenez-voùs qu'il
« est écrit dans TÉvangile : Ne craignez pas ceux qui
« tuent le corps, et qui ne peuvent tuer Vâme; mais
à erai^z pîutôl celui qui, après avoir lué U corps,
a peut aussi perdre Vàme et le corps, et les envoyer dans
« r Enfer K »
Saiiit Eugène, ayaht donc été conduit vërs le roi, dis-
cuta contre révêque des Ariens en faveur de la foica-
tholiqUé. Lorsqu'il j'eut confondu sur le mystère de la
Trinité, et que le Christ eut accompli pat* son ministère
de nombreux miracles^ révêque arien, plein d'envie^
entra dàiis line violèhté fureur. Saint Eugène était alors
accompagné des hommes les plus sages et les plus saints
de ce lenips, les évéques Yindémial et Longin, tous
i EfUre de saint Paul ans Philipp., chap. i, v. SI.
* Svan^* selon saint Mathieu, chap. x, 38.
Digitized by Gopgle
SAIM KLGLNE et CYKOLA. S5
* deut égaux en dignités aussi bien qu'en pttisëance, car
on disait que saint Vindémial avait ressuscité un mort,
et Longin a^ait rendu la santé à beaucoup de malades.
Eugène guérissait non-seulement la cécité des yeux,
mais aussi celle de l'esprit. Voyant cela, ce méchant
érèque des Ariens ût ve^ir un homme imbu de Terreur
où il vivait lui-niênic, et lui dit : «Je ne puis souffrir
que ces évêques opèrent de nombreux miracles parmi le
[>euple^et quechacun me néglige pour les suivre. Reçois
donc ces cinquante pièces d'or pour faire ce que je t'or-
donne : asseois-toi sur la place publique que nous de-
vons traverser; et, tenant ta main sur tes yeux fermés,
écrie-toi de toute ta force quand je passerai avec les au-
tres:— Je te supplie, bienheureux Gyrola, pontife die
notre religion, de uianifesler à mon égard ta gloire et ta
puissance, en m'ouvrant les yeux^ pour que j'obtienne
de recouvrer la lumière que j'ai perdue. » L'homme, sui-
vant cet ordre, s'assit sur la place publique, et quand
rbérétique passa avec les saints du Seigneur, pèiisantée
jouer de Dieu, ilioinme s'écria : « Écoule-moi, bienheu-
reux Cyrola; écoute-moi, saint pontife^ jette un regaird
sur ma cécité, et je serai guéri par ces remèdes que soii-
vent les autres aveugles ont obtenus de toi, qu'en ont
reçus les lépreux, et qui se sont fait sentir aux morb
mêmes. Je le conjure, par ce pouvoir que tu possèdes,
de me rendre la lumière que j'ai perdue, car je suis
accablé d*une cruelle cécité. » Sans le toVoir il disait la
vérité, car la cupidité l'avait aveuglé^ et pour de Targent
il pensait se jouer de la puissance de DieU. Alors révéqiié
Digitized by Gopgle
S6 FOURBERIE DE CTROLÂ.
des hérétiques se détourna, et, comme s'il eût été prêt à
se glorifier dans sa puissance, transporté de yanité et
d'orgueil, il mit sa main sur les yeux de l'homme et dit:
a Par notre loi, qui est la vraie croyance en Dieu, que
tes yeux s'ouvrent à la lumière. » Mais à peine eut-il
lâché ce blas[>hôme que la moquerie fil place aux gé-
missements et que la fourberie de révêque se manifesta
publiquement, car les yeux de ce malheureux furent
saisis d'une si grande douleur qu'à peine en les pressant
de ses doigts ponvait-illesempêcher de sortir de sa téte.
L'infortuné se mit alors à crier et à dire : a Malheur à
moi misérable^ qui me suis laissé séduhre par Tennemi
de la loi divine ! Malheur à mol qui ai consenti à me
jouer de Dieu, et qui ai rte u cinquante pièces d'or poiu:
commettre ce crime ! » Puis il dit à Tévêque : « Voilà
ton or, rends-moi la lumière de mes yeux que ta four-
berie m'a fait perdre. El vous, très-glorieux chrétiens.
Je vous supplie de ne pas mé|)riser et de secourir
promptement un malheureux près de périr; car je re-
connais réellement qu'on ne se moque pas de Dieu. >
Les saints du Seigneur, émus de compa^^siou, lui
dirent : Si iu croi^, tôu/ t^i possible à celui qui croitm
Alors il s^écria d'une voix forte : a Que celui qui necit>it
pas que Jésus-Christ fils de Dieu .et le Saint-Esprit ont^
avec Dieu le père, une même substance et une même
divinité, endure ce que je souifre. » Et il ajouta : et Je
crois en Dieu, Père tout-puissant, en Jésus-Christ fils
de Dieu, égal au Père, et Je crois au Saint-Esprit c(«-
subslantiel et coéternel au Père et au Fils, u A ces paro^
Digitized by Gopgle
MIBACtE DK SAINT EUGÈNE. 57
les^ par une pieuse déféreuce, chacun des <jvéques vou-
lut laisser aux autres rhonneiur d'imposer sur les yeux
du patient le signe de la bienheureuse croix. Yindémial
et Longin priaient Eugène d'imposer les mains à Taveu-
gle, et lui les en priait de son côté* Enfin, pendant
que les premiers tenaient leurs mains sur la tête de
Faveug!e> saint Eugène fit le signe de la croix sur ses
yeux, el dit : < Au nom du Père et du Fils et du
Saint-Esprit^ que nous reconnaissons pour le vrai Dieu
en trois personnes égalas et toutes-puissantes, que les
yeux soient ouverts.» Aces mois la douleur s'évanouit^
le malade recouvra la santé, et l'on reconnutclairement,
par la cécité de cet homme^ que la doctrine de Févéque
des hérétiques couvrait les yeux du cœur d'un voile
déplorable, et les empêchait de contempler la vraie lu-
mière de la foi. Malheureux qui n'étant pas entré par
la porte, c'est-à-dire par le Christ, qui est la vraie porte,
était devenu le loup plutôt que le gardien du troupeau,
et s'efforçait, par la méchanceté de son cœur, d'étemdre
danslecœurdes fidèles le flambeau de la foi qu'il aurait
dû y allumer! Les saints de Dieu firent, au milieu du
.peuple, bien d'autres miracles, et le peuple n'avait
. qu'une voix pour dire : a On doit adorer d'une même
foi, redouter d'une môme crainte, et honorer d'un même
respect le vrai Dieu père, le vrai Dieu fils, le vrai Dieu
Saint-Esprit; car il est manifeste que la doctrine de
Gyrola est fausse. »
LeroiHuneric, voyant que la glorieuse fidélité des
saints mettait à nu la fausseté de ses doctrines, que la
ISA £XIL DE SAl^T EUGENE
secte de l-erreqrse déirnisalt au lieti 'de s^éiablir^ et que
la fourberje de soa ppnlifc avait é.lé dévoilée par sa ruse
criminelle, Qi^oona qu'après bien des lourments, parles
cheviilpls, les flammes et les crocs do for, ou mît à mort
les saints dp pieu -, lirais il leignit seulement de vouloir
faire décoller le bienheureux Eugène, car il ordonna
que ai, au moment où le glaive menacerait sa tète, 1^
véqu0 n'^ipbrassait pasla secte des hérétiques, on s'abs-
tînt de le tuer, de peur que les Chrétiens ne vinssent à le
vénérer pppime martyr, et il enjoignit qu'on se bornât à
louvoyer et^ exil, ce qui arriva en effet ; car sur le point
^le recevoir la mort, interrogé s'il était décidé à mourir
pimir la fo| catbplique, Eugène répondit : a Mourir pour
la justice, c'est vivre éternellement.» Alors le glaive de-
meura suçpendu et oui envoya en exil à Albi, ville des
Gfiul^i 01} il termina sa vie terrestre. De hréquenis mi-
racles manifestent aujourd'hui la sainteté de son tom-
h^^* roi qfdpaua que Vindémial fût frappé du
glaiye; ce fut ainsi qu^ le saint mourut dans ce combat.
Optayiep^ arcbidiacre, et des milliers d homiucs et de
^ppi^S attachés à notre proyance furent tués e^ tortu-
rés. Vais souffrir ainsi n'était rien pour ces saints con*
fe^SPHr^, iï^j^^^ l'amour de la gloire ; car ils sa-
ya^ent biep qqe ce peu de tourments leur vaudraient de
grands biens, selon ces paroles de TApôtre : Les souf-
francu de la vie présente n'ont point de proportion avec
cette gloire qui est révélée auw eainls ^ En ces mêmes
temps^ beaucoup abaudonuaut leur foi, acquérant des
t ifUr9 de s^nt Pftul aux Romains, chap. viti, t. 18*
Digitized by Gopgle
PERSÉCUTION* D•ArHA^•ARIC. 58
richesses^ se plongcreot en d'innombrables douleurs»
comme ce malheureux évèque Uévocatus, qui révoqua
ses promesses à la foi (catholique. Alors aussi )e soteil
s'assombrit au point qu'à peine le tiers de son disqiie
fut lumineux. La cause en est» jecrois^ à tant de crim^^
' et àTeffusion du sang innocent. Huneric^ après m 9i
gr^iid forfaitr fut possédé du démon^ et celui qui s'éi^it
lopgterops abreuYé du sang des saipts se déchira par
ses propres morsures ; ce fut dans ces tourments qu'une
|us(^ mort termina son indigne vie. Hiidéric lui suc-
céda, dit à la mort de celui-ci, Célésimer parvint au
gouYeruemeat. Ce roi, vaincu par la république, ter-
mina sa yie en même temps que son règoe* Ainsi
tomba te royaume des Vandales ^.
tV. — ^Dans ce temps les Églises de Dieu furent infestées
l>ar un grand noinbre d'hérésies qu'atteignit souyent
la venguance divine ; ainsi Alhanaric, roi des GothSi
exerça une grande persécution: il frappa du glaive beaur
OGup de Chrétiens^ après leur avoir infligé des tourments
wiés« et jusque dans l'exil il fit périr un grand )ionii)re
d'entre eux par la faim et par d^autres supplices. Mais il
arriva par un jugement de Dieu, qu'en punition de Tef-
fuâon du sang des justes, il fut chassé de son royaume,
1 Ilildéric ne succéda point iaunécliatemcnt à son pî-re IIu-
neric; après la mort de celui-ci, (runtamund, le plus àgi* des
princes du sang royal, fat roi des Vandales. Â Guntamund suc-
céda Tbrasamund, et Hildéric ne devint roi qu'après ce dernier,
en 583; il mouriii en 530. Son successeur, Gélimor, ou Gélési-
mer, ouChildimer, fut vaincu et détrôné par Bélisaire, Tannée
même de son élévation au trdnc.
OÔ L'ÉVÉQUE AEVATIUS.
et que celui qui avait envahi les saintes églises fut exilé
de son pays. Maïs revenons à ce qui précède.
T. — Le bruit s'était répandu que les Huns voulaient
se jeter suivies Gaules. Il y avait alors dans la ville de
.Tendres un évéque d'une exquise sainteté^ nommé Ar-
vatius. Adonné aux veilles et aux jeûnes, souvent baigné
d'une pluie de larmes, il suppliait la miséricorde di-
vine de ne pas permettre l'enlrée des Gaules à cette n^
tion incrédule, et toujours indigne de Dieu. Mais averti
par inspiration.qu'à cause des fautes du peuple, ce qu'il
demandait ne lui était pas accordé, il résolut d'aDer à
Rome^ afin que la protection des mérites apostoliques^ .
unie à ses prières lui obtint plus facilement ce qu'il
demandait humblement au Seigneur. S'approchant
donc du tombeau du bienheureux apôtre, il implorait
le secours de sa bienveillance, se consumant dans Fabs-
lineuce et le jeûne, au point de rester deux et trois jours
sans manger niboire, et ne mettant point d'interrup-
tion dans ses prières, ixirsqu'il eut passé un long es-
pace de Jours dans cette mortification, il reçut^ à ce que
Fon rapporte, cette réponse du bienbeureux apôtre :
«Homme saint, pourquoi tant d'insistance? Il a été ir-
révocablement lixé par les décrets du Seigneur que les
Huns viendraient dans les Gaules, et que ce paysi serait
ravagé par la plus terrible tempête. Maintenant donc
prends ta résolution, fais une prompte diligence, dispose
ta maison, prépare ta sépulture, aie soin de te munir
d'un linceul blanc; car tu vas quitter ton enveloppe cor-
porelle, et tes yeux ne verront pas les maux que les
Digitized by Google
INVASION DES HUNS. 61
ttiiitt causeront à la Gaule. Ainsi en a décidé le Sei-
gneur notre Dieu. » Le pontife ayant reçu cette réponse
du saint apôtre bâta son aroyage et regagna prompte-
menl la Gaule. Arrivé à la ville de Tôngres, il apprêtk . , ,
ce qui était nécessaire à sa sépulture; et, disant adieu
aux ecclésiastiques et au reste des habitants de la ville/
il leur annonça avec des pleurs et des lamentations
qu'ils ne verraient plus longtemps son visage; ceux-ci,
, le suivant avec des larmes et des gémissements^ le sup-
pliaient humblement et s'écriaient : <( Ne nous aban- *
donnez pas, saint père I ne nous oubliez pas, bon
pasteur! » Hais comme leurs pleurs ne pouvaient le
retenir, ils s'en retournèrent après avoir reçu sa béné-
diction et ses baisers. Lui donc, étant allé à la ville de
MaëstrichtS fut attaqué d'une légère fièvre et mourut.
Son corps, lavé par les fidèles,, fut enterré auprès du
rempart public. Nous avons écrit, dans notre livre des
Miracles, comment ce saintcorpsfut transféré après un
* long espace de temps.
VL — Les Huns étant donc sortis de Pannonie, se^je-
tèrent, dépeuplant le pays, sur la ville de Metz, où ils
arrivèrent, ainsi que quelques-uns le rapportent^ la
veille du saint jour de Pâques. Ils livroi ent la ville aux
; .flammes, passèrent les habitants au lil de Tépée, et
égorgèrent même les prêtres du Seigneur devant les
autels sacrés. Rien n'échappa à l'incendie, si ce n'est ro-
ratoire du diacre saint Ëtienne, premier martyr. Je
n'hésite pas à redire ce que j'ai entendu raconter à
« Trt^ûetmma urhi. (V. Gco^r.)
Digitized by Gopgle
C2 ATTILA KT SAINT AIGNAN.
^ •
quelques personnes au sujet de cet oratoire. Elles ra-
content qu'avant l'arrivée des ennemis un saint- homme
eut une vision, dans laquelle il vit ce pieux fidèle» le i
bienheureux diacre ^tienne, s'entretenant avec les saints
apôtres Pierre et Paul sur ce désastre, et disant : « Je
• vo|4S conji^re^ mes seigneurs, d empècber par votre in-
tercession- que nos ennemis ne brûlent la ville de ^
Metz; car elle renferme un lieu où se trouve conservé
rhumble gage de ma vie terreslie ; faites plutôt que les
peuples connaissent que je puis quelque chose auprès
du Seigneur; ot si tels sout les forfaits des habitants que ; ,
la ville ne puisse éviter 1 incendie, faites au moins que ' '
mon oratoire en soit préservé. » Ils lui répondirent :
«Va en paix, irès-eher frère; rincendie ne respeclem
que ton oratoire. Quant à la ville, nous pe pouvons rien
obtenir, parce que la volonté divine a déjà prononcé sa
sentence; car les péchés du peui)le se sont accumulés,
et le cri de sa méchanceté est monté jusqu'à Dieu : la
ville sera donc livrée aux flammes. x> Il est par là ma-
ni teste que l'intercession des apôtres a seule préservé
Toratoire dans la dévastation de la ville.
V II. — Cependant Attila, roi des Huns, ayant quitté les
murs de Metz , et ravageant inij)uiuhnent les cités des
i^aules, vint assiéger Orléans, et tâcha de s'en emparer
en ébranlant^ ses murs par le choc pin"ssanl du Ijélier. \
Vers ce tcuips-là, cette ville avait pour évoque le bienheu-
reux Aignan, homme d'uoe émittente sagesse et d'une , .
louable sainteté, dont les actions vertueuses sont lldèle-
.ment conservées parmi imus. Et comme les assiégés
Diyiiized by Google
8ÂINT âignân. es
demandaient à grands cris à leur pontife ce qu'ils
avaicDià taire^ celui-ci, inettant sa conflance en Dieu,
les engagea à se prosternerions pour prier et implorer
ayec larmes le secours du Seigneur toujours présent
dans les calamités. Us se mirent donc à prier, selon son
conseil, et le ponlife leur dit : « Reirardez du haut du
rempart de la ville si la miséricorde de Dieu Tient à
* notre secours; » car il espérait, par la miséricorde di-
vine, voir arriver Aclius que, dans sa [)ré voyance de
' ^ TaTenir, il était allé trouver dans Arles. Mais regardant
• du bant des murs, ils ïi'aperçurent personne. L'évêque
leurdit encore : « liriez avec zèle, car le Seigneur vous
(^livrent aujourd'hui. 9 Ils se mirent à prier, et*le
saiiit ajouta : a Regardez de nouyeau. » Mais ayant re*
gardé, ils ne virent personne qui leur apportât du
secours. Le bienheureux Aignan reprit poiir la troisième
fois : a Si TOUS le suppliez sincèremeilt, Dieti Ta tous
secourir. » Et ils imploraient la miséricorde divine avec
krlnes et gémissements. Leur oraison finie, ils Tont, par
i*ordlre du Tieillard, regarder pOiir la troisième fois du
haut du rempart, et ils aperçoivent de loin comme un
nuage s'éleTant de terre. Us Tannoncent au pontife
qiii leur dit : « C'est le secours du Seigneur. » Cepen-
dant les remparts, ébranlés déjà sous les coups dubé- '
lier, allaient s'écrouler lorsque Toilà Aétius qui arrlTe; '
voila Tlicudoric, roi des Golhs, ainsi que Tliurisniond
son fils, qui accourent veiis la ville à la tète de leurs
armées ^ renTetsant et rejetant rennemi. La ville fut
donc délivrée par rinlercession du saint évèque. Mis *
Digiti/oû by Cjt.)0^lc
61 AÉTIUS. •
en faite, Atîîla se Jette dans les plaines de Héry ^ et sVf
dispose au combat. Les nôtres, à celte nouYclle, §e
préparent à le combattre a^èc courage.
Dans ce tenips^ le brait parvint à Rome qu'AéUus
courailles plus grands dangers au milieu des phalanges
des ennemis. Sa femme ayant, appris cette nouvelle»
triste et tourmentée, se rendait assidûment à la basi-
lique des SaintS'Âpôlrcs et demandait au ciel de lui
rendre son mari sain et sauf. Conuqjie elle priait nuit
et jour, il arriva qu'une nuit un'pauvre homme pris de
vin s'endormit dans la basilique de Tapôtre saint Pierre,
de manière qu'il n'était pas sorti lorsque, selon la cou-*
tu me, les gardes fermèrent les portes. S'é veillant au
milieu de la nuit, il vit toute l'église resplendissante de
lumières. Saisi d'épouvante, il chercha une issue pour
s'échapper ; niais après avoir essayé d'ouvrir une pre-
mière porte, puis une autre, et reconnu qu'elles étaient
toutes fermées, il se coucha par terre et attendit en
tremblant pour sortir de ce lieu l'instant où le peuple
s'assemblerait pour chanter les hymnes du matin* Pen-
dant ce temps, il vit deux personnages se saluant avec
un respect mutuel, et s'entretenant avec sollicitude de
choses qui les intéressaient. Bientôt le plus jeune parla
ainsi : « Je ne puis soutenir plus longtemps les larmes
de la femme d'Aétius. £lle me supplie sans cesse de
ramener des Gaules son mari sain et sauf, tandis que le
jugement de Dieu en avait décidé autrement. Gepen-
i Maurieiatus, (V. Géographie de Grégoire de Toure et de Fr^
dégaire,) .
Uiyiiized by
VICTOIBE D'AÉTIUS. 06
dant, en faveur de sa singulière piétés j'ai obtenu la
vie de mari, et je me hâte de le ramener ici irivant;
mais j'engage celui qui entendra ces paroles à se taire
et à ne pas oser divulguer les secrets du Seigneur,
« s'il ne Teut périr pramptement sur cette terre. » Le
pauvre^ après avoir entendu ces paroles^ ne put garder
le silence. Dès que le jour commença à paraître^ il dé*
couTrit à la femme d'Aélius tout ce qu'il avait entendu;
et, lorsqu'il eut parlé, ses yeux se fermèrent à la lu-
mière.
Aétius, réuni aux Goths et aux Francs, livra done
batnillc à Aftila. Celui-ci, voyant que son armée allait
être détruite, eut recours à la fuite. Mais Tbéodoric, roi
des GoIbSf périt dans la bataille. On ne saurait douter
que rariîiée ennemie furinise en fuite par Tintercession
du saint évéque. Le patrice Aétius et Tborismond
remportèrent la victoire et détruisirent les ennemis.
* La guerre étant terminée, Aétius dit à Tborismond :
c Uàte-toi de retourner dans ta patrie, de peur que ton
frère ne se jette sur le royaume de ton père, et ne t'en
dépouille. » D'après cet avis, Tliorisuiond se bâta de
parUr pour prévenir son frère et pour prendre le pre^
mier possession du trône de son père. Aétius se délivra
par une ruse pareille du roi des Francs. Après leur dé-
part il pilla le campS et retourna victorieux dans sa pà-
* Le texte dît spoJiato eampo^ ce qui parait signifier ravager
la campagne, traduction en effet adoptée par MM. ûuadet et
Taranne. Mais comme le chef romain ^tait venu au secours des
populations de la Gaule et qu'il n'avait aucun motif de ravager
une province appar^*- « l empire et déjà maltraitée par iea
4.
Digitized by Google
66 ' AÉTIUS.
trie avec un butin considérable. Attila se retira airee '
lin petit nombre des siens ; peu après lès Ëuns s'étaiit
emparés d'Aijuilée, qu'ils incendièrent et détruisirent,
se répandirent dans lltalie et la rayagèrent. Thoris-
mond, dont nous avons parlé plus baut, souniit les
Aîains par la force des armes; ensuite, après beaucoup
de différends et de guerres, il fut vaincu par ses frères
et péril étranglé *.
VIII. — Après avoir disposé et décrit ces événements
selon l'ordre des temps, j'ai cru qu'il ne m'était pasper-
mis de passer sous silence ce que Rénaius Frigéridus •
rapporte ausiget d'Aétius dont il vient d'être question.
h raconte, dans le douzième livre de son histoire, qu'à
la mort du divin Ilonorius, Valentinicn, encore en-
» faut, et n'ayant accompli qu'un lustre, fut créé em-
pereur par son cousin germain Théodose, et que le
tyran Jean s'éleva à l'empire de Rome; après avoir dit
que les députés de cet usurpateur furent traités avec
mépris par bésar, l'historien ajoute : a A la suite de
« cette réception, les députés retournèrent vers le ly-
c ran, lui rapportant les menaces les plus terribles. Ces
« menaces déterminèrent Jean à envoyer aux Huns,
« avec beaucoup d'or, Aétius à qui était alors conûé le
Huns, il est plus vraisemblable que campo est pris ici pour cas-
tri$t ce qui n'a rien dY'toncont dans lo latin de cette époque, et
qu'il s'agit du camp ou d'une partie du camp abandonné par
lea Huna dans leur retraite. Peut-être aussi ce mot désigne-t-il
le champ de bataiUe.
» En 458.
« Historien qui n'est connu que par ce passage de Grégoire
de Tours.
Digitized by Google
AÉTIUS, * Ô7
k soiil de lM>ii palais. Celui-ci les a^ait cbnnus dans le
à tetnps on il était chez ce peuple en otas:e, et était lié
a avec eux d'une étroite amitié. Il leur porta les insiruc-
« lions suiTantes : Aussitôt que les ennemis èntreraient
« en Itîlliej ils les atlacpieraient par derrière, tandis que
a lui-même les prendrait de front. Mais comme nous
« Aurons pair la ^liile beaucoup à parler d'Aétius, je crois
« utile de dire quelque cliose do sa naissance et de son
a Caractère. Son père Gaudeutius^ de la principale yille
'« de la province de Scythie, ayant commencé la gume
« paf rétat do domestique, parvint jus(iu'au grade de
i maître de la cavalerie. Sa mère était une Italienne
m
€ noble et* riche; Aétilis, prétorien dès son enfance^ fût.
a à trois ans remis eu otape à Alaric, de là aux Iluns;
à ensuite^ devenu gendre de Carpilion^ il commença ^
9 en qualité de comte des domestiques^ à être chargé de >
a radniinislraiion du palais de Jean. 11 était d'une taille
«moyenne^ d'un corps vigoureux , saiis faiblesse di
c lotirâeur, d'un extérieur mâle et élégant , d'un ésprit
€ très-actif; cavalier agile, habile à lancer des flèches>
« adroit la lance à la main^ très- propre à la guérré7
(( excellent dans les arts de la paix. Exempt d'avarice ét
a de toute avidité^ il était doué des dons de l'esprit, ne
« s'écartant pas de son devoir par de mauvais penchants,
tf sup[)orlant les injures avec une grande patience,
« aimant le travail, ne craignant aucun tlani^er, souf-
ff frant avec beaucoup de courage la faim, la soif et les
a veilles. Il est certain qu'il lui fut prédit, dès son jeune
0 âge, à quelle puissance k destin Le réservait, et qu'il
Digilized by Google
88 DTTCS DES FRANCS.
« serait renommé dans son temps et dans son pays. »
Voilà ce qiie rapporte sur Àélîus rhistorien dont nons *
avons parlé. Mais reiiipcrcur Valentinien devenu
adnlle^ craignant la domination d'Aétius^ le tua sans
sujet. Lui-même à son tour, siégeant sur son tribunal
dans le cliaiiip de Mars ci parlant au peuple^ fut surpris
par derrière et percé d'une épée par Occyla, trompette
d'Aélius. Telle fut la fin de l'un et de l'autre.
IX. — Beaucoup de personnes ignorent quel fui le pre-
mier roi des Francs; Car bien que Sulpice Alexandre ^
parle beaucoup d'eux dans son liisloire, il ne mentionne
pas le premier de leurs rois et dit qu'ils avaient des
ducs : il est bon cependant de rapporterce qu'il raconte
de ces chefs. Apres-avoir dit que Maxime, ayant perdu
tout espoir tic conserver Tempire, reslait dans Aquilée
presque privé de tout^ il ajoute : « Dans ce temps les
« Francs, sous la conduite de» Gennobaude, Marcomer
« et Sunuon^ leurs ducs, fu eut irruplioa dans la Ger-
0 manie> et^ passant la frontière^ massacrèrent beaik
« coup d'habilanls, puis, ravageant des cantons d'une
a grande fertilité, portèrent répouvanle jusqu'à Co-
•
« logne. Dès que la nouvelle en fut yenue à Trêves^
et Nannénus et Quinlinus, commandants de la milice,
a à qui Maxime avait confié Tentance de son lils et la
a défense des Gaules^ assemblèrent une armée et, se
a rendirent à Cologne. Mais les ennemis, chargés de
a butin^ après avoir pillé les richesses des provinces»
1 Historien qui n'est connu, comme Rénatus Frigéridus, ^ue
par Grégoire de Tours.
•
Diyiiized by Google
DÉFAITE Et TICTOntE DES FRANCS. 6»
c repassèrent le Rhin, laissant sur le territoire de Tem-
c pire plusieurs des leurs prêts à renouTeler les ra-
« Tages. Les Romains combattirent a^ec avantage et
a tuèrent un grand nombre de Francs près de la forêt
. a Charbonnière. Comme on délibérait pour savoir si^
ff à la suite de cette Tictoire^ on devait se jeter dans la
a France* , Nannénus s'y refusa , sachant bien que le
< Francs étaient prêts à les recevoir» et qu'ils seraient
«certainement plus forts chez eux. Quintinus et le
o reste de Tarmée étant d'un avis différent^ Nannénus
- ^ c retourna à Hayence. Quintinus, ayant passé le Rhin
a avec son armée auprès de Nuitz, arriva le deuxième
a jour de marche depuis le fleuve à des demeures
« inhabitées et à de grands villages abandonnés. Les
«Francs, simulant répouvante, s'étaient retirés dans
« des bois très-touHus et avaient fait des abattis sur
« la lisière des forêts. Les soldats romains» après avohr
a incendié toutes les maisons, croyant dans leur lâcheté
cstupide que déployer contre ces murs leur fureur
a c'était consommer leur victoire» passèrent sous les
a armes la nuit dans Tinquiétude. Des la pointe du
« jour» étant entrés dans les bois» conduits par Quin-
«tinus, ils s'engagèrent presque jusqu'à la moitié
« du jour dans les détours des chemins et s'égarèrent
« tout à fait. A la ûn» arrêtés par une encemte de fortes
« palissades» ils se répandirent dans des champs maré-
a cageux qui touchaient à la forêt. Quelques ennemis
, c 80 montrèrentsur leur passage» montés sur des troncs
< Fr<ne»a, «lors le oays d'o^tre-Rhin. (V. Oéogr,)
Diyilizea by CjOOglc
70 VICTOIRE DES FRANCS.
' «d'arbre entassés ou sur des abattis. Du haut de ces
« sortes de tours^ ils lançaient, conune si c'eût été avec
è déd biâcbiiieé de guerre, des flèches trempées dans le
« poison des herbes ; de sorte qu'une mort certaine était"
a la suite des blessures qui n'avaient fait qu effleurer la.
t peàu» inôhie dans des parties du coirps où les coaps
<r ne sont pas mortels. Bientôt l'armée, environnée d'un
ci grand nombre d'ennemis, se précipita avec empresse-
è nlënt dans les plaiiies que les Francs avaient laissées
à ouvertes. Les cavaliers s*étant plongés les premiers
k dans les marais, on y vit périr pêle-mêle les hommes
i ët lëb bheVaùx. Les fantassins que le poids des che-
«vaux n'avait pas écrasés, plongés dans la fange et
& débarrassant leurs pieds avec peine, se cacbaient de
â iidiiifeâti én iremblant dans les bois dontils venaientà
<î peine de sortir. Les légions ayant rompu leurs rangs
S tniBiit hiàssacrées.Héraclius, tribun des Joviniens, fut
à thé ainsi qiie la plupart des officiers; un petit nombre
« trouva son salut dans l'obscurité de la nuit et parmi
« les retraites des forêts. » Voilà ce que rapporte Sulpice
Âlexandire dans le troisième livre de son histoire.
Dans le quatrième, après avoir raconté le meurtre
de Victor, fils du tyran Maxime, il dit : « Dans ce temps,
« Charietton et Syrus, mis à la place de Nannénus,
« s'opposèrent aux Francs avec une armée dans la Ger-
« mànié. » Ët après quelques mots sur le butin que les
Francs avaient remporté de Germanie^ il ajoute : « Àr-
« bogaste, ne soutirant aucun délai, engagea Gésar à
c infliger aux Francs le cliâtiment qulls méritaient^ à
Diyiiized by
ABAISSEMENT DE VALENTiXIEN. , 71
«ipoins qu'ils ne reslituasseni tout ce que dans l'aii-
« née prcccdcnle ils avaient pille après le massacre des
« légions, et qu'ils ne livrassent les auteurs de la ^uerre«
a afin qu'on les punit d'avoir violé perfidement lapaix.»
H raconte ce qui se passa pendant le commandement
de f (larieiton et de Syr us, et «youte: a Peu de jours après»
« ayant eu une courte entrevue avec Marcomer et les
«oflicicrs royaux des Francs, et en ayant reçu des
o otages, selon la coutume^ le général romain se retira
« à Trêves pour y passer l'hiver. » Gomme 11 les appelle
^royaux \ nous ne savons s'ils étaient rois ou s'ils en
tenaient 1^ place. Le même bistorien» rapportant la si-
tuation critique de l'empereur Valentinien, ajoute :
« Pendant que divers événeuionls se passaient dans la
Tbrace^en Orient» Tétat des affahrcs était trouvé dans
é la Gaule. Le prince Valentinien^ renfermé à Vienne
a dans i mlérieur de son palais^ était presque réduit
cau-<le8Sp|:{^* de la condition de simple particulier» le
« soin des affaires militaires se trouvait abandonné à des
asaleliilob iiancs, et les aiïaires civiles étaient passées
« entre les mains de la faction d'Arbogaste. Parmi tous
0 les soldais engages dans la milice^ on n'en trouvait
.« aucun <|ui osàl obéir au\ ordres ou aux discours par-
« ticubers du prince. » 11 rapporte ensuite que» dans la
uicinc année, Arbogasle, poursuivant Sunnon et Mar-
comer, petits rois des Francs, avec T ardeur d'une haine
qui avait son origine dans leur propre pays» se rendit
1 Le texte de Sulpice Alexandre porte, à ce que fait observer
Gr<''guire de Tuurs, regalthut et non regibw»
Tft tE TYRâK SU6ÈNË.
à Cologne au milieu des plus grandes rigueurs de l'hi-
pensant qu'il pénétrerait facilement dans les re»
traites des Francs^ et y mettrait le feu lorsqu'ils ne
pourraient plus se tenir en embuscade dans les forêts
arides etdépouiUées de feuilles. Il passa donc le Rhin à
k tête de son armée et ravagea le pays des Braetères,
qui sont le plus près de la rive> ainsi qu'un village
habité par les Chamaves^ sans que personne se présen*
tât^ si ce n'est un petit nombre d'Ampsuaires et de
Gbattes, commandés par Marcomer^ qui se monlrèrent
sur les plus hauts sonunets des collines K Là, laissant
de nouveau tant ces ducs que ces chefs royaux, Tbisto-
rien indique clairement que les Francs avaient un roi,
brsqu'il dit, sans mentionner de nom : « Ënsuite le
« tyran Eugène, ayant entrepris une expédition mili-
« taire, après avoir, selon sa coutume^ renouvelé les
«anciens traités avec les rois des Mamans et des
• t Francs^ gagna la limite du Rhin pour effrayer les na-
« lions sauvages par Taspeci d'une armée considérable. »
C'est là tout ce que le susdit historien a raconté des
Francs.
Rénatus Profuturus Frigéridus, dont nous avons déjà
parlé, rapportant la prise et la destruction de Rome par
les Gotbs, dit : « Pendant ce temps, Goarc - ayant passé
« aux Romains, Respendial, roi des Alains % retira
■
1 Ces tribus faisaient partie de la confédération des Francs.
* Uoi eu ( lief d'une tribu d'Alains.
* D'ajires une note de MM. Taraiinf et Gu idet. c'est Alains
Ahini, et non Alanians, Alamanni, qu'il faut lire dans le textl
des principaux manuscrits. [Édit. Taranne et Guadet, p. 78.)
Diyiiizea by"
LE TYRAN CONSTANTIK. 7$
« son armée des bords du Rhin, parce que les vandales
a étaient en ^erre avec les Francs. Le roi Godégisèle
' a aTait miccombé^ une armée de près de Yingt mille
c hommes avait péri par le fer; et les Vandales auraient «
a été détruits si les Alains ne les eussent secourus à
c temps. » Nous sommes étonnés que, désignant par
leui^ noms les rois des autres nations, Thistorien ne
•
nomme pas aussi celui des Francs. Cependant lors-
qu'il dit que Constantin S s'étant emparé du pouvoir^
ordonna à sou ûls Constant de quitter TËspagne pour
le Tenir trouver, il raconte ce qui suit: cGonstontin
« ayant mandé d^Espagne son fils Constant, qui s'y était
« en même temps déclaré tyran, afin de délibérer en-
c semble sur Fétat des affaires présentes. Constant
c laissa à Sarap^osse toute sa cour avec sa femme, con-
a ûa les affaires d'Espagne à Gérontius et se rendit sans
c s'arrêter auprès de son père. Dès qu'ils furent ensem-
« ble, après avoir laissé passer plusieurs jours, voyant
« qu'il n'y avait rien à craindre du côté de ritalie,Con-
c stantin se livra à la déhanche et à Fintempérance^ et
c engagea son fils à retourner dans sa province. Pen-
« dant que celui-ci, après avoir envoyé ses troupes de-
« vant^ demeurait encore avec son père, des courriers -
c arrivant d'Espagne lui annoncèrent que Gérontius
« avait établi sur le trône Maxime, un de ses clients %
« et que, secondé par les nations barbares, il faisait des
1 Simple soldat d'une légion romaine cantonnée dans la
Grande-Bretagne ; il se fit proclamer empereur en 407.
• En 410.
ir préparaUfs de guerre. Effrayés de ces nonvetles, f
a. Constant et Décimus Rusliciis, celui-ci de tnaître dc$
« of^oe^ était Revenu préfet des Gaqle^ après aToiir«
^ tf envoyé lldobio ani Germains^ marchèrent Ters les
« Gaules &vec les Francs^ les Al^n^^ns et toutes leurs
K trouped^ Ikrojetant de retourner bientôt pr^ de Gon-
K staniin, p De même, lorsqu'il raconte que Gonstantin
§tait assié^ç^ Thistorien dit : 9 A peine quatre mois
% «'élM^t ^9ulés depuis que Qon&timtiQ ^tait wi^é»
9 lorsque tout à coup des messagers venus de la Gaule
f Ult^kur^ axw^acèreul que Jûyîu s'était revêtu des
n immom^ roy^y»» et qu'uoeompiippé des Bonrgqi-
« gnpnS;, des Alamans, des Francs et des Alains, il me-
^ n^t le^ ^^^eAut^ ftvec toutesou ^mée. Le«i a&saii-
f tolits prêtèrent lesiége«etGaQ9tanUiioaTrit|esp<Nrtefli
q de ville et se rendit. Couduit aussitôt en Italie, il
« t\A déi^pité $ur tes ^ord» du Vinçio p^ des
q cuteprfi que ]e prince ^QTPy^ ^Mewit de Ini. »
Get histovi^u dit ei;icçp:e : « Dans le même temps^
« Décimus Ru^ieus» pré{e( de» tyrans^ Agrqétius, qui
9 ayi|it été çhef des secrétaires de Joyin, et un grand
a nombre il« uobles étant tombés, en Auvergne, entre
« }^ des généraux d'Hop(»rii|s, 8id;»irent un ri-
n gQMreux suppliée. Les Francs pillèrent et Incendièrent
« la ville de Trêves dans une seconde irruption. » As-
t^jrius'siyiipt été élevé à la dignité de patrice par des
lettres impériales, Rénatus ajoute : «r Dans le même
a temps Cas^nus, comte des douicbtiques, {ut mis a la
t tête d^unc expédition contre les Francs et envoyé dans
DfQitized by Google
LE» FRâXCS passent L£ RHIN. 75
ir les Gaules. » Voilà ce qiie ces historiens racontent <les
Francs. L historien Urose s'exprime ainsi dans le sep-
tièHie livre de son ouvrage : « Stilicon ayant rassemblé
• des troupes écrasa le? Franc?, pnssa le Uliîn, parcou-
re rut les Gaules et alla jusque vers les Pyrénées. » Ce
sont là )es renseignements que les historiens dont nous
avons parlé nous ont laissés sur les Francs, sans nous
4ire le n<uu de leurs rois. Un grand nombre racontent
que ces mêmes Francs, abandonnant la Pannenie, s'éta-
blirent sur les bonis du Rhin; qu'ensuite, traversant
ee ûeuve^ il passèrent dans le pays de Tongres et que
lè^ dans lenrs bourgs et dans leurs villes, ils créèrent
pour les commander les rois chevelus pris dans la
première et^pour ainsi dire, dans la plus noble de leurs
flimilles. Comment les Tîetoîres de Clovis assurèrent
ensuite ce titre à sa famille^ c'est ce que nous montre-
rais phis tard.
Nous lisons aussi dans les Fastes eonstUaires que Théo^
domer, roi des Francs, fils de Ricbimer, et sa mère As-
eyia, furent massacrés. On dit aussi qu'alors Clodion,
auflsi distingué dans sa nation par son mérite que par
sa noblesse, fut roi des Francs; il habitait Duysborch
dans le pays de Tongres. Dans cette même région, mais
du côté du midi jusqu'à la Loire, habitaient les Romains.
4
J II y a doute s'il faut lire Uhcnus on Menus; cependant les ma-,
auscrits portent plus gént'raleiiicnt Rliernis ; quant à Ttionngia,
ce doit être le pays de J ongres (anciens Èhurons , voir Gcogra-
fU» éê iSrégoire dê Tours) , plutôt que la Thuringe ; la suite da
récit se concilie mieux avec cette supposition.
* Ditpargum, (V, la Géoi/raphie,)
76 IDOLATRIE DES FRANCS.
«
Au delà de ce fleuve le pays était soumis aux Goths. Les
Burpondes, attachés également à la secte arienne, habi-
taieut de l'autre côté du Hhoiie qui passe à Lyon. Clo-
dion^ ayant envoyé des éclaireurs vers Cambrai, vint
en personne examiner tout le pays, écrasa les Romains
et s'empara de cette \ille*. Après y être demeuré quel-
que temps> il étendit ses conquêtes jusqu'à la Sonune.
Quelques-uns prétendent, que le roi Mérovée^ qui eut
pour ûls ChildériC; était né de sa race.
X.— Mais ce peuple continuait de se montrer adonné a
ridolâtrie et à méconnaître Dieu. Les Francs s'étaient f^il
des images des forêts, des eaux^ des oiseaux, des bétes '
sauvages etd'autres objets^ et ils avaient coutume de les
adorer comme des divinités et de leur offrir des sacrifi-
ces. Oiil si cette voix terrible que Dieu fit entendre au
peuple par la bouche de Moïse avait frappé les fibres de
leurs cœurs : Vous n'aurez point d'autres dieux que
moi; vous ne vous ferez point d'image taillée^ et vous
n'adorerez aueuM figure de ce gut est dans k del et sur
la terre y ni de tout ce qui est dans les eaux : vous ne
ferez point cela et vous ne leur rendrez pas de culteK
Et ces paroles-ci : Vous adorerez le Seigneur votre .
Dieu, vous ne servirez que lui seul, et vous ne jurerez
que par son nom'. Et qu'auraient-ils dit s'ils avaient
vu quelle vengeance tomba sur les Israélites parce qu'ils
avaient adoré le veau d'or^ et qu'après les festins et les
t Vers l'an 446.
^ Exode, chap. xx, v. 3, 4.
* Deut&on^t chap. vi, v. 13,*
Diyilizea by <jO
IDOLATRIE DLH tKANCS. 77
chants^ après les débauches et les danses, leur bouche
inapure s'était écriée, en parlant de cette idole ; Voici
tes dieuxy ô IsraHI qui t'ont tiré de V Egypte^? Il en pé-
rit Tingt quatre mille. Qu'auraîent-ils dit de cenx qui,
s'étant associés aux profanes mystères de Belpliégor et .
mêlés aux femmes impures des Moabites, furent. foulés
aux pieds et égorgés par leurs parents ? Au milieu de ,
ces crimes, le prêtre Pliinée apaisa par la mort des
adultères la colère de Dieu, et ce zèle lui fut imputé à '
Justice. Qu'auraient-ils dit si ces paroles terribles que le .
Seigneur prononça par la bouche de David avaient re-
tenti à leurs oreilles : Tous ces dimx des nations sont
des démons, mais le Seigneur est le créateur des deux*?
Ët : Les idoles des nations ne sont que de l'argent et de
Jor^ et l'ouvrage des mains des hommes: que ceux qui
les font leur deviennent semblables, avec tous ceux qui
mettent en elles leur confiance ^ Ou ceci : Que tous cetiX'
là soient confondus qui adorent des ouvrages de sculp-
ture et qui se glorifient dans leurs idoles^. Et encore ce
que dit le prophète Habacuc : Que sert la statue qu'ils
ont faite P ils l'ont façonnée et ce n'est qu'un fant&me
inanimé. Elle est couverte d^or et émargent, et elle est
sans âme et sans vie ; mais le Seigneur habite dans son
temple saint: que toute la terre fasse silence devant luiK
Un autre prophète dit encore : Que les dieux qui n'ont
t Exoâêf cliap. xzxn, t. 4.
• PfftIMIM XCV, Y. 6. '
• Psaume cxiii, v. 12, 16. ' '
♦ Piaume xcvt, v. 7.
* Habacuct chap. ii, v. 8, Vè, 20, '
n PÀROLBSI, DES PROPHÈTIS.
pot'nf fait îê ml 4t la terre périssent êo%ts h eiel et soient
exterminés de la terres De même ailleurs : Voici ce
que dit le Seigneur qui a créé iee cieux^ le Dieu qui a
créé la ien-e et tout ce qui s'y trouve, et qui Ta façon-
née, et qui ne Ta pas créée en vain, mais qui i'a formée
afin qu'elle fût habitée ; Je êui$ le Seigneur, ^eet là h
nom qui m^eet propre, je ne donnerai pas ma gloire à
un autre, ni mon pouvoir à des idoles qui ne durent
fu'un instante Et ailleuTB: Yu-M quelqu'un parmi
les faux dieux des nations qui fasse pleuvoir ^? Ët Dieu
dit encore par la bouclie d'isaîe : Je suie le premier H
je suis le dem,ier ; et iln'y a âe Dieu que moi seul ; penê^i
donc y avoir un créateur que je ne connaisse pas? Tous
ees arti&une d'idoUs ne sont rien; leurs ouvrages leê.
plus estimés ne leur serviront • de rien ; iU sont èum-mê*
mes témoins, à leur confusion, que leurs idoles ne voient
point et ne comprennent point*, Tous c^usquiprentmî
part à cet ouvrage seront eoHfondusi c^a** t^^s m e^tt*
sans ne sont que des hommes. Comment donc un homme
estril assez insensé pouf vouloir former uneUeu,etpùUit
jeter en fonte une etatue qui n'est bonne à Hen f ilet
'mis le fer dans le feu et l'a battu avec le marteau pour
en forger une idole; it ff a empiogé eoute la forée de
son bras» De même k eéulpteur a formé au compas et
fait enfin l'image d'un homme qu'il a rendu le plus beau
quHt a pu, et il l'a logé dans une niche. Il a confié du
I Jérémie, chap. x/v. 11.
* Uàie, chap. xlv, v. 18; chap. XLU, 8.
> JérénUe, chap. xiVrV. S2.
Digitized by Google
L^ËMPËRËUB ÀYtTtlS. 1»
hois, il Va îramillé, il en a fait une image et Va adorée
comm tm dteti ; il a réuni sa memdres wcec du tHùm
et un marteau, afin qu'ili ne ee séparaseem past OH Im
porte parce qu ils ne peuvent marcher ; du surplus du
bois, rftomme a fait du f6u et $'e$t chauffé. Et c Mdece
même bois qu'il a faitUndièUeiuneidUîtèBtuMlaquétk
Use prosterne^ et qu'il prie en lui disant : DéliiTez-moi;
tt& ma itei fnoh Dieu. J'ai fait du feu dé ta moitié ès
ce bois, fai fait cuire du pain tés thathànSyfy ai
fait cuire la chair que fai maîigée, et du surplus je ferai
uné idiùîe ; je m» prosteftmai demnl un (ftme it'ardrt.
Une partie de ce bois est dijà réduite eH éènâtééy étt^
pendant son cœur insensé adore Vautre, e{ il ne pense
point à tttèt ècn âme de VigaremeM où elk est, eti dt-
sant: peut-élre cet ouvrage de mes mains n*eH qu*un
mensonge^ La nation des Francs ne comprit pas cela
d'ftbok'd, maii elle le l«coittiul pltin tand, eôttime lé r&«
conte la suite de celte Ijistoire.
XL— Le sénateur Avitus, citoyen d'Auvergne^ comme
ôn le ^ii, parvînt à l'empirp romainS mais les déréglé-
ments de sa conduite le lircnt rejeter par lu sénat; il îii\
alors consacré évéque de Plaisance. Gomme ii vit que
le sénats totqours irrité> en voulait à sa vie, il paHil
chargé d'un grand nombre d'oirrancjt^s pour la basilique
du bienheureux martyr saint Julien d'Auvergne. Mais,
ayant atleint en route le iei'nie de tte, tt tnbut* ut et
fut porté au village de Brioude , et enterre aux pieds du
i I«aï«, chap. XLiv, v. 6, S(K
S En 455.
80 CUILDÉRIC £ï ^GIDIUS.
saint martyr. Hsjorîen loi succéda à l'empire S et dans
les Gaules le Romain ^Ëgidl us fut nommé maître de la
milice.
XIL— ChildériCy s'adoniiant à une luxure effrénée^ se
mil à déshonorer les filles du peuple des Francs sur
lequel il régnait Ceux-ci, indignés, le chassèrent-
Voyant qu'on en voulait même à sa me, fl se réfugia
dans la Thuringe, laissant un homme dévoué qui pût
adoucir par ses paroles les esprit^ furieux. En outre
pour convenir d*un signe qui lui fît connaître quand 0
serait temps de retourner dans son pays^ ils coupèrent
une pièce d'or dont Ghildéric emporta une moitié,-
tandis que son ami garda Fautre, disant : « Quand je
t'enverrai cette moitié, et que les deux parties réunies
formeront la pièce entière, tu pourras revenir en toute
sûreté dans ta patrie. » Childéric s'en alla donc en Thu*
ringe, et se cacha chez le roi Basin et chez sa femme
Basine. Après TavoUr expulsé, les Francs élurent d'une
voix unanime cet iEgidius qui avait été, ainsi que
nous l'avons dit, envoyé par la république romaine
comme maître de la milice. Celui-ci était déjà dans la
huitième année de son règne lorsque le fidèle ami de
Childérici ayant secrètement apaisé les Francs, envoya
des messagers avec la moitié de la pièce qu'il avait gar- .
dée. Le roi, certain par cet indice que les Francs dési-
raient son retour et le rappelaient eux-mêmes, quitta
la Thuringe et fut rétabli dans son royaume. Tandis
que le Romain et le Franc régnaient simultanément,
>£a457.
Digitized by Google
L'ÉVÊQUE VÉNEBANDK.
Bashie^dont nous avons parlé plus haut, abandonnàsôb
mari et vint trouver Ciiildéric. ("oniine il lui demandait
avec empressement pour quel motif elle venait d'un
pays si éloigné, elle répondit, à ce qu'on raconte : « Je
connais ton mérite el ton grand courage. C'est pour cela
que' je viens habiter avec toi> car sache que si j'avais
connu au delà des mers un homme qui valût mieux
que toi, j'aurais voulu vivre avec lui. » Celui-ci plein
de joie l'épousa. Il en eut un fils qu'on appela du
nom de Clovis. Ce fut uii grand roi el un redoutable
guerrier.
XIII. — Après la mort de saint Ârtémius en Auver^
gne, Vénérande, un des sénateurs, fut ordonné cmmiuc.
Paulin nous apprend ce que fut ce pontife eu disant ;
< Si vous voyez les dignes prêtres du Seigneur, Exsu-
a père à Toulouse, Simplicins à Vienne, Amand à Bor-
0 deaux, Diogénien à Albi, Dynamius à Angoulême^
« Yénérande à Glermont, Alithius à Gahors, ou Pégase
a à Périgueux, quels que soient les vices du siècle, vous
verrez assurément les plus dignes gardiens de la
« sainteté, de la foi et de la religion. » On dit que Yé-
nérande mourut la veille même du jour de Noël. Le
matin de la féte^ une procession solennelle suivit
son convoi. Après sa mort, il s^éleva parmi les citoyens
une honteuse querelle au sujet de i'épiscopat^les partis
en désaccord voulaient élire chacun un évéque, et il y
avait parmi le peuple de très-grandes dissensions. Un
dimanche, pendant que les évèques siégeaient, une
femme voilée et vouée à Dieu s'avança hardiment et
6.
8t RUSXICUS £1 PERPÉXUUS.
leur dît t « Écoutez-moi , pontifes du Seigneur > sachea
que le3 hommes élus par ces gens-là pour le sacer-
doce ne plaisent point à Dien, car le Seigneur choisira
luf-même aujourd'hui son évêque. Cessez donc d'ir-
riter et d'agiter le peuple> mais soyez un peu patients,
car Dieu tous amène celui qui doit gouyerner cette
Eglise.» Au milieu de rétonnement général survint,
un hooime appelé Rusticus> prêtre du diocèse même ,
de Qermont; il aTait déjà été désigné à cette femme
dans une vision. En le voyant elle s'écria : « Voilà celui
qu'a choisi le Seigneur; c'est le pontife que Dieu vous
a destiné : qu'il ^t nommé évéque» » Le peuple, à
ces mots, oubhant ses dissensions, proclama que c'était
un choix digne et juste» Husticus, placé sur le siégo
cpiscopai.. devint, à la satisfaction d^ touSi le septième
évêque de Clerniont.
XI V.^Dans la ville de Tours, Févêque Eustoche étant
mort dans la dix-septième année de son pontificat eut
pour successeur Perpéluus, qui fut le cinquième depuis
s saint Martin. Témoin des fiéquents miracles qui s'opé*
raient sur le tombeau du saint, cet évêque jugea indigne
de tant de miracles la petite chapelle qu'on y avait
bâtie. 11 la fit donc enleyer et la remplaça par la grande
nasiiique qui subsiste encore aujourd'hui, et (jui est à
cinq cent cinquante pas de la vilie^ £Ue a cent soixania
pieds de long sûr soixante de large; sa hauteur jusqu'au
plafond est de quarante-cinq pieds; elle a trente deux
fenêtres du côté de l'autel, vingt dans la nef, et qua-
rante-une oolonnes; dans tout l'edificei il y a cin(|uante«
Digitized by Google
dèttiteùètres, ceui vingt colonnes et huit portesi dont
troift du côté de l'autel et efauf ^sla Héf. Cette basi*
lique a trois fêtes solennelles, qui sont la Dédicace de
réglisé, la Translation du corps et FÂnnWersaire de
la consèbration in sattil comme érèqué. On ollèbrt
celle-ci le i juillet, et celle de la Tratislation le il no*
Tembre. Quiconque obsenre exactement ces fêles mérile
]àprotectioA du saint évêque dâhs ce inonde et dans
Vautre. Comme le plafond * de la première chapelle
était d'une structure élégante^ le pontife erut ne pae
detoir laisser périr cet ouvrage. D éioTa^ en Utonneur
des saints apôtres Pierre et Paul, une autre basilique
dans laqueUe fut placé ce plafond» U fit aussi con-
struire , au nom de Jésus-Christ^ un grand nombre
d*autres églises qui subsistent encore.
X V.— Dand ce même temps^ la basilique du bienbett»
reux martyr Symphorien d'Autun fut bâtie par le
prêtre Ëuphronius qui, par la suite, panrint lui-même
à révèchè de cette tille. Ce fut lui qui envoya» en grande
dévotion, le marbré qui est placé sur le tombeau de
saint Hartin.
XVI.— Après la mort de Fétêque Rustictts^ saint
Namalius devint le huitième évêque de Clermont. Il fit
1 Le texte porte caméra : ^uontaiA eaiMfa tf^tvltf Uîius prioris
éleganti opère fuerat fahrieûta, H. Albert Lenoîr a cltirement in*
' diqué, «n étudiant ce passage de Grégoire de Tours, q^ue ce mot
désigne le plafond qui surmontait les nefs. On traduisait ordl«
naîrement catnera par voûte, bien qu'il soit difllcile d'admettre
qu'une voûte j)uisse être transportée d'une église à une autre.
[Architeciun monasUqutj par Albert Lenoir, p. 326.)
Digitized by Google
84 BASILIQUE DE CLERMONT.
bâtir l'église qui subsiste encore, et qui est la principale
dans les murs de la ville. £lle a cent cinquante pieds
de long» soixante de large, cinquante de haut dans
rintérieur de la nef jusqu'au plafond : au-devant est
une abside ronde» de chaque côté s'étendent des ailes
d'une élégante structure» et tout Tédiflce est disposé èn
forme de croix. U a quarante-deux fenêtres, soixante^^-
dix cdonn^ et huit portes. Une pieuse crainte de Dieu.-
se fait sentir dans ce lieu, où pénètre une vive clarté;
et très-souvent les religieux y sentent des parfums qui
semblent provenir de suaves aromates. Les parois du
côté de Tautel sont ornées de différentes espèces de
marbres ciselés- avec beaucoup d'élégance. Lorsque
rédiûce eut été achevé au bout de douze années» Namar
tins envoya à Bologne^ ville dltalie^ pour demander les
reliques de saint Vitalis et de saint Agricola^ crucifiés»
comme on sait» pour le saint nom du Christ notre Dieu.
XVII.— La femme de Namatius bâtît^horsdes murs de
la ville^ la basilique de Saint-Ëtienue».et voulant la faire
orner de peintures» elle portait dans son sein un livre
où elle lisait l'histoire des actions des anciens temps,
indiquant aux peintres celles qu'ils devaient repré-
senter sur les murailles. Un. jour il arriva, comme elle
était assise dans la basilique et occupée à lire» qu'un
pauvre vint pour prier; en apercevant cette femme
d^à vieille et vêtue d'une robe sombre» il la prit pour
une pauvresse et lui porta un morceau de pain qu'il
posa sur ses genoux, après quoi il s'en alla. Celle-ci»
ne dédaignant pas le don du pauvre qui n'avait pas
Digitized by
CBILDÉmC ET ODOACRB. 86
reconnu son rang, l'accepta avec des remerciements. Elle
garda le pain^ le plaça deyant elle dans tous ses repas,
s'en servant tous les jours pour la bénédiction, jusqu'à
ce qu'il n'en restât plus.
XYIII. — Cbildéric porta la guerre sons Orléans;
Odoacre vint avec les Saxons à Angers. En ce temps
une épouvantable peste désola le peuple, ^gidius
mourut, laissant un fils nommé Syagrius. Après la mort
d'/Egidius , Odoacre reçut dos otages d'Angers et d'au-
tres villes. Les Bretons furent chassés de Bourges par les
Goths^qd en tuèrentun grand nombre près du bourg de
. Déols. Le comte Paul, avec les Romains et les Francs, fit
la guerre aux Gotlis, auxquels il enleva un grand butin.
Odoaere étant venu à Angers, le Yoi Cbildéric arriva le
jour suivant, tua le comte Paul et s'empara de la ville
Ce même jour la maison épiscopale fut consumée par^
. un incendie.
XIX. — Sur ces entrefaites, la guerre éclata entre les
S^ttons étales Romains. Mais les Saxons, prenant la
fuite, abandonnèrent un grand nombre des leurs au
glaive des Romains qui les poursuivaient. Leurs îles
toent prises et ravagées par les Francs, qui tuèren
beaucoup de leurs babitants. Le neuvième mois de cette
année, il y eut un tremblement de terre. Cbildéric
conclut un traité avec Odoacre, et ils soumirent en-
semble les Alamans qui avaient envahi une partie de
ritalie.
XX. — Euric, roi d^s Goths, dans la quatorzième ainnée
1 Ce sont les Visigoths d'AG[uiiaind.
L yi .^ jci by Google
TICIOE, DfTG DES SEPT CITES.
dé Son règne» créa Victor duc de sept cités *• Gelui-d
yM, vàbikmml en Auvergne^ yo«l«nt ajouter la cité '
de Clermont à celles qu'il gouverna^, déjà* Ce fut lui
qui ût construire les chapelles souterraines qu'on voit
encore aujourd'hui dan» la basilique de Sainb>luUen^
ainsi que les colonnes qui sont placées dans l'église. U
ât aussi bâtir la basilique de Saint-Laurent et de Saint-
Geimaili > daâs te txmrg de Leginiac K Victor demeura
neuf ans en Auvergne. Il éleva des accusations calonn- .
nieuses contré le sénateur Ëuchérius, le fit jeter ea
ptiBon^ l'en lira de nuit> et le fit attacher à une mille s
muraille qu'il ordonna de faire écrouler sur lui. Crai-
gnant d'être assassiné à cause de ses débauches par les
gens de TAuvergne» il s'enfuit à Rome o£i see dérégIe->
ments le firent lapider. Ëuric régna encore quatre ans
aprèsk mort de cet homme, et mourut dans la ^ringl»
septième année de son règne K II y ont alors uii.noii»
veau grand tremblement de terre.
XXL Namatius, évêque d'Auvergne^ fut remplacé
à sa mort pair Éparohius, prêtre d'une grande sainteté et
de beaucoup de foi . Comme, en ce temps, l'église pos-
sédait dans l'enceinte de la ville une petite propriété»
l'évêque y avait sa demeure dans l'endroit qu'on nomme
aujourd'hui la sacristie, et pendant la nuit il se levait
pour alto rendre grftces à Dieu à l'autel de l'église. U
ai 1 ivd qu'une nuit> entrant dans cette église, il la trouva
t Ce fait doit marquer une des origines du nom de la Septi**
mAiiie. (Voir ce mot, à la Géographxei) ,
t Voir la Géographie, au mot Licoiuaeenm vient»
>Sn48S.
Digitized by Google
TENTATION SE L'ÉTÉQUB ÉPARCHIU& 81
pleine de démons; leur pribce lui-même vêlu à la
iiiiànièfe des femmeB^ était iissis dans la obaire épiamo*
pale. Le pontife lui dit : « Infâme prostituée^ ta m t<l
contentes pas d'îofecter tous les iieUK dd t66 pirofaûa-
tions» lu viem souiller mèmd le êiégtt ocnMtifi pat It
Sei^mcur en y posant ta personne infanin ! Sors de la
maison de Dieu» ne la profane pas davantage* i La
é^mon répondit t « Paiflcpiè tu me doiinei 1« Mdtil M
prosliluée, je l'environnerai de pièges * en l'ennam**
mant de passion pour les femmes, j» A ees motB> il t'é*
vanotlit comme de la fumée* En effet réfèque éprouva
de TÎolenls accès de concupiscence ; mais> armé du
dgne de la croix, il se préserva des atteintes de l'eil'
nemi. On rapporte quilût bâtir sut leBortimet du nkOAl
Cliantoin ^ un monastère où Ton voit aujourd'hui un
oratoire, ët où il s'enfermait pendant les tatnia JôUHI
du cairéme. Le jour de Mqueil il s'en retenait À bôII
église en chantant accompagne d*une grande foule dè
clercs et de laïques. A sa mort, il fut remplacé par Si*
doiné, ancien préfet C'était un homihé très-noble,
selon les dignités du siècle, et Tun des premiers séna*<
teurs des Gaules auquel même TempereutAvltUS avait
donné sa fille en mariage De son temps, pendant que
ce Victor dont nous avons parié demeurait encore* à
Glermont, il y avait dans le monastère de Saint42yr de
cette même Ville un abbé, noinuié Abraham, qui était
t Cantohennicut mon$,
1 Préfet de Rome, en 467, ious l'emperettr AnthéiiiiiM. Il t^i
nommé évêquo en 471.
> Papianilla. Sidoine l'épousa avant ^u'Avitiis ne fût empereur*
Digitizoû by C3t.)0^lc
88 SIDOINE APOLLINAIRE.
animé de la foi et des vertus du patriarche dont il por-
tait le nom, comme nous l'ayons raconté dans le livre
de sa vie.
• XXII. — Saint Sidoine était doué d'une telle éloquence
quesouvent il improvisait de la manière la plus brillante
sur quelque sujet qu'il voulût. Il arriva qu'un jour où
il avait été invité à la fête de la basilique du monastère
dont nous avons parlé ci-dessus, quelqu'un lui ayant'
méchamment enlevé le petit livre dont il avait coutume
de se servir pour célébrer les fêtes sacrées, il se trouva
tellement préparé qu^il récita toutToffice de la féte si
bien qu'on Tadmirait, et que les assistants croyaient
entendre moins un homme qu'un ange. C'est ce que
nous avons raconté avec plus de détails dans la préface
du livre que nous avons ajouté aux messes de sa com-
position. Comme il était d'une admirable saintej^é et,
ainsi que nous l'avons dit^ un des premiers sénateurs, il
emportait souvent de chez lui^ à Tinsu de sa femme, des
vases d'argent qu'il distribuait aux pauvres. Lorsque
celle-ci en était instruite, elle s'emportait contre lui, et
alors il restituait les meubles, mais en en donnant le
prix aux pauvres.
XXIII.»Âprès que Sidoine se fût consacré au ser*
vice du Seigneur , et pendant qu'il menait dans ce monde
une vie pleine de sainteté, deux prêtres se soulevèrent
contre lui, et lui ayant enlevé tout pouvoir sur les biens
de réglise, lui laissèrent à peine de quoi vivre et lui
firent endui'er de grands outrages. Mais la clémence
divine ne laissa pas ces injures longtemps impunies.
Digitized
SIDOINE ET LES DEUX PRÊTÉES. 80
car run de ces misérables^ indignes du nom de prêtre^
Tayant menacé ayant la nuit de l'arracher de Péglise et
entendant le son de la cloche qui appelait à matines, se
leva enflammé de fureur contre le saint de Dieu^ et
méditant dans son cœur pervers d'accomplir le dessein
qu'il avait formé la \eille. Mais étant entré dans le privé, '
il rendit Tâme en s'efforçant de satisfaire ses besoins*
Un serviteur attendait dehors avec un flambeau que
son maître sortit. Le jour paraissait; son complice^
c'est-à-dire l'autre prétre> lui envoya un exprès pour
lui dire : « Viens, ne tarde pas, pour que nous exécu-
tions ce que nous avons médité hier. » Mais comme
le mort ne pouvait répondre, le domestique, ayant sou-
levé le voile de la porte S trouva son maître mort sur
le siège, ce qui montra qu'il s'était rendu coupable
d'un crime égal à celui de cet Anus qui rendit de même
ses entrailles dans un pareil lieu. On ne saurait en effet
* appeler autrement qu'hérétique celui qui, dans une
église, n'obéit pas au prêtre de Dieu auquel a été remis
le soin de paître les brebis, et qui s'empare du pouvoir
que ni Dieu ni les hommes ne lui ont confié. Dès lors le
saint évêque, quoiqu'il lui restât encore un ennemi,
fût remis en possession de son pouvoir. 11 arriva ensuite
qu'il devint malade de la fièvre, et pria les siens de le
porter dans l'église. Lorsqu'on eut satisfait à son désir,
une multitude d'hommes, de femmes et d'enfants s'as-
semblèrent auprès de lui, pleurant et disant ^Pourquoi
1 Des tentures plus OU moins grossières servaient de portes
isns rintérieur des maisons.
nous délaisses-tu, bon pasteur?» ou : « A qui abandon**
fie^'ttt ceiUL-qi» tamori ?a rendre orphelins? Qaellft
«era nôtre me ^tèè ta mort? Qai> dtmi la «tiite> ndm
assaisonnera comme toi du sel de la sagesse? Qui nous
lâi|Mrera par aa i^udenoe la erainte du saint nom dt
' Dieut» Le peuple enMinêlàit éOB paroles âe gratiaes
lamentations. Enûti le pontife se sentant animé du
Saint'^fisprit leur répondit « N'ayes pas éé craintéi
. ô peuples ! Toilà que mon frère Apruncule Tit, et il
sera Yolre évéque. » Mais ceux<i, ne comprenant pas^
.oro^ient ifu'il parlait comme un homme en délire*
AuesitM après sa tnoH, le méefaaiit prêtre qui sunri*
iTait, animé d'une avidité coupable, s'empara de tous
les hieus de l^église^ comme s'il était déjà évêque^ et il
disait t « Le Seigneur a enfin jeté les yeux sur moi> et
il a vu que j'étais plus juste que Sidoine > et il m'a ac-
eordé ce pouYoiri j» Tandis qu'il promenait soû orgueil
pur la ynSIe, arrita le dimanefae après la moH du saint
homme* Le prêtre prépara un festin, lit inviter tous les
eitoyens dans la maison épisoopale et# sans reépeel
pour les TieiUiurds^ il se plaça le premier sur le lit*
L'échanson lui ayant oHerk une coupe lui dit : « Sel*
gneur > j'ai eu un songe que je Vous raconterai
si vous le permettes : je voyais la nuit dernière une
grande maison^ dans Tintérieur de laquelle était plaoé
un tr6ne; sur ce trAne siégeait un juge qui l'empop*
tait sur tous les autres par son pouvoir ; il était en»
touré d'un grand nombre de prêtres en vêtements
blàttC9, et d^itie foule innombrable de peuple. Pendant
Digiti/oû by Cjt.)0^lc
us PRÂTBB BT L'ÉGHAMfiON. il
que je contemplais eu tremblant ce spectacle, j'apergus
Je jNenhedrem Sidoiiie qaà s'éleiFail ait inilMU de
low, tocvnanl Tifemeat ce prêtre qui ywa» élail oher,'
et qui est sorti de ce monde il y a peu d'années;
oeiui<>ci fui ooofoiida, ei le roi ordonna qa'éQ le pkMi-|
geât an fond d'un eacbot. n fut emmené, et Sidoine
commença alors à s'élever contre vous, disant que
Yona atiei été complice da erime pour lequel le prêtre
venait d'être condamné. Comme le juge cherchait
aTec soin quelqu'un qu'il put envoyer vers tous, je
me cachai parmi les autrea et me retournai* craignant»
comme je vous suis connu, qu'on ne me choisît pour
cette misaion. Pendant que je réfléchissaia à cela en
éilence» tout le numde a'élant éloigné) je restai aeul|
le juge ni'ayant appelé, je m approchai de lui. A l'as-
pect de sa puissance et de son éclat» je demeurai inter*
dit et tremblant de crainte* U me dit alors : Ne
crains ri6n> jeune liomme^ mais va, et dis à ce prêtre
qu'il vienne pour répondre à Taccusation, car Sidoine a
demandé qu'on le fît venir.— Ne diffères donc pasj
parce que le roi m'a recommandé expressément de
voua transmettre ces paroles» me disant s Si tu te
tais > tu mourras de la mort la plus cruelle. » A ces
mots» le prêtre effrayé laissa échapper la coupe de ses
mainsy et rendit Tâme. Enlevé mort de dessus le lit» it
fût enseveli, et alla prendre possession de Penfer avec
son, complice. Tel fut le jugeaient dont le Seigneur
frappé en ce monde deux prêtrea rebelles : Tun subit la
morid'Arius; l'autre^ comme Simon leUagiden» fut»
Uiyiiized by Google
t
n FAMINE EN BOURGOGNE.
à la prière du saint ni)r)trc, précipité du faîte de son
orgueil. Il n'est {ms douteux Qu'ils furent plongés dans
l'enfer, pour ayoir tons deux persécuté de leur méchan-
ceté leur saint évèquc.
Cependant le nom .terrible des Francs ayait pénétré
dans ce j)ays, et comme chacun désirait quMIs y portas-
sent leur empire^ saint Apruncule,évêque de Langres,
commença à deyenir suspect aux Bnrgondes ^ £t la
haine croissant de jour en jour contre lui, l'ordre fut
donuéde le faire périr en secret par le glaive. A})rimcule,
ayerli, s'échappa pendantlanuit en se glissant le long du
mnr du château de Dijon, et se rendit à Glermont dont,
suivant la parole que le Seigneur avait mise dans la
bouche de saint Sidoine^ il devint le onzième évêque.
XXIY.—Durantrépiscopatde Sîdoine,une grande fa»
mine désola la Bourgogne. Comme les habitants se dis-
persaient dans différents pays., et que personne ne four-
nissait plus de nourriture aux pauvres, on rapporte que '
le sénateur Ëcditius, parent de Sidoine, mettant sa con-
fiance en Dieu, fit alors une belle action. Pendant les
ravages de la famine, il envoya ses doinesli(iues avec
des chevaux et des chars dans les cités voisines, pour
qu'ils lui amenassent ceux qui souflhiient de la disette. •
Ceux-ci conduisirent donc vers lui tous les pauvres qu'ils
• purent trouver, Là^ durant tout le temps de la famine, ^
il les nourrit et les arracha aux horreurs de la faiin. On
* Les Frnnes l'-tant 1(ïs soûls des conquérants delà Gaule qui
ne fussent pas aricns, le clergé catholique désirait Viveuient
leurs progrès, et tolllcitait souvent leurs invasions.
Digitized by Google
CHAmïÉ D'ËCÛITIUS.— EURIC. • . 93
dit que le nombre des malheureux qn^l secourut ainsi
dépassa quatre mille personnes des deux sexes. Quand
rabondance fut revenue, Ecditius les fit reconduire
comme il les avait fait amener, chacun dans son pays.
Après leur départ, il entendit une voix venue duciel qui
lui dit : a Ecditius^ Ecditius, puisque tu as fait cetie
action, jamais vous ne maniiuerez de pain, toi et ta pos-
térité, car tu as obéi à mes paroies et rassasié ma faim
en nourrissant les pauvres. » On raconte aussi que cet
Ecditius était d'un courage admirable : un jour avec
dix hommes il mit, dit-on, en fuite un grand nombre de
Goths. On raconte aussi que, pendant cette même fa-
mine^ saint Palieu, évèque de Lyon, fit au peuple beau-
. coup de bien, et il nous reste encore une lettre dans lar
quelle saint Sidoine lui donne à ce siyet de grands
éloges.
XXy.^Au temps de cet évêque,Ëuric, roi des Goths,
'Soirtantdes frontières d'Esi^agne, fit peser dansles Gaules
une cruelle persécution sur les Chrétiens. 11 ordonnait
de décapiter tous ceux qui ne voulaient pas se soumettre
à sa perverse hérésie, et jetait les prêtres dans des ca-
chots. Quant aux évêques, il envoyait les uns en exil et
tuait les autres. Il avait ordonné de fermer avec des
épines rentrée des églises, afîn que l'absence du culte
divin [it tomber la foi en oubli. La Novempopulanie et
les detiz Aquitaines' furent surtout en proie à cesra-
• Le texte porte Novempojjulanœ gemina-que Germanix urhea.
Mais il est évident qu'il faut lire Aquitaniai, ou peut-être germa"
nm , comme le porte un des manuscrits, ce qui dans le latin de
Digitized by Google
M ÀVÉNEMBNT DE OLOVKB.
^fngOÈ. 11 existe encore aujourd'hui à ce sujet une lelire
éat noble Sidoine à l-évêqno BasileS dans laquelle ces
détails gont consignés. Mais l'auteur de celte perséculioii
JBO tarda pas à moupîr frappé de la Teugeance dÎTine.
.XXYI.-^Le bienheureux Ferpétuus, é^èque de la
"^ilie de Tours, après trente ans d'épiscopat, s'endormit
m pais } 11 tni remplacé par Volusien^ ud des sénateurs.
Mais eelnl-ely étant devenu suspect aux Golh^^ fut èm-
aiené captif en Espagne, dan:^ la septième année de son
épiscopat^ et ne tarda pas à y mourir. Vérus, sm suc-
eesseur^' fût le septième évéqoe depuis saint Ifartiu.
XXVII. — Après tous ces événements, Childédc mou-
rat, et son fils Glovis régna en sa place Dans la cin^
qufème année de ce nouveau règne ^ Syagrius, roi des
Romains et f)ls de cet Jigidius dont nous avons pArlé,
résidaitdans la ville de Soissôns, que celui-ci avait jadis
eeenpée. dovis, marchant contre lui avec son parent Ra«
gnachaire', qui était aussi en possession d'un royaume,,
hil fit demander de désigner un champ de bataille. Sya-
grius ne différa point, et ne craignit pas de résister. Le
combat s'engagea donc*. Le Romain, voyant son armée
rompue^ s'enfuit et se réfugia en toute bâte auprès du
roi Alaric, à Toulouse. Clovis envoya prier Alaric de le
ce temps pouvait si^jnifiçr les |)rovinçes voisines ou sœurs; en
effet, les trois provinces situées wa midi de la Loire furent a|»-
pelées quelquf^ii les Iroit Aquit^iiiçs. (Y. Çtéctgraphie,)
* Évéque d'Aix.
t En 481. Tourdai était le chef-lieu de la tribu banque qu'U
commandait.
8 Rui des Francs de Cambrai.
^£n4â6
Digjtized by
Lfi VASfi DB S0ISS0N8. 96
lui livrep^s'il ne voulait attirer la guerre sur lui-même.
AlariOt craignant de s'exposer à la eolère des Pranes^
car la crainte est habituelle aux Goths, livra aux en-
iroyéa du roi Syagrius chargé de fers* Lorsque Clovis
Veali €sn son pontohr, il le mit sous bonne gaide» s*eiB-
para de son royaume et le fit tuer en secret.
Dans oe temps, Tarmée de Ciovis pilla un grand nom<>
brod^lises^ parce que ce prince était encore plongé
dans les erreurs de Tidulàtrie. Des soldats avaient en-
loYé d'une église^ avec d'autres ornements du saint mi«
nistère, un Tase d'une grandeur et d^ne beauté mer-
veilleuses. L'évèque de cette église lui dépêcha des
messagers pour d^nander que^ s'il ne pouvait obtenir
de lieeoiivrep les autrrâ vases, on rendit au moins
celui-là. Le roi répondit au messager : a Suis-moi jus»
•
qu^à Soisseiis^ parce quQ c'est là qu'én partagera le
butin ; et si le sert me donne ee vase, je ferai ce que
désire le pontife ^» Étant arrivés à Soissons, on réunit
W milieu dek pkee tout lebutin> et le roi dit en men«
trant le vase : a Braves guerriers, je vous prie de vouloir
bien m'accorder, putre ma part^ le vase que voici. »
Les plus sensés répondirent à ces paroles a « Glorieux
roi, tout ce qui est ici est à toi, et nous-mêmes nous
yfcfniypfi souinis à tûu pouvoîr* Fais donc ce qui le
plaît, car personne n^est assez fort pour te résister. »
Lorsqu'ils eurent ainsi parlé, un guerrier présomptueui.
Jaloux et emporté, élevi^ sa francisque et en frappa le
vase> s'écriant : « Tu ne recevras ici que ce quQ le lort
Grégoire deTenra £ait employer à Olovia le moipafû'»
96 ■ CLOVLS ET LES BURGONDES.
t'aura vraiment donné. », Tous restèrent stupéfaits.
Le roi dissimula le ressentiment de cet outrage sous un
-air de patience, et, après s'être fait donner le vase^ille
remit au messager de révéque^ gardant au fond du cœur
une secrète colère. Un an s'étant écoulé, Clovis ordonna
à tous ses guerriers de venir au champ de Mars revêtus
de leurs armes, pour les montrer brillantes et en bon
état. Tandis qu'il examinait tous les soldats en passant
devant eux, il arriva à celui qui avait frappé le vase> et
lui dit : «Personne n'a des armes aussi mal soignées que
les tiennes; ni ta lance, ni ton épéc, ni ta hache, ne
sont bien entretenues; » et lui arrachant sa hache, il
la jeta à terre. Le soldat s'inclinant pour la ramasser^ le
roi leva sa francisque et la lui abattit sur la tête en di-
sant: aVoilàce que luasfaitau vase à Soissons.» L'ayant
tué> il congédia les autres, après leur avoir de la sorte
inspiré une grande crainte. Il Ot beaucoup de guerres et
remporta nombre de victoires. Dans la dixième année
de son règne^ il porta les armes chez les Thuringiens
et les soumit à son pouvoir.
XXYlll.^Les Burgondes avaient pour roi Gondeuch«
de la race du persécuteur Athanarie, dont nous avons
parlé plus haut. 11 eut quatre ûls : Gondebaud, Godégisèle,
Gbilpéric et Gondomar. Gondebaud égorgea Ghilpéric
et noya la femme de son frère avec une pierre au cou;
puis il condamna ses deux Mes à Texil. Chroua Taînée
prit l'habit, la plus jeune s'appelait Glotilde'. Glovis
1 En 491.
> Let.Yariantei des mtiiuicrito de Grégoire de Tours donnent
Digitized by
s
CLOVIS ÉPOUSE CLOTILDE. 97
enroyait souTeiit'des députés en Bourgogne, et ceux-ci
virent la jeune Glotilde. Témoins de sa beauté ci de sa
sagesse^ et sachant qu'elle était du sangn ^al^ ils en in-
'fcrmcrent le foi Clovis. Gelni-d dépêcha à Gondehaud
des messagers chargés de la demander en mariaj^^e. Le
Burgonde n'osant pas refuser remit la jeune fille entre
les mains des députés qui se hâtèrent de la mener au
roi. Cloyis, rayant vue, fut transporté de joie et l'épousa,
n avait d^jà d'une concubine un fils nommé Thierry.
XXIX. — Clovis eut de ClOtîMe un premier fils. La
reine, voulant qu'il reçût le baptême , adressait sans
cesse de pieux oonseUs au roi» disant : a Les dieux que tu
adores ne sont rien, puisqu'ils ne peuvent se secourir
eux-mêmes ni secourir les autres; car ils sont de pierre,
de bois ou de métal. Os ont des noms dliommes et non
de Dieu, comme Saturne qui, dil-oii;, s'enfuit pour ne
pas être chassé du trône par son fils ; comme Jupiter lui-
même^ qui s'est souillé de débauches avec les hommes,
avec des femmes de sa famille, et qui n'a pu s'abstenir
du concubinage avec sa propre sœur, puisqu'elle disait :
• Je Buts scBwr et femme de Jupiter ^ Qu'ont fait Mars et
Mercure ? Ils possèdent plutôt la science de la magie
qu'une puissance divine. Le Dieu qu'on doit adorer est
poor ce nom oélèVre les formefl smyanieB : ChrbtohOdis, Chro*
tiheldis, Rodieldis, Chrodieldis , Chrotildis, Chrodicheldis,
Cliroiclùldif, Rohodhildis et Rodhilda.
* Att 990 mwim tnctfdo résina, Jowqfiê
Bt êoror et cof^va
(ÉmIidb» I, 47.)
On Toit que Grégoire de Tours «yeit lu Virgile.
Digitized by Google
«8 LE PREMTCB FILS DR CLOTILDE MEURT.
ooltii qui^ par sa parola^ a tiré du néant, te ci^l %\ la
terre, la mer •! toni qui s'y troa^e contenu; qui a
fait briller le soleil , et qui a orné le ciel d'éloiles ; qui
a rempli le& eaui^ de pgi^on^» la terre d'aniipaux» ^t
le& aift dHnseam; k, Tordre duquel la terra se couvre
de plantes, les arbres de fruits et les vignes de raisins;
dont te main a produit to g^nre humain ; quv eniin a
donné à eat homine» son ouvrage» toute» les çréatur^
pour lui obéir et pour le servir. »
Mais quoique la reine pût dire> Ve^rit du roi n'en
était pas ému» et il répondait : « C'est par Tordre do nos
dieux que toutes choses ^ont créées et produites; il
est olajr quo Uieu ne peut rien; et même U est
prooYé qu'il n'est pus de la race des dieui. a Cepen-
dant la pieuse reine présenta son fils au baptênne :
tfle fit décorer relise de voiles et de tf^pis^ries» poufr
que cette pompe attir&t vers la foi catholique celui que
ses discours n'avaient pu toucher, Mais l'enfant, baptisé
sous le nom d Inhumer» mourut dans les aubcis mêmes
de son baptême^ Le roi» aigri par cette perte» faisait &
la reine de vifs reproches, et disait ; «Si Tenfant avait
été consacré au nom dQ me$ dieux^ il vivrait encore;
mais, comme il a été baptisé au nom du vôtre» il n'a
pu vivre. » La reine lui répondit : a Je rends grâces
au puissant Créateur de toutes choses» qui ne m'a pas
1 C*ost-îi-dirc dans la semaine où les néophytes éiaient revêtus
de vêlements blancs. Le baptême élait généralement administré
la veille de Pâques, et jusqu'au dimanche de la Quasiuiodo, ap-
pelé au«tî Dpmintoa In àlkii, les régénérés gardaient leurs robes
blanches.
jugée indigne de Toir «dmis dans Bon Iroyamile F^-
fant né de mon sein» Celle perte ne m'a pas affectée
de doideiiri pafce que je sâift que les enfants que Dieu
retire du monde, quand ils sont éncoriB dans les aubeé,
sont nourris de sa vue. » Elle eut ensuite un second
ikf qui reçut au baptême le nom de Glodomir. Gel en-
fant étant tombé malade^ le roi disait : a II ne peut ar-
river à celui-ci autre chose qu'à son frère, c'est-à-dire
de mourir aussitôt après avoir été baptisé an nom éê
votre Glirist. » Mais le Seigneur accorda la santé de
Tenfant aux prières de sa mère.
XXX. — La reine ne cessait donc de supplier le roi dû
reconnaître le vrai Dieu et d'abandonner les idoles;
mais rien ne put l'y décider, jusqu'à ce que, dans une
guerre avec les Alamans, il fut forcé de .confessa oe
qu'il avait jusijue-ia voulu nier. Il arriva que les deux
armées combattant avec un grand acbarnemeot» celle
de Glovis allait être taillée en pièces. Alors Glovis> plein
de ferveur, éleva les mains vers le ciel, et, fondant en
larmes t s'éccia: « iésus*Gbrist > que Glotilde aftirme
être le Fils du Dieu vivant y qui> dit-on» assistes dans
les périls et accordes la victoire à ceux qui espèrent
en toi « j'invoque avec dévotion ton glorieux secours;
si tu m'accordes victoire sur mes ennemis, et que
je fasse ré[)reuve de celte puissance dont le peuple
' qui Vest consacré dit avoir reçu tant de preuves» je
^iral en toi, et me ferai baptiser en ton nom ; car
j'ai invoqué nies dieux, et je vois bien qu'ils m'ont
refusé leur appui. Je crois donc qu'ils n'ont aucun
100 CLOYIS ET SAINT REMI.
pouvoir, puisqu'ils ne secourent pas ceux qui les
servent. C'est toi que jinvoqae maintenant; c'est en
toi que je veux croire; fais seulement que j'écbappe
à mes ennemis ! » Comme il disait ces paroles, les
Âlamans, tournant le dos, commencèrent à se mettre
en déroute ; et voyant que leur roi était mort, ils se
soumirent à Cio\is, en lui disant : a Cesse de faire périr
noiro peuple ) car nous sommes à toi. » Glovis, ayant
arrêté le carnage et parlé à son armée, rentra en paix
dans son royaume, et raconta à la reine comment il
avait obtenu la victoire en invoquant le nom du Christ.
Ces événements se passaient la quinzième' année de son
règne *.
XXXI.-— Alors la reine manda en secret saint Remi>
évêque de Reims, le priant de faire pénétrer dans le
cœur du roi la parole du salut. Le pontife vit Clovis, et
rengagea peu à peu et secrètement à croire au vrai
Dieu, créateur du ciel et de la terre, et à abandonner ses
idoles qui n'étaient d^aucun secours, ni pour elles-
mêmes, ni pour les autres. Glovis lui dit : « Très-saint
père, je t'écouterais volontiers ; mais le peuple qui
m'obéit ne veut pas abandonner ses dieux; cependant
yind vers eux et je leur parlerai d'après tes paroles. »
Il assembla donc ses guerriers ; alors avant qu'il eût
parlé, et par l'intervention de la puissance divine, tout
le peuple s'écria d'une voix unanime : a Pieux roi, nous
rejetons les dieux mortels et nous sommes prêts à
servir le Dieu inunortel que précbe saint Remi. i On
1 En 49S.
I
BâPïÉM£ D£ CLOVIS. 101
apporta cette noaTelle à révêquc quî, transporté de loie,
fit préparer les fonts sacrés. Les places publiques sont
ombragées de toiles peintes ; les églises sont ornées de
blanches courtines, Tencens exhale ses parfums, les
cierges odorants répandent la lumière ; Téglise du saint
baptême respire tout entière une odeur divine^ et les
asfflstants purent croire que Dieu, dans sa grâce, répan-
dait sur eux les parfums du Paradis. Le roi demanda au
pontife à être baptisé le premier. NouYeau Gonstantiny ^
Il marche Ters le baptistère, pour s'y puriiier de la
lèpre qui depuis longtemps le souillait^ et laver dans une
eau nouvelle les taches honteuses de sa vie passée.
Gomme il s'avançait vers le baptême, le saint de Dieu
lui dit de sa bouche éloquente : a Courbe humblement
la tête 9 Sicambre ; adore ce que tu as brûlé, brûle ce
que tu as adoré. » Or saint Remi était un évêque d'une
grande science, et très-versé dans la rhétorique ; il était
en outre d'une sainteté si éminente, qu'on égalait ses
vertus à celles de saint Silvestre ; et il y a un Uvre de
sa vie où on dit qu'il ressuscita un mort.
Le roi ayant donc reconnu la toute-puissance de Dieu
dans la Trinité fut baptisé au mm du Père, du Fils
et du Saint;£sprit, et oint du saint chrême avec le signe
de la croix; plus de trois mille hommes de son armée
furent baptisés avec lui, ainsi que sa sœur Alboflède,
qat^-^dque temps après^ alla rejoindre le Seigneur,
\ . Gomme le roi était affligé de cette perte, saint Remi lui
envoya, pour le consoler, une lettre qui commençait
aiasi : « Je suis affligé et affligé autantqu'ii faut rêti*ede
6.
L yi.,^ jd by Google
m GUERRE CONIRfi GONDEBAUD.
la mort dé votre sœur Alboflèdë, dliettreuse mémoire^
cause de votre tristesse; mais ce qui doit nous con*
«^r, c'est qu'elle est sortie de ce monde plus digne
d'envie que de plenM* » L'entre sœur de Clovii^ tionif
mée Lautécbiide^ qui était tombée dans Fiiérésie des
Ariens, se eonvertU; et confl^ssant que le Fils et le
Saint-Esprit sont égnilx au Père^ elle fut rebaptisée.
XXXIL-^Gojudcbaud et son frère Godégisèle ré«*
gneient en ce temps sur les régions situées aux environs
du Rhône et de la Saône, et dans la province de Marseille.
Us avaient^ comme leurs sujets, ado[)té la sectearienue.
La guerre ayant éclaté entre etix, Godégisèle, tnstmit
des victoires de Clovis, lui députa secrètement des en-
voyés qui lui dirent : «Si tu m'aides à poursuivre mon
frère de façon à ce que je puisse le tuer ou le rejeter
de son royaume, je te payerai chaque année le tribut
que tu voudras m'imposer. p Clovis accepta volon*-
tieve, et promit son aide partout où il serait besoin> el
au temps marqué, il se mit en marche avec son armée
couire Gondebaud^ A celte nouvelle, Gpadebaud, ignop»
rant la ruse de son frère, fit dire è celni-ci : c Viens à
mon secours, car les Francs se mettent en marche
' contre nous, et viennent dans notre pays pout* s'en
empirer t unissons-nous donc contre une nation en«
nemié, de peur que , séparés , nous n'éprouvions le
même sort que ks antres peu^. » Celui-ci répondit :
a J'irai avec mon armée, et je te donnerai du secours, s
Les trois armées^ c'est-à-dire celle de Uovis cootrt
*BatiO^
ABIDIUS £1 GONDEBAUD. . 108
cMm de Qondebaud él de Godégisèle» s'avançant «Tec
toat leur appareil de guerre^ arrivèrent à un cbaleau
' appelé Dijon. Gomme elles en venaient ans mainB prèl
de la riyièred'Ouche% Godégîfièle se joignit  GloTts, el
leurs armées réunies taillèrent en pièces celle de Gonde-
baud. Gelui-d> en présence de cette perfidie qu'il n'a- '
▼ait pas soupçonnée^ tourna le dos et prit la fùHe. Il
longea le Rhône, en franchit les marais et entra dans
ATÎgnôo» Godégâeèle> Tiotorieux^ s'en alla paisiinement,
et enttTi triomphant dans Vienne, comme s'il était déjà
en possession de tout le royaume. Clovis, ayant encore
augmenté sesforœs, se mit à la poursuite de Gondeliattd
pour Tarracher de sa ville et le faire périr. Celui-ci,
plein d'épouvante, craignit d'être frappé d'une mort
soudaine. Cependant il avait avec lui un homme oé-
lèbre, nommé Aridius, courageux et piiident; ille fit
venir et lui dit : « De tous côtés je suis environné d'em-
bûches» et ne sais ee que je dois faire^ parce que ces
barbares se sont jetés sur nous pour nous tuer et bou-*
kverser ensuite notre pays. » Aridius lui répondit :
c U faut > pour ne pas périr, apaiser .la férocité de cet
homme. Si donc cela te plaît, je feindrai de fuir et de
passer vers lui; et ensuite je ferai en sorte qu'il ne
détruise ni toi ni cette contrée. Veuille seulement lui
accorder ce qu'il te demandera par mon conseil, jus-
qu'à ce que la clémence du Seigneur daigne faire
prospérer ta cause. » Gondebaud répondît : a Je fmi
ce que tu auras demandé. & Aridius prit donc congé
du roi et s'éloigna. Étant arrivé vers Qovis» il lui dit ;
t04 ARIDIUS ET CLOVIS.
^oilà que moi, ton humble esclave» trè8*piéiix roi>
je viens me livrer en ta puissance, abandonnant le
misérable Gondebaud. Si ta clémence daigne me re-
garder» tu verras en mol un serviteur intègre et fidèle
pour toi et les tiens. i» Le roî l'ayant reçu avec empres»
sèment; le garda près de lui ; car il était enjoué dans
ses récits» sage dans les conseils» juste dans ses Juge-
mentS; et fidèle dans ce qu'on lui confiait.
Enfin Glovis ayant campé sous les murs d'Avignon»
Âridius lui dit : « Si la gloire de ta grandeur» ô roi»
daijrne accueillir les petits conseils de ma faiblesse,
quoique tu n'aies pas besoin d^avis» je te les donnerai
avec une entière fidélité» et ils pourront être utiles et
à loi, et aux cités par lesquelles tu te proposes de pas-
ser. Pourquoi donc» £\ioula-i-il» rester avec une armée
devant le lieu fortifié qu'occupe ton ennemi? Tu dé-
soles les cam[)agnes, tu rava^^es les prés, tu coupes les
vignes» tu abats les oliviers» tu détruis toutes les pro-
ductions de la terre» et tu ne peux cependant lui faire
aucun mal. Envoie-lui plutôt des députés, et impose
un tribut qu'il te payera tous les ans; de cette ma-
nière» la contrée sera épargnée, tu seras le mattre, et
il sera ton tributaire. Si Gondebaud refuse, tu agiras
alors comme il te plaira. » Le roi accueillant ce con-
seil» ordonna le départ de ses- guerriers, puis ayant
envoyé une députation à Gondebaud, il lui prescrivitde
payer exactement tous les ans le tribut qu'il lui impo-
sait. Celui-ci s'empressa de payer» et promit de faire de
même paridbuitc.
Digitized by
GUERRE DE 60NDEBAUD ET DE GODÉaiSÈLE. 105
XXXII I.— Mais ensuite lorsque Gondebaud eut repris
des forces, il négligea de payer au roi Glovis le tribut
qu'il avait promis^ fit marcher une armée contre sov
frère Godégisèle, et Tassiégea dans la ville de Vienne.
Dè$ que les vivres commencèrent à manquer au ban
peuple , Godégisèle y craignant que la disette ne vtnt
à r^tleindre^ lit chasser de la ville tous les pauvres
gens. Parmi ceux-ci se trouvait un ouvrier à qui
était conflé le soin des aqueducs. Indigné d'avoir été
renvoyé avec les autres^ il alla trouver Gondebaud^ et
lui indiqua par quel endroit il pourrait envahir la ville
pour se venger de son frère. A latôte de Tannée, l'ou-
vrier dirigea donc par Taqueducles troupes^ précédées
d'un grand nombre d^mmes armés de leviers de fer.
Il y avait un soupirail bouché par une grosse pierre;
quand on Teut renversée au moyen des leviers, et sous
kdlrectionde Touvriermême^ les assiégeants entrèrent
dans la ville, et surprirent par derrière les soldats qui
lançaient des flèches du haut des remparts. Us sonnent
de la trompette au milieu de la ville, s'emparent
des portes, et les ouvrant, ils se précipitent tous en-
semble dans les rues, tandis qu'au milieu de ces armées
le peuple était massacré des deux côtés. Godégisèle se
réfugia dans l'église des hérétiques, où il fut tué avec
révêque arien. Les Francs qui étaient, dans ce temps,
auprès de Godégisèle, se retirèrent tous dans une
seule tour. Gondebaud ordonna qu'on ne leur fit
aucun mal, les prit et les envoya en exil à Toulouse,
auprès du roi Alaric. Il fit ensuite périr les sénateurs.
Digitized by Google
lOB GOKD&BAU0 DÉSIRE ÊTAE CONVERTI,
et les Burgondes du parti de Godégisèle. Il remit sous sa
dominalioa tout le pays qu'on nomme actuellement la
Eoargogne, «t y insHtua des lois plus douces^ pour qu'on
n'opprimât pas les lioniains K
XXX 1 Y* — Ayant reconnu la fausseté des assertions
dos liérétiquM, après avoir confessé que le Christ ûls de
Diea et le Saint-Esprit sont égaux au Père, Gondebaud
alla en secret demander à saint Avitus, évoque de
Vieone^t&'étre rebaptisé. Le pontife lui dit : a Si tu as uue
foi réeUe^ il faut faire ce que le Seigneur même nous a
enseigné, et il ajouta : Quiconque me confessera devant
les hommes, je le confesserai aussi moi-même devam
ft La lot des Burgondes ou Bourguignons est le plus anoten dea
codes barbares; il est bors de doute que sa rédaction est anté-
rieure à la M&quête du royaume des Bourguignons par lea
Francs, en M: mais il n'est pas rgiilement certain que, du rnoina
dans sa forme actuelle, elle soit l'ouvrage de (-ontlebaud, quoi-
qu'on lui ait donné son nom ijoi Gumbitte). On parle, il ost vrai,
dans la préface, de la seconde anm'M; du règne du roi ( 'rondebaud,
Ce qui se rapporterait à l'an 467 ou 468, époque où Gondebaud
régnait en commun arec ses frètes» Hais deux à9ê lois bonté*
nues dans ce code (tit. 4A, 45)» sont annoncées comme publiées
sous le consulat d'Aviénus, eb &01 ou SOÎ; et une troisièmé
(tit. 52) se rapporte au consulat d'Agap et, en 617. Or» GoUde^
baud mourut en 515. En y regardant de près, on reconnaît que
ce qu'on appelle la ]ir<^face contient doux pr('*faccs dirtVrentcs;
c'est dansla seconde qu'il est fait mention <lo la seconde année
du règne de Gondebaud; mais au lieu de Gondebaud, on ht dans
plusieurs manuscrits le nom de Sigismond sou ûls, et la seconde
année du régne de ce dernier coïncide exactement avec l'ita
5I7» date de la loi la moins ancienne du recueil. Il est donc
probable que Gondebaud avait fait rédiger un premier cod^
auquel se rapporte la première préface, et qui contenait sans
doute la plupart des lois; mais que Sipi^tnond, en 517, fit com-
pléter ce recueil et le publia de nouveau, avec la seconde {iré-
face, et dans la forme sous laquelle il nous est parvenu. (Voir
l'Histoire du droit romain dans le moyen âge, en allemand , par
11. de Savignj, U II, p. 1-4.)
Digitized by Google
GOXDEBALû KT SAINÎ4YITUS. ^Û7
men Père, qui est aux deux ; et quiconque me rmoii-
eera devant les hommet ^ je le renoncerai auist motf
mémê detant mon Pim gtit is( ifiiiu {et «jeu» ^ AiQ«i
îyarlait le Seigneur à ses saints et bienheureux apôtres,
lorsqu'il leur aimonçaii les épreuT^s de perséoutioa
qu'ils auraient à «subir/ leur disant : 6ûrdêxAmt$
hommes, car ils v^us feront comparaUre dans leur4
UêsemMée$, et vous flageUerom dan$ kwr$ sifmugogmui
el «01» <er«8 jarisetUéi, à ctkuse de nN4« etuas gouv^
neurs et aux raie pour leur servir de témoignage aussi
bien qu'aux nations \ Mnis toi qui §â roi^ et u'as jm»
peur qu'on te saisisse» tu crains la iréyolte 4u peupla»
et ne confesses pas publiquement le Créateur 1 Laisse
là cette ioUe erreur, et que tu préleud^ qpoire daqf
ton eoBur, ose le déclarer, au roiUeu du peuple. Un
saint apôtre dit : // faut croire de cœur pour être justifié^
M œnfesser S4 fat par sh paroles peur être âawçé K
Le Pro|dii(e dit aussi : Je publierai vos louanges , 5«tV
gneur: dans une grande assemblée', je vous louerai au
milieu d'un peuple três-nomirewo ^ i^t aussi ; Jf^
eharUerai H je ferai retentir vos louanges sur les tti^lm-
«isnls ^ Tu crains le [)euple^ ô roi ; ignores-tu dQnc
que c'est à lui de suivre ta foi i plui6t qu'à toî de
favoriser sa faiblesse? car tu es le chef du peuple,
et le peuple n'est pas tgu di^U Si tu vas 4 1^ gUi^r«,
i Évang. selon saiot Mathieu, chap. z, v. 32, 33.
i Jhid., V. 17, 18.
» ÈpUre de saint Paul aux Konmins, chap. x, v, 10,
* Psaxmê TKXtr, v. 18.
s Pumm9 1.TI, T. 7.
Digitized by Google
lOd SAINT AVITUS.
tu es à la tête d6s guerriers, et ils te suivent où
tu les mènes. H vaut mieux que , marchant à ta
suite ^ ils connaissent la vérité, que si^ après ta
mort^ ils demeuraient dans Terreur, car on ne se joue
pas de IHeu et il n'aime pas celui qui, pour un
royaume terrestre , refuse de le confesser dans ce
monde* » Bien que confondu par* ce raisonnement ,
Gondebaud persista jusqu'à la tin de «a vie dans ses
erreurs insensées, et ne voulut jamais confesser publi*
quement l'égalité de la Trinité. Le bienheureux Ayitus
était alors un homme de grande éloquence : aussi
Gonstantinople ayant vu naître les hérésies d'Ëutychès
et de SabeUius qui niaient l'un et Fautre la divinité de
Notre-Seigneur Jésus-Christ, il écrivit, à la demande
du roi Gondebaud, contre ces coupables erreui^. 11
reste encore de lui des lettres admirables, qui édifient
à présent rÉ^4ise de Dieu, comme autrefois elles con-
fondirent l'hérésie. 11 a composé un livre d'homélies
sur Torigine du monde, six livres arrangés en yérs sur
divers autres sujets, et neuf livres de lettres qui con-
tiennent celles dont nqus venons de parler. Il rapporte,
dans une homélie sur les Rogations, que ces mêmes Ro-
gations que nous célébrons avant le triomphe de TAscen-
sion du Seigneur furent instituées par Uamertus ,
évêque de Vienne, dans le temps même de son épiseo-
pat, à roccasion d'un grand nombre de prodiges qui
épouYantaient cette ville. Il y avait de fréquents trem-
blements de terre^ et des bêtes fauves, telles que les
t Saitot Paul aux Cralates, chap. vi, v. 7«
SAINT AVITUS. 109
tetts ei les loups, franchissant les portes^ erraient
sans mtinte par la ville. Il y ayait un an que du»
raient ces prodiges^ quand rapproche de la fête de *
•
Pâques fit espérer au peuple fidèle que «la iniséri*
corde de Dieu mettrait^ pour le jour de cette grande
solennité, un terme à leur épouTante. Mais la veille
' même de cette glorieuse nuit^ pendant qu'où célébrait
les cérémonies de la messe, tout à coup le palais royal,
' situé dans la ville, fut embrasé par le feu du ciel. Tous
furent saisis de terreur et abandonnèrent l'église, crai-
gnant que cet incendie ne consumât toute la ville, et
que la terre ébranlée ne s'entrouvrît. Le saint évèque,
prosterné devant Fautel, supplia avec des larmes et des
gémissements la miséricorde de Dieu. Que dirai-je? la
prière de Tillustre pontife pénétra Jusqu'au fond des
deux, et le torrent de ses larmes éteignit Tincendie du
palais. Pendant que ces choses se passaient, le jour de
rAscéhsion du Seigneur approchant, comme nous l'a-
vons dit, il prescrivit un Jeûne aux peuples, régla la
forme des prières, des repas et le mode joyeux des Ro-
gations. Tous les sujets d'épouvante s'étant alors dissi-
pés, la nouvelle de cet événement se répandit dans les
diverses provinces, et porla tous les évêques à imiter ce
qu'avait inspiré à Mamertus sa foi profonde. On célèbre
encore aujourd'hui, au nom de Jésus-Christ, ces céré-
monies dans toutes les églises, avec componction de
cœur et contrition d'esprit.
XXXV. — Alaric, roi des Goths, voyant les conquêtes
continuelles que faisait Clovis, lui envoya des messagers
I. 7
Digitized by Google
119 QUINTIËK, évÊQUE DE ltfi01)£2.
pour lui dire ; a Simon frère y cQnsei)t;rj'ai<]essein que
nous ayons une entrevue sous les auspices de Dieu. »
^ Clovis y consentant alla vers lui. S'étant joints dans
line iie de la Loire, située auprès du bourg d'Amboise,
spr le territoire de la ciié de Toiprs^ ils coqversèrent|
mangèrent et burent ensemble : et après 3'être promis
^Qiilic ils se retirèrent en paix. ^
, XXXVL— 'Un grand nombre des habitants des Gaules
désiraient alors ardemment avoir les Francs pour
< ^.^^|res• Aussi arriva-i-rit que QMintien« ^vê(]ue de
^odez, haï pour ce sujet, fut chassé de la ville; On lui
disait : « C'est parce que ton désir est que la domination
« ^ l^rf^çs s'ét^qde $ur payi|. » Pje\i de jours après,
pne querelle s'étant é^yée entre lui et les citoyens, les
Çpths^ qui habitaient cette ville, ressentirent de violents
fO^|p(^S> c§r c^ citoyens f eprochaient à Q\iinUen àfi
vouloir les soumettre aui Francs ; ils se concertèrent et
résolurent dç le tuer. L'honmie de Dieu, averti, se leva
peA^t la nuit avec ses plus fidèles serviteurs^ et^ sor-
tant de la ville de Rodez, il se retira à Clermont, où Fé-
véque saint £uplirasius, qui avait succédé à Apruncule
^ l^ijiop> le reçut avec bonté. Cet évêque lui ayant fait ,
Ipanésent do maisons, de champs, de vignes, le garda
Ijyec lui, disant i « te revenu de cette église est assez
çonsidérablti pour nous entretenir tous deux; que la
çhariié recommandée par le saint apôtre subsiste
entre les pontifes de Dieu. » L'évcque de Lyon lui flt
aussi présent de quelques propriétés de son église, si-
tuccsdans TAuvcrgnc. Ce qui concerne saint Quintiea
GUESBE ENTRE CLOVIS EX AtARIC. )}|
et les luaux ^uli spuÇfrit , aussi bien que les ci^oscs que
Dieu daigo^ accon^i^r {ifur ses ^lahiSj ae (rouye racoqf^
4ans le livre de aa vie.
XXX Y U* r- Or le roi Clovis dit à ses soldats : a
avec peine que je vois ces Ariens possé4er une parlifi
des Gaules. MarchcMWiivecFaide de-Dieu, et , api es les
avoir vaincus, soumettons le pays à notre doiuina-
tioii. » de discoiirs fut agr^^^le à toqa les guerriers,
et Tannée se mit en marche, se dirigeant vers Poitiers,
où se trouvait alors Alaric. Comino un^ part|f( dej^
. troupes (raTersait \d territoire de Tours, Çlovîs défen-
dit par respect pour saint Martin cjne [)orsonne prît
autre ç^ip^e dans tout ce pays q^e ^esiier^g^s. Un ^*
dat, ayant trQ^vé du tovfi appartenant h un pauvre
homme, dit : « Le roi ne nous a-t-il pas recommandé
de prendre çeijOeçt^ent ^(e Vb^rbe? £b iiven l ceci est de
rherbe. qe sera trftnisgresser ses ordres que de la
prendre. » Et il Qt violence aq pauvre popr luiepl^yer
faK Vpi^ % )a CQi^naissance du roi qui, frappant le
soldat de son épée, le. tua et dit : « Où donc sera Tes-
poi;* 1^ victoire, nous offensons sainte Martin ? p
Ce fui assiez p^ur empêc^ier <i|é8orniais Tj^rmée de rien
prendre dans ce pays. Puis le roi envoya des députés àla
bs($itique d^ bienlle^râ^x, le^ir disant : f Allez, et vqus
tfQUverez peut-^tre dans le saint temple quelcjue pré-
^ge de victoire. » Il leur remit des présents pour
oraer )e lieq sainte et ajouta : « Seigneur^si tu me viens
en aide, et si tu as résolu de livrer en mes mains cette
m I»ASSA6£ DE LA VIENNE.
Dation incrédule et toujours ennemie de ton nom^
daigne me (aire la grâce de me révéler, à rentrée de
la sainte basOfque de saint Martin^ si tu daigneras fa-
voriser ion serviteur. » Les envoyés s'empressèrent
donc d'aller vers la sainte basilique, suivant Tordre
qu'ils avaient reçu, et au moment où ils y entraient,
le premier chantre entonna cette antienne : Seigneur,
vous m'avez revêtu de farce pour la guerre, et voue
éve» aèaUu $ous moi ceux qui ^élevaient contre moi,
et vous avez fait tourner le dos à mes ennemis devant
moi, et vous amx exterminé ceux qui me haksaient K
En entendant ces paroles ils rendirent grâces^ et après
avoir offert leurs présents au saintconfesseur, ilsallèrent
pleins de joie annoncer au roi ce présage.
Lorsque Glovis fut arrivé avec son armée sur les bords
de la Vienne, il ne sut en quel endroit franchir le fleuve
que l'abondance des pluies avait enflé. Mais voilà que,
comme il avait prié pendant la nuit le Seigneur de
vouloir bien lui faire connaître un passage, le lende*
main matin, par l'ordre de Dieu, une biche d'une gran-
deur extraordinaire entra dans le fleuve aux yeux de
l'armée et le traversa à gué, montrant ainsi par où Ton
devait passer. Quand on fut dans le voisinage de Poi«
tiers, le roi vit de ses tentes, à quelque distance, un globe
de feu qui» sorti delà basiliquede SaintrHilaire, lui sem-
bla se diriger au-dessus de lui, 'comme pour indiquer
qu'aidé de la ^lumière du saint confesseur Hilaire, il
triompherait plus facilement de ces bandes hérétiques,
i Psaume xrtt, 89» 40.
L'ABBÉ SAINT MAXBNCE. 113
contre lesqneOesle saint piètre a^ait wm^ent Ininnènie
combattu pour la foi. Clovis interdit donc à toute l'ar-
mée de dépouiller personne ou de piller leliien dequi
que ce fût dans e^ endroit et dans la route.
Or il y a^ait en ce temps un abbé d'une admirable
faînteté, appelé Maxence^ qui s^élait renfermé par la
crainte de Dieu dans un monastère situé sur le terri-
toire de Poitiers. Nous ne donnons pas l'ancien nom de
ce monastère, parce qu'il s'appelle aujourd'hui chapelle
de Saint-Maxence * ; les moines, voyant un corps de
troupes s'avancer vers le monastère, prièrent leur abbé
de sortir de sa ceUule pour aller à leur secours. Eflnrayés
de ce qu'il tardait, ilsouvrirent la porte elle firent sorlir
de sa cellule. Maxence marcha courageusement au-
devant de la troupe, comme pour demander la paix,
alors un soldat tira son épée pour lui trancher la tête,
mais la main qu'il avait levée jusques auprès de son
oreille, se roidit tout à coup et Tépée tomba en arrière.
Le soldat, se prosternant aux pieds du saint homme, lui
demanda pardon. A celte vue, les autres, saisis de ter-
reur, retoumèrentàTarmée craignant de subir le même
sort. Le saint confesseur ayant touché le bras du soldat
avec de Thuile bénite, et fàit le signe de la croix, lut
rendit la santé. C'est ainsi que sa protection préserva le
1 C'est ainsi qu'un nombre considérable de localités ont
échanfî:*^ leur ancien nom contre celui de quelque abbé ou de
quelque pieux cénobite. l,cs localités portant un nom de saint,
dont la carte de France est couverte, remontent pour la plu-
part à des époques anté-mérovingiennes, et le changement ra>
dical qui s'est opéré tout d'un coup dons leur dédomioalioii
Mi souvent un des grands embarrss de U géographie.
ni BA.TAILLE bfi VOULON.
faloiià8t6lr8 ae tbbtè ^olencë. Il ûi éàtOTÀ im %tdài
nombre d'autres miracles. Si quel(iu'un est curieux de
s'en itastruire^ il les trouvera ien lisant le livre de sa vie.
Cependant Clovis en Vtttt aùk niàiiis aVèc lëroidek
Goths Àlaric, daus laplaiiu; de Voulon \ au dixième mil-
liaite depùis Poitielrs. CôUx-ci à)inbàttii*ent avéc le ja-
Tèlot, mais lës Fradcs sè Jètèrént suV* leiix ia fônce à là
main. Alors les Goths prirent la fuite suivant leur cou-
tumé^'et là vicioilné^ avec Taide duSeigbeur, demeura à
GloVis. Il a^aii kVéc lui côhiihe énxîlîairé lë fils de &ighé-
bert le Boiteux S nommé Chlodéric. CeSigliebert boitait
d'un coup quMl avait reçu àu genou à la bataille de Tol-
biac contre les Alamatîfe. Clovîs avait mis les Goths en
fuite et tué leur roi Âiaric^ quand tout à coup deux sol«
dats s'élancèrent sur lui et lui portèrent des îcoups dé
lance sur les deux côtés. Mais il échappa à la mort
grâcé à ^excellence de sa cuirasse et à la légèreté de son
dievai. lïombre d'Ârverties, qui élaiérit venus avec Apol-
linaire', ainsi que les premiers des sénateurs» périrent
dabs cette bataille. Après la défaite, Amalaric, ûls d'A-
iaric, s^eiituit eh Espagne et {çoûverna avec sagesse ié
royaume de son père. Clovis envoya son fils Thierry
en Auvergne par Aibi et Rodez; celui-ci soumit à son
père toutes les villes depuis la frontière des^Gdths jus-
qu'à celle des Burgondes. Aiaric avait régné vingt-
deux ans. Clovis après avoir passé Thiver dansla ville
i Vogladenrif Camptu, (V. Ùéo^aphie»)
* Roi des Francs Uipuaires, résidant à Colojpie.
• FiU de révéque Sidoine Apolhnaire.
Digitized by Gt)
PATRICIAI DE CLOYIS. 115
de bordeaux et emporté de Toulouse tons les trésors de
ce roi, marcha sur Angoulôme. Le Seigneur lui accorda
une telle faTeur qu'à sa vue les murs s'éqroulèrent
d*eux-inémes. Àprèsèn avoir chrâé lés Golks^ il sou*
mil la ville à son pouvoir; ainsi victorieux, il rentra
daus Toùrs et offrit un grànd nombre de présents à la
sainte imsilique du bieniieùreux kartîn.
XXXV ill. — Clovis ayant reçu deTempereur Anastase
les iettres du consulat ^, fut revêtu, dans la basilique de
Saint-MartiD, de la tunique de pourpre , de la chtar
myde, et ceignit le diadème. Ensuite, montant à che-
val, il jeta de sa propre main, ayèc une extrême bonté,
'de Tor et de l'argent au peuple assemblé sur le cnebin
qui est entre la porte du vestibule de la basilique de
Saini>Abirtin et l'église de la ville, et, depuis ce jour, il
fut appelé consul ou Auguste. Il quitta Tours pour Paris
où il lixale siège de son royaume ; c'est là que Tbierry
irfait le trouver.
XXXIX.— Eustoche, évêque de Tours, eut pour suc-
cesseur, à sa mort,Licinius, buitième évêque de cette
ville depuis saint Martin. C'est de son temps qu'eut lieu
la guerre dont nous venons de parler, et que le roi Clo-
vis vint à Tours. On rapporte que cet évêque voyagea
dans rOrient, visita les lieux saints, alla même à Jéru-
1 clovis ne fut point nomm»'- consul; il fut seulement revêtu
des honneurs consulaires, honneurs Iréquemnicnt accordés par
la cour Je Byzance. Le vrai consulat était toujours écrit dans
lei ^Aites , et seWail à désigner Tannée. Le nom du roi de«
Ftimei ne s'jr^trottvê nnUe part. (Hiilotr^ du Frûiniçùii, par U. de
Sitmondi» t. V, p. 838.)
116 MEURXRE DE SIGHEBERT.
salem, et qu'il contempla souvent le théâtre de la Pas-
sion et de la résurrection, que nous lisons dans rÊvan-
XL. — Le roi Clovis^ pendantsonséjour à Paris, envoya .
en secret au ûls de Sighebert> lui faisant dire ; a Voila
que ton père est -vieux et qu'il boite de son pied ma-
lade ; s'il venait à mourir, son royaume t'appartien-
drait de droit ainsi que notre amitié. » Entraîné par
Tambition/le fils forma le projet de tuer son père.
Sighebert étant sorti de Cologne, et ayant passé le Rhin
pour se promener dans la forêt de Buchaw, s'endormit
à midi dans sa tente^ et son fils le fit égorger, dans
l'espoir de s'emparer du royaume. Mais, par le jugement
de Dieu> il tomba dans la fosse qu'il avait méchamment
creusée. Il envoya au roi devis des messagers pour lui
annoncer la mort de son père et lui dire : « Mon père
. est mort , et j'ai en mon pouvoir ses trésors et sçn
royaume. Envoie-moi quelques-uns des tiens y et Je
leur remettrai volontiers ce qui pourra te convenir. »
Clovis lui répondit : c Je rends grâces à ta bonne vo-
lonté , montre seulement tes trésors à mes envoyés,
après quoi tu en conserveras l'entière possession. »
Glodéric montra donc aux envoyés les trésors de son
père. Pendant qu'ils les examinaient, le prince dit :
« C'est dans ce petit coffre que mon père avait cou-
tume d'entasser ses pièces d'or. » Ils lui répondirent :
« Plonge ta main jusqu'au fond pour tout sentir. » Et
comme à ces mots il s^était baissé, un des envoyés^
levant sa francisque, lui brisa le crftne. Ainsi ce fils
■
Digiiized by Google
MJËURÏIUS DE CHLODÉRIC. 117
indigne fat frappé 4X»nme il avait frappé son père.
GIoTis, apprenant que Sigheberl et son ûls étaient
inorts» vint dans la ville de Cologne et dit au peuple
/ réuni; a Écoutez ce qui est arrivé. Pendant que je .
naviguais sur 1^ fleuve de TËscaut^ Uodéric» ûls.de
mon parent , tourmentait son père ea lui disant que
je voulais le tuer. Coiiiine Sighebert fuyait à travers .
la forêt de Buchaw , Clodéric a envoyé contre lui des
meurtriers qui l'ont tué; lui-même a été assassiné,
je ne sais par* qui, au moment où il ouvrait les trésors
de son père. Je suis étranger à tout cela ; car je ne puis
répandre le sang de mes parent^ y ce qi|i serait un
crime; mais puisque de tels événements sont arrivés,
je vous donne un conseil; s'il vous est. agréable» ac-
ceptest-le. Ayez recours à moi» et mettez*vous sous ma
protection. » Les guerriers répondirent à ces paroles
par des applaudissements» et Télevant sur un large pa-
vois» ils le reconnurent pour leur roi. devis reçut donc
le royaume etles trésors de Sigbebert et les ajouta à sa
domination. Chaque jour Dieu faisait tomber ses enne- é
mis sons sa main» et augmentait son royaume» parce
qu'il marchait le cœur droit devant le Seigneur» et fai-
sait les choses qui sont agréables à ses yeux.
XL!.— devis attaqua ensuite le roi Cba|raric*.Gelui-d
dans la guerre contre Syagrius» appelé par les Francs
à leur aide» s'était tenu à l'écart» sans secourir aucun
parti» attendant l'issue du combat pour faire alliance
avec celui qui remporterait la victoire. Clovis» indigné ,
i Chef frano établi à Ihérouanne.
7.
Digitized by Google
lié M£ U RTR£ DE CHARÂRIC.
dé ëëtte mm, jôiaitha contré lui, Fentottta dë plégè%
le fit prisonnier avec son fils, et les fit tondre tous deux,
êdjoigiiÀnt que Cbararie fût ordonné prêtre et 8<mfils
âiaél^e. dolUme thairàtlc s'affligeait de son abaissement
et pleurait, on rapporte que son fils lui dit : a Ces
bituiélies ont été coupées d'un arbre vert et mant»
il île 86 isëébëra point et en produira bientôt de
bOurelleâ. Plaise à Dieu que celui qui les a abattues
né tàrde p48 dévantage à bnôdrk ! h Ces paroles par-
Viidf^lft tttix breillës dëCteiris, qui crdt qu'ils lë mena-
çaient de laisser croître leur chevelure et de le tuer.
Alo>s il Ôrdbnna qn'oh lëttr trancbàt la téte à ions deuzi
éï àpHis tetir ihfôH'y il te tendit maître de leur royaume,
de leurs trésors et de leurs sujets.
XLII. — U y avilit alors à GambJrdi tiii roi nommé
îlagnâchàire, si effréné dans Ses débaiicbes qu'a peine
épargnait-il ses proches mêmes. Il avait un conseiller
nommé f ar^ôii, qui së isoiiillait dé8 tnômeë 'crimes. On
raconte que lorsqu'on apportait au roi quelque mets,
quelque don, oU quelque autre objet que ce fût, il avait
icotitunié de dii*ë €|tie c'étdt pôtur lui et son Farron, ce
qui excitait chez les Francs une indignation extrême.
11 arriva que Clovis ayant fait faire des bracelets et des
baiidiiérs de faux or (car eè n'était qob dn cuivre dôf é),
les doiuià aux ieudes * de Ragnachaire pour les exciter
t Les leudes ou fidèles étaient les compagnons des chefs
barbares» les bommes qui s'attachaient à leur personne, for-
maient leur bande, les suivaient à la guerre , leur promettaient
fidélité, et en recevaient en échange des présents qui furent
d'abord, comm^le dit Tacite, (lès cbevaus, des armei^, et plus
Digilized b
HEURTES DE RAGNACHAIRE. 129
contre lui. Il marcha ensuite avec son armée. Ragna-
chaire envoya pour reconnaître ce qui se passait. .11
demanda à ses éciaireurs quand ils fureiit de retour,
quelle pouvait être la force de cette armée. Ils lui ré-
pondirent : « C'est encore une bonne fortune pour toi
et ion Jarron. » Mais Clovis étant arriYé lui lit la
guerre. Ragnachaire, voyant son armée défaite^ se pré-
parait à prendre la fuite lorsqu'il fut arrêté parles soi-
dats, et amené, ayec son fràre Richaire, les mains
liées derrière le dos, en présence de Clovis. Celui-ci lui
dit: » Pourquoi as-iu fait honte à notre famille en te
laissant enchaîner? il te Talaît mieux mpurir ; i> et
avant levé sa hache, il la lui abattit sur la tête. S'é-
tant ensuite tourné Ters Richaire» il lui. dit : « Si tu
avais porté du secours à ton frère^ il n'aurait pas été
enchaîné ; d et il le frappa de même. Après leur morl»
ceux qui les avaient trahis reconnurent que Tor qu'ils
avaient reçu était faux. Ils s'en plaignirent au roi qui,
dit-on, leur répondit : a Celui qui^i de sa [)ropre vo-
lonté , traîne son maître à la mort % mérite de re-
cevoir de l'or semblable; » ajoutant qu'ils devaient
se contenter de ce qu'on leur laissait la vici s'ils ne
voulaient pas expier leurtrahison dans les tourments.'
A ces paroles^ pour obtenir leur grâce, ils lui assurèrent
qu'ils ne demandaient que la vie. JLes rois dont nous
venons de parler étalent parents de Clovis. Leur frère,
iard des terres ; les levdes devinrent alors des Tassauz. (Voir
à ce sujet les Sssait sur l'hiitofre de l?faneê, par M.*Guizoft,
4* Essai, chap. i, au g de« Bénéfices, chap. xi, au $ det Lcudu,)
Digitized by Google
m -SfORT DB CLOVIS.
Rignomer fut tué par son ordre dans la ville du Mans.
Après leur mort^ Govis recueillit leurs royaumes et
tons leurs trésors. Ayant tué de même beaucoup
d'autres rois et ses plus proches parents, dans la crainte
qu'ils ne lui enleTassent l'empire^ il étendit son pou-
▼oir sur toute la Gaule. On rapporte cependant qu'ayant
un jour assemblé ses sujets, il parla ainsi de ses parents
qu'il avait lui-même fait périr : « Malheur à moi qui
suis resté comme un Toyageur parmi des étrangers,
n'ayant pas de parents qui puissent me secourir si
l'adversité venait! » Mais ce n'était pas qu'il s'affligeât
de leur mort; il parlait ainsi seulement parruse/et
pour découvrir s'il avait encore quelque parent aûnde
le faire tuer.
XLIII. — A la suite de tous ces événements, Clovis
mourut à Paris où il fut enterré dans la basilique des
Saints-Apôtres, que lui-même, avec la reine Glotilde,
avait fait construire. Cinq ans s'étaient écoulés depuis
la bataille de Voulon. Son règne avait duré trente ans,
el sa vie quarante-cinq. On compte cent douze années
depuis la mort de saint Martin jusqu'à celle du roi Clo-
vis, arrivée la onzième année du pontificat de Licinius,
évêquenle Tours. La reine Giotilde, après la mort de
son mari> vint à Tours. Elle s'y consacra au service de
saint Martin dans sa basilique^ vivant dans une entière
cbastetéy pleine de bonté et visitant rarement Paris.
< Le 27 novembre 511.
Oigitized by
LIVRE III
*
Digitized by Google
SOMIIAIRE DU LITRE Ht
I. Les fils de Giovis.— ii. Épiscopat de Diniflua, d'Apollinaire et de Quin-
Men.— ih. InoonionsdeiDaaeli eo 0«ile.»T?. Les roisdeThoringe.—
T. Sigisuond tue son fils.— 'A. Uort de Clodomir.— vu. Guerre contre les
Thuringiens et leur défaite. — viii. Mort d'Hermjuifried.— IX. Expédition
de Childebert en Auvergne. — x. Mort d'Amalaric. — xi. Childebert et
Qolaire en Qoorgogne, Thierry en Auvergne.— xn. Dévastation del'Au*
Tergn«. — mi. Les châteaux de Volorre et de MeHiae. — xir. Hevt de
Munderic. — xv. Captivité d'Attalo. — xvi. Sigivald. — xni. Les évêques
de Tours. — xviii. Meurtre des fils de Clodomir. — xii. Saint Grégoire de
Langrei et situation du château de Dijon. — xx. Théodebert épouse
Witigarde. — m. Théodetrandeeeend en Profenee.— -nn. Plue tard il
époose Deuiérie. — xxiii. Mott de Sigivald et fuite de Givalde. ^
XXIV. Childebert fait un présent à Théodebert.— xxv. Bonté de Théodebert.
—XXVI. Meurtre de la fille de Deutérie. — xxvii. Théodebert reprend
Witi|;arde. — zxtui. Cbilddbert iHuit à ThéodclNiri conlte Qotttire.-^
^x. Childebert et Clotaire vont en Espagne.T^xxx^ RoU d'Espagne!^'^
iiii. La fille de Théodoric, roi d'Italie. — xixit. Comment Théodebert-/r • ^ ,
s'en alla en Italie. — xixiii. Astériolus et Sécundinus. — xxxiv. Libé-
ralité de Théodebert en faveur dei eîtoyens de Verdun. — xxxv. Meurtre
de SigiTald. — xzxvi. Mort de Tbéodebert et meurtre de Pd
sxzvu. Hiver rigomeux.
Digitized by Google
0
LIVRE TROISIÈME
PROLOGUE.
Je demanderai la permission de m'arrêter quelquès
moments à comparer les succès des Chrétiens qm con-
fessaient la bienlieureuse Trinité, avec les désastres
des hérétiques qui Tavaient divisée. Je ne rapporterai
point ici cbminent Abrahain adore là Triiûtè àii
pied du chcue^ cominentJacob la proclame dans sa bé-
nédiction, coinment Moïse la reconnaît dans le buis-
son ardent^ comihent le [yeuple la suit dans là nuè et
la redoute sur la montagne^ comment Aaron la porte
en son ràtionais ^ comméni encore David Fan-
nonce dans un psaume^ lorsqu'il prie le Seigneur de le
renouveler par \'e&prit droite de ne pas le priver de
1 Le mot latin est logium, quî dans Ducange, d'après saint
Eucher, est synonyme rationale. C'était une petite pièce d'é-
toffe de diverses couleurs, ornée d'or et de pierreries, et que
' les grands prêtres portaient connue insigne snr len^ poitHnë.
U parait qae la forme de celai d'Aaron représentait aut yeox
de Grégoire de Tours quelque symbole de la Trinité.
Digitized by Google
lu prologue;
Vesprit saint, et de l'affermir par ïeâprii principal *.
Je reconnais en ces paroles un grand mysière. c'est
qu'une voix prophétique proclame esprit principal celui
que les hérétiques prétendent inférieur aux autres.
Hais ainsi que je l'ai dit^ je laisserai ces doctrines de
côté pour revenir à notre temps. Arius, impie fonda-
teur de cette secte impie^ après avoii" rendu ses en-
trailles avec ses excréments^ fut envoyé aux flammes
de l'enfer: mais Ililaire, bienheureux défenseur delà
Trinité indivisible^ et, à cause de cela, condamné àrexil,
retrouva sa patrie dans le paradis. Le roi Glovis, qui Ta
confessée, et qui a, par son secours, accablé les héré-
tiques, étendit sa domination sur toute la Gaule ; Alaric,
qui Fa niée, fut privé de son royaume, desessujets, et
châtié, ce qui est bien plus encore, dans la vie éternelle.
Ce que les fidèles perdent par les embûches. de leurs
ennemis, Dieu le leur rend au centuple ; mais les héré-
tiques n'ont rien acquis, et ce qu'ils ont paru posséder '
leur a été enlevé, comme cela est démontré par la mort
de Godégisèle, de Gondebaud, de Gondemar, qui per^
dirent à la fois leur royaume et leiu' âme. Nous confes-
sons donc un seul Dieu invisible, immense, incompris
t Voici les versets auxquels Grégoire de Tours fait cette
bizarre application :
« Créez en moi, 6 mon Bien I un cœur pur, et rétablisses de
nouToan un esprit droit dans le fond de mes entraiUes. »
« Ne me rejetez pas de devant votre face, et ne retires pas ôm
moi votre esprit saint. »
*c Rpndez-moi la joie qui naît de la grâce de votre salut, et
airermissez-inoi en me donnant un esprit de force, > (Pfoums A,
▼. 10, 11 et 12.)
LES FILS DE CLOYIS.
hensible, glorieux^ toujours le rnême^ éternel; un dans
sa Trinité, formée des trois personnes, dn Père, du Fils
et du Saint-Esprit; triple dans son unité qui résulte de
régalité de substance, de divinité^ de toute-puissance et
de perfection. Dieu unique, suprême et toal-puisBant,
qui règne sur Téternité des siècles.
L— Après la mort de Clovis, ses quatre fils, Thierry,
Ciodomir, Chiidebert et Glotaire, prirent possession
de son royaume, et se le partagèrent par portions égales-
Thierry avait, déjà un fils beau et vaillant, nommé
Tbéodebert. Comme les ûls de Qotîs étaient braves et
entourés d'une puissante armée, Amalaric, fils d'Akric,
roi d'Espa^^ne, rechercha leur sœur eu mariage.; ils
consentirent à cette alliance, et la lui envoyèrent dans
le pays d'Espagne ayec une grande quantité de magni*
fiques ornements.
IL— Licinius, évêque de Tours, étant mort, Dinifius
ftat élevé au siège pontifical; et après le bienheureox
Apruncule, Clermont eut pour douzième évêque saint
Euphrasius, qui mourut quatre ansaprès Clovis, dans la
Tingt-cinquième année de son épiscopat. Alors le
peuple ayant élu saint Quintien, qui avait été chassé de
Rodez, Alcliime et Pladdine, femme et sœur d'Apol»
linaire, vinrent le trouver et lai dirent : € Saint homme,
qu'il suffise à ta vieillesse d'avoir été désigné pour
évêque, et permets, par ta bonté, à ton serviteur
Apollinaire de monter à ce poste d'honneur. S'il par-
vient à cette élévation, il sera soumis à ton plaisir.
iJiyiiizea by CjOOgle
Prête à nos humbles propositions une oreille bieii-
iéùkaiè, c^éél toi t^i gôùtèMéhls ; il àccohipiira éîi
toiit tes commandements. » A quoi il répondit : « Qile
puis-je^ moi <]Ui ii'ai personne sous ma puissancô?
toiit oé qué je àèïtàiixkàè, c'ëét de Vaqueir à Voi^m,
et que TÉglise me fournisse ma nourriture quoti-
dienne. » Dès que les deux femmes eurent entendu
m tiàMëi» ëliëft (eiitb^èl^iil Ât^ëmitâilb vei^ le roi.
Il lui fil beaucoup de présents, et, en le quittant, obtiht
répiscopat; il en jouit injustement pendant quatfre
iilôiSi piife sDHit dé nl«mdé; Lbréqde Thierry ap •
prit ce qui s'était passé, il ordonna de rétablir saint
Quintien> et de iui remettre touà léS ponvoirs de TÉ-
glise, diisant : k G'é&t à tàvue dë Ma attachement pour
nous ' qu'il a été chasâé de sa ville. » Ët aussitôt il
énvtDya des itiessàgeir^ côtàTioquer les prêtres ét le peuple
qui l'élevèrent au siège de TÉglise d'ÂUTergne, et il fht
le quatbriième éVêqué de cette Église. Le reste des choses
^iii Vé ëâièerhiBdti taht èes iiiil:Àdte ctue le tfeihpè de éa
ittHië fllë t&è T^mèé^ m étmgûé ém lè liYté qtt6 nous
àTons composé sur Sa Vie.
I IL ^ Sur ceSëHtreMteSles Danôis tintent pair nier
dans les Gauléii éyëi lélir roi Cblochilaïch. Étant des-
cendus à terres ils ràvagèrent un des tërntoires
du h»}attâië de thierrti rédaiisiiréht teè hàbitàilU éh
* Oh a vu , dans le livre précèdent, que Quintien Avait été
chassé de Rodez par los Goths ariens,4 cause de sa prédiiectioa
pour les Francs catholiques.
t En 510. .
Oigitized by
INCURSIONS DAUDIS.-- Là THORINOB. , m^J
capiifitéy et drargeant sur leurs Taîsseauz les captifo et
tout lenr botîo, ils se préiwai^ à ft^en retout'her dans
leur patrie , avec leur roi qui, resté le dernier sur le
mage, alteodait poQ!^ s'embarquer que ses Taîteeàilx
f 088^ prêts à prendre la haute iiler. Mafe Thién^»
averli que des éiratigers dévastaient son royaumej
envoya en ee lieu son fils Théodebert, avisé une nrmée
puissante et uil grand appareil de guerre. Le rbi des
Danois fui tué, et Tliéodebert, victorieux dans un com-
bat naval, fit remettre à terre tout le butin.
I V; ^ Cependant trois Crères> Baderic» HermanfHed^
etBerthaire, régnaient sur la Tiuiringe Hermanfried
ée Jeta sut son frère Berthaire^ Taccabla et le fit périr.
Celui-ci laissait oirpfaeline une fille appelée Rédegend^
il laissa aussi des lils dont nous parlerons dans la suite.
Hermanfried avait une femme méchante et fxueUe,
nomiTiée Amalaberge, qui semait la guerre civile entrt
lesIrèreSi Un jour venant prendre sou repas^ il trouva
séulément la moitié de la table couverte» et comme il
demandait à sa femme ce que cela voulait dire : « H
convient^ ditrelle, que celui qui se contente de la moi-
tié d'un' royaume ait la mdtié de sa table vide, i
Anime par ces paroles et par d'autres semblables, Her-
manfried s'éleva contre son frère, et envoya secrète-
ment des messagers au roi Thierry^ pour l'engaf^ à
rattaquer, disant ; a Si tu le mets à mqrt, uousparlage-
» La Thuringe s'étendait alors do l'Elbe au Neckcr, si l'on
peut assigner quelques limites précises à un royaume dans
l'état de fluctuation où étaient alors les peuples barbares.
Digiti/oû by Cjt.)0^lc
Vm SI&ISMOND TUE SON FILS.
rons par moitié ce pays. j> Celui-ci^ content de cette
proposition, marcha yers Hermanfried ayec son armée ;
ils se réunirent après s'être mutuellement donné leur
fd^ et se mirent en campagne. Dans leur combat avec
Baderic, ils écrasèrent son armée, le firent tomber sous
le glaive ; et, après la victoire, Thierry retourna dans
ses États. Um, au mépris de sa parole^ Hermanfried
négligea d'accomplir ses promesses, de sorte qu'il 8*é-
leTa entre lui et Thierry une grande inimitié.
y. — iiandebaiid étant mort, son fils Sigismond fut
mis en possession de son royaume S et édifia avec
grand soin le 'monastère de Saint-Maurice où furent
bâties des habitations et une basilique. Ce roi, TeuC de
sa première femme, fille du roi dltalle, Théodoric,
dont il avait eu un (ils nommé Sigeric, en épousa une
autre qui, selon rordinaire des bellesrmères, commença
à prendre ce fils en haine, et à susciter des querelles
entre son père et lui. 11 arriva qu'en un jour de féte so-
lennelle, le jeune homme, reconnaissant sur elle des
vêtements de sa mère, lui dit, plein décolère : «Tu étais
indigne de porter sur tes épaules ces vêtements que
l'on sait avoir appartenu à ma mère, ta maîtresse. »
Alors, transportée de fureur, elle excita son mari par
des paroles mensongères, en lui disant : a Ce misérable
aspire à posséder ton royaume, et il se propose après
favoir tué de retendre jusqu'à ritalie, afin déposséder
à la fois le royaume de son aïeul Théodoric en Italie
i En r)l7.
t Moruuterium Agaunmse, (Voir Géogr.)
Digitizoû by C3t.)0^lc
BEMOKDS DE SI6ISM0ND. 1^
et celui-ci. Il sait bien que, tant que tu vivras, il ne
peut accomplir ce dessein^ et qu'il ne s'élèvera que
sur ; tes ruines. » Animé par ce discours^ par d'autres -
du môme genre, et prenant conseil de sa cruelle épouse,
Sigismond devint un cruel parricide. £n effet, un jour
après midi, voyant son fils appesanti par le vin, il Icd
ordonna d'aller dormir; et pendant son sommeil, on
lui passa derrière le cou un mouchoir noué dessous le
mentcm, qne deux domestiques tirèrent à eux, chacun
de sou côté, jusqu'à ce qu'il fût étranglé. Mais aussitôt
que le meurtre fut consommé, le père, déjà touché de
repentir, se jeta Sur le cadavre inanimé de son fils, et
commença à pleurer amèrement. Sur quoi, à ce qu'on
arapporté, un vieillard lui dit ; «Pleure désormais sur
loi qui, pardemédiants conseils, es devenu un cruel
parricide; car pour celui-ei que tu as fait périr inno-
cent, il n'a pas besoin qu'on le pleure. » Cependant
Sigismond s'étant rendu à Saint-Maurice y demeura un
grand nombre de jours dans le jeûne, les larmes et les
prières pour obtenir 8(mpardon;ilyfondaunchantper-
pétuel, puis il retourna à Lyon ; mais la vengeance di-
vinele suivait pas à pas. Le roi Thierry épousa sa iilie.
Yl.— ^pendant la reine Glotilde s'adressant à Glo-
domir et à ses autres fils, leur dit : a Que je n'aie pas à
me repentir, mes très-chers enfants, de vous avoir
nourris avec tendresse; partagez |e ressentiment de
mon ii^ure ; et mettez vos soins à venger la mort de
mon père et de ma mère. » Us se dirigèrent donc vers
la Bourgogne, marchant contre Sigismond et son ftère
4 »
Digitized by Google
190 MBURTRE DE StGISUOND.
GondemaF. Celui-ci vaincu s'enfiiii ; mais Sigismond^
ciierehaalà te réfugier au pionattère de SaioirHaudce,
fat pris avec sa femme et ses fils par Glodomir , qui,
ieg a)iant menés dans la ville d'Orléans, les y reliai
fvilQDBievB. Quand tes rais se lurent éloignés^ Gonde-
mar reprit courage, rassembla les Burgondes, et recou-
vra son royaume. Clodoipir, se disposant à marcher de
nouveau contre lui, résolut de faire mourir Sigîsii^iid.
Le bienheureux Aviius, abbô de Saint-Mesmin, prêtre
Dénommé de ce ^mps^ Lui dit : a Si^ la crainte de
Bien, tu cèdes à de ^lei^eura conseils, et ne souffres pas
qu'on tue ces gens-là, Dieu sera avec loi, et là où tu vas,
tu oibtiendras Ift victoire; mais, si tu les f^is inourir, tu
Hârintl du VBèm* Ulté entre lea mains de tes ennemii^
et il e^ sera fait de ta femme et de tes fils çomme tu
feras de la f^mjn^ et des ^enfuntsde 3igismond. x>
Mais Ciodomir, m^prisaqt cet ayis, répqpdit : tt Ce
larait la conduite d'un insensé quand on marche contre
ses ennemis d'eii laisser d^autres à \^ maision , ayant
il 4<P» ^8 autres de frqptf je ^e précipiterais
entre deux armées; la victoire sera plus complète et
plqs aisée à obtenir, si je sépare l'un de Taulre. Le
l«^ea|ier ndprty je ppnrrai plus aisév^ept me défaire du
second- » Et il se délivra de Siuismond , de sa femmer
et. 4e ses Uis, en faisant je^r dans un puits, près de
Gouli^^, bou^gdu territoire d'Orléans S puis il mar-
cha çn Bourgogne, appelant à son aide le roi Thiiirry.
^ Columna viens. Près de ce bourg se trouvait en effet un puits
- I^^xné, d^8 quelques ^nc^onnes pb^rtes , fuiU de SatM-,St^ù.
Digitized by
s-if^gniétaiit pa^ 4a venger t'î^iore de spq
l^au-père, pror^iit d'y aller^ et s'étant rejoints prQ5 de
y^ç^fppcq, lieu sitHç ^^qs le territoire dft <4tQ
\i^pne , i)8 li^çpnt cofp^^ à eonaeniaf . Ot»
ayan^ pris fuite avec son armée , ClqdQrair le poui:-
m|vjt^ çprnm^ \l se trouvait ^éjà asçç:$ éloigné des
1^ ^orgpQ^^, ÎDii^Dl ^f^n cri 4^ raUienient,
^*flppelèrent en lui disant : « Vjens, viens par ici, nous
çpipnies ^es tiens, (q^çç^t^ alla à eux, e\ tPPiihft
ainsi au de ^ f}|nif|iiiif qui pQiipi^rept |a t$te>*
la fixèrent au bout d'une pique et rélevèreqt en Tair.
4 cette vue , |e$ Frapcs if^qopiiaissi^Qt que Clp^paur
arait été (u^, f'asaçpblèren^ ^eUTç forces, mirent en faite
Gondemar, écrasèrent les Burgondes et s'emparèrent
4etpui fçipays. Çiptaire, sqn^ auQiui dél4i> épousa la
f^mme de son fcèce^ aommée Gonthenqqe. La reine
Clotilde, après les jours de deuil, prit et garda avec
elle le? fil? 4e Plp^ppair, V^ip s'appelait Tbéodoa W,
r^atre Gonthaireet le troistème Clodoald* Gondequir
reçQuyri^ 4,*^ nouveau son royaume. .
Y fi* 77 Thierr; n'aYaii point oublié \p parjure
d'Hermanfried^ roi des Thuringiens. U appela à son
. aide sou frère tl|çitaire, lui promettant une part du bu-
t^(<i si la faye^r divine leur acpordaijt la yicV>ive> et ^
prépara ^ marcher contre Ç[enqfuifried K n ^en\bla «
moni, ou, par contraction , de SainUSimond, Sigismond fiit
placé an nombre, non-seulement des saints» mais des marijin,
diaprés l'usage de ce temps qui honorait souyent du titre d^
martyrs les innocenls massaci^s sans raison.
} £n 5Sa
Digitizoû by Cj<.)O^Il
m THIËRBY EN THURINGS.
les Francs, et leur dit : a N'êtes- vous pas indignés de
mon injure» et de la mort de tos prodies^ rappelés*
T008 que les Thuringiens se sont jetés injustement sur
les nôtres, et les ont accablés de maux; que ceux-ci,
leur ayant donné des otages, en signe de la paix qu'ils
iroalaient conclure , ces otages périrent dans toutes
sortes de supplices; que les Thuringiens se jetant de
nouTeau sur nos proches^ leur enlevèrent tout ce qu'ils
possédaient, suspendirent les enfants aux arbres par le
nerf de la cuisse , firent périr misérablement plus de
deux cents jeunes filles , les liant par les bras au con de
chevaux qu'on forçait, à coups d'aiguillon, à s'écarter
chacun d'uncôté^ en sorte qu'elles furent mises en piè*
ces; d'autres étendues sur les ornières des chemins,
furent clouées en terre avec des pieux; puis on faisait
passer sur elles des chariots chargés; et leurs os ainsi
brisés étaient abandonnés pour servir de pâture aux
chiens et aux oiseaux. Maintenant Hermanfried manque
à ses promesses» etsemble entièrement les oubUer.Nous
avons le droit avec nous; marchons contre eux avec Taide
de Dieu. » En entendant ces paroles^ les guerriers^ indi-
gnés de tant de crimes, denmndèrent d'une voix et
d\me Tolonté unanimes à marcher contre les Thurin-
giens. Thierry, secondé par son frère Clotaire et par son
•fils Théodebert, partit ayec une armée* Cependant les
Thuringiens avaient préparé des embûches aux Francs :
ils avaient creusé dans le champ où devait se livrer le
eombat des fosses qu'ils avaient cachées sous un gason
épais, en sorte que la plaine paraissait unie. Lors doue
• ~" " Dig'itizca by
5ls l2jcl<5^jx\:^->
VICTOIRE DE L'UNSTRUT. /l^ j
qn^oii oommença à combattre» beaucoup decayaliefa
fhuics tombèrent dans ces fosses, ce qui leur causa un
grand embarras ; mais lorsqu'ils se furent aperçus de
k ru8e> ils surent s'en garantir. Enfin, les Thuringiens»
1 taillés en pièces, voyant que leur roi Herniaiifried avait
pris la f uite> tournèrent le dos, et arrivèrent au bord du
fleuvedeFOnstrut^; là, il y eut des leurs un tel carnage
que le lit de la rivière fut encombré par des monceaux
de cadavres dont les Francs .se servirentcomme de pont
pour passer sur Tautre bord. Cette victoire les rendit
maîtres de la Thuringe qu'ils réduisirent en leur puis-
sance. Glotaire, à son retour, emmena captive Rade-
gonde, fille du roi Berthaire, et la prit en mariage. De-
puis il fit tuer ii^ustement son frère par des scélérats. Se"
louniant vers le Seigneur, elle prit alorslliabit, etse bâ-
tit un monastère dans la ville de Poitiers; et telle fut son
excellence dans Toraison, les jeûnes, les veilles, les au-
mAnes,qu'elleacquitun grandcréditparmi lespeuples.
Pendant que les rois francs étaient encore en Thu*
1 ringe, Tbierry voulut tuer son frère Clotaire. Âyaot
aposté des hommes armés, il le manda comme pour
conférer en particulier. Puis, ayant fait étendre dans
sa mais<m une toile d'un mur à l'autre, il ordonna à ses
afûdés de se tenir derrière : mais la toile était trop
courte^ et laissait voir leurs pieds. Clotaire averti^ entra
tout armé et accompagné d'un grand nombre des siens»
Thierry comprit alors que son projet était découTert;
^ Onestruâiê ^«itM. Cette bataille fut livrée en 528.
1. • H
^11 uySES I)E TlIIEnKY.
\\ \^yQ^i& qne faible, et parl(^ de cUoses et d'autres.
Ç^^r^^i i^e sacha^^it comment faire oublier sa trahison,
^Hloyi^^ÇUptf^rq Via gfOûd plat d'argent. Mais lorsque
çel^i-ç^, apçès av^J^ rço^çié et dit adieu, fut sorti,
f mefry se plaignit d'avoir sacrifié son plat sans utilité,
0. 4U ïiiéfldebert : « Va trouver to^ oncle, et
\mA^ <ïe yot|lôîr te céder le présent qu^ je lui ai
{ait, » Çelui-ci y alla, et obtint ce qu'il demaipâiaît.
^^^rpy é\9À\ habile en de teljes ruse^.
- VllI. — De retour dans ses états, il engagea Her-
ipj^çjffied à venir le trouver, en lui donnant sa foi qu'il
ne Ci^iifni^ «^uç\iii danger; çn outre il lexopibla'de
présents. M^is uii jour qu'ils causaient sur les murs de
1^^ ville de Tolbiac, Hermanfried, poussé on ne sait par
tçmba du hau^ des murailles, et rendit l'âme. Nous
ignorons par qui il fqt |eté en bas; toutefois bien des
^ens assurent qu'on reconnut là les ruses de Thierry.
' Pendant c|ue ce roi se trouvait en Thuringe,
\e bruit courut en Auvergne qu'il avait été tué. Arca-
dius, un des sénateurs, invita Childebert à venir prendre
possession de ce pays. Gelui«ci accourut sans retard. 11
faisait ces jours-là un brouillard si 'épais qu'on ne pou-
vait discerner à la fois plus d'un demi-arpent. Le roi
disait : « Je voudrais bien pouvoir reconnaître de mes
yeux cette Limagne d'Auvergne qu^n dit si riante.»
Mais Dîeu ne lui accorda pas cette grâce. Les portes de
b( ville ^ étaient fermées, et comme il n'y ayait pour
1 C'ett-à-diie de Clermont, chef-heu de la limagne; Aroimi»
Lemantt.
ijiyiiizccl by
eDirer kuma passage^ Ârcadttié brisa la serrure de
l'Vine de ces potrtes, tst ihtrodoidit Ghildeberi les
tflurs : mais au moment où cela se passait, oû apprit
que-Thierry était revenu vivant de Ttiuringe.
k. — Ghildebert ayant acquis la certitude de betlé
Nouvelle, quitlaTAuverfîne, cl se (lirl«rea versTEspaprie,
où l'appelait sa sœur Clotilde ^ Laûdélitéde celle-ci
à la religion catholiqiie Texpodait aux matiTais traité*
me^ils de son mari Amalaric; car plusieurs fois, comme
elle se rendait à Ja. sainte église^ il avait fait jeter sur
élift dés éxbrémeQts ét d WtëH ordtires ; sa cruaiifé
envers elle se porta même a dételles exlrémilés, dit-on,
qu'ellé envoya à son frère un mouchoir teint de son
propice MU^; en sorte (iue> plein de courroux, il descen-
dit eiiEspagne*. Amalaric, à la nouvelle de son approche,
préparÀ des vaissâaùx pour s'enfuir^ Déjà Ghildebert
âMvail, lorsqU'aù Uibiheul de s'èttibantAer^ AmalaHc
sé rappela qu'il avait laissé dans son trésor une grande
(|tiaiitité de ^eires précieuses : il retourna à la ville
^ttlr les chéitliér ; ihàis l'éirméë l'ëmpdeha dto l^gagner
le port. Voyant qu'il ne pouvait s'échapper, il tentait
dë is^ IréCugielr danb l'église des Ghtétieiis; lorsqu'au
ihiHftéHt où H àilblt Attendre le sèûtl Bacré> un de ceux
qui le poursuivaient le frappa d'un coup de lance> qui te
tiCe Aé fui ptA kù delà deé t*yrénées» maÎB en Langaedo^
pièd de Narboone, que Ghildebert renoontra l'armée d'Amalaric
qui venait à sa rencontre; il la battit, et Ànialaric s'eofuil à
BàrbëlOhe où il fut tué. Le Languedoc ou Septimanie apparte-
nait alors aux rois visigoths, et pour cette raison portait sou-
Tèni aussi les ooœs d'Espagne et de Gothie. (V. Se^timania,)
136 NOUVELLE EXPEDITION DE BOURGOGNE.
blessa mortellement : il tomba sur-Ie-diamp et rendit
Tesprit. Alors Childebert reprit sa sœur avec de riches
trésors^ etilse disposait à la ramener quand elle mourut,
en route je ne sais par quel accident. Elle fut portée à
Paris, où on Tensevelit près de Glovis son père, Childebert
rapporta parmi ses trésors des objets très-précieux con-
sacrés au saint culte : notamment soixantecalices, quinze
patènes, et vingt coffres destinésà renfermer les Evangi-
les^ le tout en or^ et orné de pierres précieuses. Ilnesouf-
frit pas que rien de cela fût brisé, et il donna et partagea
le tout entre les églises et les basiliques des saints.
XL — Bientôt après ces événements, Glotaireet Gtiil-
debertse disposèrent à marcher en Bourgogne; Tliierry,
qu'ils avaient appelé à leur secours, refusa de les
accompagner; et comme, les Francs qui marchaient,
avec lui disaient : « Si tu ne veux pas aller en Bour-
gogne avec tes frères, nous te quitterons^ et nous les
suivrons à ta place» » se souvenant que les gens d^Au-
vergne lui avaient manqué de foi, il répondit à ses
guerriers : « Venez avec moi, je vous conduirai dansun .
pays où- vous prendrez de For et de Taigent autant
que vous en pourrez désirer, d'où vous enlèverez des
troupeaux, des esclaves et des vêtements enabondance;
ne suivez donc pas mes frères, » Séduits par ces pro>
messes, ils s'engagèrent à lui obéir; et il se prépara au
départ, en répétant à ses hommes qu'il leur permettrait
de ramener dans leur pays tous les prisonniers et tout
le butin qu'ils feraient dans TAuvergne. Cependant Clo-
taire et Childebert marchèrent en Bourgoigne, assi^
THIERRY EN AUVERaNE. m
gèrent Autun; et, ayant mis en fuite Gondemar^ occu-
pèrent la Bourgogne entière ^
XII.— Thierry entra en Auvergne avec son ar-
mée, dévasta et ruina tout le pays. Arcadius, auteur du
erlme^ et dont la lâcheté ayait causé la dévastation de
cette contrée, se réfugia dans la ville de Bourges, qui
faisait alors partie du royaume de Ciiiidebert ; mais sa
mère Placidine et Aldiime> sœur de son père, furent
prises et condamnées à Texil. Les biens qu'elles avaient
dans la dté de Cahors furent confisqués* Le roi Thierry
ayant dooc pénétré jusqu'à dermont^ assit sra camp
dans les faubourgs de la ville. Cependant Tarmée par-
coonttt cette malheurense contrée» portant partout le
pillage et la dévastation. Des gens de guerre vinrent à
la basilique de Saint- Julien, brisèrent les portes, enle-
vèrent les serrures, pillèrent ce qu'on y avait rassemblé
du bien des pauvres, et portèrent en ce lieu la désola-
tion. Mais les auteurs de ces crimes, saisis de Tesprit
immonde, se déchirèrent de leurs propres dents, disant
avec de grands cris : a Pourquoi, martyr, nous tour-
mentes-tu de la sorte? » Mous avons raconté tout cela
dans le.livre des miracles de saint Jnben.
XII L — L'armée de Thierry assiégea le château
de Volore et tua misérablement devant l'autel le
prêtre Procole, qui jadis avait outragé saint Quintien.
Ce fut, je crois, à cause de lui, que le château, qui s'é-
tait défendu jusque-là, fut livré entre les mains de ces
* De 532 à 534.
* Voir LoDolat^rum,
Digilized by Google
138 LE CUAÏËAU DE MËRLIAC*
impies, car les eniiemis ne pouvant Tein porter, se dis-
posaient à retouruer chez eux ; nouvelle qui remplit de
joiè les assiégés ; niais ils turènt iromiiés fkar îelir Sé-
curité, selon CCS paroles de TApolre : Lorsqu'ils diront:
nous void en paix et en sûreté, U$ se trouveront sûr-
. ijHê tout il'ïUti coup pâr une tuiné HHiprivué S S> ét
comme ils ne se tenaient plus sur leurs gardes, un
serviteur de Procule les livra aux énnemis. Au moment
oû> àpirès àvoii* dévasté le éhâteali, ïh ëtlihiénàieûl UA
habitants captifs, une pluie abondante tomba du ciel
après trente jours de sécheresse.
tië éhàteau de Iterliac * fût edstdté àssiégé* Cèlix ifid
Thabitaient se rachetèrent de la captivité par une ran-
fibii ; ce 4ui îut ùû effet de leur lâcheté^ car le châteatî
êîM nàturëllement trèâ-!ort. Ati lleti dé hiiirs -, uH
rocher taillé haut de plus de cent pieds l'entourait |
ah milieii sè trotiTàit un ëtàng û'èaxt kèë-boilne i
fK^tè; il 7 avait aussi dés fontaities abmlddniës, ë(
par une de ses portes coulait un ruisseau d'eau vive.
ttài tefùpiai» éntermàient uti si gtàhâ eët>âbe qaé léil
habitaiit^cultiyaient dés iehresdans l'intérieur^ hàà%^
et en recueillaient beaucoup de fruits. Fiers de la pro-
tèctîail dé leïiH rëm[làrt$, les âssléj^éë étaieni éoHis
jJômr faire quelque butin, comptait ^e renferttiër dë
nouveau dans les murs de leur forteressé; lis furent
fMs au noihbrè dé binquaiite fttr lèurii ennemim ét
conduits sous les yeux de leurs pàretlts, les ttiàinsliM
i I** ÉpUre de saint Paul aux Xhessalon., chap. y, y. 3«
* Meroliacenê^ Castrum^
RÉVOLTE BÈ MUNDERIC. 189
derrière le dos et le glaive levé sur leur tôle. Les assié-
gés consentirent^ pour qu'on ne les mit pas à mort, à
doniiér qWtte ottted ifoir pont Ift innçoii de btttettn.
Thierry en quittant l'Auvergiie, J laissa pour la garder
son parent Sigewald.
Il y atait ntors parmi les offideca chargés dë eiôh^
quer rarniée un certain Litigius qui entouràit de pièges
sàini QUintien; alors même que le saint évêque se
yiosteimait àsës pibdâ}flilë cédait pësfté^^ôria-
tions^ el Un jour il raconta à sa femme avec dérision
ce qu'avait iàit le sainte liais celle-ci, àiiimde d'un
MèiUeUr espHt^ lui fàii i « Si âiijoul*a*hm tû m àiâH
rendu cbUpable , lu ne Ven relèveras jamais. » Or il
arriva qUe trois jours après de^ euvbjfés du roi i^ëiU«
meuèréttt euëliidnè &v«c sft fëthme ët àès ëhtànis, el
jamais depuis il ne revint en Auvergnie:
XiY. ^ MUnderic> qui Sé prétendait pftt«iit ûu M,
difiHii dvee orgueil : « Qb'ét-je à faire Uteë le M
Tliierry? La royauté ne m'appartient pas moins qu'à
Mii; jlrai^ J'assemblerai mou péuple et je iUi fertti
pt€(er i»ëritient, afin qué thiérry sàciie qm jë Staîil rtii
comme lui. d 11 se présenta donc au peuple et essaya
de le séduite eu disant : « C'est moi qdi sùis toti^s ébtàî,
sttitet-itibi , et vous vous en trouveitz bien; » Lé
peuple des campagnes le suivit en foule> de sorte quô^
par on effet de rineodstance Iramaiiiè, il eu réunit Uii
grand nombre qnf lui frétèrent eermeôt de fldêlilé
et rhonorèretit comme un roi. Thierry , instruit de
ce soulèvement, fit dire à Hunderic : a Viens à moiièti
140 ARÉGÉSILE £1 MUNDERIC.
• <
^s'il t'est dû quelque portion de mon royanme^ elle te
sera donnée, » C'était une ruse à Taide de laquelle il
comptait le faire venir et le tuer; mais celni-d refusa
en disant : « Allez dire à votre roi que je ne suis pas
moins roi que lui. d Alors Thierry, plein de colère,
fit marcher une armée pour FacCSBbleîr et le punir.
Munderic, à cette nouvelle, ne se sentant pas en état de
se défendre, se réfugia dans les murs du château de
Vitry où il travailla à se fortifier, y renfermant tout ce
qu'il possédait et tous ceux quMl avait séduits. L'armée
qui marchait contre lui entoura le château et Tassiégea
pendant sept jours. Hunderie la repoussait à la tète des
siens, disant : « Tenons ferme, combattons jusqu'à la
mort, et les ennemis ne nous vaincront pas. » Les as-
siégeants lançaient des traits contre les murs, mais cela
ne servait à rien : alors le roi envoya un de ses offi-
ciers, nommé Arégésile, et lui dit : a Tu vois que ce
perfide réussit dans sa révolte; va, et engage-le sous
serment à sortir sans crainte , puis , lorsqu'il sera
sorti , tue>le, et qu'il ne soit plus parlé de lui dans
notre royaume. » Gdui-ci alla et fit ce qui lui était
ordonné ; en convenant d'abord d'un signal avec ses
gens, il leur dit : a Lorsque je prononcerai telles et
tèlles paroles, jetes-vous sur lui et le tuez. » Arégésile
étant donc entré, dit à Munderic : a Jusques à quand
demeureras-tu ici comme un insenséMu ne peux
longtemps résister au roi; voilà que les vivres vont l
te manquer , alors vaincu par la faim, tu sortiras et
seras livré entre les mains de tes ennemis, qui te tue-
MORT D'ARÉGÉSILK ET DE MUNDERIC. 14^
rcmt comme im chien. Écoute plutôt mes conseils et
soumets-toi au roi, si tu veux vivre, toi et tes fils. »
Ébranlé par ce discours^ Munderic dit : « Si je sors^ je
serai pris par le roi» et ilmeturaa, moi , mes fils, et
tous les amis qui sont ici réunis avec moi. » A quoi
Ârégésile répondit ; a Ne crains rien, car, si tu veux
sortir, reçois mon serment qull ne te sera rien fait,
et tu viendras sans danger en présence du roi. Tu n'as
donc ri^ à redouter, et tu seras près de lui ce que tu
étais auparavant. » A quoi Munderic repartit : c Plût à
Dieu que je fusse sûr de n'être pas tué Id Alors Arégé-
sile, les mains posées sur les saints autels, lui Jura qu'il
ponvût sortir sanscrainte. Après avoir reçu ce serment,
Munderic sortit du château tenant par la main Arégé-
«ile, dont les gens les r^ardaient en les voyant venir
de loin. Alors Arégésile, selon le signal dont il était
convenu^ dit : « Que regardez-vous donc avec tant d'at-
tention, soldats I N'aves-vous jamais vu Munderic I »
Et aussitôt Us se précipitèrent sur lut. Mais lui, compre-
nant la vérité^ dit : a Je vois bien par ces paroles que
tu as donné à tes gens le signal de me tuer; mais,
puisque tu m'as trompé par ton parjure, personne ne
te verra plus en vie; » et, d^un coup de sa lance <itnf
le dos, il le transperça. Arégésile tomba et mourut.
Ensuite Munderic, à la tête dçs siens, tiraTépée et fit un
grand carnage de la foule, et, jusqu'à ce qu'il rendit
resprit,il ne s'arrêta point de tuer tout ce qu'il pouvait
atteindre. J.orsqu'il fut mort, on réunit ses biens au fisc.
XV. — Cependant Thierry et Childebert firent al«
us ATTALE ET LÉON.
liance, prêlèrent serinent de ne point marcher Tun
contre Tautre^ et se donnèrent mutuellement Aes otages
pour confirmer leurs promesses. Parmi ceux-ci se trou-,
iraient beaucoup de Ûlsde sénateurs; mais, dé noùyeUes
àisâiensionss'étant élevées entre les deux rois, les otages
turent employés aux travaux publics, et ceux qui les
àvaient en garde en ûreUt leurs serTiteurs^ ûA bon
nombre cependant parvinrent à s'échapper et à rentrer
dans leur pays; quelques-uns demeurèrent en servitude.
Parmi cés derniers^ Atiale, neveu du bienheureux
Grégoire, évêqùe fie Langres, avait été livré aux ser-
vices publics et eni[)loyc à garder les chevaux; il ser-
vait un barbare qui habitait le tejrritoiré dé trêves. Lé
bienheureux Grégoire envoya à sa recherche, et, lors-
qu'on Teut trouvé, on offrit des présents à son maître
qiîi les retusa en disant : « Un homme d'une telle racé
doit payer dix livres d'or pour sa rançon. » Lorsque les
serviteurs furent de retour, un nommé Léon^ attaché
àkcuisiiiè de Tévêqué^ lui dit : « St tu le permets,
peut-être pourrai-je le tirer de sa captivité. » L'évèciue
se montra joyeux de ces paroles, et Léon se rendit au
liéli qui lui avait été indiqué. Il vouliit eblever sectàle-
ment le jeune honimc^ mais il ne put y parvenir. Alors
il prit Uh conipagnon et lui dit : <t Viens et vends-moi
à cè bairbàré, le prix dè là vente sera pour toi; lout
ce que je veux, c'est il'ètre plus à même d'exéculèi*
} le prbjet qùe j'ai conçu. » Le marché conclu sous sér-
mënt, son compaghou lé vendit doiizé pièces d'or ét
s'en retourna. Inlei i ogc sur ce qu'il savait faire^ ce ser^
Diç
ATTAL^ ET LÉON, 148
vUçv^i[,ii'^5P^classej^rossier répondit : a Je suis liablle
à pr^p^rer tout ob qui doit se i^anger à tablent et
B% ci'ajns pas qu'on trouve une personne qui m'égale
cet art. Je te;, le dis^ quand tu voudras traiter le
je ea é^t de çqiQposer des mets dif^oesd^
luî^ et personne ne saurait me surpasser. — Eh bien!
-^là y lui repartit le m^lra> le jour du soleil ^ui ap-
pr^l)^ (çs^r c'est ^ûisi que les Bt^rbares ont coutume
d'çippeler le din^anche]^ ce jour-là mes Toisins èt mes
parei^ts sont co^yié^ à ma maison ; je te prie de me
ff^fe repaç. qui excite leur admiratioi^ et dont ils
disent : ^(Q^s ^'aurions pas attendu mieux de la mai-
Sffjj^ (lu fçi. r- Que. ç^op maître^ répondit resclave,
dom^ qu'on i^ei ras^mlute uae grande quantité de
Yolai^es^ et je ferai ce qui m'est commandé. » On pré-
ce qu'avait demandé L^pn. Le jour du Seignei^r
ii luiif^, et ^ ^ un fpn^i repas, plein de choses dé-
licieuses, fç^usnianfj^èrent et louèrent le festin; les pa-
rcpt^ partis, le i^aitre ren^e^cia son serviteur^ et lui
^omna autorité sur tout ce qu'il possédait. 11 le chéris-
sait et lui attribuaitia fonction de distribuer les vivres à
s^S caniarades. Au boiUd'qn an^ quand la confiance du
HiaiMre fut ccmplète^ il se rendit dans la prairie, située
proche de la maison, où Atlalo clait à garder les che-
naux, etj>, se caMcliant à t^err^ quelque distance et en
l^i to^^QaQ^ le dos aQ<l qu'on pe Si'ape^rçût pas qu'ils
parlaient ensemble^ il dit au jeune homme : a 11 est
temps qqe nous songions à retourner dans notre pa-
irie; je f avertis donc, lorsque cette nuit in auras ra-
Diyiiized by Google
144 ATTâLE fiX LÉON.
mené les chevaux dans renclos', de ne pas te laisseï*
aller au sommeil^ mais de venir dès que je Vappeile*- -
rai, et nous partirons, i» Le barbare aTait invité ce
soir-là à un festin plusieurs de ses parents, au nombre
desquels était son gendre. Au milieu de la nuit^ quand
ils eurent quitté la table pour se livrer au repos, Léon
suivit le gendre de son maître dans sa chambre, et
comme il lui présentait un breuvage, celui-ci lui de-
manda : « Dis donc, Thomme de confiance de mon
beau-père, quand te viendra Tenvie de prendre ses
chevaux et de. t'en retourner dans- ton pays? » jce qu'il
disait par plaisanterie et pour s^amuser, TesdaTe réppn*
dit en riant la vérité : a G^est mon projet pour cette
nuit même, s'il plaît à Dieu.» L'autre repartit : « Il
faut que mes serviteurs aient soin de me bien garder,
afin que tu ne m'emportes rien. » Et ils se quittèrent
en riant. Tout le monde étant endormi, Léon appela
Attale^ et, les chevaux sellés, il lui demanda s'il avait
des armes. Atiale répondit : « Non, je n'en ai pas, si ce
n'est une petite lance, s Léon entra dans la demeure
de son maître et lui prit son bouclier et sa framée.
Celui-ci demanda qui c^était et ce qu'on lui voulait.
Léon répondit : a C'est Léon, ton s^iteur, et Je presse
Attale de se lever en diligence et de conduire les che-
vaux au pâturage , car il est là qui 4ort comme un
ivrogne. » L'autre lui dit : « Fais ce qui te plaira , »
et il se rendormit.
Léon sortit, donna des armes à son compagnon, e
trouva ouvertes par une faveur du ciel les portes de lu
ATTALE BT htOU» 145
cour que pour iasiireté des chevaux il avait fermées au
commencement de la nuit avec des ckm enfoncés a
coups de marteau. H en rendit grâces à Dieu^ et^ prenant
les chevaux qui restaient, ils partirent emportant dans
une petite caisse leurs vêtements. Mais arrivés à la Mo-
selle ils furent gênés par la présence de quelques
personnes; laissant donc leurs chevaux et leurs vête-
ments^ ils passèrent Teau sur leurs boucliers^ et, arrivés
à Fautre rive, pendant Tobscurité de la nuit, ils entré-
rent dans une forêt et s'y cachèrent. La troisième nuit
étant arrivée depuis leur départ sans qu'ils eussent pris
la moindre nourriture, quand, parla faveur de Dieu^ ils
trouvèrent un arbre couvert des fruits vulgairement
i^pelés prunes ; ils en mangèrent, et s'étant un peu sou-
tenus par ce moyen, ils continuèrent lehr route dans la
direction de la Champagne. Comme ils avançaient, ils
entendirent on bruit de chevaux lancés au galop, et
• dirent : a Couchons-nous à terre, afin que les gens qui
viennent ne nous aperçoivent pas. i» £t ils passèrent
derrière nn grand buisson de ronces qui s'offîrit à eux
par hasard, se jetant à terre, leurs épées nues, afin que,
s'ils étaient attaqués, ils pussent se défendre comme s'ils
avaientaflàire à des voleurs. En arrivant au buisson d*é-
pines, les cavaliers s'arrêtèrent, et l'un d'eux, pendant
que les chevaux lâchaient de l'urine, se prit à dire :
« Malheur ànousde ne pouvoir retrouver ces misérables
fugitifs; je le dis par mon salut, si nous les reprenons,
t II faut probablement lire la Meuse qui coule en effet entre
Trêves et Reims.
I. 9
Digmzed by Google
14ft ATTALE ET LÉON.
l'un sera pendu et Taiitre haché en morceaux, b
C'élait le barbare, leur maître> qui parlait ainsi : il
tenait de ht Tille de Reims^ où il aYait été à lent re-
cherche, et il les aurait trouvés enroule si la nuit ne
Feût empêché de les \oir. Les chevaux se remirent en
toute et s'éloignèrent. Cette mémeTnaity les deux fogi-
tîfearrivèrent à la yille, et, y étant entres, trouvèrent un
homme auquel ils demandèrent la maison du prêtre
Panlelle; Gelui-d la leur indiqua; et comme ils trarer-
Saient la place, on sonna matines, car c'était le jour du
Seigneur. Ils frappèrent à la porte du prêtre et en-
trèrent. Léon lui dit le lioni de son maître. Alors le
Jirêtre s^écria : « Ma vision s'est vérifiée, j'ai vu cette
nuit deux toôlombes qui sont Tenues en volant se po-
ser sur ma màin : Fune des deux était blanche et
l'autre noire ^ » lis dirent au prêtre : « Il faut que
Dieu nous pardonne; malgré la solennité du jour, nous
Vous prions de nous donner quelque nourriture *, car
ioilà la quatrièuie fois que le soleil se lève depuis que
ÂOus n'aTons goûté ni pain ni rien de cuit. » Le prêtre
cacha les deux jeunes gens, leur donna du pàin trempé
dans du vin^ et alla à matines. 11 y fut suivi par le
barbare qui rerenait dierchant ses esclaTOs; mais U
s'en retourna trompé par le prêtre, qui, depuis long-
temps, était lié d'amitié avec le bienheureux Gré-
t Cette phrase semblerait indiquer que L^:on était nègre; oo
ne peut douter qu'il n'y eût déjà^ sous les Romains, des escla*
ves noirs dans la Gaule.
* Il n'clait pas permis alors le dimanche de manger avant Is
messe.
biyiiized by
; SIGIVALD.' ^ 147
goire. jiune^ 'gôns, ayant ^pm des forces ea
•mangeant, demeurèrent deux jours dans la maison du
prêtre^ puis s'eaalièreat; ils ai^rivèrent ainsi chez saint
Grégoire. Le pontîféy -pleia de joie à leur Tue^ [^eora
sur le cou de son* nev{;u Altale h affranchit Léon et
tous les &iem, et itii douua des terres eu propre, dans
lesquelles il vécut libre le reste de ses jours ayeo sa
femme et ses enfants.
^ YL — Sigivald, pendant son séjour en Auvergne^
y fit beaucoup de mal, car il ravissait le bien d'autnii ;
ses serviteurs ne s'epar^^naient pas le vol, riiomicide,
toutes sortes de violences et de crimes; et personne
fl^osait murmurer contre eux. Il arriva que, dms sa té-
tnérîlé, il s'empara de la terre de Boughat% que le bien-
iieoreux Xétradius, évêque, avait laissée à la t)asilique de
SaintrJolien. Mais à peine eut-il franchi le seuil de ce
domaine qu'il perdit la raison^ et se mit au lit. Alors,
-parle conseil de Févéque, sa fenune le plaça sur un
chariot, pour le transporter dans une autre demeure,
où il revint à la sanié ; puis, s'approchani de lui, elle
lui raconta ce qui s'était passé. Après l'avoir entendue^
Sigivald fit voeu au saint martyr de restituer le double
de ce qu il lui avait pris. J'ai rapporté cet événement
dans le livre des Miracles de saint Julien.
XV IL — L'évêque Dinifius étant mort à Tours, Om-
matius gouverna l'Eglise pendant trois années : il fut
eonsacré par Tordre du roi Clodomir^ dont nous avons
t Àtlalo fut cluns la suilo comte d*Autun, comme l'a fait vU»
marquer l). Kuinart.
* Bulgiatemis villa (V. lu Géographie).
148 ÉVÉQUES DE TOURS.
parlé ci-dessus. A sa mort^ Léon occupa la chaire pon*
tificale pendant sept mois. C'était un homme très-adroit,
et fort habile dans la fabrication des ouvrages de char-
pente. Après sa mort> les évêques Théodore et Procule,
irennsde Bourgogne^ et désignés par la reine Clotilde;
gouvernèrent trois ans l'Église de Tours. Puis à leur
mort, ils furent remplacés par le sénateur Frandlle.
La troisième année de Tépiscopat de celui-ci^ tandis
que les peuples célébraient la brillante nuit de Noël^ le
pmitife, avant de descendre pour dire vigile, demanda
à boire : un serviteur se rendit à ses ordres; mais il
n'eut pas plus tôt bu qu'il rendit Tesprit; ce qui adonné
lieu de penser qu'il périt par le poison. Après sa mort,
Injuriosus, citoyen de la ville, fut élevé à la dignité
pontiiicale : ce fut le quinzième évéque après saint
XVII I.— Pendant que la reine Clotilde habitait Paris,
Ghiidebert, voyant que sa mère avait porté toute son
aiTectîon sur les fils, de Glodomir, dont nous avons
parlé plus haut, en conçut de Tenvie; et, craignant que
par la faveur de la reine, ils n'eussent part au royaume,
il envoya secrètement vers son frère le roi Clotaire,
et lui ût dire * : a Notre mère garde avec elle les fils
de notre frère, et veut leur donner le royaume; il
faut que tn viennes promptement à Paris, et que, réu-
nis tous deux, nous déterminions ce que nous devons en
fisire : à savoir si on leur coupera les cheveux, comme
au reste du peuple, ou si, les ayant tués, nous par*
i Vert l'an 533.
Digitized by
MEURTRE DES FILS DE CLODOMIR, 140
iagerons également entre nous le ropume de notre
frère. » Très-conteot de ces paroles, Cloiaire vînt à
Paris. Childébert avait déjà rcpanda le bruit dans le
peuple que les deux rois étaient d'accord poiu* élever
ces enfants au trône. Us s'adressèrent donc ensemble»
en leur nom^ à la reine qui demeurait dans la même
ville, et lui dirent : a Envoie-nous les enfants pour
que nous les élevions à la royauté. » Remplie de joie,
et ignorant leur artifice, la reine, après avoir fait boire
et manger les enfants, les envoya en disant : « Je croi-
rai n'avoir pas perdu mon fils, si Je vous vois succéder
à son royaume. » Mais aussitôt arrivés, les enfants
furent pris chacun de leur côté, séparés de leurs ser-
viteurs et de leurs gouverneurs, puis enfermés. Alors
Childébert et Clotaire dépêchèrent à leur mère cet Ar-
cadhis, dont nous avons déjà parlé, avec des ciseaux
et une épée nue. Arrivé près de la reine, il les lui
montra, disant : « Tes fils, nos maîtres, ô très -glorieuse
reine, attendent que tu leur fasses savoir ta volonté
sur la manière dont il faut traiter ces enfants; or-
donne qu'ils vivent les cheveux coupés, ou qu'ils
périssent. » Consternée de ce message, et en même
temps émue d'une grande colère à la vue de cette
épée et de ces ciseaux, la roine se laissa emporter par
son indignation, et, ne sachant ce qu'elle disait, dans
sa douleur, elle s'écria imprudemment: « S'ils ne sont
pas élevés au trône, j'aime mieux les voir morts
que tondus. » Arcadius, s'inquiétant peu de sa douleur,
et ne cherchant pas à pénétrer ce qu'elle arrêterait
150 MEURTRE DES FLLS DE CLODOMIR,
avec plus de réflexion, revint en iiligence près des deux
rois, et leur dit : « La reine donne son assentiment à
VOS projets, et permet que vous acheviez ce que vous
avez commencé. » Aussitôt Clotaire, saisissant par un
bras l'aîné des enfants, le jeta à terre, et, lui enfonçant
son couteau dans Taisselle, le tua implLoyabiement. A
ses cris, son frère se jeta aux pieds de Chîld'ebert, et,
lui prenant les genoux, il s'écriait avec des larnies:
€ Secours-moi, mon père, pour que je ne meure pas
comme mon frère, i» Childebert, le visage couvert de
, larmes, dit à Clotaire: a Mon cher frère, aie la généro-
sité de m'^ccorder sa vie; et,.si tu veux ne pas le tuer,
je te donnerai, pour le racheter, ce que tu voudras. »
Mais Clotaire, raccablant d'injures, lui répondit: « Re-
jette-le loin de toi, ou tu vas mourhr à sa place; c'est
toi qui nfas excité à cette affaire, et tu es si prompt à
manquer de foi ! )^ Childebert, à ces paroles, repoussa
Tenfant et le jeta à Clotaire, qui, le recevant, lui en-
fonça son couteau dans le côté et le tua, comme il avait
fait de Taîné. Us égorgèrent ensuite les serviteurs et les
gouverneurs; et après qu'ils furent morts, Clotaire,
montant à cheval, s'en alla, sans paraître aucunement
troublé du meurtre de ses neveux; Childebert se retira
dans les faubourgs. La reine, ayant fait déposer ces pe<- .
tîts corps dans un cercueil, les conduisit, av ec beaucoup
de chants pieux et une immense douleur, àlu basilique
deSaint-Pierreji»oÙ4)n les enterra tous deux ensemble.
L'nn avait dix ans et Tantrc sept. Le troisième, Clo-
doaldy ne put élre pris, et fut sauvé par le secours
I
SAINT OltéGOIRE DE LAN6RES. ISl
de gens courageux. Dédaignant un royaume terrei-
ire^ il se consam à Dleo, si» coupa les cheveux àe
sa propre main^ entra dans le clergé^ persista dans
les bonnes œuvres, et mourut prêtre ^ Les deux
' reia «e partagèrent par portions égstes le rof aame
de Clodomir.
La reine Clotilde déploya de telles vertus qu'elle se
fit honorer de tous. On la vit constamment répandredes
aumônes, consacrer ses nuits à la prière et donner
Texemple de la chasteté et de toutes les vertus; elle
pourvut de domaines les églises^ les monastères et tous
les lieux saints de ce qui leur était nécessaire, distri*-
buant ses largesses avec générosité^ en sorte qu' alors
on ne la considérait plus comme une reine, mais
comme une servante spéciale du Seigneur^ dévouée à
son service assidu. Ni la royauté de ses flls> ni Fambi-
tfon du siècle, ni le pouvoir, ne l'entraînèrent à la
perdition, et son humilité la conduisit à la grâce. ^
XIX. — Le bienheureux Grégoire*, prêtre renonmié
du Seigneur, était alors, dans la ville de Langres, illustre
par ses vertus et ses miracles. Puisque nous parlons de
ce pontife, il ne sera pas déplacé; Je pense, de donner
la description de Dijon, où il vivait habituellement.
C'est une place forte entourée de murs très-solides, s'é-
levant au milieu d'une plaine riante, dont les terres
sont fertiles et si productives qu'il suffit de labourer
«
* Ce fut lui qui fonda à Noinenium OU Novigentum, près Paris,
ce fameux nionastèro qui a donnô son nom à Saint-ClOttd.
» C est un aïeul de Grégoire de Tours.
Digilized by Google
m LE CUATBf U D£ J)IJON.
une seule fois la ferre ^ ayant les semailles, pour y
faire venir les plus riches moissons; au uiidi coule la
mière d'Ouche^ très-poissonoeuse; du nord vient une
antre petite riTière qui entre par une des portes^ passe
sous ua poûtj ressort par une autre porte et entoure les
remparts de son eau rapide ^ £Ue fait^ devant la porte,
tourner plusieurs moulins avec une étonnante rapidité.
Dijon a quatre portes, situées vers les quatre points
de rhorizon. Ses murs sont fortifiés de trente-trois
tours; ils sont, jusqu'à la hauteur de vingt pieds,
construits eu pierres de taille, et ensuite en pierres
plus petites. Ils ont en tout trente pieds de haut et
quinze d'épaisseur. J'ignore pourquoi ce lieu n'a pas
reçu le nom de ville; il a dans son territoire des sources
précieuses; du côté de Foccident sont des montagnes
très-fertiles, couvertes de vignes, qui fournissent aux
babilants un si noble falcrne qu'ils dédaignent le vin
de Ghâlon. Les anciens disent que ce chftteau fui bàli
par 1 empereur Aurélien.
XX. — Thierry avait fiancé son fils Ihéodebert 'à Wi-
iigarde, fille d'un roi*.
XXI. — Après la mort de Clovis, les Gotbs avaient
envahi une partie de ses conquêtes. Thierry envoya
donc Tbéodebert, et Glotaire envoya Gonthaire, l'aîné
' La correction adoptée par MM. Guadet etTaranne, qui rem-
placent pliwMUi dan s le texte par ropida, nous aeinbie très-accep-
table ; cette seconde épithète convient mieux au Suzon qui est
un torrent, et se trouve plus en accord que la première avec la
phrase qui suit.
De Wuccuu, roi dc:^ Luiubardâ.'
4
Digitized by
1-
ÏH£OÛ£BEKX EX D£UÏ£K1£. ISS
de ses fis pour les recouvrer. Mais Gouthairet arrivé
à Rodez^ s'en retourna , je ne sais pourquoi. Jhéode*
bert, poursuivant sa route jusqu'à la ville de BczierSj
prit le château de Die, et y fit du butin. Il envoya en-
suite vers un autre château, appelé GabrièresS des mes-
sagers chargés de dire de sa part que, si ou ne se sou-
mettait pas> il brûlerait le château et emmènerait les
habitants en captivité.
XXII. — Là se trouvait une femme, nommée Deu-
iérié^ sage et de bon conseil^ dont le mari était mort à
Béziers. Elle envoya au roi des messagers qui lui dirent:
«Personne, ô très-pieux seigneur, ne peut le résister;
nous te reconnaissons pour notre maître; viens , et qu'il
en soit fait ainsi qu'il le sera agréable, d Théodebert vint
au château, il y fut reçu pacifiquement^ et voyant que
les gens se soumettaient, il ne fit aucun mal. Deutérie
marcha à sa rencunlre, et la voyant belle, épris d'a-
mour pour elle, il la fit entrer dans son lit.
XXIII. ^Dans ce même temps, Thierry fit périr par le
glaive son parent Sigivald, et envoya secrètement vers
Théodebert pour qu'il fît mourii* Givald, fils de Sigi-
vald, qui raccompagnait; mais Théodebert, qui l'avait
tenu sur les fonts de baptême, ne voulut pas le faire
périr. Il lui donna même à lire la lettre qu'A avait
reçue de son père; ce Fuis, lui dit-il, car mon père m'a -
ordonné de té. tuer; lorsqu'il sera mort et que tu ap«
prendras que je règne, tu reviendras vers moi sans
crainte. » Givald le remercia, lui 4it adieu et partit»
t D«af , Caprturia etMra (V. la. GéographM\,
Digitized by Google
154 MORT DE THIERRY.
Théodebert faisait alors le siège de la ville d'Arles/
dont les Gotlis s'étaient emparés. Givakl s'y réfugia,
mais s'y trouvant peu en sûreté^ il alla se cacher jus*
qu'en Italie. Cependant, on vint annoncer à Théode-
bert que son père était dangereusement malade; que,
8^il ne se hâtait pour le trouver encore en vie, il jserail
dépouillé par ses oncles, et qnll ne fallait pas qu'il s'en-
gageât plus loin. A ces nouvelles, Théodebert aban-
donna tout et partit pour aller vers son père> laksant
Deuléric et sa fille à Clermont. Thierry mourut quel-
ques jours a[)rès l'arrivée de son fils, daus la vingt-troi-
sième année de son règne ^; €hildebert et Clotaire s^u-
nirent contre Théodebert, et voiiliircni lui enlever son
royaume; mais il les apaisa par des présents^et, appuyé
par ses leudes, il fut affermi dans sa royauté, n ^voya
ensuite chercher Deutéric à Clermont, et l'épousa.
• XXIY. — Ghildebertj voyant qu'il ne pouvait l'em-
porter sur Théodebert, lui envoya une ambassade pour
l'engager à venir le trouver, lui disant: a Je n'ai pas de
fils, je désire te traiter comme si tu étais le mien. » Ët
Théodebert éfant venu, il le combla de tant de présents
que tout le monde fut dans l'admiration. Il lui donna en
effet trois paires de toutes chose? utiles, tant armes que
vêtements et joyaux qui conviennent aux rois. Il lui
donna de même des chevaux et des colliers. Givald,
apprenant que Théodebert était entré^en possession du
royaume de son père, revint d'Italie le trouver ; celui-
ci, se réjouissant et l embrassant, lui donna le tiers di^
l En 534. • ^
%
Digitized by
DEUTÉRIB TUB SA FILLE. 156
présents de son oncle, et ordonna qu'on lui rendît, det
' biens de son père Sigivald, tout ce qui en était entré
dans le fisc.
XXV. — Théodebert, affermi dans son royaume, s'il-
lustra par ses exploits et ses vertus; il gouvernait ses
États avec justice, respectait les prêtres, enrichissait les
égUses, secourait les pauvres, et distribuait des lar-
gesses d'mie main compatissante et libérale. Il remit
généreusement anx Églises d'Auvergne tout le tribqt
qu'elles payaient à son fisc.
XXVL-«-Deutérie voyant sa fille devenue grande» et
craignant qu'elle n'exeltftt les désirs da roi et quil ne lu
prit pour lui, la ût monter dans une bastarne attelée de
bœufe indomptés, qui la précipitèrent du haut d'un pont
dans le fleuve où elle périt. Cela se passait à Verdun.
XXYIL—U y avait déjà sept ans que Tbéodebert était
fiancé à Witigarde/et qu'il refusait de la recevoir à
cause de Deulérie; mais les Francs le blâmaient una-
nimement de ce qu'il avait abandonné son épouse. Irrita
du crime de Deutérîe, il la quitta, bien qu'il en eût
un ûis^ nommé Tiicodobold^ et épousa Witigarde. 11
ne la conserva pas long-temps^ elle mourut, et il ea
prit une autre, mais jamais il ne retourna à Deutérie.
XXV i 1 L— Cependant ChiidebertetTliéodebert mirent
en mouvement leur armée, et se disposèrent à marcher
/ contre Clotnire ; celui-ci, à celte nouvelle, jugeant qu'il
«n'était pas de force à se déleadre contre eux, se retira
dàns une forêt où il fit de grands abattis, mettant tout
son espoir en la miséricorde de Dieu. La reine Clolilde
Digitized by Google
156 CHILDEBERT ET THÉODEBERT CONTRE CLOTAIRE.
ayant appris ces dissensions * se rendit au tombeau du
bienheureux Martin» s'y prosterna en oraisons et passa
toute la nuit à prier qu'il ne s'élevât pas une guerre ci-
vile entre ses fils. Les deux rois, arrivant avec leur
armée^ entourent Clolaire dans la pensée de le tuer le
lendemain; mais au matin> une tempête s'éleva dans le
lieu où ils étaient rassemblés, emporta les tentes^ jeta
le désordre et bouleversa tout. Aux éclairs et au ton-
nerre se mêlait une pluie de pierres. Ils se précipitèrent
le visage contre le sol couvert de grcie^ grièvement
blessés par la chute des pieirres, car il ne leur restait
pour se défendre que leurs boucliers, et ils avaient
à craindre d'être réduits en cendres par le feu du
del. Les chevaux furent aussi dispersés, et à peine
les put-on retrouver à la distance de vingt stades; il y
en eut beaucoup qui furent perdus. Prosternés, donc^
la &ee contre terre, et meurtris, ils exprimaient leur
repentir, et demandaient pardon à Dieu d'avoir entre-
pris la guerre contre leur propre sang. Cependant il
ne tomba pas une seule goutte de pluie sur Glotaire, il
n'entendit pas le moindre bruit de tonnerre, et au lieu
cil il était, il ne se fit pas sentir le moindre souffle de
vent. Ses frères envoyèrent des messagers, pour lui de-
mander de vivre en paix et en concorde; ce qu'ils
<ri>tinrent,puis ils retournèrent chez eux. Nul ne saurait
douter qu'il n'y eut en ceci un miracle du bienheureux
Martin^ obtenu par Tintercession de la reine.
i Nous apprenons par les Gesla regum francorum, que C6ile'
forêt «^appelait Arelaunum, (V. la Géographie.)
Digjtized by
GHILDEBERT ET CLOTAIBE EN ESPAGNE. 157
^ XXIX. — Ensuite le roi Childebert partit pour l'Es-
pagne, de concert avec Ciolaii o, et tous deux entourèrent
et assiégèrent ayec leur armée la Tille de Saragosse/.
Mais les habitants se tournèrent vers Dieu avec une pro-
fonde humilité ; revêtus de cilices» s'absteuant de maor
ger et de boire^ ils se mirent à faire le tour des murs
en chantant tes psaumes et portant la tunique du bien-
heureux Vincent^ martyr. Les femmes les suivaient en
pleurant, enveloppées de manteaux noirs , les cheveux
épars et couverts de cendres, comme si elles assistaient
aux funérailles de leurs maris; et toute la ville avait
tellement mis en Dieu ses espérances, qu'elle paraissait
célébrer uii jeûne semblable à celui de Ninive^ et les
habitants ne croyaient pas qu'ils pussent avoir autre
chose à faire que de fléchir par leurs prières la miséri-
corde divine. Les assiégeants, qui voyaient les assiégés
toionier sans cesse en dedans des murs, ne sachant ce
qui se passait, y;rurent qu'ils exerçaient quelque ma-
léfice» et, ayant pris un paysan du lieu, ils lui deman*
dèrent ce qu'on faisait; celui-ci leur répondit: «Ils
portent la tunique du bienheureux Vincent, et le
prient de demander à Dieu d'avoir pitié d'eux.» Les
aîÉaègeanits en resseiitirent de la crainte ét s'éloignèrent
de la ville. Cependant ils conquirent la plus grande
partie de TEspaghe et^çn retournèrent dans les Gaules
'^vyH^ùèoup de dépouiUes.
XXX. — Après Anialarij;, Théodat fut nommé roi en
Eqngne. U Cii^jUié» ci on éleva à la royauté Theudégisile.
Digitized by Google
. 1^8 LA FILLE DE THEODORIC.
Celui-ci soupait ua jour, célébrant avec ses amis un
joyeux festin, quand tout à coup la lumière fut éteinte;
ses ennemis le frappèrent à coups d'épée, et il mourut.
Après lui, la royauté passa à Âgila, car les Gotbs avaient
pris cette détestable habitude, lorsqu'un de leurs rois
ne leur plaisait pas^ de Tassaillir à main armée et d'élire
à sa place celui qui leur oonyenait.
XXXI. — Théodoric, roi ditalie^ qui avait eu en ma-
riage une scBur du roi Ciovis^ était mort laissant sa
femme avec une fille encore enfant. GeUe-ci, devenue
. adulte, repoussant par légèreté d^esprit les cdnseils
de sa ipère qui l'avait voulu pourvoir d'un fils de roi^
V* • fit choii d'un de ses serviteurs, nommé Traguilan, et
s'enfuit avec lui dans une ville où elle espérait pouvoir
^ S0 défendre. Sa mère, vivement irritée, lui demanda
de ne pas déshonorer sa race, jusqu'alors si noble, de
renvoyer son serviteur et de prendre un homme comme
* elle de race royale et qu'elle lui avait choisi. Mais celie-
d n'y voulut jamais consentir. Alors sa mère, irritée,
fit marcher contre elle une armée qui tua Traguilan et
ramena la fugitive en la frappant de verges. La mère et
la flUe vivaient l'une et l'autre dans la secte arienne où
il est d'usage, lorsqu'on se présente à Tautel, que les
rois aient un calice à part pour communier, et le peuple
un autre. La fille mit du poison dans le calice où sa
mère devait communier; celle-ci mourut aussitôt après
l'avoir pris, et il n'est pas douteux qu'un tel crime ait
été l'œuvre du diable * . Gomment ces misérables héré-
* Ce récit de Grégoire de Tours est coAiplétemeiit faux ; Au*
Digmzed by Google
THÊODAT. m
tiques poiirraiont-ils le nier, quand Tennemi trouve
place parmi eux jusque dans rEucbarisiie ? Nous qui
confessons une senle Trinité égiie en rang et en ionto
puissance, (piand au nom tlu Père, du Fils et de TEsprit
saint. Dieu veriiabie et incorruptible, nous avalerions
k poison mortd, il ne nous ferait point de md.
Les Italiens, indignés l onfre cette femme, appelèrent
. Théodaty roi de Toscane % et relevèrent è la royauté.
Lorsqu'il eut api)ri8 comment, après s'être livrée à an
serviteur, cette impndicîuc s'était rendue coupable de
parricide, ilûtcbauiler un bain avec excès, et -ordonna
qu'elle y fut enfermée avec une domestique. Aussitèt
qu'elle fut entrée dans cette vapeur brûlante, elle tomlit
sur le pavé morte et consumée.
Les rois Childebertet GloCaire, ses cousins germains,
ainsi que Théodebert, ayant appris par quel supplice
honteux on l'avait fiait périr» envoyèrent uneamhas*
sade à Théodat pour lui reprocher sa mort et lui dire :
a Si tu ne composes pas avec nous pour ce que tu as
fait, nous prendrons ton royaume et te condamnerons
à la même peine. » Effrayé, il leur envoya cinquante
mille pièces d'or. Cbildebert. toujours envieux et plein
de mauvaise volonté envers Glotaire, s'étant uni à son
doflëde, sœur de Clovis et femme de Tht'odoric, était morte
avant son mari. Thcodoric ne laissa qu une fille, Amalasonthe,
▼euv6 elle-même à cette époque, et qui gouTerna sagement le
rojaiime des Ostrogoths, au nom de son jenne fils Athalario.
L'ayant perdu en 534, elle associa à rempir(3 son cousin Théo-
dat ou Theud6ï!, qui, voulant régner seul, la lit étrangler dans
une île du lac de Bolst-nc. Quelque bruit confus avait ]^roba-
blemcnt iourm à Grégoire de Tours cette occasion d'iœjputer
à des Ariens i.n crime de plus,
i Tuseia,
Digitized by Google
160 TilÉODEBEllT EN ITALIE.
neveu Théodebert^ partagea Tor avec lui et n'en vouliit
rien donner au roi Clotaire; mais celui-ci se jeta sur
les trésors de Clodomir, et fit subir a ses frères un
préjudice plus grand que celui qu'ils lui avaient causé.
XXXIL — Théodebert descendit en Italie S et y fit de
grandes connuùtes; mais comme celte région est, dit-on,
malsaine, son armée fut tourmentée par diverses sortes
de fièvres; il perdit un grand nombre d^hommes et sévit
obligé de revenir, rapportant, ainsi que les siens, beau- ^ ^
coup de butin*. On dit bien qu'il s'avapça alors jusqu'à
Pavie, où il envoya plus tard Bucoelin qui, s'étant em-
paré de la haute Italie et Tayant réduite sous la puis-
sance desdits rois, marcha vers la basse Italie', où U
combattit dans un grand nombre d'occasions contre Bé- •
lisaire, etobliut la victoire. Ce que voyant l'empereur,
irrité de ce que iiéiisaire était vaincu si souvent, le rem-
plaça [)ar Narsès ; et, comme pour humilier Bélisaire, il
le remit dans son ancienne place de comte des écuries \
> En 539.
- ïhéodebert était entré en Italie comme allié des deux
peuples qui se la disputaient alors, les Ostrogoths et les Grecs.
Jl avait promis ses secours à l'un et à l'autre et il les combattit
tous deux, uniquement occupé de luire, pour son propre
compte , des conquêtes et du butin. Cependant le résultat de
cette expédition fut la cession au rot franc des provinces que ^
possédaient encore les Ostrogotbs, et que réclamaient toujours
les empereurs de Constautinople» dans le midi de la Ganle.
Yitigès, roi des Ostrogoths, en fit l'abandon à Tbéodebert, en
536, et Justinien le confirma, en 540, en renonçant ibrmeUe-
ment à tous ses droits.
3 Italia minor et IlaJia major. Je crois que ces mots désignent
la Cisalpine, c'ebt-à-dire lu haute Italie et l'iialie romaine ou
basse Italie.
^ Cornet êtàbvlû qu'on ne peut pas encore traduire par conné»
Digitized by Google
A8TÉRIOLB ET SECONDIN. m
Buccelin livra de grands combats à Narsès, prit toute
ritalie et. s'étendit jusqu'à la mer. Instruit parNarsès
de ces sucoès> Tempereiir prit à sa solde des étrangers^
et envoya du secours à son générai qui lut encore
vaioca et se retira. Après, quoi Buccelin occupa la Si-
cile, et y leva des tributs qu'il fit parvenir au roi. U fàt
très-heureux dans ces diverses entreprises * .
XXXIIL— AstérioleetSecondinjouissaientalorsd'un
gi'and crédit auprès du roi. Tous deiix étaient savants
et profondément versés dans la rhétorique ; mais Se-
oondin avait été plusieurs fois envoyé par le roi vers
table, parce que cette charge ne comportait pat alors lot
attributions qu'elle reçut plus tard.
1 Les (' v-i'iicmcnls sont dcTigurc's et les temps confondus
dans ce récit : 1" Ce ne fut point sous le ^^gnc de Théodcbert,
mais eu 553, sous celui de sou fils Théotiebaid, qu'eut lieu la
grande expédition dont parle ici Grégoire de Tours , et dans
laquelle les bandes barbares, sous la conduite de Buccelin et
de Leutharis , pénétrèrent jusqu'à l'extrémité de l'Italie. En '
5J0, Théodebert se retirant d'Italie y avait, à la Térité, laissé -
ou renvoyé le duc Buccelin à la tète d'une armée; mais rien
n'indique qu'à cette époque les Francs aient dépassé les con-
trées septentrionales; "2» tout porte à croire que Buccelin, duc
des Alaniaiis placés sous la douiinaiion des rois d'Austrasie, en-
treprit la seconde expédition, non par ordre du roi Théodebald,
mais pour son propre coiiipte et à la téte d'une multitude de
barbares qu'attirait en Italie le désir du pillage comme aux
premiers temps de leurs inrasions dans l'empire; S* enfin Buc-
celin ne fut point toujours vainqueur des Grecs et de Narsës,
il succomba au contraire près de Capôue, comme le dit ailleurs
Grégoire îui-ni(^me, et fut tué dans la bataille. Plusieurs autres
chefs francs, alamans, thunngiens, se ruèrent, vers la
m^nie époque, sur l'Italie, appelés tantôt par les Ostrogoths,
tantôt par les Grecs, et ne servant ni l'un ni l'autre parti. La
guerre et le climat dévorèrent ces bandes errantes, qui ne for^
mèrent aucun établissement; et, s'U faut en croire Agathias,
il ne resta de celle de Buccelin que cinq hommes qui parriii-
rent seuls à retourner dans leur pays.
Digitized by Google
m UBÈRAÎATÈ DE THÉOBEBÈRT.
remperour el il en uTéii pris vn orgueil qu'il montraii
souvent hors de propos. Telle fut entre lui et Asté-
riolâ la cause d'un cruel différend qui alla au point
que, des argumentations yerbàles, ils en tinrent à se.
déchirer à belles mains^ Le roi ayant rétabU la paix^
Secondin n'en censara pas moins un grand ressenti-
ment d'aYoir été battu; de sorte qu'il s'éleva entre
eux une nouvelle querelle, dans laquelle le roi,
l^nant le parii de Secondin lui soumit Âstériole.
Celui-ci fut grandement abaissé et dépouillé de ses di-
gnités. 11 y fut rétabli cependant par Wiligarde. Après,
la mort de cette reine^ Secondin s'éleva de nouYeaa
contre lui, elle tua. Mais Astériole laissa en mourant
un 01$ qui| parvenu à l'âge d'homme^ résolut de venger
son père. Alors Secondin> saisi defrayenr> se mit à fuir
de place en place, et voyant qu'il ne pouvait éviter la
poursuite de son ennemi, il s'empoisonna^ dit-on, pour
ne pas tomber entre ses mains.
XXXI V.— Désiré, évêque de Verdun, que Thierry
avait pouMoM de ses persécutions» ayant, après beau*
coup de calamités, de malheurs et de pertes, recouvré,
par. la volonté de Dieu, sa liberté et son évêché, habi-
tait, ainsi que nous Favons dit, la ville de Verdun.
Voyant les habitants pauvres et dénués de tout,[il s'affli-
geait sur eux; mais, comme 11 avait été privé de ses
biens par Thierry et n'avait pas de quoi les soulager,
il envoya un message au roi Théodebert dont il con-
naissait envers tous la compassion et la miséricorde, et
lui fit dire : f La renommée de ta bonté est répandue
Oigitized by
MEURTRE DJS 8IRIVÀLD.
par toute la terre, et ta bienfaisance est telle que ta
donnes mcine à ceux qui ne te demandent pas. Si tu
as quelque argent^ j'implore ta charité et le prie ^
vouloir bien nous le prêter, afin que nous poifisimiB
secourir nos concitoyens j les connnoi^ants de notre
cité répondront^ ainsi que cela se (ait ailleurs^ et nous
te rendrons ton argent avec un légtUme intérêt. »
Alors Tiiéodebert, ému de compassion^ lui envoya sept
mille pièces d'or. L'évéque» les ayant prises, les partagea
à ses concilovcns. Les conmiercants devinrent ricbes
par ce moyen et le sont encore aiyourd'biû; el> lora^e
révéque rapporta Targent qu'il avait emprunté, le Tçà
lui répondit : a Je n'en ai pas besoin ; il siltiit qi^^j
par tes soins et par mes largesses, les pauvres qu'apoir
blait la misère aient été soulagés; » et par l^t abandon^
il enrichit les citoyens de Verdun.
XXX Y.-— Cet évéque étant mort dans ladite ville, on
mit à sa place un nommé Agéricus, citoyen de Verdun.
. Or le fils de celui-ci, Siagrius, se rappelant les injures
qu'avait subies son père, et comment^ accusé par Siri»
vald auprès du roi Tiiierry, il avait été non-seulement
dépouillé, mais encore mis à la torture, attaqua Siri«>
vald à main armée, et le tua de la manière suivante:
vers le matin, par un brouillard épais, et lorsqu'à peine
les ténèbres permettaient de rien distinguer, il se ren-
dit à une maison de campagne, appelée Fleury*, et si-
tuée dapsle terri tcûre de Dijon, où résidait son ennemi.
Un des amis de la maison étant sorti, Ils crurent qiKi
i FloricLcus in ierritorio Divionensi. (Y. Gécgr.)
Digitized by Google
164 MORT DE THÉODEBERT.
C'était Sirivald lai-même, et le tuèrent; et comme ils
s'en revenaient joyeux d'avoir triomphé de leur ennemi^
un des gens de la maison leur apprit qu'ils n'avaient
pas tué son maître, mais un homme de sa dépendance i
alors ils retournèrent sur leurs pas; et, ayant trouvé
le cabinet dans lequel Sirivald avait coutume de dor-
mir, ils en attaquèrent la porte sans pouvoir pendant
longtemps l'enfoncer; enUa ils démolirent un des côtés
du mur, pénétrèrent dans rintérieur et massacrèrent
Sirivald. Cette mort suivit celle de Thierry.
XXX V L^e fut vers ce iem ps que le roi Tbéodebert
commença à tomber malade. Les médecins employèrent
auprès de lui tout leur art^ mais rien n'y servit^ car
Dieu avait résolu de l'appeler à lui. Ainsi donc, après
avoir été malade longtemps, succombant à son mal, il
rendit Fâme. Les Francs avjiient une grande haine contre
Partbénius, parce que sous ledit roi il leur avait imposé
des tributs, et ils commencèrent à le poursuivre. Se
voyant en péril, il s'enfuit de la ville, et supplia deux
évéques de le conduire à Trêves^ et de réprimer par
leurs exhuiialioiis la sédition d'un peuple furieux. Pen-
dant le voyage, la nuit, taudis qu'il était dans son lit^
tout à coup en dormant il s'écria à haute voix : « Hélas I
hélas ! secourez-moi, vous qui êtes ici, venez à l'aide
d'un homme qui périt. » Aces cris, ceux qui étaient
dans la chambre salant éveillés lui demandèrent ce
que c'était, et il répondit : a Ausanius, mon ami, et Pa-
pianilla, ma femme, que j'ai tués autrefois, m'appe-
laient en jugement, en disaiït : Viens répondre, car
Digilized by Google
MEURTRE DE PARTHî:NIUS. " 165
nous t'accusons dcTant Dieu. » £a effet» pressé par la
jalousie^ il avait^ quelques années auparavant, tué in-
justement sa femme et son ami. Les évêques, étant en-
fin arrÎTés'à Trêves, et .voyant qu'ils ne pouvaient ré-
*sfster à hi violence de la sédition populaire, voulurent
le cacher dans l'église. Ils le mirent dans un coffre et
étendirent sur lui des vêtements à l'usage du culte. Le
peuple entra et le chercha partout; il se retirait furieux,
lorsq\i'un de la troupe conçut un soupçon, et dit:
c Voilà un coffire dans lequel nous n'avons pas cheiiché
notre ennemi. » Les gardiens affirmèrent qu'il n'y avait
dans ce coffre que des ornenients écclésiastiques; mais
les séditieux demandèrent les clefs, disant : « Si vous ne
l'ouvrez sur-le-champ, nous le brisons. » Le coiTre fut
donc ouvert ; les linges écartés, ils y trouvèrent Parlhé-
nîusetren tirèrent^ s'applaudissant de leur découverte
et répétant: « Dieu a livré noire ennenù entre nos
mains. » Alors ils le frappèrent à coups de poing, lui
crachèrent au visage ; et lui ayant lié les bras derrière
le dos, ils le lapidèrent contre une colonne. Ce Parthé«
nîus avait été d'une grande voracité; et, pour pouvoir
plus promptement recommencer à manger, il prenait
de i'aloès qui le faisait digérer très-vite: il laissait
échapper en public le bruit de ses entrailles sans aucun
respect pour ceux qui étaient présents. Yoilà comment
Be termina sa vie.
XXX VIl.-^L'hiver fut cette année très-rigoureux et
plus âpre qu'à Tordinaire ; si bien que les torrents en-
chaînés par la gelée servaient de route aussi bien que
Digitized by Google
. m THÉODEBALD.
la terre. Connue ilyavait beaucoup de neige, les oiseaux,
»
aecabléd fiar \e froid tl la faim , se laissaient prendre à
la main et sans qu'on eût besoin de leur tendre des
piégea. On compteirente-sept ans.de la mort de Clovis |
jusqu'à celle de ThéodebeH. Théodebert étant mort la
quatorzième année de son règne S Théodebald son iils
régna en sa place.
> Vers 548.
i
Digitized by Google
«
i
LIVRE IV
Digitized by Google
SOMMAIRE DU LIVRE IT,
' 1. Mort 40 la leine Dotnde.-*ii. Le roi Clotaire veat enlerer «iz ëgUsM
le tien de leurs Tevenat.— m. Ses fénmes et ses flls.— Les comtes de
Bretagne.~V.L'éTêque saint GelLi—Ti. Le prêtre Galon.— th. Episcopatde
Cautin.— VIII. Les rois d'Espagne. — ii. Mort du roi Théodebald.— i. Rébel-
lion des Saxons*— ZI. Par ordre du roi, Tours demande Caton pour évèque*
«sii.LeprètreAnMtase.— «XII. Légèreté et orine deQmmne; Centinet
Dimiii—- xiT. Seconde expédition de Clotaire contrôles Saxons.— zv. Épis-
copat de saint Euîthronius.—xvi.Cbramne et ses partisans; ses excès; ilvaà
Dijon.— xvii. Chrumne passe à Childebert.— xviii. Le duc Austrapius. —
Zix.Mort et sépulture de révèque saint Médard.— xx. Mort de Childebert
et fin de GShramne.— zxi. fifort do roi Clotaire.— zxti. Portage da royamne
entre ses fil». — ^zzm. Sighebert marche contre les Huns et Chilpéricen-
vahit ses citt'S. — xxiv. Patriciat de Colse. — xxv. Epouses de Gontran.—
"^^.^ zzvi. Epouses de Caribert. — xxvii. Sighebert prend pour femme Brune-
haut — zzvin. Épouses de Chilpéric.— zziz. Seconde guene de Sighebert
contre les Hons.'«-3Xz. Les Arremes vont, par Tordre de Sii^Mbert, pour
B*emparer de la ville d'Ârlea. — zxxi> Do château de Tauredan et d'autres
signes. — xxxii. Le moine Julien. — xxxiii. L'abbé Suniiilfe. — xixiv. Le
moine de Bordeaux. — xxxv> Épiscopat d'Avitus d'Auvergne.— xxxvi. Saint
Nisier à Lyon.— xxxvn. Leredos saint Friard.— zizTin. Rots d'Espagne.
<i— zxxix. L'empereur Justiu.—XL. Mort de PÉlladius d'Auvergne.— ^u* '
Alboin, avec les Lombards, occupe l'Italie. — xlii. Origine d'Kiinius, sur-
nommé Mummole. — zliii. Guerres de Mummole contre les Lombards. —
ZLiT. L*arebidiacre de Uafseille^xLT. Les Lomhardt et Mummole.— xlti.
Mummole vientb Tours.— xLvii. Fin d'Andavohius.— nmi. Invaatoi» do
Théodebert.— xLii. Monastère de la Latte — l. Autres actions de Sighebert;
il entre dans Paris. — li. Chilpéric s'allie à GrOQtrao; mort de SOU fila
Théodebert.— ui. Mort du roi Sighebert.
Digitized by Google
LIVRE QUATRIÈME
I.— La reine Glotilde^ pleine de jours et riche debonnes
CBmreSy nnoarat à Tours^ m temps de Férêque Injurio-
sus elle fut transportée à Paris^ suivie d'un chœur
nombreux qui chantait des cantiques sacrés, et ense-
'velie par ses fils, le roî Childebert et Glotaire, dans le
sanctuaire de la basilique de Saint-Pierre^ à côté du roi
QoYîs. EUe avait construit cette basilique^ où est ense-
velie aussi la bienheureuse Geneyièye.
II — Le roi Glotaire avait récemment ordonné que
les églises de son royaume payeraient an fisc le tiers
de leurs revenus. Tous les évêques ayant, bien contre
leur gré, consenti et souscrit à ce décret, le bien--
heureux Injurlosas sTy refbsa courageusement, disant
avec indignation : a Si tu veux prendre ce qui est à
Dieuy le Seigneur te ravira promptement ton royaume; '
car il est injuste que tu remplisses tes greniers de la
récolte des pauvres, toi qui devrais les nourir de tes
propres greniers et irrité conhre le roi> il se retura
i En 645. Sft féie te célèbre le 8 juin.
I. 10
Digitized by Google
170 F£MM£S £X FILS D£ CLOÏAIR£.
sans lui dire adieu. Celui-ci . troublé et craignant la puis-
sance de saint iMartin, fit courir après l'évèiiue avec
des présents, lui deniandant pardon, condamnant ce
qu'il avait fait^ et le suppliant d'invoquer en sa faveur
la puissance du bienheureux Martin.
III. —Le roi Clotairè eut sèpt fils de ses différentes
femmes, savoir : d'Ingonde, il eut C.onthaire, Childé-
ric, Caribert, Gontrau» Sighebert, et une Me» nommé
Gtotsinde; d'Ârégonde, sœur d'Ingonde> il eutChilpé-
ric; et de Chunsène, il eut Cliramne. Voici comment il
prit la sœur de sa femme. 11 avait épousé Ingonde, et
limait uniquement quand il reçut d'elle une prière
ainsi conçue : « Mon seigneur a fait de sa servante ce
qu'il lui a plu^ et il Fa appelée, à son lit; mainte*
nant^ pour ooiDpléter le bienfait, que mon seigneur
roi écoute co que lui demande sa servante. Je le prie
de daigner procurer un mari puissant et riche à ma
sœur, sa servante; de telle sorte que rien ne m'humilie,
et qu'au contraire^ élevée par une nouvelle laveur^ - •
puisse le servir avec encore plus d'attachement. »
A ces paroles, le roi, qui était trop encUn à la luxure,
s'enflamma pour Arégonde> s'en vint à la villa qu'elle
habitait i et ht prit en mariage. Ensuite il retourna
vers Ingoudc, et lui dit : « J'ai songé à t'accordor la
grâce que ta douceur m'a demandée, et^ cherchant
ttn homme riche et sage que je pusse unir à ta sœur,
je n'ai rien trouvé de mieux que moi-même. Ainsi
sache que je l'ai prise pour femme^ ce qui| j'espère,
ne te déplaira pas. » Alors elle lui dit: a Que ce qui
Digitized by G
LES COMTES D£ BRETAGNE. ITl
paraît boti À mon «eignew soit ainsi fait ; seulement
que sa servante vive toujours avec la faveur du roi. »
Gontbaire^ Cbrsmne et Childéric moururent du vi-
vant de leur père. Noos raconterons'dans la suite la
mort de Gbramne. Alboin, roi des Lombards^ reçut
pour femme Cloisinde, fille du roi Clotaire»
L'évêque Injuriosus mourut dans la dix-septième
année de son épiscopat. 11 eut pour successeur Baudin^
qui avait été dans la domesticité * du roi Gloiaire; cêlui'^ei
Tut le seizième évôciuc depuis la mort de saint Marliu.
i Y. — Gonan, comte des Bretons^ tua ses trois frènsfl.
Voulant aussi tuer Mâle S ii le fit saisir^ charger de dla^
nés, et jeter en prison. Mais celui-ci fut arraché à la
mort par Félix, évéque de Nantes. 11 jura à son Irtett
qnllloi serait fidèle; puis je ne sais à quelle occasion
il voulut rompre son serment^ Couan, en étant inforiBéy
recommença à le persécuter; Mâlo, voyant qH^il ne pon*
vait échapper, s'enfuit chez un autre comte de ce pays^
nommé Chonomor. Celui-ci, apprenant que les gens qui
ie poursuivaient s'approchaient, le eaeha sous terre dans
un petit réduit, et fit construire au-dessus un tombeau
comme pour un mort, lui réservant une «uverture,
afin qnll pèi respirer. Il dit ensuite aux ennemis, lors-
qu'ils furent arrivés : « Voyez, Màlo est mort et enseveiiji
Les ennemis se réjouirent, se mirent à boire sur le
t Bs domêsHeo, c'eai-à-dire officier dans la maison du roi. !
<2aant aux ofEccs, ils étaient trèsHU^mbreux, très-variables, et '
U est fort difficile de les déterminer avec précision, comme on
peut voir par un long article de Ducange au mot DometHeus,
* > La forme laliue de ces noms est Ckmao ei iUactiowus.
Digitized by Google
m L'£VÊQU£ SAINT GALL,
tombeau^ et aHèrent anDoncer à Conan que «m frère
était mort; à cette nouvelle, Conan s'empara de tout le
royaume. (Les Bretons^ depuis la mort du roi Clorâi
ont toujours été sous la puissance des rois francs, et ils
avaient des comtes^ non des rois^) Mais Màlo, sortant de
dessous terre, se rendit dans la cité de Vannes, ou il
tôt tonsuré et ordonné cvéque. Conan étant mort, il
apostasia * et, ayant laissé croître ses cheveux, il reprit,
avec le royaume dè son frère, la femme qu'il avait .
abandonnée en se faisant clerc. Les évêques Texcom-
muuièrent, et nous dirons plus tard quelle fut sa mort*
L'évêque Baudin mourut dans la sixième année de
son épiscopat. L'abbé Gonthaire fut mis à sa place; il
fut le dix-septième depuis saint Martin.
y.— Lorsque le bienheureux Quintien fut sorti de ce
monde, conunenons Tavons dit, saint Gall, avec Tappui
du roi, lui succéda dans son siège. A cette époque, la
peste ravageait diverses contrées, surtout la province
d'Arles, et saint Gall tremblait bien moins pour lui que
pour scm peuple. Gommé nuit et jour il demandait à
Dieu de ne pas voir tant qu'il vivrait son troupeau ra-
vagé, un ange du Seigneur, dont la chevelure et le vê-
tement avaient la blancheur de la neige, lui apparut en
songe et lui dit : « Évêque, tu fais bien de prier ainsi le
Seigneur, ta prière a été entendue, et voici: tu seras,
ainsi que ton peuple, à Tabri du fléau, et personne
*■ La Bretagnen'étaitpoint soumise aux rois Francs; seulement
quelques-uns des comtes qui y régnaient leur payaient des tri*
buts, et leur reconnaissaient une sorte de souveraineté*
* AposiakwUf dit le texte.
, Digitized by Google
SAINT 6ALL ET LE PRÊTRE CATON, 178
dans cette contrée n'en mourra^ de ton vivant; mais^
après huit ans^ tremble, o U était clair par là qu'au
bout de ce terme réyéque sortirait dece monde. S'étant
éveiliéj il remercia Dieu de ce qu'il avait daigné
le rassurer par ce messager céleste^ et institua les ac-
tions de grâces qu'à la mi<»réme les fidèles vont ren-
dre à pied et en psalmodiant à la basilique de Saint-Ju-
lien martyr^Toyage d'environ trois cent soixante stades^
On vit à la même époque les murs des maisons et des
églises de son diocèse soudainement marquas d'un signe
auquel les paysans donnèrent le nom de Tau \Ei en
effet, tandis que ce fléau dévastait d'autres pays, grâce
à rinterc^ion des prières de saint Gall^ il n'approcha
pas de la cité d'Auvergne. ' Avoir mérité que la
protection du Seigneur mît ses brebis à couvert
n'était pas Je pense, une petite grâce pour un pasteur.
Aussitôt après sa mort, lorsqu'on l'eut lavé et transporté
dans régliscj le prêtre Caton fut salué évêque par le
clergé, ety comme s'il eût déjà été consacré, il s'empara
de tous les biens de l'Église, changea les administra-
teurs, repoussa les ministres % et régla tout de sa pro*
pre autorité.
' VL — Les évêques qui étaient venus pour ensevelir
saint Gall, après avoir rempli ce devoir, dirent au prêtre
Gaton: «Nous voyons que la plus grande partie du peu-
* Do Clermont à Brioude, il y a environ 60 kilomètres.
* Le T grec, dont la forme rappelle en partie la croix.
* Ordinatorei <t mAuflri. Les premiers étaient les administra-
teurs des biens de l'Église et les aatres les dignitaires du dergé,
tels que l'archidiacre eUles prêtres.
Digitized by Google
174 ' LE PRÊTRE CATOX.
pie t'a choisi ; viens, concerte-toi avec nous, nous te
iiéniroDS et te consacrerons pour i'épiscopat; le roi
est tm enfant ; si on fîmpnte quelque tort^ nous pren*
drons la défense; nous traiterons avec les grands du
roi Tbéodebidd pour qu'on ne te fasse aucune injure;
et quand même ta essuierais quelque dommnge,
compte sur nous, nous te servirons de caution, et t'in-
demnismns sur nos propres biens. » Mais Caton, enflé
d'une vaine gloire, leur répondit : a Vous Tavez appris
par la renommée : dès mon jeune âge> j'ai vécu reli*
l^usement» jeûnant, me plaisant aux aumônes, me
livrant à des veilles continuelles, et passant bien sou-
vent les nuits à cbanter les louanges du Seigneur. Le
Seigneur mon Dieu, que j'ai servi toujours assidâ^
ment, ne souffrira pas que je sois privé de Tordina*
tion fégulière* J'ai acquis, selon Tinstitution canoni-
que, les divers ordres de la cléricature ; j'ai été lecteur
pendant dix ans, j'ai servi cinq ans comme sous-diacre,
4|iilim ans comme diacr^, et je suis prêtre 4cpuis
vingt ans. Que me reste-il donc à faire sinon à rece-
voir Tépiscopat, récompense de fidèles et bons ser-
vices? Retournez dans vos cités, et occupez-vous de
ce qui vous touche; quant à moi, j'acquerrai la di-
gnité épiseopale, selon les règles canoniques. » A ces
mots, les évéques se retirèrent en maudissant le vain
orgueil de cet homme.
V1L-— Élu delasorte à Tépiscopatavecle consentement
des clercs, Caton, avant d'avoir été ordonné, exerça toute
rautorité^ et menaça de diverses manières rarcbidiacre
Digitized by Google
ÉPISCOPÂT DE CAUTIK. 175
Cautin, lui disant : « Je te chasserai, je tniamîlierai, je
te ferai souffrir mille morts. » Celui-ci lui répondit :
a Mon pieux seigneur, je désire obtenir ta faveur, et 8Î
j'y parviens, je te rendrai un service: sans peine pour
toi, sans fraude de ma part j'irai trouver le roi, eA je
t'obtiendrai Tépiscopat, ne demandant que tes bonnes
grâces pour récompense. » Mais Caton, soupçonnant
qu'il voulait le tromper, repoussa avec dédain sa pror
position. Alors Gautin, se voyant humilié et en butle i
la calomnie, feignit une maladie, et sorlit de la ville
pendant la nuit, pour aller trouver le roi Tbéodebald,
à qui il annonça la mort de saint Gall. A cette nouvelle
le roi et ceux qui l'entouraient convoiiuèrentà Metz les
évèqnes, et rarchidiacre Gautin fut ordonné évàquede
Clermont. Il était déjà nommé quand arrivèrent les
clercs, messagers du prêtre Caton. Par ordre du roi, ils
lurent livrés à Gautin, avec tons les biens de l'Église;
on désigna les évêques et les serviteurs qui devaient
l'accompagner, et il prit le chemin de l'Auvergne. U
fiit bien acceuilli par les clercs et les citoyens, qui Tao- .
ceplèrent pour év(M|ue. Mais bientôt s'clovôrent de
grands débats entre lui et-le prêtre Caion, car jamais
on ne put décider celui-ci à la soumission. Il y eut deux
partis parmi les clercs; les uns obéissaient à l'évéque
Gautin, les autres au prêtre Gaton ; et ce fut pour toqs
la cause de grands préjudices. Gautin, voyant qu'il était
absolument impossible de dompter la résistance de son • .
adversaire,le priva de biens ecclésiastiques,ainsi que ses
amis et ses partisans, et les mit dans un complet dé-
Digilized by Google
176 LES ROIS D'£SPA6N£. TH£OD£fiâLD.
nûment Cependant il rendait, à tous ceux qui consen-
taient à rentrer sous son autorité^ ce qu'ils avaient
perdu. I
VIII. — Agila régnait en Espagne, et accablait son peu-
ple d'un joug pesant. L'armée de l'empereur entra, dans
ce pays et prit plusieurs villes. Agila ayant été tué S
Athanagilde, parvint au trône, livra de nombreux com-
bats à cette armée, la vainquit en plusieurs rencontres
et Ferait sous sa puissance une partie des cités dont elle
s'était emparée injustement.
IX. — Théodebald, devenu adulte, prit pour fenune
Yaldétrade. On dit que ce Théodebald était d'un esprit
mécbant; irrité contre un honune qu'il croyait s'être
enrichi à ses dépens, il feignit un apologue, et lui dit :
« Un serpent trouva une bouteille pleine de vin, et étant
entré par le goulot, but avidement ce qu'elle conte-
nait ; de sorte que, gonflé par le vin, il ne pouvait plus
sortir par où il était entré. Alors le maître du Tin étant
arrivé tandis que le serpent cherchait à sortir, sans
s pouvoir en yenir à bout, lui dit : Rends d'abord ce que
tu as pris, et alors tu pourras sortir librement, b Cette
fable mit dans une grande anxiété celui à qui elle était
racontée et lui inspirât en même temps beaucoup de
• haine. Sous ce roi, Buccelin, qui avait soumis toute
ritalie à la puissance des Francs,, fut tué par Narsès.
Lllalie fut recouvrée par Tempereur, et personne, de-
puis, ne Ta reconquise\ £n ce temps, nous vîmes l'arbre
1 554. ^
s Parmi les Frmcs , car on sait que Ut Lombard* ne tardé*
Xàn.i pas àa'en emjjiarer.
Digitized by GoogI
MORT DE THÉÔDEBALD. ' 177
qu'on appelle sureau porter des raisins^ sans mélange
avec la vigne; et les Heurs de cet arbre^ qui^ comme on
sait^ produisent unegraine noire, donnèrent des grappes
propres à la yendange. On vit aussi la cinquième pla*
nète marcher à la rencontre de la lune et entrer dans
son disque K Je crois queces signes annonçaient la mort
du roi. Celui-ci, en effet, devenu tout à fait infirme,
ne pouvait remuer des pieds à la ceinture: il mourut
peu de temps après, la septième année de son règne
Le roi Clotaire prit son royaume, et fit entrer dans son
lit sa femme Valdétrade; mais, réprimandé par les pré*
très, il la quitta, la donna au duc Gariyald*, puis il
envoya en Auvergne son fils Ciiramne.
X.^Gette année, les Saxons s'éiant révoltés^ le kâ
Clotaire fit marcher une armée contre eux, et en exter-
mina la plus grande partie ; il ravagea et dévasta aussi
toute laThuringe, parce qu'elle avait prêté secours aux
Saxons.
XL— Gonthaire, éyèque de Tours, étant mort, le prê-
tre Caton fut, par les suggestions de l'évêque Cautin, i
ce qu'on pense, demandé pour gouverner cette Église^
en sorte que les clercs, s'étant réunis à Leubasie, abbé
«
1 ...In cireulum lunsB quinta stella ah adverso veniens introiss»
visa est. Circulus doit signifier ici, comme l'ont fort bien fait re-
marquer MM. Guadet et Taranne, le disque, attendu qu'il y a
toujours des étoiles et des planètes dans l'orbite de la lune.
Quant à qunUa tUXla, ce doit être Mars, la cinquième planète
en coaptaatlalune, selon l*liabitade des ancîen8.Le8 étoiles sont
en effet trop nombreuses pour être désignées perdes chiffiret*
t En 555, d'après VAri ds vérifier Ut data,
* Pttc de Bavière.
Digitized by Google
178 LK PRÊTRE CAÏON. '
et martyrahreS se rendirent en grand appareil à Ctar*
mont. Galon, instruit de la Yolonté du roi, demanda
quelques jours pour répondre; mais les envoyés^ dési-
rant ^en retourner, lui dirent : « Fais-nous connaître
ta Yolonté, pour que nous sachions ce que nous de-
vras feire^ sinon nous retournerons chez nous; car
nous ne sommes pas venus de notre propre Tolonté»
mais par Tordre du roi. » Alors, toujours plein de
vanité, Gaton assemUa la foule des pauvres qui, par ses
suggestions, s'écrièrent : « Pourquoi nous abandonnes^
tu, bon père, nous, tes enfants, que tu as jusqu'à pré-
sent nourris? Qui nous donnera à boire et à matfger
si tu pars? Nous t'en prions, ne nous quitte pas, toi
qui avais coutume de nous nourrir. » Alors, se tour-
nant vers le clergé de Tours, il dit : « Vous voyez, mes
très-chers frères, combien je suis aimé de cette multi-
tude de pauvres; je ne puis ks quitter pour aller
avec vous. » Les clercs, ayant reçu sa réponse, ^ea
retournèrent. Caton s'était lié d'amitié avec Chramne,
et en avait obtenu la promesse, si le roi Clotaire venait
à mourir, qu'aussitôt ce prince chasserait Gantin
de l'épiscopat, et le mettrait lui-même à la tête de
rÉglise. Mais celui qui avait eu en mépris le siège de
•ainl Martin n'obtint pas celui qu'il désirait. Ainsi s'ac*
compiit en lui ce qu'avait chanté David : // n'a pas
noulu dd la bénédictiou et eUe $*éloignera de lui K
Caton s'était exhaussé sur le cothurne de la vanité, et
I Le murtyraire était chargé de la gavde des roU^ues dot
martyrs.
• Peaume cvni, v« 18* ^
Digitized by Google
L'ÉVÈQUE CAUTIN. 17§
ne.croyait pas que personne pût le surpasser en sain-
teté. Quelquefois il faisait "venir pour de Fargent des
femmes dans TÉglise^ et leur ordonnait de crier comn^e.
emportées par la force de leur conviction^ le reconnais?
sant pour un grand saint, très-cher à Dieu, et déclarant
révêque Gautin coupable de toutes sortes de crimes^ et
indigne da sacerdoce.
XII. — Cautin^ d'ailleurs, en possession de Tépiscopat,
se comporta de manière à mériter l'exécration publi-
que; s'adonnant au yin sans mesure, il en prenait quelr-
quefoisune telle quantité qu'à peine suffisait-il de quatre
hommes pour remporter de table; d'où il arriva «{ue
par la suite il devint épileptique, ce dont le peuple ftii
souvent témoin. 11 était aussi possédé d'une telle avarice
qu'il croyait son bien diminué s'il ne parvenait pas a
rogner quelque chose sur les propriétés voisines des
siennes: aux puissants, il enlevait quelque chose parles
procès et les querelles; aux faibles, il prenait par force,,
et, comme dit notre SoUius ^, dédaignait de payer et s'in-
dignait si on ne lui livrait pas les titres de propriété*.
Il y avait en ce temps un prêtre nommé Ânastase,
de naissance libre, et à qui la reine Clotilde, de glorieuse
mémoire, avait concédé, par charte, une propriété.
L'évôque l'avait fait venir plusieurs fois, le priant
avec instances de lui donner la charte de ladite reine, et
1 Sidoine Apollinaire, appelù aussi Carus Sollius.
* La plira^o latine qui, en effet, se retrouve dans Sidoine
Apollinaire (liv. I, clia]i. ii), n'est ]>as trcs-clnire : Nec dabat pretia
conteriniens, nec accipielat instrumcnla desperanx. MM. Guadet et
Taranne ont traduit ainsi ; « Pur mépris, il ne payait pas et se
désespérait quand U n'obtenait pas les titres. »
186 LB PRÊTRE AKAStASB!.
de lui abandonner sa propriété; comme le prêtre s*^
refusait» révêque tantôt tâchait de le persuader par des
.caresses» tantôt relllrayait par des menaces. A la fin, il
le fît amener de force à la ville, et là le retint im-
pudemment» ordonnant» s'il ne livrait son contrat»
qu'on Faccablât d'ontrages et qu'on le fit mourir de
faim; celui-ciy résistant avec courage, refusa toujonrs
de donner Tacte» disant qu'il lui valait mieux mou-
rir de faim en quelques jours» que de laisser ses en*
fants dans la misère^ Alors il fut livré à des gardes et
condamné» s'il ne remettait les actes» à mourir de faim,
n y avait dans Téglise de Saint-Gassius, martyr, un sou-
terrain antique et caché» où se trouvait un grand tom-
beau de marbre de Paro6».dan8 lequel paraissait avoir
été déposé le corps d'un grand personnage*. Le prê-
tre fut enfermé vivant dans ce tombeau; on couvrit
le sarcophage» on le chargea d'une pierre, et on plaça
des gardes devant la porte du souterrain; mais les
gardes» se fiant à la pierre qui fermait le tombeau»
comme c'était l'hiver, firent du feu» et, appesantis par
les vapeurs du vin chaud, ils s'endormirent. Le prêtre,
nouveau Jouas» implorait* du fond de la tombe» comme
du sein de l'enfer» la miséricorde de Dieu. Le sarco-
phage, ainsi que nous Tavons dit» était grand, et, si le
t Nous avons tu déjà, par plusieurs exemples analogues h
oélui-ci, qu'il était permit à des hommes mariés d'entrer dtns
le clergé ; mais c'était, comme on a pu Tobserver, à la oondi*
tion de se séparer de sa femme.
*Le texte porte grandsvus, sans doute comme synonyme d(
lifijor, ainsi que l'ont pensé MM. Guadet et Taranne.
Digitized by Gt
LE PRETRE ANASTASE. 181
malheureux n'avait pas assez d'espace pour s'y tourner
entièrement, cependant il pouvait librement étendre les
mains de tous côtes. Les ossemenls exhalaient^ comme
il Ta souvent raconté^ une puanteur mortelle, qui non-
seulement soulevait ses sens, mais le bouleversait jus-
qu'au fond des entrailles. 11 fermait ses narines avec son
manteau, et aussi longtemps qn'il pouvait retenir son
haleine, il ne senlait pas la mauvaise odeur; mais lors-
que, se voyant prêt d'étouffer, il écartait un peu le man-
teau de son visage, cette odeur empestée lui entrait
non-seulement par le nez, par la bouche, mais aussi,
pour ainsi dire, par les oreilles. Qu'^jouierai-je? Dieu
enfin, je croîs, eut pitié de lui; et, en étendant sa main
droite vers le bord du sarcophage, Anastase sentit un
levier qui était demeuré entre le couvercle et les parois
du tombeau. Alors, le remuant un peu, il s'aperçut
qu'avec l'aide de Dieu, il ébranlait la pierre. Lorsqu'il
l'eut assez écartée pour pouvoir passer la tête, il fit
bientôt une ouverture assez large pour donner passage
à touison corps. Cependant les ténèbres de la nuit com-
mençant à obscurcir le jour, mais sans être encore en-
tièrement répandues, le prêtre chercha l'autre porte du
souterrain. ËUe était étroitement fermée par des serru-
res et des clefs très-fortes; mais comme elle n'était pas
si bien Jointe qu il ne pût voir à travers les planches, il
.approcha sa tête de cette ouverture et vit un homme
qui passait : il l'appela à voix basse. Celui-ci l'enten-
dit; et, comme il avait une hache, il coupa les bar-
res de bois auxquelles tenaient les serrures et ou- *
Oigitized by Coogle
18-2 LE PUÈTUE AXASTASE.
Vfitau pvèlre. La nuitétani survenue, AnasUse eelomm
h sa maison, priaalcet homme de ne parler de lui à
personne. Étant donc rentré dans sa maison, et ayant
ppîe les. cbarte» qu'il tenait, comme je Tai dil^ de b
feioe^ il s^adsessa aaroi Clolaîre, et lui apprit comment
son évèque l'avait condamné, à être enseveli vivante
Vont le monde M sain d'un goand étomiemeo/t^ ei L'on
disait-que Néron ni Hérodei^aTaleni jamais conunisfun
iovimit paoeii à celui d'en£ermer dans le. tQiiil>eau un
homme vIvaBl* Lféiijêque^CaitUorvijifatimv^le^m
tB»e; mais, accusé par le prêtre, il s'en retourna con-|
iraiucii^ei humilié. h& pDètreobëntdu roi la conlioma-
lÉM» de s» ^priété,. fit enceindse' ses. biens comme- il
lui plut, les conserva, et les laissa à ses enfants, Gautin
n'avalée» soi^rieude^ saintvm d'esiimahlef qariï était
entièrement dépoiffvu deioiiteconiiaissance des leilres^
tanit eoclésiastiques que prolauesi II était cher aux juiis»
auxquels il se li'vvait, non pour leur salut, comme ce de*
▼rait être le soin d'un pasteur, mais pour en acquérir des
objets de prisL, et, comme il les recherchait et que ceu^
d étateutow^ertemeatses adulateurs, ilaluii vendaient
leurs marchandises à un prix supérieur à leur valeur.
Xlll.-^£a ce lemps-là> Chcamne lésidait à Gieroiont
oà il commettait beaneeap d^actionsdéndsonnables, ce
qui hâ(a sa fin, car il était maudit du peuple; il n'aimait
aucun de ceux qui pouvaient lui donner de& (sonseils
salutaires; il rassemblait autour de lui des- hommes
de bas lieu, jeunes, sans mœurs, et il se plaisait telle-
' ment avec eux que, d'après leurs conseils, il donnait dei
Digitized by Google
è
VIOLENCES DE CHRAUNE. 183
ordres éeril8 pour faire enleter des filles deséiiateors à
la "?iie de leurs pères. Il dépouilla injurieusement Fir-
mîn du litre de comte de la ville et le remplaça par Sal-
Inste^ fils d'Évode .: Firmîn se réfugia dans l'église avec
sa belle-mère. On était alors en carême^ et TéTéque Cau*
tin se disposait à se rendre dans h paroisse de Brioade
en chantant les psaumes, selon que l'aTait institué saint
Gall, comme nous Tavons dit ailleurs. L'évêque sortit
donc de la ville avec beâmodnp de larmes, éteignant
qu'il ne lui arrivât quelque malheur en chemin, car le
roi Cliramne^ lui avait foit ausà des menaces. Pendant
qiiH était èti roate, le roi envoya Imnachaire et Sca^
pbtaire^ personnages importants, et leur dit : « Allez, et
firezpar torte de Téglise Firmîn et Césarie^ sa beHe-
mëre. » l'évêque étant donc parti, comme je l'ai dit,
enchantant des psaumes, les affidés de Chramne entrè-
rent dans l'église et tâcbërent de persuader Firmiiii ét
Dêsane par des paroles trompeuses, et, après avoir long-
temps parlé de choses et d'autres en se promenant dans
f église, comme les tagitife prêtaient lenr afIeirtioD ftee
qu'on leur disait, ils les firent approcher des portes de
l'édiiice sacré qn'on avait onvertes. Alors iiniiacliaire
ayant saiM dans ^ bras Viniifn, et Scapbtaire Césarie,
les poussèrent hors de l'église, où un des serviteurs
qu'on avait apo^tés s^empara d'eia, et sm^-le-ebamptm
ks condiifsH en exil; mais le lendemain, leurs gardes
«'étant laissés appesantir par le sonmieil, ils s'aperçu*
mit qif ils pouvaient s'en aller, s'enfuirent à la basîH-
* te litre de roi était aloTt donné «oBvent mz fiU de ieit«
Digitized by Google
lU CLOTAIRB ET LES SAXONS.
que dubieDheureox Julien, et échappèrent ainsi à rexil;
lenrs biens furent remis au fisc.
Cependant révêque Cautin assiégé de craintes; comme
jeFai dit, poursuivait son chemin, ayant près de lui un
cheval sellé; il vit venir de son côté des cavaliers qui
cherchaient à Falteindre» etdit : «Malheur à moU voâà
les gens que Ghramne envoie pour me prendre; »
alors montant à cheval, il laissa là son cortège, et pres-
sant sa monture des deux talons^ s*enfuit seul et à demi-
mort jusqu'au portique de la basilique de Saint-Julien.
£n racontant ces faits, nous devons nous rappeler ce
que dit Salluste des censures auxquelles sont exposés
les historiens. « Il est difficile d'écrire ce qui s'est passé,
c d'abord parce qu'il faut élever les paroles à la hau-
c teur des faits; ensuite parce que beaucoup attribuent
« à Tenvie et à la malveillance le récit des crimes que
c vous blâmez K » Mais poûrsuivons*
Xiy.— Clotaire, après la mort de Théodebald, s'étant
mis en possession du royaume de France % apprit,
comme il parcourait ses États, que les Saxons, transpor-
tés de leur ancienne fureur, s'étaient révoltés et refu-
saientde payer le tribut qu'ilsavaientcoutumededonuer
tous les ans. Irrité de cette nouvelle, il marcha vers eux,
et, lorsqu'il fut arrivé près de leur frontière, ceux-ci lui
envoyèrent dire : « Nous ne te méprisons point, et ne
refusons pas de te payer ce que nous avions coutume
1 Cette citation de Sallmite qui vient sens beaucoup dVpropoa,
mais par laquelle Grégoire se plaît à témoigner de set lectureft
est tirée du CatiUna, chap. iiz.
* C'eit-k-dire ici de TAustrasie. (V* la Qiogrt^hiê*)
Digitized by Google
«
LES SAXONS. m
de payer à tes frères et à tes neveux ; nous te donne-
rons même davantage si tu le demandes; mais nous
te prions de deiyieiirer en paix avec nous^ et de n'en
pas venir aux mains avec notre peuple, d Clotaire
ayant entendu ces paroles dit aux siens : « Ces hommes
parient bien; ne marchons pas contre eux de peur de
pécher contre Dieu. » Mais ils lui dirent : a Nous sa-
vons que ce sont des menteurs et quils n'ont jamais
accompli leur promesse; marchons contre eux. »
Alors les Saxons revinrent, offrant la moitié de ce
qu'ils possédaient et demandant la paix, et le roi
Clotaire dit aux siens : a Désistez-vous^ je vous prie^
de Tenvie d'attaquer ces hommes» afin que nous n'at-
tirions pas sur nous la colère de Dieu. » Mais ils n'y
voulurent pas consentir. Les Saxons revinrent en-
core offrant leurs Tétements, leurs troupeaux et tout ce
qu'ils possédaient, et disant : « Prenez tout cela et aussi
la moitié de nos teric^s» pourvu seulement que nos
femmes et 'nos petits enfants demeurent libres et
qu'il n'y ait pas de guerre entre nous. j> Mais les Francs
ne Toulurent point encore consentir à cela. Le roi Clo-
taire leur dit : « Renoncez, je tous prie, renoncez à
votre projet, car le droit n'est pas de notre côté; ne
vous obstinez pas à un combat où vous serez vaincus;
et si vous voulez y aller de votre propre volonté, je
ne vous suivrai pas. » Alors pleins de colère contre le
roi Clotaire, ils se jetèrent sur lui, déchirèrent sa tente,
l'accablèrent d'injures, et l'entraînant par force, le me-
nacèrent de le tuer, s'il ne consentait pas amarcher avec
Digitized by Google
186 EPISCOPAT D'EUPHRONIUS.
eux» Alor» ce tut matgré lui que Clotaire les accom-
pagna. Ils livràrent donc combat^ mais leurs ennemis
firent parmi eux un grand carnage, et il périt tant de
.gens dans Tune et Tautre année qu'on ne peut en esU-
xper le nombre^ ni le compter ayec exactitude. Clotaire
consterné demanda la paix^ disant que ce n'était pas par
sa volonté qu'il avait marché contre eiix| l'ayant obte-
nue> il retourna chez lui.
XY,--Les genade Toufs^ apprenant que le roi ét^t
revenu de lasanglante expédition contre les Saxons, se
réunirent en faveur du prêtre Ëuphronius^ allèrent
trouver le roi» et lui présentèrent l'acte de sa nomint^-
lion pour qu'il l'approuvât. Le roi répondit : «J'avais
ordonné qu'on iosLituât le prêtre Caton, pourquoi
art*oninéprisé mes ordres?» Ils répondirent: «Nous
avons été le chercher^ mais il n^a pas voulu venir. »
Sur cesentrelaitesj Gaton arriva inopinément pour prier
le roi de renvoyer Cautîn et de le nommer évéque de
Clermont ; mais le roi ayant reçu sa demande avec dé-
rision» il demanda qu'on le nommât au siège de Tours
qu'il avait dédaigné. Le roi lui dit alors : « J'avais d'a-
bord ordonné que tu fusses sacré évéque par les gens
de Tours; mais puisque^ ainsi que jeFapprends, tuas eu
cette Église en mépris, tu n'en auras pas le gouverne»
ment. » De la sorte Caton s'en alla confus, et le roi,
Si'étant informé de saint Ëuphronins, apprit qu'il était
neveu du bienheureux Grégoire dont nous avons parlé.
Le roi répondit : « C'est une race distinguée et des pre-
mières; que la volonté de Dieu et de saint Blartin soit
Digitized by Google
CHRAMNE ET SES PARTISANS. W
fftile, et que son élection soit confirmée. » 11 doniKi
cette conflnnàtion ét «aint Eupbroniusy Ie4n-teitièbie
après saint Martin, fut sacré évêque.
XYL-^Chramne, comme nous râV6ns dit, faisait en*
Aureiigiie beaucoup âe mal et élAit Una^rs animé iië
haine contre Févêque Cautin; il arriva que, dans ce
temps^ il fttt djâogereiisemeni «laiade et qu'une grande
âèvre lai fit tomber tOM les xMveêaL^ 11 avait «inec M
un citoyen d'Auvergne, nommé Ascovinde, homme
ii'un grand mérite et éminent par ses vertus» qui lat-
«ait tous «es efforts |HHir s'opposer è ^ tnauwaiseMh-
duite, mais sans pouvoir y parvenir. Il y avait aussi un
i\>iterâ, appelé Léon^ qui le petassaità tauteslesBiinh
▼aises actkms. Bien digne de son nom^ il ééplOyaitIa
cruauté d'un lion pour assou vir toutes sortes de passions.
On prétend qu'il disait que Hartin et Matiitil» ooufes»
seurs de Dieu, ne laissarent au fisc rien de bon.
Frappé soudainement par un miracle des sainls cooîes-
Beursyil devint bouivI et rouet, et itaourut inton9é>«ar «fi
fut en vain qu'il se rendit à Téglise de Saint-Martin de
Tours> y célébra des veilles et y offrit des présents; la
saint ne le regarda pas avise sa bonté tocoutumée» lel
le malheureux s'en retourna aussi malade qu'il était
venu.
Chramne^ cependant, ayant quitté FAuvei^gne^ vint
dans la cité de Poitiers où il se mit à exercer toute la
puissance. Séduit par de mauvais eooseilS) il forma le
projet de se mettre du parti de €hildeberf«solionGlc^
aûn de tendre des embûches a son père; et son oncle
Oigitized by Coogle
188 RÉBELLION DE CHRAMNE.
eut la perfidie de lui promettre des secours, tandis que,
selon la religion^ il aurait dû l'engager à ne se pas dé<-
darer Fennemi de son père. S'étant donc entendus par
' des messagers secrets, ils conspirèrent ensemble contre
Clotaire; et Ghildebert ne se rappela pas que toutes les
fois qu'il s'était éleré contre son frère^ cela lui avait
toujours tourné à confusion. Chramne, étant donc en-
tré danscelte crimineUe conspiration^ rerint àLimoges,
et plaça sous sa propre domination les contrées apparte-
nant à son père, que jusque-là il n'avait fait que parcou-
rir. Le peuple de Glermont se tenait alors renfermé dans
ses murs, et beaucoup mouraient de diverses et dange-
reuses maladies. Le roi Clotaire envoya vers Ghranme
deux de ses fils, Garibert et Contran ; en arrivant en
Auvergne, ils apprirent qu'il était dans le Limousin, et
continuant leur marche jusqu'en un lieu appelé le mont
Noir S ils finirent par le rencontrer. Là ils établirent
leurs tentes et assirent leur camp près de lui, puis ils
dépêchèrent à leur frère des messagers pour l'avertir
qu'il eût à rendre les possessions de son père injuste-
ment envahies^ sinon qu'il se préparât au combat. Lui^
feignant de reconnaître Tautorité de son père^ répon-
dit : « Je ne puis me dessaisir de ce q uc j'ai pris; mais
je désire le garder en ma puissance du consentement
de mon père. » Ses frères demandèrent qu'une ba-
taille décidât entre eux. Mais comme les deux armées
bien préparées s'avançaient l'une contre l'autre^ voilà
qu'une tempête, accompagnée de violents éclairs et de
I Niger mons. (Y. U Géographie.)
Digitized by Goog
CHRAliNB. 189
beanconpde tamerre, s'éleva subitement elles empêcha
de combattre. Gomme chacun était rentré dans son
camp, Chramne trompa ses frères, en leur faisant an-
noncer par un étrangler la mort de leur père, qui était
alors, comme nous Tavons dlt> à faire la guerre contre
les Saxons. Effrayés de cette nourelle, Ganbert et
Contran reprirent en diligence le chemin de la Bour-
gogne. Chramne les suivit avec son armée et mar-
cha jusqu'à la ville de Ghâlon qu'il assiégea et prit;
puis il poussa jusqu'au château de Dijon; il y arriva un
dimanche, et je vais raconter ce qui s'y passa. Saint
Tétricus^ évéque^ dont nous avons déjà parlé dans mi
autre ouvrapre*, était alors à Dijon. Les prêtres ayant
posé sur Tautel trois livres, savoir : les Prophéties, les
Apôtres et les Évangiles, prièrent Dieu de faire con-
naître ce qui arriverait à Chramne, et de déclarer, par
sa divine puissance, s'il aurait un heureux succès et s'il
pouvait espérer de régner. 11 était convenu que chacun
lirait à Toffice ce qu'il trouverait à Touverture dulivre.
Ayant donc ouvert le premier livre des Prophètes, on y
trouva ceci : Tarracherai ma vigne et elle sera dans la
désoUUim, parce qu'elle devait produire des raisins, et
n*a praduU que des fruits sauvages On ouvrit le livre
des Apôtres, et on y trouva ceci : Car vous savez très-
Mè», mes frères^ que le jour du Seigneur doU venir
* Il en est fait mention dans les Vies des Pères; et on Toit»
par les sommaires du livre de la Gloire des Confesseurs, que
Grégoire avait l'intention do parler plus au lonf; de ret évéque
de Langres; mais ou il n'a pas réalisé ce projet, ou le chapitre
a été perdu.— • Isaïe, cluip. v, v. 4, 5.
11.
■
Digitized by Google
190 CHRAMNE.
CQmvM UH voleur de mit* Lorsqu'ils diront : nous voici
mpaixM en tùreté, ils uroni surpris tout d^un coup
d'une ruine imprévue, comme Vest une femme grosse
d$sdouUurs4€,l'enf<mUmmtfSans^u*il leur reste au-
e^mnwlym de se sauver^. Dieu ajouta par Torganede
. rÉvangile : Quiconque entend ces paroles et ne les
pratique point ut Htnblojble à un insensé qui a bâti sa
maison sur le sàbk: la pluie est tombée, les fleuves se
sont précipités, les vents ont soufflé et sont venus fondre
sur cette maison; eUe a été renversée, et la ruine en a
été grande*.
Cbramod fut reçu dans la basilique par le susdit
évéque, il y matigea le pain S puis se rendit près de
Childebert. Cependant on ne lui permit pas d'entrer
dans les murs de Dijon. Pendant ce temps^ le roi Clotaire
combattait iraillamment contre les Saxons^ car les
Saxons excités, à ce qu'on dit, par Cliildeberl, et ir-
rités, depuis Tannée précédente^ contre les Francs,
étaient sortis de leurs pays et venus en France où ils
s'avançèrent jusqu'à la ville de Deuiz, pillant et causant
beaucoup de terribles maux.
XV lI.^Dans ce temps, Ghramne, après avoir épousé
la fille de Wilichaire» vint à Paris et s'unit de foi et
d'amitié avec le roi Cbildebert, jurant à son père une
» l^ÈfUre de saint Paul aux Thessaloniciens, chap. v, 2^9*
1 JSvany. selon saint Math., chap. vu, v. 26, 27.
> Chramm ad 2»fisilteat ah antedido sacerdotc susceptus est,
tftigiM CQiMdeni panewt ad ChUdehertum pertendii, MM. Gua-
det et Taranne traduisent: «I mangemi U pain d9 T^ricut, ctt
qu'ils expliquent par : vwaiU mitértilement. Cela ne signifie-i-il
pas plutôt qu'il reçut la communion, mangea le pain?
Hiimitié implacable. Pendant que Glotaîre combaltait
contreles Saxons» le roi Ciiildeberi entra dans la Cham-
pagne rémoise et arriva jusqu'à là viUede Reîms» dé^
vastant tout par le pillage et Tincendie. On lui avait dit
que son père avait été tué par les Saxons» et pensioit que
le royaume entier devait désormais lui obéir^ il envahit
tous les lieux où il put pénétrer.
X VIIL^Aloft aussi le duc Âustrapius^ craignant la
poursuite de Chramne, s'enfuit dans la basilique de
Saint^'Martin ; et le secours divin ne lui manqua paé
dans ses tribulations* Chramne, dans ^intention de fa«
voir de force, avait défendu que personne osât lui porter
des aliments^ et ordonné qu'on le gardât si soigneuse^
ment qu'il ne pût même obtenir de l'eau à boire^ afin
que, poussé par la famine, il consentît à sortir de lui-
même de la sainte basilique» et qu'on pût le faire f)érir.
Gomme il était à demi-mort, quelqu'un entra, lui por-
tant à boire un petit verre d'eau ; mais, au moment où
il venait de le prendre, le Juge du lieu s'élança rapide^
ment sur lui, et le lui ayant arracbé de la main, répam
dit l'eau à terre; mais, avec la même rapidité, s'ensui-*
virent aussitôt la vengeance de Dieu et les signes de
la puissance du saint évêque, car le juge qui avait fait
cette action, saisi de la lièvre le jour même, expira au
ndlieu de la nuit, et ne revit pas, le lendemain, l'heure
à laquelle, dans la basilique du sain*, il avait arraché la
boisson des mains du fugitif. Après ce miracle, tout la
monde s'empressa de porter abondamment à Ausf rsh
pius ce (^ui lui était nécessaire ; et, lorsque le roi CIo-
m MORT DE SAINT MÉDARD.
taire fut revenu dans son royaume, celui-ci se trouva en
grand crédit. Quelque temps après, étant entré dans
les ordres an château de Selle % situé dans le diocèse
de Poitiers^ il fut sacré évêque, afin que lorsque Pien-
tiuSy qui gouvernait l'Église de Poitiers^ viendrait à
Aiourir> il pût occuper sa place ; mais le roi Garibert
en ordonna autrement: car^ lorsque l'évêque Pientius
eut passé de ce monde dans Tautre, Pascentius, alors
abbé de l'église de Saint-Hilaire, lui succéda par ordre
du roi Garibert^ bien qu'Austrapius réclamât la posses^
sion de ce siège. Ses paroles hautaines ne lui servirent de
rien. Lorsqu'il fut retourné dans son château, les Téifa-
les qu'il avait souvent opprimés* se soulevèrent contre
lui; il fut frappé d'un coup de lance et périt misérable-
ment. L'Eglise de Poitiers recouvra alors ses paroisses.
XIX. ^Du temps du roi Clotaire^ Médard, élu de Dieu>
. éVéque d'une sainteté exemplaire^ mourut après une •
vie remplie de jours et de bonnes œuvres. Le roi Clo-
taire le ût ensevelir avec de grands honneurs dans la
ville de Soissons^ et commença à bâtir sur son tombeau
une église, qui fut achevée et dotée par son fils Sighe-
bert. Nous avons vu, déposés près de ce bienheureux
sépulcre^ les fers et les chaînes brisés de captifs délivrés
par le saint témoignage de sa puissance que Ton a con-
* Tribu de la nation des Alains, qui se dispersa, comme tant
d'antres, sur le territoire de rEmpire, au moment de la grande
invasion, et dont une bande s'<-tablit dans le Poitou, où elle
donna son nom à un hourp dit TeifnJia, dont on retrouve la
trace dans le village de TiffaugCf sur la Sèvre. (V la Géogr.)
Digitized by Google
MORT DE CHILDEBERT. . . 1§8 «.
serves jusqu'à ce jour. Mais roprenons déplus haut. .
XX.—Le roi Cbildt ber t tomba malade, et, après aToir •
longtemps gardé le lit, il mourut dans la ville de Paris S
et fut enterré dans l'église de Saint-Vincent que lui-
même avait bâtie. Le roi Ciolaire s'empara de son
royaume et de ses trésors, et envoya en exil UUrogothe
et ses deux filles. Chramne se soumit à son père; mais
il lui manqua encore de foi, puis, se voyant sans res-
sources, il se rendit en Bretagne. Là, il se cacha, avee
sa femme et ses enfants, chez Conobre, comte de Bre- - *
tagne. Wilichaire, son beau-père, s'enfuit dans la ba- > . *
silique de Saint-Martin ; et alors, en punition des pé* \ .
cbés du peuple et des impiétés qui s'y commettaient,' . .
elle 'fat brûlée par Wilicbaire et sa femme; ce que r
nous ne pouvons raconter ici sans de profonds soupirs. .
La ville de Tours avait déjà été consumée quelques an- . '
nées auparavant, et toutes les églises en avalent été
dévastées. Par l'ordre de Ciolaire, la basilique du bien-
heureux saint Martin fut recouverte en étain, et réta«»
Mie dans son ancien éclat* En ce même temps, pa-
rurent deux armées de sauterelles qui, passant, dit-on,
par rAuvei^e et le Limousin, arrivèrentdans la plaine
de Romagnac*, et s'y livèrent un grand combat, dans
lequel elles s'entre-détruisirent. Le roi Clotaire, plein
de colère contre Chramne, s'avança en Bretagne avec
une armée, et Chramne ne craignit pas de marcher, .
de son côté, contre son père. Tandis que tes deux ar-
* £n 556. — * iiavMktiiacMA campus. (V. Géogr,)
Digitized by Google
m FIN DE CHRÂMNE.
nuées étaient mêlées sur le champ de bataille, et que
tliiamne, avec les Bretons, commandait les troupes
Goutre son père, la nuit surirint et fit cesser le combat.
Cette même nuit, Cîonobre, comte des Bretons, dit à
Chramne : « Combattre contre ton père est, selon moi,
une iniquité; laisse-moi tomber cette nuit sur lui, et
la défàire avec toute son armée, i» Chramne, aveuglé,
je pense, par la volonté divine, n'y consentit pas, et, le
matin arrivé^ les deux armées se mirent en mouve*
ment, marchant Tune contre Tautre. Le roi Clotaire,
comme un nouveau David, prêt à combattre contre son
fils Àbsalon, pleurait etdisait : m Jette les yeux sur nous^
6 Dieu, du haut du ciel, et juge ma cause, car mon
fils s'est injustement levé contre moi, regarde et juge
avec justice, et prononce ici Tarrêt que tu prononças
autrefois entre Absalon et son père David. » On com-
battait des deux côtés avec une égale ardeur^ le comte
des Bretons tourna le dos, et fut tué. Alors Chramne se
mit à fuir vers les vaisseaux qu'il avait préparés sur la
mer; mais, tandis qu'il s'occupait à sauver sa femme et
ses filles, il fut atteint par Farmée de son père, pris et
lié, Clotaire ordonna qu'il fût brûlé avec sa femme et
ses filles : on les enferma donc dans la .cabane d'un
pauvre homme, où Chramne, étendu sur un banc, fut
étranglé avec un mouchoir; ensuite on mit le feu à la
cabane, ses filles et sa femme périrent avec lui.
XXL— Le roi Clotaire vint à Tours dans la cinquante
et unième année de son règne, apportant de grands pré'
seuls au tombeau du bienheureux Martin; et, lorsqu'il
Oigitized by
MORT DE CLOTAIRE. m
fut arrivé au tombeau de cet évèque» il se mit à repasser
dans son esprit toutes les négligences qu'il pouvait avoir
commises^ et à prier avec da grands gémissements le
bienheureux confesseur d'appeler sur ses fautes la mi-
séricorde de Dieu, et d'obtenir par son intercession
qu'il fût lavé de ce qu'il avait fait de contraire à la sa-
gesse; ensuite, s'en étant allé» durant la dnquante-
iinièine année de son règne, comme il était^ dans la forêt
de Guise, occupé à la chasse, il fut saisi de la fièvre, et
on le ramena à Gompiègne. Là, cruellement tourmenté
de son mal, il disait: a Hélas! que pensez- vous que soit
ce roi du ciel qui fait ainsi mourir de si puissants
rois? » et il rendit l'esprit dans cette tristesse Ses
quatre fils le portèrent à Soissons avec de grands hon-
neurs, et Fensevdirent dans la basilique du bknheu-
reux Médard. Il mourut au jour même, l'année révolue,
où Ghramne avait été tué.
XXIL— Ghilpéric, après les fanérailles de son père,
s'empara des trésors rassemblés dans la villa de Braine,
puis il alla trouver les plus influents d'entre les Francs^
les gagna par des présents et les atlacbaà sa cause. Bien-
tôt après il se rendit à Paris, siège de la royauté de
GblWebirt;^ (G^t s'en empara; mais il ne put le posséder
loitgtémps, car ses frères se réunirent pour Fen chasser,
et firent ensuite entre eux quatre, savoir, Caribert,
Contran, Cbitpédpjc, et Sighebert un partage légitime. Le
sort donna à Garibert le royaume de Ghildebert, avec
Paris pour résidence; à Contran, le royaume do Giodo-
Digitized by Google
190 STCHEBERT ET CHILPËRIC.
mir, dont le siège était à Orléans; Chilpérlc eut le
royaume de son père Glotaire^ et Soissons fut sa Yille
principale; à Sigliebert échut le royaume de Thierry
avec Reims pour résidence.
XX m.— Après la mort du roi Glotaire» les Huns en-
vahirent les Gaules. Si^hebert conduisit contre eux une
armée^ leur livra combat % les vainquit et les mit en
fuite ; mais ensuite leur roi lui fit demander son amitié
par ses envoyés. Tandis (}ue Si'.iicbcrt était occupé de
ces ennenûs^ Chilpéric s'empara de Beims et d'autres
cités qui lui appartenaient ; et ce qu'il y eut de pis, c'est
qu'il en résulta entre eux une guerre civile : car Sighe-
bert, revenant vainqueur des Huns, occupa la ville de
Soissons^ oti il trouva Théodebert, fils du roi Chilpéric,
qu'il prit, et l'envoya^en exil. Ensuite il marcha contre
Gbilpéric, lui livra combat, le vainquit, le mit en fuite^
et rentra en possession de ses cités. Il ordonna que,
pendant une année entière, Théodebert, fils de Chilpé-
ric, demeurât enfermé à Pontbion* ; mais bientôt^
comme il était clément, il le renvoya à son frère, sain
et sauf, et chargé de présents, en lui faisant prêter ser-
ment de ne pas agir désormais contre lui ; à quoi Théo-
debert manqua par la suite avec izrand péché.
XX 1 V.— Lorsque Gontran eut, comme ses frères, pris
possession de sa part du royaume, il ôta à Agricola b
dignité de patrice et la donna à Celse, homme de haute
taille, large des épaules, au bras vigoureux, superbe
dans ses paroles, prompt à la réplique et versé dans les
i £n 563. — s PonUco viUa,
Digitized by Google
LE ROI CONTRAN. 191
lois.Cethommefutprisbientôtd'unc telle avidité de s'en-
richir qu'il s'empara souvent des propriétés des églises
et les réunit à ses domaines» On rapporte qu^entendant
un jour lire dans réglise cette leçon où le prophète Isaïe
dit: Malheur à ceux qui joignent Us maisom aux
maisonê, les terres aux terrée jusqu^à ee que feepaee
leur manque * ! il? s'écria : « Il est bien insolent de dire
ici : malheur à moi et à mes fils, b Mais il laissa un fils
qui mourut sans enfants^ et légua la plus grande partie
de ses biens aux églises que son père avait dépouillées.
XXV.— Le bon roi Contran fit d'abord entrer dans
son lit, comme concubine^ Yénérande^ serrante, d'un
de ses hommes^ et en eut un fils nommé Gondebaud.
Il prit ensuite en mariage Marcatrude, fille de Magnaire,
et envoya son fils Gondebaud à Orléans. Marcatrude
en devint jalouse, quand à son tour elle eut un fils, et
attenta à sa vie. Elle le fit, dit-on, mourir en empd-
sonnant sa boisson. Mais alors, par le jugement de
Dieu, elle perdit son fils, encourut la haine du roi, qui
la renvoya, et mourut peu de temps après. Le roi
épousa alors Auslrechilde , surnommée Bol)yla; il en
eut deux fils, dont le plus âgé se nommait (llotaire^ et
le plus jeune Glodomir.
XX VI.— Le roi Caribert prit pour femme Ingoberge,
de qui il eut une fille, qui fut ensuite mariée et conduite
dans le pays de Kent *• Ingoberge avait à son service
1 Isaïe, chap. v, v. 8.
8 Berthe ou Eldeberge, qui épousa Ethelbert, roi de Kent, et
<-ontribua puissamment k la conversion do son mari et det
Anglo-Saxons au christianisme.
Digitized by Google
deux fiUes d'un piaivrfrluNnflM, éùwi la |»r«m!ëre s'ap<
pelait Marcovèfe, et |)ortait l'habit religieux ; l'auto
VappdlMi liéisoflède. Le roi'S'^pFti d'wiour pour éllas.
SBes étaient, oemme sous Tavons dît, ilUes d'un ouvrier
en laine. Ingoberge, jalouse de l'affection qu'elles in -
«pisaiont m roi^doiuia à ieur pèi« de l'ouvrage à laire
dans la maisoD, afin qiie lorsque le roi le virait au
jtravail^ il prît les filles en haine. Pendant qu'il était
Meopé, elle fit appeler le rpi, qui Tint croyant qu'eHo
imiail lui montrer quelque chose de curieux et vit de
loin cet homme qui travaillait aux laines du palais. A
eeU» vue, saisi de colère, il quitta Ingobei^ et épousa
Méroflède. Il prit encore une autre jeune fille nommée
Teutéchilde^ née d'un opUio, c'est-à-dire d'un pasteur
de hcébiêp dont il eut, dit*OB, un HIs qui, au sortir du
8^n de sa mère, fut aussitôt porté au tombeau.
JDu ianjpsde ce roi^Léonce^^ayaatrassembléàSaintes
lev évéques de sa province, destitua Émeri, évèque de
cette ville, soutenant qu'il n'avait pas été élevé cano-
aiqueipent à cette dignité; car le roî Clotaire avait or«>
donné qu'il f ât sacré sans le concours du métropolitain,
alors absent. Émeri fut renvoyé, et les évèques nooK
mèrent, d'un commun accord, Uéradius^ alors prétr^
de la ville de Bordeaux ; puis ils envoyèrent au roi
Ganbert, par ledit prêtre, l'acte de sa nomination,
signé de leurmain, pour que Garibert y donnât son
approbation. Réradius vint à Tours, et exposa au
» Evôque de Bordeaux. On voit par ce pusage quelle supré-
matie les métropolitains, plus tard archevêques, s'étaient or»
rogée sur les simples évéqucs.
Digitized by
VÈVÈQIUB LÉONCB. m
blenlidiireiK Eofihioiiîus ce qui s'était fait, le priant de
vouloir bien souscrire cet acte, ce querhomme de Dieu
refusa liautement. Le firétie étant doue entré dans Pa-
ris se rendit en présence du roi, et lui parla ainsi : c Sa«
lut^ roi très-glorieux; le siège apostolique envoie à
ton Éoûnence an très-ample salut, a Aqaoi ie m lé*
pondit : a Quoi donc, viens-tu de la ville de Rome |)our
nous apporter ainsi les salutations de son pape?— Ton
père iéoQoe^ dit le prêtre, etses é?dqaes proyineiam
t'envoient saluer et te font connaître qu'Émule (car
c'est ainsi qu'ils avaient pris coutume d'appeler Émarî
dans son enfanee) a été rejeté de Tépiscopat, pour
avoir brigué le siège de la ville de Saintes, sans de-
mander la sanction canonique» en aorte «fuHs t'ont
envoyé un acte de nomination pour en mettre un autre
à sa placci aiin que> les iransgresseurs des canons étant
Justement condamnés^ ta puissance se prolonge jus-
que dans les âges les plus reculés. » Quand il eut
ainsi parl^ le roi plein de colère ordonna qu'on l'an»*
chàt de sa présence, et qu'on le mît sur un chariot rem-
pli d'épines, ponr le conduire en exil, et il ajouta:
«Crois-tu donc qu'il n'y ait pas au-dessus de vousqoeip
qu'un des fils du roi Glotaire pour màintenir ce qu'a
fait son père^ puisque vous osez ainsi rejeter» sans
nous en demander notre vris, l'évéque nommé par u
volonté? » Puis il envoya des hommes de religion
* pour rétablir Tévéque dans son siège, et ût aussi par
quelques-UBS de ses camériers> qui oUigèrent f évèque
Léonce à payer mille pièces d'or^ et imposèrent aux au-
Digitized by Google
200 MORT DE GARIBËRT.
très éTêques une amende proportionnée à leurs tacul*
t'js; ainsi tut vengée Tinjure du prince.
Ensuite Garibert prit en mariage MarcoTèfe» sœur
de Méroflède. L'évêque de SaintrGermain les excom-
munia tçus deux pour ce motif; mais comme le roi ne
Youlait pas la renvoyer^ elle mourut frappée du juge*
ment de Dieu. Ije roi Garibert lui-même mourut peu de
temps après elie^ et, aprjès sa mort^ Teutéchilde, Tune
de ses reines^ envoya des messagers au roi Contran»
et s'olTrit à lui en mariage. Le roi répondit : ce Qu'elle
vienne à moi sans retard avec ses trésors» je la pren-
drai pour femme et la rendrai grande aux yeux du
peuple, afin qu'elle jouisse avec moi de plus d'hon-
neurs qu'elle n'en a eu avec mon frère qui vient de
mourir. » Joyeuse de cette réponse, elle rassembla
tout ce qu'elle possédait et vint vers lui. Mais alors le
roi dit : « U est plus juste que ces trésors soient en mon
pouvoir qu'en celui de cette femme que mon frère a
fait honteusement entrer dans son lit. » Alors il lui
^leva la plus grande partie de ce qu'elle apportait» ne
lui en laissa qu'une petite ])ortîon, et l'envoya au mo-
nastère d'Arles. Là, elle ne se soumettait qu'avec grande
tristesse aux jeûnes et aux veilles; elle s'adressa donc
par messagers secret à un certain Goth» lui promet-
tant que» s'il voulait la conduire en Espagne et l'épou-
ser, elle quitterait le monastère avec ses trésors et le
suivrait de bon cœur. Il promit sans hésiter : déjà elle
avait rassemblé ses effets» empli ses valises et elle se
• * £n 567,
Digitized by GoogL
SIGHEBERT ÉPOUSE BRUNEHAUX. 201
préparait à quitter le couvent, quand la YÎ^lance de
Fabbesse prévint ce projet et fit échouer sa tentative.
£ile fut cruellement fustigée^ puis renfermée^ et elle
demeura ainsi jusqu'à sa mort^ soumise à de durs châ-
timents.
XXVII.— Le roi Sighebert, qui voyait ses frères s'al-
lier à des éiiouses indignes d'eux, et prendre pour fem-
mes, à leur grand déshonneur. Jusqu'à leurs servan-
tes, envoya des ambassadeurs en Espagne chargés de
beaucoup de présents pour demander en mariage Bra-
nehaut, ûlle du roi Athanagilde ^ C'était une jeune fille
de manières élégantes, belle de figure, honnête et dé-
cente dans ses mœurs, de bon conseil et d'agréable
conversation. Son père consentit à raccorder, et Ten-
Toya au roi avec de grands trésors; Sighebert, ayant
rassemblé les seigneurs et fait préparer des festins, la
prit pour femme avec une joie et des réjouissances in-
finies* £Ue était soumise à la loi arienne ; mais les pré-
dications des prêtres et les^xhortalions du roi lui-même
la convertirent; elle crut et confessa la Trinité une et
bienheureuse/ reçut l'onction du. saint chrême, et
par la vertu du Christ, elle persévéra dans la foi catho-
lique.
XXYIII. — Le roi Ghilpéric, qui avait déjà plusieurs
femmes, voyant ce mariage, demanda Galsuinthe,
sœur de Brunehaut, promettant, par ses envoyés, que
8*0 pouvait obtenir une femme égale à lui et de race
royale, il délaisserait toutes les autres. Le père reyut ses
^ Bu 666.
Digitized by Google
303 CHILPÉRIC ÉPOUSE ET LAISSE TUER GALSUIHTHE*
promesses^ et Ini envoya sa fille, comme il avait envoyé
Taulre, avec de grandes richesses. Gaisuinihe était l'aî-
née de Braoehaul : lorsqu'elle arriva yen le roi Ghil-
perîc, celui-ci la reçut avec grand honneur, et la prit
eu mariage. 11 Taimait beaucoup parce qu'elle lui avait
apporté de grands trésors; mais Tamour de Frédégonde,
qu'il avait eue auparavant comme maîtresse, fit naître
eotre eux de grands débats. Galsuintbe avait été con*
tertîe à la foi catholique, et avait reçu le saint chrême.
£Ue se plaignait de recevoir du roi de continuels ou-
tngeSf et disait qu'elle vivait près de lui sans honneur.
EUe demanda donc qu'il lui permît de retourner dans
son pays, laissant tous les trésors qu'elle avait apportés.
Gelui-ci« dissimulant, Tapaisa par des paroles de dou-
ceur; puis il ordonna à un domestique de Télrangler,
et on la trouva morte dans son lit Après sa mort. Dieu
fit connaître sa vertu d'une manière éclatante, car une
lampe qui brûlait devant son sépulcre, suspendue à une
corde,, tomba sur le pavé, la corde s'étant rompue sans
que personne y touchât; en même temps la dureté du
pavé cédant à ce contact, la lampe s'enfonça tellement
dans cette matière amollie, qu'elle y fut à moitié ense-
velie sans se briser, ce qu'on ne put voir sans y recon-
naître ua grand miracle. Le roi, après avoir pleuré sa
mort, épousa au bout de quelques Jours Frédégonde.
Alors ses frères, ayant entendu dire que c'était par son
ordre que sa femme avait été tuée, le chassèrent de son
royaume. Chilpéric avait trois fils d'Audovère sa pre*
mière femme, savoir, Tbéodcbert, dont nous avons
Digitized by Google
sir. ni: lu: UT et les huns. 203
par lé , MéroTée et Clovis. Mais revenons à notre sujet
XXl^X.^ Les Huns s^eflbrçatènt de rentirer de notr-
^ veau dans les Gaules. Sighebert marcha contre eux à 1*
tête d'une armée eï tceompagné d'une gnramte-inaKi-
tade diioiniiies caillants; ma», au moment doeomBat^
les Huns, habiles dans Tari de la magte^ firent apparat-
li'e diress fantômes aux yeux des Francs qui fturent ech
tièrement yalncot. L'armée de Sigheberif ayant été mise
en fuite, lui-même fut retenu prisonnier par les lluns;
mais, eoDime il étail agréable dTesprit etf plein d'âdresee'»
Uifainquit par les présent^cenx qu'il n^&¥ail>pwaincra
pav la force des combats, et ses libéralités ejigagèrent
le roi des Huns à conTenir w&s lut que, àunHàfh^wm/l»
de leurm^ ilë ne se foraienipln» la guerre; ce quron
a pensé avec juste raison devoir tourner à la louange
deiSigbebert plutôt qii'ài8a.tiQnta; Leioides fions fiib
ansl beauoonp de présents aa roi Sighebert;* on^l'appe»
lait Gagan^ce qui est le nom de toua Im^roift de oeUe
nation^
WJL — Le roi Sighebert, désirant s'emparer de lar
Yiiie d'Acles^ ordonna aux habitants de rAuvergnode
ae mettne ea nsarche';. Us a:?aienb alors- pour* coiata
Firmin, qui se mit à leur tôle. D'une autre part vint Aur
dovaine, également àla tète.d'uifê armée; ils entrèreni
dans la ville d'Arles^ et lui firent prêter sesmant k
1 Ces prétendus Huns étaient les Ayares, peuple deMeoda des
plateaux du Tl.ibet, et qui, après avoir erré longtemps en Ger-
manie, fonda enlin, dans la Valac hie, la Moldavie et la Hongrie,
un royaume qui subsista -230 ans. Ce fut dans la Thuriogei entro
r£lbc et la 6aal, que Sighebert leur fit la guerre.
• £n 566.
804 SIGHEBERT ET GONTRAN.
Sigheberl. A cette nouveUe^leroi GoDiran envoya le pa-
frice Gelse à la téte d'une armée; celui-ci marcha sût
Avignon ^ prit cette ville, j)uis se dirigea vers Arles,
qu'il environna et où il commença à attaquer l'armée '
du roi Sîghebert qui y était enfermée. Alors révêque '
Sabaude dit aux soldats : « Sortez des murs et
livrez combat; car^ enfermés ici^ vous ne pourriez
défendre ni vous-mêmes, ni le territoire de cette
ville. Sij par la grâce de Dieu^ vous êtes vainqueurs^
nous vous garderons la foi que nous vous avons pro«
mise; si, au contraire^ ce sont eux qui l'emportent^
vous trouverez les portes ouvertes, et vous pourrez
entrer pour ne pas périr. »
Trompés par cet artifice, ils sortirent des murs et se
mirent en bataille; mais lorsque vaincus par l'armée
de Gelse, et commençant à fuir, ils revinrent à la ville,
ils en trouvèrent les portes fermées; Tarmée ennemie
les poursuivant à coups de traits par derrière, et les
gens de Isf ville les accablant de pierres, ils se dirigè-
rent vers le Rhône, et se mirent sur leurs bouchers
pour gagner Tautre rive; mais emportés par la vio-
lence du fleuve un grand nombre se noyèrent, et
le Rhône fut alors, pour les habitants d'Auvergne, ce
que nous lisons que fut autrefois le Simoïs pour les
Troyens*.
* Grégoire de Tours se plaît encore à témoigner ici de ses
lectures, et nous voyons par ce passage c^ue si le langage
des bons auteurs était tombé en désuétude» cependant leur
iouTenir subsistait chez quelques hommes intelligents au
Ti* siècle.
t
Digitized by Google
LE CHATEAU DE TAUREDUN.
• • Corr^ta tub undi»
Smia «Mn giAtatfu» ^ fortia carpwra voWU
Afparwnt rari tumUê mi gurgiiê «otto K
Un petit nombre» comme nous FaTons dit» put avec
peiue^ en nageant et à l'aide des boucliers, gagner l'autre
bord. Dépouillés de tout ce qu'ils possédaient» privés de
leurs cbevaux» ils ne rentrèrent dans leurs pays qu'avec ^
de grandes difficultés; on donna cependant à Firmin et
à Audovaire la liberté de s'en retourner. Plusieurs des
gens d'AuTergne périrent non-seulement emportés par
le fleuve» mais frappés du glaive. De cette manière»
Contran rentra en possession de cette ville, et avec sa
bonté accoutumée rendit Avignon à son frère.
XXXI.— Il parut alors dans les Gaules un grand pro*
dige au château Tauredumum, situé sur une montagne
au bord du Rhône *. Cette montagne fit entendre pen-
dant près de soixante jours un étrange mugissement» et
enfin elle se sépara d'une autre dont elle était proche»
m
i « Il roule dans ses eaux les bouelien, le« casques et les ^
c corps robustes des guerriers Un petit nombre parait çà et
« là, nageant sur le gouffre immense. » ' '
* Tauredunum. Il est assez difficile de déterminer la position
de ce lieu; quelques savants ont pensé qu'il s'agissait de Tour- '
non en.Vivarais ; mais la description que donne Grégoire de
Tours et les circonstances de l'inondation ne sauraient a'y ap-
pliquer. Selon d'autres, le fort de Tawredunum était situé dana
ie Valais, et un passage de la Chrani^ de Marins d'Avenclies
semble Tenir àl'appui de cette opinion. Cependant U est plus pro-
bable qu'il s'agit ici du fort l'Ecluse, entre Seyssel et GenèTO,
lieu OÙ le Rhône coule en eflfet dans une gorge fort resserrée,
et qui offre des traces d'un déchirement des montagnes. Dans
cette hypothèse, le grand amas d'eau qui, selon Grégoire de
Tours, eut lieu à Genève, située au-dessus du fort l'Ecluse, ne
serait pas impossible à concevoir. (Voir la Géogr.)
». 1»
Digitized by Google
206 LE CHATEAU DE TAtJREDUN.
et se précipita dans Je ileave avec les hommesi les égli-
ses, les richesses «t Ibs maîsoiis qu'elie portait. Le fleuve
sortit de soa lit et reflua^ car cet endroit était des
Aewi «MéB «erré par des tnmrtagnwt, entre lesquelles
ses eaux torrentueuses coulaient par un lit étroit. Le
éeave, daos celte inondation^ en^uUt ti renversa tout
tie qui se tnmvail sur ses rifes flipérieartt; puis
les eaux amoiicelées , se précipitant de nouveau^
Mfnrant ùM^ioément, conune elles Tavaieiit fait
yliis hmd, ta habitants du pays silné pins ïm, les
Boyèrent, abattirent les maisons^ emportèrent les
dievwix et oe ^ se trouvait sur la rive, boolevei^
sant et ravageant tout par une inondatioD vîolMite
St publie jusqu'à la ville de Genève. On dit qu'il s'a-
massa ^ans oette ville yns telle quantité d'en», qu'eUe
frandiHiesmurs^eeiifrin^arien d'invraisemblable parce
que^comme BOusl'avonsdit,leBhdae eacetendroit coule
dans nn défilé entre des montagnes» «t se trouvant in-
tercepté, sans avoir sur ses côtés de passage par où il
l»àt s'échapper, il Irauchit la montagne renversée, et
détruisit tout A la smte de cette catastrophe, trente
moines de l'endroit où était tombé le château vinrent
fouiller la terre surlapartie de lamontagne demeurée de-
bout, et y trouvèrent du Cnroude l'airain. Pendant qu'ils
étaient occupés à cetravail^ ils entendirent encore la
montagne nragircomme anparavant^leur âpre cupidité
les retintet la portion qui n'était pas encore tombée se
renversa sur eux, les ensevelit et les fit périr sans qu'on
ait Jamais pu les retrouver. De même de grands prodi-
Digitized by
PROmOBS £N AUYEB6NE. M
ges avaient épouvanté F Auvergne avant le désastre qui
éé8i9^ cette cootrée, ear à i^usieurs reprisn il parut
autoor du soleil trois ou quatre ehrtés Irèa^grandea el
très-brillantes, et les paysans disaient : a Voilà dans le
M trois on quatre sdeils. » Et une foî$> aux calendes
dVictobre^ le soleil iNurut Mentent oMcorel qu'on
n'en voyait pas reluire la quart ; il paraissait som-
1»^ décoloré et semblable à un sac. Va» de ces
étoiksque Fon appeHe comètes^ àvee «m rayes sem*
biable à un glaive, se iiionira au-dessus du pays pen-
dant une année entière. On vit le cid ardent, et il
apparut beaucoup d'autres signes. Bans une[égli8ed'Âu-
vei gne, au moment où Ton oélébirait, dans une certaine
iéte, latigik dn. matin, un oiseau de eeox que noua
appelons alouettes entra et éteignit avec ses ailes toutes
les iomièreaqnibnUaientdansréglise* On eûtdit qu'un
homme» les tenant i sa mafoi, les avait tontes à la Ibis
plongées dans Teau. Puis^ passant sous le voile du sanc-
tuaire, Toiseau voulut éteindre la lampe; mais les
portierd* Yen empèdik^nt^ et le tuèrent» Un autre
oiseau en Ht autant aux lampes qui brûlaient dans la
basilique de Saint- Àndré, la peste snrvintj et ily ei^
dans tout le pays une ièlle mortalité sur le peuple,
qu'il est impossible de compter les multitudes qui
rirent Comme les carcodis et les planches manquaient,
on en enterrait dix et plus dans une même fosse; on
C(Hnpta,.un dimanche, 4^ une basilique de Sainte
* Il y avait (juatre ordres mineurs : acolyte, lecteur, exorciste,
portier.
Digilized by Google
m PESTE EN AUVERGNE,
Pierre, trois cents cadavres. La mort était subite : il
naissait dans l'aine ou dans Faisselle une plaie en
forme de serpent; son action était telle sur les hom-
mes qu'ils rendaient l'esprit le lendemain ou le troisième
jour, et la force du yenin leur ôtait entièrement le sens.
Ainsi mourut le prétre^Gaton; car tandis que beauconp
fuyaient la contagion, il demeura constamment dans le
pays» ensevdissant les morts» et célébrant courageuse-^
ment des messes. Ce fut un prêtre d'une grande
charité et plein d'amour pour les pauvres; s'il a eu
quelque orgueil, je crois que cette vertu Ta suffi**'
samment racheté. L'évêque Gautin qui courait de'
lieux en lieux par crainte de la peste, étant revenu
à la ville, Ait pris de la contagion et mourut la veille
du dimanche de la Passion. Tétradius, son cousin
germain» mourut à la même heure. Lyon, Bourges,
Châlon et Dij<Ni, furent extrêmement dépeuplés par
cette maladie.
XXXII.— 11 existait alors au monastère de Randan,
dans la cité d'Auvergne, un prêtre d'une éminente
vertu, nommé Julien, d'une abstinence telle qu'il n'u-
sait que de pain et de d'eau, portant en tout temps un
cilice sous sa tunique, le premier aux veilles et assidu à
l'oraison; il guérissait sans peine les possédés, rendait
la vue aux aveugles, et chassait les autres maladies par
rinvocation du saint nom de Dieu et le signe delà
sainte croix. A force de resiter debout, il avait les
pieds malades d'un ulcère; et, comme on lui deman-
dait pourquoi il demeurait ainsi debout, plus que ne le
Digjtized by
L'ÂPBÉ SUNIULFE. SO0
permettoil la force de son corps, il avait coutume de
répondre dans un un sens spirituel : a Mes jambes font
mon oaYrage et, taot que la vie est-en moi, leur support
avec la volonté de Dieu ne me manquera pas *. » Nous
l'avons vu une lois dans la basilique de Saint-Julieu,
martyr, guérir un possédé seulement par ses paroles;
il guérissait aussi souvent, par Toraison, des fièvres
quartes, et autres. Lors de cette contagion, plein de
jours et de vertus, il passa de ce monde au repos étemel.
XXXIII. — Alors aussi passa de cette vie ù l'autre
Tabbé de ce même monastère, et il fut remplacé par
Suniulfe, homme plein de simplicité et de charité,
qui souvent lavait lui-même les pieds des étrangers, et
les essuyait de ses mains. On ne pouvait lui reprocher .
que d'employer plus les supplications que Tautorité
pour conduire le troupeau qui lui était confié. Il avait
coutume de raconter que, dans une vision, il avait été
conduit auprès d'un fleuve de feu^ dans lequel venaient
tomber une loule de gens qui couraient sur ses bords
comme un essaim d'abeilles : les uns y étaient jusqu'à
la ceinture, les autres jusqu'aux aisselles, plusieurs jus-
qu'au menton, etils criaientavec bien des gémissements
à cause de la violence de la brûlure. Sur le fleuve,
était placé un pont si étroit qu'à peine avait-il la lar-
geur du pied d'un lionune. Sur l'autre rivage, parais-
sait une grande maison toute blanche par dehors; et
* Voici la phrase latine, qui n'est pas fort claire : Faciunt opus
meumj dum et vita cornes est, nec me eorum sustentatio, Domino
jt^tnftf reltnfuti»
13.
Digitized by Google
210 LE MOINE DE BORDEAUX.
lorsqall demanda à ses compagnons ce qne celatigiri*
fiait, il loi fat répondu: « De ce pont sera précipité
celui qui aura été faible pour guider le troupeau confié
à ses soins, mais le Taillant passera sans danger et
arrivera, plein de joie, dans la maison que tu vois sur
Tautre bord. » A ces mots il se réveilla^ et on le ¥it
depuis beaucoup plus sévère envers sea moines.
XXXIV. — Je raconterai aussi ce qui se pass.a dans
un monastère à la même époque ; mais je ne veux pas
nommer le moine que celaconoeme» paihse qu'il est en-
core vivant, dans la crainte que ces écrits lui parvenant
ne diminuent son mérite 'en le faisant tomber dans une
-vaine gloire. Un jeune homme Tint au monastère et
se présenta à Tabbé pour se dévouer au service de
Dieu. L'abbé lui opposa plusieurs raisons, olijectaat ft
ce Jeune homme que le service de cet endroit était dur,
et qu'il ne pourrait jamais accomplir tout ce qui lui
serait ordonné. U promit de tout accomplir pour le
saint nom de Dieu, en sorte qne Tabbé consentit à Tad-
mettre. Il s'était déjà fait remarquer de tous par soa
hqmililé et sa sainteté, lorsqu'il arriva* que les moines»
sortant les grains, en mirent sécher au soleil près de
cent cinquante boisseaux qui furent confiés à sa garde
pendant que les autres s'étaient occupés ailleurs. Voilà
que tout à coup le ciel se couvrit de nuages, et qu'une
forte pluie accompagnée d'un vent violent s'approcha
rapidement du monceau de grains. A cette vue le moine
ne savait que faire et (juo devenir : pensant que s'il appe-
lait les autres, iig ne sulfiraient pas à eux tous pour reo«
LE MOINE DB B0RDB4UX« JUl
trer daBsIe grenier ce iraste amas de grains. Renonçant^
donc à toutautre soin, il se mil en oraison, priant Dieu de
ne pas permettre qu'une goutte de cette pluie deecendtt|
sur lefromient Tandis qu'il priait ainsi prosterné à lerre,
les nuages se déchirèrent et la pluie tomba en abondance
autour du monceau, sans que, pour ainsi dire» un seid-
grain de froment fûtmouillé. Les moines et Tabbé s'étant
réunis pourvenir promptement ramasser le grainfurent
ttooinsdece miracle^ et cherchant le gardien, l'aperçu-
rent de loin, incliné sur le sol et en prières . A celte vue,
l'abbé se prosterna derrière lui, et, la pluie passée» l'orai*
son finie» il l'appela, lui enjoignit de se lever, et le fit
battre de verges, disant: « Il te convient, mon flls, de
croître humblement dans la crainte et dans le serrice
de Dieu, non de te glorifier par des prodiges et des mi-
racles, » puis il ordonna que, renfermé sept jours dans
la cellule, il y jeûnât comme un coupable^ afin d'empè-
dier que ced n'engendrftt en lui une Taine gloire ou
quelque autre obstacle à la vertu. Maintenant le même
moine, conune nous Tavons appris d'hommes dignes de
foi, sfadonne à une telle abstinence que, dans les jours
de carême, il ne prend ni pain ni aucun autre ahment»
si ce n'est» ions les trois jours, une coupe pleine de
tisane. Que Dieu veuille rayon: en sa sainte garde jus<>
qu'à la fin de sa vie !
XXXV. — Cautin, évéque d'Auvergne» étant mort,
comme nous Pavons dit, il y eut pour l'épiscopat plu-
sieurs prétendants, offrant beaucoup, promettant plus,
encore. Le prêtre Euphrasius» fils du feu sénateur En*
Digitized by Google
éPISCOPAT D'AVITUS.
Dodius^ ayant reçu des juifs beaucoup de meubles pré-
cieux, les envoya au roi par son beau-père Bérégésile,
afin d'obtenir par ce présent ce qu'il ne pouTait devoir
à son mérite. Il était agréable dans sa conversation,
mais point chaste dans ses œuvres; il enivrait souvent
les barbares, et rassasiait rarement les nécessiteux;
Je crois que ce qui l'empêcha d'obtenir la dignité qu'il
désirait, c'est qu'il y voulut arriver, non par la voie de
Dieu, mais par celle des hommes. Et d'ailleurs elle ne
pouvait être oubliée, cette malédiction que Dieu avait
prononcée par la bouche de saint Quintien : a De la race
i d'Hortensius ne sortira pas un homme qui gouverne
a réglise de Dieu'. » L'archidiacre Avitus, ayant assem-
blé le clergé dans la cathédrale d'Auvergne, fut nommé,
non sans avoir fait beaucoup de promesses, et se rendit
près du roi. Firmin, comte de la cité, voulut lui faire
obstacle; mais il ne partit pas lui-même. Les amis qu'A
avait chargés de cette affaire demandaient au roi de lais-
ser passer au moins un dimanche avant la consécra-
tion d'Avitus, offrant mille sous d'or; mais le roi n'y
voulut pas consentir : il se trouva donc que le bienheu-
reux Avitus, alors arcliidiacre, comme nous Tavons dit,
de la cité d'Auvergne, élu par le peuple et le clergé dans
rassemblée générale des citoyens, parvint au siège
épiscopal; et le roi se plut à lui faire tant d'honneur
i Hortensius, dont descendait appflremmcnt le prôtre Kuphra-
siu8, ETait été maudit par saint Quintien pour ne pas avoir
voulu Ini aceorder la grâce d'un de ses parents, comme on le
voit par la VU à«$ Père$t chap. it, n* 3.
SAINT NIZIER. U3
que, par une légère infraction aux canons, il ordonna
qu*il fût consacré en sa présence^ a afin, disait-il, que
j'obtienne de sa main des eulogies* ; » et, par sa grâce,
il le fit consacrer dans la ville de Metz. Parvenu à Tépis-
copat, Airilus se rendit grandement recommandable, dis-
pensant la justice au peuple^ ses richesses aux paums,
ses consolations aux veuves, et tous les plus grands se*
cours aux orphelins. L^étranger qui Tenait vers lui en
était tellement chéri qu'il croyait retrouver en lui son
père et sa patrie. Il ûorissait ainsi dans de grandes vertus,,
consenrantde toutson cœur les choses agréablesàDieu»
éteignant chez autrui la luxure impie, et inspirant à son
prochain la complote chasteté que Dieu commande.
XXXTL — Sacerdos, évéque de Lyon, étant mort à
Paris, après le synode de cette ville qui expulsa Saflk-
racus» saint r^Iizier ' fut, comme nous TaYons dit dans sa
' Tie, éleyé à cet évêché. C'était un homme éminent en
toute sainteté et d'une vie chaste. Il exerça autant qu'il
lui fut possible, à l'égard de tous, cette charité que
l'Apôtre recommande, en sorte qu'on pouvait découvrir
i Les canons exigeaient, en efTot, que l'évéque fiU consacré
dans la province même par le métropolitain. Le mot eulogia
avait, à cette époque» plusieurs siguihcations diii'érentes ; il
désignait: V le sacrement de rEucharisiie ; 3* le pain bénit;
3* les pains bénits que les évéques et les prêtres envoyaient oa
recevaient en présent; 4* des présents quelconques, surtout
ceux que les ecclésiastiques faisaient aux laïques, en signe de
respect ou d'amitié, et qui consistaient le plus souvent en choses
bénites : c'est en ce sens qu'il est pris dans le passage dont il
s'agit; 5'' enfin des prcsiMits , r*'-tributioûs OU prestations de
diverse nature, extorqués par la iorce.
S En latin Ntce(tu«.
Digitized by Google
su L'ÉYÊQUE PRISCUS A LTON.
'dans son cœur Dîeu même, qui est la pure charité. Ceux
qui rayaient irrilé par leur mauvaise conduite^ il les
recevait commè slls ne Tenssent jamaifl offensé dès
qu'ils s'étaient amendés. Il châtiait les coupables, se
monlrait clément à la pénitence, aumônier et assidu
aù travail. H s'appliquait avec activité à bfttir des égU-
ses, à réparer les maisons, à ensemencer les champs, à
cultiver les vignes. Tout cela cependant ne le détoor-
naît pas de Foraison. Après vingt-deox ans àe ministère
pontifical, il alla trouver Dieu, qui maintenant accorde
de grands miracles à ceux qui viennent prier sur son
iombean, car l'huile de la lampe qu'on allonio dMqœ
jour sur son sépulcre a rendu 1^ lumière aux yeux des
aveugles, a chassé les démons des corps des possédés^ a
redonné la santé aux membres estropiés, et elle exeroe
de nos jours une grande puissance sur toutes sortes de
Maladies. L'évéque Priseue» qui lui succéda, cdmroença^
d'accord avec sa femme Suzanne*, à persécuter et à
faire périr beaucoup de ceux qui avaient servi l'homme
de Dieu; non qu'ils fussent eonvaincns d'aucone fuite,
qu'on eût prouvé contre eux le moindre crime, ni
qu'on leur reprochât aucun vol, mais irrité seulement,
tant la haine le transportait, de ce qu'ils restaient fl*
dèles au saint homme; sa femme et lui déclamaient avec
maint blasphème contre l'homme de Dieu, et, tandisqu«
> On voit, par ce passage, que certains évéques conservaient
' leurs femmes. Les plus pieux seulement s'en séparaient, et
i cette règle, bien que générale, semble n'avoir pas été abft««
^ lument obligatoire*
Oigitized by
L'ÉVKQUE PlilSClJS. 215
leg évèques précédents avaient observé depuis long-
temps eelfe règle qu'aucune femme ne mît le pied dans
la maison épiscopale, celle-ci entrait avec ses servantes
jusque dans les cellules où reposaient les hommes con-
sacrés à Dieu. Mais la majesté divine, irritée de cette
conduibe» ^Ketçà bientôt sa vengeance sur la lamiile de
ï'évèfptf carie démon se saisit de sa femme et la forçait
de parcourir toute la ville hors de sens et les cheveux
épars, «confessant pour ami du Christ le. saint de Dieu
' ijpi'eUe reniait en santés et lui demandant à grands cris
de répargoer. L'évêque fut pris de la fièvre quarte et
d'un grand tremblement, et^ lorsque la fièvre Teut
quitté, il demeura tremblant et comme stupide. Son fils
et toute sa fanaille étaient de même pâles et comme at-
teints de stupeur, en sorte que personne ne pût douter
qu'Us avaient été frappés par la puissance du saint; car
révêque Priscus et sa famille ne cessaient d'ii^urier le
* saini de9ieu« tenant pour ami quiconque se répandait
en invectives sur son compte. 11 avait ordonné dans les
pri^miers temps de son épiscopat qu'on élevât les bâti-
ments de la maison épiscopale ; un diacre que souvent,
dans le temps de sa vie mortelle, le saint de Dieu avait
nan-j^ulemiml éloigné de la communion pour crime
d'adultère, mais môme fait frapper de verges, sans pou-
voir parvenir à l'amender, étant monté sur le toit de
ia maison au moment où Ton commençait à le décou-
vrir» s'écria : « Je te rends grâces, 6 Jésus-Christ, de ce
que tu m'as permis de pouvoir, après ia mort du très-
détestable Nizier, fouler ce toit. » Au moment où ces
Digitized by Google
m PRtSCVS £T SAINT KI2IEIL
paroles sortaient de sa bouche^ comme il se tenait de-
bouty la poutre manqua soii$ ses pieds; il toioba à terre^
fat écrasé et mourut.
Tandis que révêque et sa femme agissaient ainsi con-
ti*airement à la raison^ /le saint apparut à quelqu'un
pendant son sommeil et lui dit : a Va et dis à Priscus
qu'il amende sa mauvaise conduite et que ses œuvres
deviennent meilleures; dis aussi au prêtre Martin :
parce que tu consens à ces œuvres, tu seras châtié, et
si tu ne veux te corriger de ta perversité, tu mour-
ras. » Celui-ci s^éveillant alla parler à un diacre et lui
dit : a Va, je t'en prie, toi qui es ami dans la maison de
révêque, et redis ces clioses soit à Tévêque^ soit au
prêtre Martin, i» Le diacre promit; ^mais, changeant
de pensée^ il n'en voulut pas parler. La nuit, comme il
était endormi, le saint lui apparut disant : « Pourquoi
« n'as-tu pas été dire ce que t'avait prescrit Tabbé? » Et
il commença à lui frapper le cou à poings fermés. Le
matin arrivé, celui-ci, la gorge enflée et sentant de
grandes douleurs, s'en alla vers ces hommes et leur dit
tout cequ'ilavait entendu; mais eux^s'en inquiétantfort
peu, dirent que c'était une illusion du sommeiL Le prê-
tre Martin, alors malade de la fièvre, entra en conva-
lescence; mais comme il continuait à parler en homme
à la dévotion de Tévêque, et s'unissait à ses mauvaises
actions et aux blasphèmes qu'il vomissait contre le saint»
il retomba dans ses accès de fièvre et rendit Tesprit.
XXX VII.— Peu de temps après saint Nizier, mourut
plein de jours saint Friard^ homme éminent en sain-
ROIS D*ESPÂGXB. SU
teié, grand dans ses actions, plein de noblesse dans sa
conduite, et dont nous avons rapporté les miracles au
livre qae nous avons écrit de sa vie^ Comme révêque
Félix arrivait au moment de sa mort, toute sa cellule
trembla, et je ne doute pas que ce tremblement, au
moment où il passait de ce monde en Tautre ait quel-
que chose d'angélique. Apres Ta voir lavé et enveloppé
d'honorables vêtements, lévêque le ût porter à la sé*
pultnre«
XXXVIII. — Pour en revenir à Thistoire de ces
temps, le roi Atbanagilde étant morten Espagne, Leuva
et son frère Leuvigilde montèrent sur Je trône*. Après la
mort de Leuva, Leuvigilde réunit tout le royaume; de-
venu Veuf, il épousa Gonsuinthe, mère de la reine Bru-
ne h au t. Il avait de sa première femme deux fils, dont
Tun épousa la Me de Sighebert, et Tautre la fille de
Chilpéric. H partagea son royaume également entre
eux, et fit périr^ sans en laisser un seul% tous ceux qui
avaient la coutume de tuer les rois.
XXXIX. — - L^empereur Justimen étant mort dans la
ville de Constantinople*, Justin brigua Tempire. C'était
un homme d'une extrême avarice et contempteur des
pauvres; il dépouilla les sénateurs, et s'adonna à une
telle cupidité qu'il lit faire des coffres de fer, dans les-
1 Vie desPf'rcs, chap. X.— 5 En fjGT.
« NoJirelmquensexeis mvigcntem ad parietem, littéralement «n'en
laissant pas un qui |)ùt pisser contre la muraille. :> C'est une»
expression que Grégoire a empruntée à la Bible, liv. dos Jî ois,
I., T. 83. as, etc. — * En 565.
13
Digitized by Google
918 UEMPKREim JUStlN.
quels il en (vissait des talents d'or. On dit aussi qu^il
tomba dans Thérosie de Pélage. Au bout de peu dé
temps, detemi insensé, il appela à lui> pour défendte
ses provinces, Tibère-César, homme juste, aumônier^
équitable, éclairé, heureux dans les batailles, et, ce qui
surpasse toutes ces vertus, très-véritable chrétien.
Le roi Sighebert envoya à Tempereur Justin le Franc
Warinaire et Firmiu l'Auvergnat pour faire ua traité de
paix. Ils partirent sur des vaisseaux, arrivèrent à Cons-
tantinople, où ils s'entretinrent avec l'empereur et ob-
tinrent ce qu'ils demandaient. L'année suivante, ils re-
vinrent en Gaiilel Peu après, Aniioche d'Égypte, et Apa-
mé de Syrie, villes considérables» furent prises par les
l^erses et leurs peuples emmenés en captivité. La btsi-
lique de saint Julien martyr, à Antiocbe, fut consumée
par un terrible incendie. Les Persarménimis Tinrent,
avec une grande idxnidance de tissas de sole, trouver
Tempereur Justin, pour lui demander son amitié, ra-
contant que l'emprawr des Perses était irrilé contre
eux, car des envoyés étoîent venus de sa part dans leur
pays, disant : a L'empereur est iuquiet desavoir si vous
gardez fidèlement Talliance que vous avez faite aiac
lui. » Eux ayant répondu qu'ils observaient aaos y
manquer tout ce qu'ils avaient promis, les envoyés jne-
prirent : « Vous donnerez une preuve certaine de votre
fidélité et de votre attachement si vous adorez comme
lui le feu qui est l'objet de son culte, b Le peuple ré«
pondit que Jamais il n'en ferait rien, et l'évêque qui
était présent ajouta : a Quelle divinité y a-t-ii dans le
PALLADIUS D'AUVERGNE. SI»
len pour qu'on nooi dmande ,de FadoDerf le €su que
Dieu a créé pour Tusage de Thomme, qui s'enflamme
quand on lui donne des aliments^ que Teau éteint^ qui
bnftle quand on l^ppfoel|6, et s'amortil d en le né-
glige. » Comme révêque exposait ces raisons et d'au^
très semblables, les envoyés, transportés de fureur,
l^ccaMèrent d'injures^ et le frappèrent avec des bâtons.
Le peuple, Toyant son évêque couvert de sang, se jeta
sur les envoyés, les saisit. Les t|ia, êt, oemme nous
TaTons dit, envoya demander à I^spiperenr ioslin fOù
amitié.
XL.-(f-9a)l;u)ni8, ttsdel'éiieieiiconil^Brittic^iietde
fiterie, a^il él4 éleyé par Sigbebert am fonctwiis de
comte dans la cité de Gévaudai^; mai^ la diseerde
É^étaBtéievée^ntrel1li et réivéque BarthéoUis, il enùtail
de grandies inimitiés parmi le peuple, car il accablait
Févéque d^outrages, d'affronts de toutes sortes et d'in-
jures ciimtnidleg, eimhissant les biens de Itfiglise et
dépouillant ses serviteurs. Leur rivalité ne fit que s'ac-
eroitreetilsse rendirent devant le susdit prince. Gomm^
âs s^accosaient à Tenin, Palladins s'écria que Téréque
était un homme infâme et efféminé, disant : « Où sont
tes maris, avec lesquels tu vis dans la boule et l^in-
faspel» liais la vengeance divine ne tafda pi^s à eSk-t
cer les paroles proférées contre Tévêque, car. Tannée
suivapte, FaUa^us revint en Auverpie dépouillé des
foiictions deccHiile, et Romam brigva sa place. Il arriva
qu'un jour les deux rivaux se rencontrèrent à Cier-;
mont, et, comme ils se disputaieaififiUe{»tafied«eeoiie,
Digitized by Google
220 MORT DE PALLADIUS.
il Tint aux oreines de Pajladiusqne le roi Sighebert a^aît
l'intention de le faire mourir^ ce qui se trouya faux el
inrenté par Romain. Mais Palladius, saisi de frayeur,
tomba en de telles angoisses qu*il menaçait de se détruire
de sa main, et comme sa mère et son beau*frère Firmtn
Teillaieat attentivement à ce qu'il n'exécutât point cette
résolution conçue dans l'amertume de son cceur, il par-
vint à se soustraire pendant quelques instants à la sur-
TeiUance de samère> entra dans sa chambre à coucher,
et profitant de ce qu'il était seul, il tira son épée, mit
ses deux pieds sur la poignée, en dressa la pointe con-:
tre sa poitrine, et se jeta dessus, de sorte que le fer en-!
tra dans une des mamelles et ressortit par Tépaule ; puis
se redressant, il se perça de même le côté opposé, et
tomba mort. Forfait étonnant, et qui ne peut avoir été|
accompli que par Toenvredu diable; car la première
blessure devait le tuer, si le diable ne lui eût prêté se-^
cours pour commettre cette action détestable. Sa mère>{
accourant à moitié morte, se Jeta sur le corps du fils!
qu'elle venait de perdre, et toute la maison poussa des
cris de douleur. 11 reçut la sépulture au monastère de
ConmonS mais il ne fut point placé près des corps des
chrétiens, et on n'obtint pas que des messes fussent cé-
lébrées pour lui. il est bien reconnu que Tii^ure qu'il
avait faite à Tévêque a été la seule cause de son malheur.
XLl. ^ Alboin, roi des Lombards, qui avait épousé
Clotsinde, fille da roi Clotaire, ayant quitté son fiaysy
partit pour Tltahe avec toute la nation des Lombards %
LES LOMBARDS ENVAHISSENT L'ITALIE. m
L'année se mit en marche accompagnée des femmes et
des enfants, résolue à s'établir en Italie. Entrée dans ce
pays, elle le parcournt en tous les sens pendant sept
aos, dépouillant les églises, tuant les prêtres et réduisant
toute la contrée sous sa domination. Glotsinde^ femme
d'Âlboin» étantmorte, ceroi en épousa une autres dont
il avait peu de temps auparavant tué le père ; et celle-ci
qai, pour cela^ avait toujours haï son mari, attendait
Foccasion de se venger. Il arriva qu'éprise d'amour
pour un de ses serviteurs, elle fit périr son mari par
le pmson, et, lorsqu'il fut mort, s'en alla avec son
amant. Mais on les prit et on les fit mourir tous deux*.
Les Lombards se donnèrent alors un autre roi.
XLli. — Ëunius, surnommé Hummole, fut élevé par
le roi Contran au rang de patrice. Mais il n'est pas, je
crois, inutile de reprendre de plus haut Torigine de sa
fortune militaire. Il était fils de Psonius et habitait la
cité d'Auxerre, que celui-ci gouvernait en qualité de
comte. Envoyé par son perc avec des présents vers le
roiy pour obtenir le renouvellement de son titre^ il bri-
gua le conitc pour lui-inèiiie, au moyen des richesses
qui lui étaient conhées, supplanta son père au lieu de le
servk, et s'éleva ensuite par degrés à la phis haute di-
* RoBamoiide, fille de Cunimond , roi des Gépides.
t Grégoire de Tours a défiguré ici la fin de l'histoire de Rg-
tamonde, trop connue pour qu'il soit nécessaire de la rapporter
en détail. File empoisonna elle-même, à Ravenne, où elle
s'était réfugiée, Ilelmichis, son amant et son complice dans l'as-
sassinat d'Alboin. Helmichis, se sentant prt .s de mourir, recon-
nut la main de Rosamoodeet la contraignit, i'épéu sur la gorge,
de boire le reste du poison.
Digilized by Google
m VICTOiR&PB MUMHOLE.
gnité. Les Lombards ayant fait une irruption dans les
Gaules, lé patrice Aiuié^ récemment nommé à la place
de Gelse, marcha contre enx et leur livra bataille; mais
il fut mis en fuit^ et périt dam le combat. Les Lombards
firent en cette occasion un tel carnage des Bourguignons
qu'il été impossible de calculer le nombre des morts.
Ils rètournèrent en Italie chargés de butin. Après leur
âél>arti Ëunius dit Mummole> appelé par le roi, fut
élevé à la dignité suprême du patriciat. Les Lombards
se précipitèrent de nouveau sur les Gaules, et vinrent
jusqu'à Alusiiœ Calmes ^ près de la ville d'Embrun. Mum-
lîiole se mit en marche à la tête d'une armée, arriva
avec ses Bourguignons, environna les Lombards, et, fai-
sant des abattis dans la Idrêt^ passa au travers, tomba
rar eux par des chemins déioumési en tua beaucoup et
en prit un certain nombre qu^il envoya au roi. Celui-ci
les dispersa et les ûl retenir prisonniers en divers lieux.
Très-t>en seulement s'échappèrent par la fuite pour al«
1er porter cette nouvelle dans leur pays.
XLIII. — I>eui frères, 8aloiieet Sagittaire^ tous deux
évéques, se montrèrent dans ce combat, armés non pas
de la croix céleste^ mais de la cuirasse et du casque sé*
eilliers; et ce qifil y a de pis, ils tuèrenti dit-on, beau-
coup des ennemis de leur propre main. Telle fut la
première victoire de Mununole. Ensuite les Saxons^
qui étaient tehusen Italie avec les Lombards^ firent mm
nouvelle irruption dans les Gaules et campèrent sur le
ièrritoire de Riez dans la villa d'Estoublon^i parcourant
> StoUovilla.
Digitized by
MUMlfOLË HAT LU SAXOjfS. H» .
les métàîHes at)partenaDt aux cités voisines, enleTant
du buiin^ emmenant des captifs et ravageant tout. A
cette nouvelle, Mutomole se mil en tnatcbe avec toa
armée, tomba sur eux et en tua plusieurs milliers, sans
cesser le carnage jusqu'au moment où ia nuit fobligeii
de rinterrompre; car il les avait surpris a Timprotista
et ne se doutant pas de ce qui allait leur arriver. Le ma-
tin venu, les Saxons rangèrent leur armée et se prépa-
rèrent an combat; mais des messagers pasiërtait de rmt
à l'autre camp et conclurent la paix. Les ennemis Orent
des présents à Mummole et s'en allèrent, laissant tout 1a
butin et les captifs qu'ils avaient faits dans le [)ays. Mail
ils jurèrent, avant de s'éloigner, qu'ils reviendraient en
Gaule se mettre sons TobéiMnce de ses rois et comme
auxiliaires des Francs. Étant donc retouniés en Italie,
ils prirent avec eux leurs femmes, leurs petits enfants
et leur mobilier pour revenir dans les Gailles, où ils
pensaient être bien accueillis par le roi Sighebert et pou-
* voir s'établir dans le lieu d'où ils étaient sortis. Ils se
partagèreilt en deux troupes appelées coins. L'une
d'elles vint par la cité de Nice, Taulre par Embrun, te-
nant la même route que l'année précédente. Us se réu«
nirent sur le territoire d'Avignon ; c'était alors le tempe
de la moisson, la plus grande partie des fruits de la
terre étaient debors, et les babitanls n'en avaient en-
core rien serré dans leurs demeures. Les Saxons en*
traient dans les aires, se partageaient les épis, les met-
taient en gerbes, les battaient et mangeaient le grain
sans en rien laisser à ceux qui l'avaient cultivé; mais
Digitized by Google
224 IMl'MMOLE ET LES SAXOxXS.
lorsqu'après avoir consommé la irécolte^ ils approchè-
rent des bords du Rhône pour passer le fleuve, et se
rendre dans le royaume du roi Sigbebert, Mummole se
présenta à leur rencontre, disant : « Vous ne passerez
-pas ce fleuve; vous avez dépeuplé les {tavs du roi mon
maître^ ravi les épis^ ravagé les irou[)eaux, livré les
maisons aux flammes^ abattu les oliviers et les vignes;
vous ne passerez pas outre avant d'avoir donné satisfac-
tion à ceux que vous avez laissés dans la misère. £t si
vous ne le faites^ vous n'échapperez pas de mes nudns
sans avoir senti le poids de mon épée sur vous, sur vos
Xemmes et sur vos enfants, pour venger Tinjure du roi,
mon maître, v Saisis d'une grande frayeur, ils donnè-
rent pour se racheter des milliers de pièces d'or; alors
seulement il leur fut permis de passer, et ils parvinrent
en Auvergne vers le printemps. Us y portèrent des
pièces d'airain gravées, qu'ils donnaient pour de l'or,
et qu'on prenait en eUet pour de Tor essayé et éprouvé,
tant elles étaient bien colorées par je ne sais quel art.
En sorte que beaucoup de gens trompés par cette
Iraijde^ donnant de Tor et recevant du cuivre, tombè-
rent dans la pauvreté. Les Saxons s'étant rendus près du
roi Sighebert lurent établis dans le lieu d'où ils étaient
primitivement sortis.
XLl V.— Dans le royaume de Sighebert, iovin fiit d^
pouilié de la dignité de recteur de la Provence et Albin
mis en sa place, œ qui excitaenhre eux une grande ini*
mitié. 11 était arrivé au port de Marseille des vaisseaux
venus de par delà les mers. Les gens de l'archidiacre
Digjtized by
L'ABCflXDIACRE VIGIJLE £ï L£ RECI£U& ALBIN. 2*26
.Vigile dérobèrent, à Y'msa de leur maître, soixante-dix
vases, vulgairement nommés orques\ remplis d'huile et
de graisse : le négociant, s'aperçevant qu'on lui avait
y dé son bien, commença à rechercher soigneuse-
ment en quel lieu les objets étaient cachés. Comme
il s'informait, on lui dit que le Tol avait été commis
par les gens de Farchidiacre Vigile. Le bruit en iMur-
vint à l'archidiacre qui^ après s'être enquis et avoir
vérifié le fait, ne voulut pas l'avouer, et commença
,à justifier ses gens, disant: « II n'y a personne dans
ma maison qui osât commettre une telle action. » A la
suite de ces dénégations, le négociant eut recours à
Albin, intenta une poursuite, exposa son affaire, et ac-
cusa rarchidiacre de complicité dans ce crime de fraude.
Le jour de la Nativité du Christ, révéque s'étant rendu
dans la cathédrale, l'archidiacre, présent et vêtu de
Taube, invitait, selon Tusage, révéque à s'approcher de
l'autel, afin de célébrer en temps opportun la solennité
de ce salut jour; aussitôt AlLin, se levant de son siège
saisit et entraîna l'archidiacre, le frappa des pieds et
des poings, et le fit jeter en prison. Ni Tévêque, ni les
citoyens, ni les hommes des premières familles, ni les
clameurs du peuple qui réclamaient tout d'une voix, ne
purent obtenir qu'en donnant caution Tarchidiacre de-
meurât pour célébrer avec les autres la sainteté de ce
Jour, et qu'on remit à plus tard pour entendre son ao».
cnsateur. Le respect de ces saintes solennités n'empêcha
'Cotait, comme on peut lo voir dans Ducange, une espèce
de vase destiné particuiièrument à contenir des matièrea
Digitized by Google
986 Lfi8 LOMBÀtlDS ËNYAHlSSSNT LA aAtJLB.
pàê (fâ^ llti li tfimà jdur m «éftt arrachër dés atatek
un ministre du Seigneur. Qu'ajouterai-je ? Tarchidiacre
itti «oDdattuié à «m «moide de quatre mille sous d'or |
iMi flAdre ayaot élé portée devant le roi Sigheberl,
il en fut quitte, à la requête de Jotio^ poiir le pa^fement
dtt quadruple U
MLY'.-^Eiifiuite^ trois chefo lomberdsj Amoti» Zàbaa
el RhodaUj firent irruption dans la Gaule. Amon prit
le route ^'Ebibmi jusqu'à Ma^homUa S dans le terril-
toire d'Avignon^ domtiine que Mummole tenait d'un,
présent du roi, et y ûxa ses tentes. Zai>an descendit par
la tilé de Aie jusqu'à Valence où U posa ma camp; et
Hhodati, arrivé à Grenoble, y déploya ses pavillons.
Amon ravagea aussi toute la province d'Arles et les
cités qui Fatdisiliënt^ |tais 11 tiUt jusqn'àu champ de là
Crau % qui dépend de la cité de Marseille, et en enleva
4eé troupeaui et des hoiùmes. Il se disposaitaussi àmei-
. tire lè éié^e dievflnt là tille d'Aix, mais il s'en éloigna
moyennant vingt-deux livres d'argent. Rhoiian et Za-
ban eu firent autànt dans les lieux où ils (lénétrôrent.
Eu apprenant ces nonvelles, M ununole se mît eu
marche avec une armée et s'avança contre Rhodan qui
dévastait la dtéde Grenoble. Gomme l'armée de Muriip
mole était occupée à traverser aVec beaucoup de peine
* La phrase latine ëst Msës Ambiguë : Qmdplumî fuàiuot M-
Hhut solidorum archidiaconem condemnavit ; ^ui in frssentia regii
Sigiberti veyiiens, quadrupla salisfactwnc, insequente Jovino compo-
tuit. Nous croyons, avec M. Bordier, que le relatif doit se rap-
porter à rarchidiacre plutôt qu'à Alhtîius.
* Je ne sauraîa dire à quel lieu répond ce nom latin. (V.Geo^r.)
* Lojfideut caimput.
Digjtized by
MUHMOLB BAt LES LOMBARDS. m
nsère, il èirita que, par un ordre exprès de IMeu^ un
aDimal entra dans le fleuve et en indiqua le gué^ en sorte
que les geiis de Miraiiiiole arrîTèrenl à r«itre tvvé ; «i
que voyant^ lès Lombards tirèrent Tépée et vinrent
éans délai à leur rencontre. Les deux armées se livrèrent
eombat; les Lombards furent battus, et Rbodan» blessé
d'un coup de lance> s'enfuit dans les montagnes^ d'où^
avec cinq cents hommes qui lui restaient» il se jeta
au milieu des forêts» et alla à travers des chamhisàéo
tournés retrouver Zaban qui faisait alors le siège de
Valence; il lui raconta ce qui venait de se passer^ el
fous deux de concert» mettant tout au pillage» retour**
nèi^nt dans la cité d'Embrun : là, Mummole vint se pré-
senter à eux avec une armée innombrable; on livra ba-
teille; les troupe^ lombardes furent défaites et miles
en pièces» et les chefs n'en ramenèrent en Italie qu'un
pcUt nombre. Us arrivèrent à la viUe de Suse» et furent
itial rerus par les habitants du lieu, d'aiilani plus que
Sisinius» maître des milices pour Tcmpereur, résidait
dans celte ville. Un esclave» feignant de venir de kt
part de Mummole» apporta devant Zaban des lettres à Si^
sinius» le saluant au nom du .patrice et disant ; « Lui*
même est proche d'ici; » A ces mois, Zaban prit sa
course, et s'éloigna rapidement de la cité. Celle nou-
velle étant parvenue aux oreilles d'Amon» celui-ci par-
tit» ramassant le buthi qu'il put trouver sur son chemin; *
mais arrêté par les neiges» il dut tout abandonner et put
à grand'peine se sauver avec un petit nombre d'hom-
mes. La valeur de Mummole .les avait saisis de crainte.
Oigitized by Google
238 ■ ANDARCHIUS.
XL Y L— En elfet^ Mammole livra beaucoup de coniT
bats, dans lesquels il demeura vainqueur. Après la mort
de Caribert, Chilpéric ayant envahi la Touraine et le
Poitou qui, en yertu d'un traité de parts^, apparte-
naient à Sighebert, ce roi, d'accord avec son frère Gon-
Iran, choisit Mummole pour remettre ces villes sous sa
puissance. Arrivé dans le pays de Tours^ celui-ci en
chassa Clovis, fils de Chilpéric, exigea du peuple ser-
ment de ûdéUté au roi Sighebert; puis il se rendit en
Poitou. Basile et Sighaire, dtoyens de Poitiers^ ayant
rassemblé le peuple, voulurent résister; alors il les en-
toura^ les accabla, les tua, et courut à Poitiers exiger
le serment. En Toici^ quant a présent, assez sur Mum-
mole ; nous rapporterons le reste en son lieu.
XLVIL— Ayant à raconter la mort d'Andarcbius, Je
crois devoir faire connaître d'abord sa naissance et sa
patrie. 11 était^ à ce qu'on assure, serviteur du sénateur
Félix. Destiné au service particulier de son maître, il
s'adonna comme lui à Fétude des lettres, et se rendit
remarquable par son instruction; car il connais-
sait les œuvres de Virgile, les lois du Gode Théo*
dosien et la science dur calcul. Enorgueilli de ses con-
naissances, il commença à dédaigner le service de ses
maîtres, et se mit sous la protection du duc Loup, lors-
que celui-ci vint à Marseille par Tordre du roi Sighebert.
Le duc, à sou départdeMai^ille, commanda à Andar-
chîus de le suivre et le mit dans les bonnes grâces du
roi Sighebert, à qui il le céda pour son service. Le roi
reuvoya en diverses missions et lui donna occasion de
Oigitized
FÛUKfi£KI£ D'ANDAaCUlUS. 22d
combattre; regardé alors comme un dignitaire S il vint
en Auvergne, où 11 se lia d'amitié avec Ursus, citoyen ^
de la ville. Bientôt^ avec son caractère entreprenant» il
désira épouser la fille de celui-ci, et cacha, dit-on, sa
cuirasse dans le lieu où on a coutume de serrer les
Charles, puis il dit à la fenuue d'Ursus: « Je te confie
tout cet or que j*ai caché dans ce secrétaire; il y a plus -
de seize mille pièces qui pourront t'appartenir si tu me
donnes ta fille en mariage* »
••...Qutd non morioHa pêehra co^,
Auri ëoera famés î
Cette femme crédule ^joutant foi à ses paroles, lui
promit, en Tabsence de son mari, de lui donner sa fille,
alors il alla ti ouver le roi, montra au juge du lieu un
ordre par lequel il lui était enjoint de le marier à la
jeune fille, disant: « J'ai donné des arrhes pour Tépou-
ser. » Mais le père la refusa, disant : a Je ne sais pas
d'où tu es, et je n'ai rien reçu de .toi. » Le différend
s'échauffa, Ândarchius fit appeler Ursus en présence du
roi; puis arrivé à Bralne^ il prit un autre homme égale*
ment nommé Ursus, et, l'ayant amené en secret auprèi
^ de l'autel, le fit jurer en ces termes : «Par ce saint lieu,
et par les reliques de ces saints martyrs, si je ne te donne
pas ma fille en mariage, je te payerai sans délai seize
mille sous d'or. » Il avait aj)osté dans la sacristie des
témoins qui entendaient ces paroles, sans voir celui
qui les prononçait. Ensuite Andarchius apaisa Ursus, et
* Honoratus, c'est-à-dire honoré de la confiance d'an roi et
chargé de la gestion d'affaires publiques.
Digitized by Google
MORT D'ANDÂKCHiUS. .
fii êi bièil tpie celui-ci i?eiriiit dans ton pays laûtaToir
paru devant le roi. Quand il fut parti, Andarchius pro-
duisit devant le roi récrit dans lequel était contenu la
formule du sertnetii quil ttTait tait fitôter^ disant 3 « Ur«
sus a écrit en ma faveur telle et telle chose; je supplie
donc votre Gloiire de donner Tordre qu'il m'accorde sa
fUkf en liiaJriage ; ëuti*eiiiënt j'ai droit de me mettra an
possession de ses biens. Jusqu'à ce que je sois payé de seize
mille sols d'or; après quoi^ Jeme désisterai de cette af*
&ire. » Il revint donc en Auvergne muni des ordres du
roi, et les montra au juge. Ursus se retira dans le ter-
lâùÂté dli Vèlay*; ses biens furent consignés ëntre les
ifiabi d'Atidatchius, qtd lui-inème se rendit diuis la
Yelay. Arrivé à une des maisons d'Ursus, il ordonna
qu'on lui préparât à sottpéir et qu'on lui fit cba&£ter do
Feau pcmr ée làver; inftlê» eomilie les serviteurs n'o^
béissaient point à ce nouveau maître> il battit les uns
àtecdes bàtoûs» les àtttresa coupsde verges ; il en frappa*
même ({ueiqilëMitis à la tête au point de faire jaillir lo
sang. Toute la maison ainsi bouleversée, ou lui prépara
à soupeir. AndarehiuA êe lava dans l'eau chaude» s^en-
ivrà de vin et se jeta sur un lit ; il n'avait avec lui que
sept domestiques. Tandis que tous dormaient profondé*
ment, Appesanti» par le sommeil et par le tin> Unos
assembla ses gens, ferma la porte de la maison, qui
était constiruite en planches, en prit les ciels, déût les
meules de grain qui se trouvaient auprès, et ayantamassé
autour et au-dessus de la maison les monceaux d'épis
t FeUovum temiorwm»
Digitized by GoOflle
BBtiSRS D2â Fils te CHIbPÉRlC. til
tlorfteà ^rbes, jusqu'à ee që^lle en fût ètiiièrèmetit
couvertei il mit le feu en plusieurs endroits. Les débris
de rédiâte embirafié tombèrdiit étir éès Inalhëtilr^ùi. 01
s'étrillèrent et ëppëlèrëiit à gHilds cHs; thM il nf
èvait là personne pour les secourir; la ilamtne les con-
sinna donc avec toute la maison. A la sidié de oetUi
tengeancê^ tlrsus^ saisi de crainte^ se réfugia dans là
basilique de Saiili-Julien ; mais» à Taide de quelques
présents adressés au roi, il Irentra ed posdeskkni dè ttitté
ses biens.
XLVilL^Glovls, ûis de GhilpéHç^ chassé de Tours,
se rendit à Bordeam ; et^ tandié qd'U résidait dans iSkM
"ville sans que personne songeât à Finquiéter, un cer-
tain Sigulfe, du parti de ^ighebert, s'éleva contre lui^ k
mit en faite ét le fkitirsâitlt avec des tors et des irohi«
pettes, comme un cerf aux abois : à peine Clovis put-il
timvér dn passagè pour retonmer ters son père; oè-
pendant, il parvint à le rejoindre, par Angers. CdmMe
il s'était alors élevé un différend entre les roîë
Gontran et Sighebert, lè roi Gontran assembla à Paris
tous les évêques de son royaume, pour qu'ils décidas-
sent auquel des deux appartenait le bon droit; mais la
discoHe civile fit des progrès, et les rds commirent fat
faute de négliger leurs avis. Chil|)éric, irrité parce que
Tbéodebert^soaûlsainé, gagné autrefois par Sigbebert,
avaitprôté sermentdefidélité àcelai-ci,s*emparades cités
de son frère, savoir : Tours, Poitiers et les autres villes en
deçà de la Loiret Arrivé à Poitiers^ il livira combat au
* C*esi-lKlire de la rive gauAhu 4ui, à la mort de Caribert,
Digitized by Google
MONASTÈRK DE LA LATTE.
duc Gondebaud dont rarmée prit la fuite, et il eu fil
un grand carnage. Chilpéric Incendia même la plus
grande partie du territoire de Tours; et si les habiiauts
ne s'étaient soumis pour le moment, il aurait entière-
menl dévasté leurs terres. S'avançant ensuite avec son
armée^ il envahit^ dévasta^ désola le territoire de Limo-
s ges^ de Cahors et les provinces environnantes, brûla
les églises^ interrompit le service de Dieu, tua les
clercs^ détruisit les monastères d'hommes, insulta
ceux de Ûlles, et ravagea tout 11 y eut en ce temps dans
rÉglisc un plus grand gémissement qu'au temps de
la persécution de Dioclétien.
XLIX. — Et insensés, nous nous étonnons de ce qoe
tant de maux se sont précipités sur eux ! Mais jetons les
yeux sur ce qu'ont fait leurs pères, et voyons ce qu'ils
fonl. Cenx-lày sur les prédications des prêtres, ayaient
quitté les autels profanes pour les églises j ceux-ci, cha-
que jour, livrent les églises au pillage : ceux-là écou-
taient, révéraient de tout leur cœur les prêtres du Sei»
gneur; ceux-ci uou-seulement ne les écoutent pas, mais
les persécutent : ceux-là enrichissaient les églises et les
monastères, ceux-ci les bouleversent et les détruisent
Que dirai-Je ici du monastère de la Latte, qui possédait^
des reliques de saint Martin? Une troupe d'ennemis se
disposant à trayerser la rivière proche du monastère,
pour le dépouiller, les moines s'écrièrent: a Gardez- vous,
barbares, gardez-yous de passer le fleuve, car ce mo-
semblcnt être échues en vertii d'un nouvoau ]».u tage, ptr path
lun»» comme uous avous vu^lut» hmi, k «sli^licburt.
Digitized by
HIBACJLË DE HJdHl MAHIIN. S88
nastère appartient au bienheureux Martin. » Ptuslenn
d'entre lesbarbares, entendant ces paroles, furent émus
de la crainte deDieuet se retirèrent; mais une vingtaine^
qol ne redoutaient point Dieu et niionoraient pas le
saint confesseur, montèrent sur un bateau qui les mit
à l'autre bord^ et> poussés par Tennemi des hommes, ils
fk^ppèrent les moines^ boulerersèrent le monastère^ et
emportèrent tout ce qu'il contenait, lis firent de leur
butin des paquets qu'ils mirent sur leur bateau; mais,
lorsqu'ils furent entrés dans la rivière^ la barque agi*
tée les emporta çà et là. Privés du secours des rames,
• ils s'efforçaient de regagner le bord, en appuyant le bois
de leurs lances au fond de la rivière, quand tout à coup
le bateau s'ouvrit sous leurs pieds^ et le fer que chacun
tenait près de sa poitrine les transperça, en sorte quils
périrent frappés de leurs propres armes. Un seul,
qui les avait réprimandés pour les empêcher de com-
mettre cette action, demeura sans blessure. Si quel-
qu'un voulait regarder cet événement comme un effet
du hasard, il lui suilOrait de remarquer qu'entre plu-
sieurs, le seul qui fût innocent échappa au châtiment
Ceux-ci morts> les moines les tirèrent du ûeuve, ainsi
que leurs effets, enseveliient les corps, et rapportèrent
dans leur maison ce qui leur appartenait.
L« — Durant ces événements, Sighebert lit marcher
les nations qui habitaient au delà du Rhin, et, se pré-
parant à la guerre civile, forma le projet de s'avancer
contre son frère Chiipéiic^ Chilpéric, à cette nouvelle,
«EaOTA.
«
X
Digitized by Google
M DERinftRBS MSmOW DK 8IGHEBERT.
envoya âes messagers à sdn tirère Goniran. Les deux
rois firent alliance^ se promettant mutuellement qu'au-
cun des deuxne laiiserail périr sonfrère. Alors Sighebert
arrivant à la tête de ses troupes^ tandis que Chilpéric
Taitendait d'autre part avec son armée^ et né trouvant
|tts d'endroit fioar passér la Seine et aller à la rencon-
tre de son frère, envoya un message à Contran pour lui
dire : a Si, pour ton malheur, tu ne me laisses pas trar
verser ee fleuve, jè marcherai ëdr td avec toute mon
armée. » Celui-ci effrayé, entra en alliance avec lui, et
JjBkissa passer, Giûipérici apprenant que Gontrani'avail
sMidbimé, pour se ranger au parti de Sighebert, kvft
son camp, eUse retira jusqu'au bourg d'Alluye, daAsla
cité de Chartres. Sigtiebertle sdivit et hii enjoignit de
se préparer à la bataille; itiaisCInlpéric, cntignant que,
par la ruine des armées, les deux royaumes ne vins-
sentà périri demanda la paixi etrendit àSigbebertles
cités dont Théoddiërt s'était injustement emparé^ priant
qu'en aucun cas les habitants ne fussent traités comme
coupables, puisqu'il les avait ii^ustement contraints
par le fer et par le feu. Les bourgd Situés aux environs
de Paris furent entièrem^t consumés par la flamme ;
rennemi défamisit les maisons comme tout le lesie^ el
emmena même les habitants en captivité. Le roi Siglie-
bert cojoiiurait qu'on n'en fitrien; mais il ne pouvaitcon*
tenhrlaf ureur des peuples venusde l'autreborddu Rhin»
U supportait donc tout avec patience, jusqu'à ce qu'il
pût revenir dans son pays. Quelques-uns de cespaiens se
soulevèrent contre lui, lui reprochant de s*étre soostrait
Oigjtized by
«I cmnbaf i initié' M/ f^leift d'IiiMpidité^ monta à che-
'vàiy se présenta devant eux, les apaisa par des paroles
de ddàceiiri pi»^ ta^d^ ii eliâtlâtiidei*iui grand nondire. ^
Oii ne saurait douter ^ue ce ne soif par les mérites de
saint Martin que la paix se fit sans combat. Le jour
même où cette paix fut conduè^ ttois ^a^ftiques fti-
rent envoyés dans su sainte basilique, ce que. Dieu
aidant^ noùs raconterons dans les livres suivants.
Lh *^ &esi pour nfèi uiie grande dookiir d'avoir è
raconter ces guerres civiles. L'année suivante Chilpéric
envoya de nouveau des messagers vers son frère Gon-
tran^ èt lili fit dke: cOii6 nion f^rèreneonemetron^
ver ; voyoris-noUs, et quand nous aurons fait la paix,
jioul^Uivons ensembte ëighebert notre enuemié ê Gela
se fit ëiiisi^ ils ée tirent^ së firent d'honorables présents^
et Chilpéric, à la léte de son armée, arriva jusqu'à
Aeims^brûlahtrel ravttgéaiit touti Sigheber^ àceftte nou^
telle, itisseinbla de tiouteau les peuples dont nous
ayonà déjà parlé, vint à Paris, et^ se disposalit à mar-
ciieî' cdntlré éon frèrè, eotoya des messàgert aux gêna
de Châteaudun * ét dé Tours, pour leur prescrire de mar-
cher contre Théodei>ert» Et comme ils différaient dV
liéir, le hn leureinrbtalffftdMS Qondégésileet Genthin^
qui levèrent tihe armée et marchèrent contre Théode-
hert. Celui-ci, abandonné de^ siens^ demeura areo peii
dè monde. Qëpeiiâanl il n'bésita pas à lîvrei^ oombat;
11 fut vaincu ét tué sur le champ de bataille^ et, chose
douloureuse à raconter^ son u>rps inanimé fut déi>oiiiUé
Digitized by Google
m ASSASSINAT BE SIGHEBERT.
par les ennemis. Mais un certain Arnolphe recaeillit
son cadavre^ le lava, et Tenveloppant de vêtements ho-
norableSy rensevelit dans la cité d'Angouléme. Gliilpé«
rie, apprenant que Contran et Sighebert avaient de nou-
veau fait la paix^ se fortiiia dans les murs do Tournai
avec sa femme et ses fils.
LU. — Celte aimée, on vit une lueur brillante par-
courir le ciel, comme avant la mort de Glotaire. Sighe*
bert occupa les cités situées au delà de Paris, et s'avança
jusqu'à Roueu, voulant céder ces villes aux étrangers,
ce que les siens Tempêcbèrent de faire. Se retirant
donc, il retourna à Paris où Brunebaut le vint re-
joindre avec ses ûls; alors ceux des Francs qui avaient
suivi Jadis Gbildebert l'ancien envoyèrent vers lui pour
qu'il vînt à eux, promettant d'abandonner Chilpéric, et
de le reconnaître pour roi. Sur celte proposition Sigbe-;
bert envoya assiéger son frère à Tournai» formantle pio*
jet d'y marcher lui-même en personne. L'évéque saint
Germain lui dit : a Si tu y vas dans rintention de ne pas
tuer ion frère, tu reviendras vivant et vainqueur; noais
si tu as d'autres pensées, tu mourras. » C'est ainsi que
Dieu a dit par la boucbe de Salomon ; Tu tomberas dam
la fosse que tu auras creusée pour ion frères Celui-ci»
à son grand péclié, méprisa les paroles du saint; arrivé
à un village du nom de Vitry % il rassembla toute Tar-
mée, qui le plaça sur un bouclier et le proclama roi.
Mais deux serviteurs de la reine brédégonde, qu'elle
avait cbarmés par des maléfices, s'approcbèreat de lui
t Prov. XXVI, xzvii. — * Victoriacuê,
Digjtized by
CHir.PÉRTC SORT DE TOURNAI. 237
80118 quelque prétexte, armés de forts couteaux, Tulgai-
rement appelés scramasax, dont la lame était empoi-
sonnée, et le frappèrent chacun dans un des flancs. 11
poussa un cri et tomba, et peu de temps après rendii
/ Tesprit*. Carégisile, son chambellan, périt aussi dans
cette occasion, et Sigila, venu jadis du pays des Goths,
y fût aussi grièyement blessé^ le roi Chilpéric, s'étant
par la suite emparé de sa personne, hii fit brûler toutes
les jointures en lui appliquant des fers rougis; ses
membres se séparèrent les uns des autres, et il finit sa
^iedans les tourments. Carégisile avait été aussi léger
dans ses actions que rempli de cupidité. Sorti de bas
lieu, il prit par ses flatteries beaucoup de crédit sur le
roi. 11 envahissait les biens d'autrui, violait les testa-
ments, et il périt de cette manière, pour que celui
qui avait souvent enfreint les dernières volontés des
morts n'obtînt pas, au moment où la mort vint tomber
sur lui, le pouvoir de dicter lui-même ses volontés.
Chilpéric, entre la mortel la vie^ attendait, immobile
et en suspens, ce qui allait arriver de lui, lorsque des
messagers vinrentlui annoncer le meurtre de son frère;
alors il sortit de Tournai avec sa feuime et ses fils, et
ûtensevelir Sighebert dans le bourg de Lambres. Trans-
poHé ensuite à Soissons dans la basilique de Sainte
Médard qu'il avait bâtie, Sighebert y fut enterré près de
son père Clotaire. U mourut la quatorzième année de
son règne, âgé de quarante an». Depuis la mort de
Tbéodebert jusqu'à celle de Sighebert, on compte
1 En jsn.
Digitized by Google
m CHRONOLOGIE.
vingt-neuf ansy et dix-fauit entre la mort de Sighebert et
*
utile d e fou neveu fTbéoiebeii. âg^Mit oiort^ «qq 08
Childebert régna en sa place.
On €0iQpte deux mille deux cei^ quae90te4etti: e^s
depiHS le eommenoemenida monde jusqifau déluge;
neuf cent quarante-deqx depuis le déluge jusqu'à Abra-
liain; quatre cent soîxante^eux jusqu'à l'époque où les
esfanU dH^raSl sortirent d'Ëgypte; quatre cent quatre-'
vingts depuis la sortie d'Égypte jusqu'à rédificaiion du
lemple de Salomon; trois eentquatre*Tkigt-ctix depuis
rédi fi cation du temple jusqu'à sa destruction et la
transmigration à Babylone; six cent soixante-huit de la
tnmsmigration jusqu'à la Passion de !Mre^%Qeur;
quatre cent douze de la Passion de Notre-Seigneur à la
mort de saint Martin; cent douze de la mort de sainte
Martin à la mort du roi Clovis; trente-sept de la mort du'
roi Clovis jusqu'à la mort de Tbéodebert; vingt-neuf,
de la mortde Théodebertjusqu'à celle de Sighebert. O;
qui fait ensemble cinq mille sept cent soixante-qua«!
torzeans*
— / j
Digitized by GoogI
LIVRE V
• ■
Digitized by Google
i
I
SOMMAIRE BU LIVRE Y.
I. Règne de Chîldebert le Jeune et de ce qui arriva à sa mère. — n. Mérové©
épouse BraDebaut.—in. Guerre contre Chilperic et méchanceté de Rau-
diiagne.— iT. Roeeolèoe tient à Tom.— ▼. Dw éTèqàes de Lengres et
de Nantes. VI. De Léonat, archidiacre de Boargre.— Tii. Le reclus Se*
noch. — VIII. Saint Germain, ëvcqup de Paris. — ix. Lo reclus (^aluppa.
—X. Le reclus Patrocle. — xi. Conversion de juifs par l'evèque Avitus.—
sn* L'abbé Bracbion.— xiii. Mommole rarage la cité de Limoges.-- xir.
Ilérofée toneuré ee Téfti^ à la basilique de Saint-Martin.'— xr. Guerre
entre les Saxons et les Suèves. — ivi. Mort de Màlo.— xni. J e roi
Gontran fait périr les fils de Magnachaire et perd les siens ; doutes au
si^etde la Pàque.— xvni. Église de Chinon; alliance des rois Gontran
et Ghilde1iert.^zix. L'évêqae Piréteztat et osort de Mémde.— zx. An-
adsesde Tibère.— xxi. Les évôques Salone et Sagittaire.— xxii. Le Bre-
ton Winnocus.— TXiTT.Mort de Saroson, fils de Chilpéric — xiiv. Prodiges
manifestes.— XXV. Gontran-Boson arrache ses filles à la basilique de Saint-
Martin et Chilpério envahit la cité de Poitiers.— xxvi. Mort de Dacon et
de Draeolèine.— xzm. Départ d*ttne armée ponr la Bretagne.— xxvin. Dé-
gradation de Salone et de Sagittaire.— xxix. Impôts établis par Chilpério.
—XXX. Ravages des Bretons.— ixxi. Règne do Tibère.— ttxii. EmbAches
des Bretons.— zxxiii. La basilique de Saint-Denis profanée par une
franne.— xxxnr. Frodigea.— xxxr. Dyssenterie; mort dea ffla de Chil-
pério.—xxxvi. La feineAostrechilde.-xxxvn. L'évéqne Héraclius et te
comte Nantinus. — xxxvui. Martin, évèque de Galice. — xitii. Persécu-
tion des chrétiens en Espagne. — xl. Mort de Clovis. — xli. Les evêques
Elafius et Eunius. — xui. Envoyés de la Gallicte et prodige».— xuii.
Marcns Léon, éréque de Cahors.— nnr. Dlaenasion arec un hérétique.—
XLV. Écrits de Chilpéric— XLVi. Mort de révèquo Agricola.— XLVii. Mort
de l'evèque Dalmatius.— XLViiî. Comté d'Eunome.— imx. Méchanceté de
Leudaste.— L. Embûches qu'il nous tendit et bumiliation qui en résulta
P9U W.— u. Prédiotioa de aaint Sauf» ait a^et da Ghapério»
Digitized by Coog
î
LIVRE CINQUIÈME
PROLOGUE
C*est ponv moi un cruel snjet d'ennui d'avoir à ra-
conter les 'vicissitudes des guerres civiles qui accablent
la nation et le royaume des Francs, et qui^ hélas! nous
ont déjà fait voir ces temps marqués par le Seigneur
comme le commencement des calamités : Le père se
lève eonirelefUSy le fiUcùntre le pire, le frire eonire le
frère, le prochain contre le prochainK Ils auraient dû
cependant être effrayés de rexemple des anciens rois qui^'
dîTisés, ne tardaient pas à succomber sous leurs enne-
mis. Combien de fois la ville des villes elle-même, la
capitale du monde entier, n'a-t-elle pas élé Tue, au
mfliea des guerres civiles, tomber, et, la guerre term!»
née, se relever comme de terre? Plût à Dieu et à vous,
6 rois I que vous voulussiez exercer vos forces dans des
combats semblables à ceux que livrèrent vos pères à la
sueur de leurs fronts, aûn que les nations, frappées de
terreur à la vue de votre union, fussent subjuguées par
votre valeur I Rappelez-vous ce qu'a fait Glovis, celui
*È9ûng. Belon taintlfaili., ohap. x, r* SI.
X. U
242 , PROLOGUE.
qui marche en tôte de toutes vos victoires, ce qu'il a
mis a mort de rois ennemis^ anéanti de nations contrai-
res, subjugué de pays et de peuples; c'est par là qu'il
TOUS a laissé un royaume dans toute sa force et son in-
tégrité ; et, lorsqu'il accomplit ces choses, il ne possédai!
ni or ni argent, comqpp voi^ en avez ipaiutenant dans
Tos trésors. Que faites-vous? que demandez-vous? que
n^avez-Yous pas en abondance? Dans vos maisons, les
délices surpassent vos (J^r^î jyps celliers regorgent de
vin, de blé, d'huile; dans vos trésors, l'or et l'argent
s'accumulent. Mais une seule chose vous manque, la
grâce de Dieu, parce que vous ne conservez pas entre
irons la paix. Pourquoi l'un prend-il le bien de Fautre?
Pourquoi chacun convoite-t-il ce qui n'est pas à lui ? Pre-
nez garde, je vous en prie, à ce que dit l'Apôtre : i^t
wm «eus mordez ei vous dévorez, prenez garde que
vous ne vous consumiez les uns les autres K Examinez
les écrits des anciens, et voyez ce qu'ont engendré les
guerres civiles; redierchez ce qu'a dit Orose des Car-
thaginois, lorsque, racontant qu'après sept cents années
leur viUe et leur empire furent détruits, il ajoute ; a Qui
c les a conservés si longtemps? la concorde; qui les a
« détruits après un si longtemps? la discorde, d Gardez-
vous de la discorde, gardez-vous des guerres civiles qui
agitent vous el vos peuples. Que pouvez-vous espérer,
si ce n'est qu'après la destruction de vos armées, de-
menrés sans appui» vous ne tombiez bientôt accablés par
les nations ennemies? Si la guerre civile te plaît, ô roi!
i É]^ê de laînt Paul aux J^alates, chap. v, 15.
OHILDEBBRT LB SEVm, 118
exerce-loi à ces combats que l'Apôtre avèrlit rbomme
de livrer en lui-même^ que l'e^rU s'élète eàrUré M
ûluUry et qàë les vices soient Taimcuè pàr les Vertus :
libre alors^ sers ton rnaîtrè qui est le Cbiisl; au lieu
qu'endiatirà ta servais celui qiii est la source de tout mal.
I. — Or^ lorsque le roi Sighcbert fut tué auprès de Vi-
iry, la reine Brunehaut se trouvait à Paris avec ses ûls;
comme on Ini ent apporté la nouvelle de ce qui était
arrivé, et qu'accablée de douleur et de tristesse elle ne
savait à quoi se résoudre^ le duc Gondebaud enleva se-
crètement son fils Ghildebert, encore petit enfant, et^ le
dérobant à une mort certaine^ rassembla les peuples
sur lesquels avait régné son père^ et le fit proclamer roi
à peine âgé d'un lustre. Il commença à régner le jour
de la r>iativité. La première année du règne de ce jeune
prince, le roi Ghilpéric vint à Paris» se saisit de Brune-
haut, l'envoya en exil dans la ville de Rouen, et s'em-
para de ses trésors qu'elle avait apportés à Paris. U or-
donna que ses filles fussent gardées dans la ville de
Meaux. Alors Roccolène vint à Tours avec les gens du
Haine, pilla et commit nombre de crimes. Nous raceor
teroDs comment il périt, frappé par saint Martin, en
punition du mal qu'il avait fait. .
II. — Ghilpéric fit marcher vers Poitiers son fils Mé^
rovée, à la tête d'une armée; mais celui-ci, négligeant
les (urdres de son père» vint à Touré et y pàisa les saints
Jours de Pâqneli. Son armée ravagto ciliéllëhient tout
le pays, et lui, feignant de vouloir aller trouver sa
Digitized by Google
su MÉROVÉE ÉPOUSE BRUNEHAUT.
mère^ se rendit à Rouen^ y rejoignit la reine Brune-
liaut et la prit ea mariage. Chilpéric, instruit de ce que,
oootre rhonnèteté et les lois canoniques, liéro?ée avait
épousé la femme de son oncle, en ressentit une grande
amertume, et s'avança plus prompt que la parole vers
la Tille de Rouen. Mais quand les époux reconnurent
qu'il avait Tinteniion de les séparer, ils se réfugièrent
dans la basilique de Saint-Martin, construite en bois, sur
les murs de la ville. Le roi étant arrivé s'efforça, par
beaucoup d'artifices, de les engager à en sortir, et
comme ceux-ci ne le croyaient pas, pensant bien qu'il
ne songeait qu*à les tromper, il dit avec serment :
c Puisque c'est la volonté de Dieu, je ne les forcerai
point à se séparer. • Alors ils sortirent de la basilique ;
Ciiilpéric les embrassa, les reçut avec honneur et maur
gea avec eux; puis peu de jours après, il retourna à
Soissons, emmenant avec lui Mérovée.
111. — lis étaient en ce lieu, quand s'assemblèrent
quelques gens de la Champagne qui attaquèrent la ville
de Soissons, en chassèrent la reine Frédégonde ainsi
que Glovis, lUs de Chilpéric, et voulurent soumettre
cette cité. A cette nouvelleSle nn Chilpéric marcha
sur ce point avec une armée, envoya aux ennemis des
messagers pour les avertir de ne pas l'oifenser, de
peur qu'il n'en lésult&t la perte des deux années;
* Il y a ici dans Grégoire une contradiction qui ne ■'explique
pas, comme l'ont déjà lait observer Valois et Ruinart: rauteur
dit que Chilpéric et son fils Mérovée étaient à Soissons, puis
nous montre ce roi se dirigeant SUT cette ville, comme b'û ee
iût trouvé en un autre lieu.
Digitized by
CHILPÉRIC ET SON FILS MEBOVÉE. U&
mais ceux-ci, dédaignant le conseil^ se préparèrent
au combat. Le parti de Chilpéric fut vainqueur; il
liattit ses ennemis» coucha sur le champ de bataille
beaucoup de forts et vaillants guerriers, mit le reste
en fuite^ et entra dans Soissons. A ce moment le
roi commença à conceYoir des soupçons contre son fils
Mérovée> à cause de sou mariage avec Bruneliaut^ disant
que sa méchanceté avait été la cause de ce combat. Il
lui 6ta ses armes, et lui donna des gardes^ auxquels il
enjoignit de le surveiller, songeant en lui-même à ce
qu'il en ordonnerait ensuite. Godin qui à la mort de
Sighebert avait passé à Chilpéric, et que celui-ci avait
comblé de bienfaits, était l'instigateur de cette guerre;
mais vaincu sur le champ de bataille» il fut le premier
à s'enfuir. Le roi le dépouilla des domaines qu^il lui
avait donnés de son lisc^ dans le territoire de Soissons^
et les transféra a la basilique de Saint-Hédard.
Godin mourut peu de temps après, de mort subite.
Sa femme épousa RaucbinguOj homme rempli de va-
nité, gonflé d'orgueil et d'arrogance ; il se conduisait
envers ceux qui lui étaient soumis sans la moindre hu-
manité; cruel envers les siens, au delà de ce qui .est
ordinaire à la méchanceté et à la folie humaines, il se
rendait coupable envers eux d'actions détestables. Lors-
qu'un serviteur tenait devant lui» oonune il est d'usagej
1 Au lieu de mettre en prison les hommes considérables, on
se contentait quelquefois de leur donner des gardiens ches eux,
ou de les remettre à la garde de quelque autre personne, ordi-
nairement d'un magistrat; c'est ce qui s'appelait cwlodet dors»
lt&er« cmtodia, •
U.
Digitized by Google
S46 CRUAUTÉS DE RAUCHINGUE.
pendant son repas^ un flambeau de cire allumé, il lui
lisait découvrir les jambes, et le forçait d'y appuyer tè
flambeau jusqu'à ce qu'il s'éteignît; puis le faisant ral-
lumer il recommençait aussi longtemps qu'il le fallait
poûr que le serviteur se brûlât entièrement les Jambes.
Si celui-ci criait ou s'eiTorçait de fuir, on le menaçait
d'une épée nue, et ses pleurs excitaient les transports
de joie de son maître. On raconte que, vers ce temps,
deux de ses serviteurs, un iionime et une jeune fille
pnireiit, comme il arrive souvent, de l'amour Fun pour
l'autre; celte aticclion durait depuis plus de deux ans,
.quand ils s'unirent et se réfugièrent dans l'église; Rau-
ehingue, averti, alla trouver le prêtre du lieu, le priant
<ie lui rendre ses domestiques, moyennant promesse de
lie les pas cliàtier. Alors le prêtre lui dit : « Tu sais quel
respect on doit à l'Église de Dieu; jure ta foi que tu leii
uniras pour toujours; tes serviteurs ne te seront ren-
dus que si tu promisis de les exempter de tout cbâti*
ment corporel. » il demeura quelque temps en suspens
sans rien dire; puis, se tournant vers le prêtre, il étendit
les mains sur l'autel, et prêta serment en ajoutant :
a Je ne les séparerai jamais, au contraire, j'aurai soin
qu'ils demeurent unis. Ce qui s'est passé m'a été désa-
gréable, parce que cela s'est fait sans mon consenté-
ment; copciiiiant je m'en accommode volontiers, puis-
qu'il n'a pas pris pour femme la servante d'un autre,
ét qu'elle n'a pas choisi un serviteur étranger. « Le
prêtre, sans détiaiice, crut à la promesse de cet homme
rusé, et lui rendit ses serviteurs, après qu'il eut donné
Digitized by
RAUCHINGUE. M
«
Vk gatnntie exigée; RaudiifagUè Ite prit^ iE^méteia te
prêtre et s'en retourna à sa maison. Aussitôt il ût cou-
per un arbre, eti fit abattre la Iêk6> el ayant lait fendit
lè iroiic ayec un ooitt, drdonml de le èreusèr^ ehsttite
iit ouvrir en terre une fosse de la profondeur de troii
ou qiiatre pieds, et donna brdre d'y dépoM ee trdnc
creusé ; puis y arrangeant la jeûné fille èn maniéré de
morte, fit jeter dessus le serviteur, les ût couvrir d'une
planche» remplit la ttisse de terre, et les ensevelit ainsi
vivants, disàiit : « De la sorte, je ne manque pas à mon
8erment;ilsne seront jamais séparés* » Le prêtre, averkii
acconrut èn toulë hâte, ét adt^ssant à cet homme de
vifs reproches, obtint à grand'peine qu'il fit découvrir
la fosse ; on en relira le serviteur vivant, mais on trouvé
la Jeime fiUe étouffée. Tels étaient les actes que suggérait
à Rauchingue ea méchanceté ; il n'avait d'habileté que
pour se Jouer d'autrui,trottipeir, faire des actes pertenj
aitssi mourût-ii comiheil lë méritait, et sa mort fut di<»
gne de ses actions, couiiiie nous le dirons par la suite»
Siggo, référendaires qui avait été chargé duieeam
du roi Sigheberl, et avait passé au roi Ghilpéric pour en
obtenir le même emploi, quitta de nouveau Chilpéric,
et passa au roi Qhildebêirt> filé de Sighebert. Les doma^
I On appelait réfénndair0t bous la première race, l'officier da
palais qui avait la gar(ie de l'anneau ou ëeeaii royal, ét
signait les diplômes émanés du roi. Mais ce nom était soa^
vent donné aussi aux simples secr^'^taires que le garde du sceau
avait sous ses ordres, ou aux oflicicrs qui faisaient au roi des
rapports sur los jK'titions de ses sujets, et transmettaient à
<-eux-ci ses réponses; ce dernier emploi était celui des re/tr
rcndaires attachés aux empereurs romains.
Digitized by Google
S48 BOCCaLÈNE £1^V0Y£ D£ ClilLPÉRlC.
nés qu'il avait reçus dans le Soissonnaîs furent donnés
à Ânsoald. Beaucoup de ceux qui avaient passé du
royaume de Sighebert dans celui de Chilpéric le quittè-
rent de même. Peu après, Siggo perdit sa femme, mais
il ne tarda pas à en prendre une autre.
IV. — Dans ce même temps, Roccolène, envoyé par
Chilpéric, vint à Tours, plein de jactance; et, plaçant son
camp de l'autre côté de la Loire, nous fit dire par des
messagers de faire sortir de la sainte basilique Gonlran,
accasé de la mort de Théodebert, menaçant, si nous ne
le faisions pas, de brûler la ville et ses faubourgs. A la
réception de ce message, nous lui fîmes répondre que
jamais dans les anciens temps il n'y avait eu d'exemple
de ce qu'il demandait, et qu'on ne saurait en aucune
sorte permettre la violation de la sainte basilique; que
s'il exécutait sa menace, cela ne lui porterait pas bon«
heur, non plus qu'au roi qui avait donné cet ordre, et
qu'il devait redouter d'autant plus la puissance du saint
évêque, que ses mérites avaient opéré la veille la gué-
rison d'un paralytique. Mais lui, sans aucune crainte,
s'étant établi dans la maison épiscopale d'outierLoire^
en disjoignit les planches fixées avec des clous, et les
gens du Mans qui étaient venus avec lui en emportèrent
même les clous dans des sacs de cuir; ils abattirent les
blés et exercèrent partout leurs ravages. Mais tandis que
Roccolène se conduisait ainsi, frappé de Dieu, il fut at->
taqué de la jaunisse. Cependant il renvoya de nouveau
des ordres violents, disant : a Si vous ne chassez pas
aujourd'hui le duc Contran de votre basilique^ j'écra-
Digilized by Google
IMPIKTÉ ET MOUT DE ROCCOLÈNE. 249
serai tellement tout ce qu'il y a de verdoyant autour de
la Tille, que la terre pourra être labourée par-dessus.»
Cependant arriva le saint Jour de TÉpiphaaie et ses dou-
leurs devenaient de plus en plus vives. Alors, par le
conseil des siens, il passa le fleuve et vint à la ville. Puis,
lorsque les prêtres allèrent, en chantant les psaumes,
de la cathédrale à la sainte basilique, il suivit à cheval
la croix précédée des bannières; mais lorsqu'il entra
dans la sainte basiliquci ses menaces et sa fureur tom-
bèrent, et sorti de TégUse» il ne put ce jour-là prendre
aucune nourriture; sa resi>iration était devenue très-
difficile, et il se rendit à Poitiers; c'était dans les saints
Jours de carême ; il mangea une grande quantité de la-
pereaux. Il avait préparé pour les calendes de mars des
acte$ d'impositions arbitraires et de condamnation con-
tre les citoyens de Poitiers, mais la veille il rendit Fftme;
et ainsi se calma son insolent orgueil.
y.— En ce temps Félix, évèque de Nantes, m'adressa
des lettres injurieuses, allant jusqu'à m'écrire que mon
frère avait été tué parce que, en convoitise de Tépisco-
pat, il avait fait périr son évéque; mais le fond de sa oo«.
1ère c'est qu'il convoitait un domaine de mon Église, et,
comme je ne voulus pas le lui abandonner, il vomit,
comme Je Tai dit, mille injures contre moi. Je lui ré-
pondis enfin un jour : « Rappelez-vous ce que dit le
prophète : Malheur à ceux ([ui joignent maison à map'
jofi, ei qui ajoutent champ à champ/ ieroni4t$ Ue emUê
habilanls de la terre ^ ? AU I si tu étais évcque de Mar-
t iMïe, chap. v« 8.
Digitized by Google
2M FÉLIX DE NANTES ET TÉTRICUS DE fJU^GRES.
seille, les vaisseaux n'y apporteraient ni huile, ni
semblables luarchaadises^ mais seulement des chartes
pour te donner plus de moyens de diffamer les gens de
bien * ; car il n'y a que la disette de papier qui metle
un terme à ta loquacité* » U était d'une cupidité et d'une
Jactance extrêmes; mm, pour ne pas lui ressembler,
j'expliquerai de quelle manière mon frère avait quitté
la lumière du jour, et ayec quelle promptitude la
Tengeanoe de Dieu atteignit ceux qui Tavaient frappé.
Le bienheureux Tétricus, évèque de l'Église de Langres,
étant devenu vieux, chassa lè diacre Lampadius qui
avait été son homme de confiance, et mon frère^ par
intérêt pour les pauvres que celui-ci avait injustement
dépouillés, contribua à lui faire donner celte humilia*
tien, et encourut ainsi sa haine. Cependant le bienheu-
reux Tétricus fut frappé d'un coup de sang, et, les re-
mèdes de la médecine ne pouvant rien pour lui, son
clergé plein de trouble et pour ainsi dire privé de pas-
Venr, demanda Mundéric. Celui-ci, avec l'autorisation
du roi, fut tonsuré» et sacré évêque, à la condition que,
pendant la vie du bienheureux Tétricus, il gouvernerait,
en qualité d'archiprètre, le château de Tonnerre, y ferait
sa résidence, et qu'après le décès de révêque, il lui suo*
céderait. Tandis qu'il habitait ce château, il encourut la
haine du roi : on disait en effet que, lorsque Sighebert
était venu attaquer son frère Contran, il lui avait avancé
des vivres et des présents. 11 fut doue tiré du château et
' C'était à Marseille que les inarcliands apportaient d'ordi-
ikaire le jpajpj/nu d'É^ypte dont on se servait alors pour écrire*
MOUT DE TÉTIUCUS. 251
Jeté en exU sur les bords du Rhône, dans une tout étroite
et sans toiture, où il demeura environ deux ans, dans
de grandes souffrances. A la demande du saint évêque
Nif ier, il lui fut permis de Tenir à Lyon^ où U habita
pendant deux mois; mais_, ne pouvant obtenir du roi
d'être rétabli au }jeu d'où il avait été chassé, il s'échappa
d^ nuit, et se rendit près du roi Sighebert> qui TinsUtua
évêque (Jans le bourg de TArsat * , plaçant sous sa ju-
rjdiptipn quinze paroisses environ qui avaient élé d*a-
l;K>rd occupées par les Goths, et que réclamait mainte-
nant Dalmace, évêque de Rodez. Lorsque Mundénc
ûit parti, les habitants de Langres demandèrent pour
évêque, à l'instigation de mon frère, Silvestre, notre pa-
rent ainsi que du bienheureux Tétricus. Qependant le
bienheureux Tétricus sortit de ce monde; Silvestra
fut tonsuré^ ordonné prêtre et investi de tout ce
qui dépendait dn sîég^ épiscopal, puis il se prépara
à partir pour Lyon, pour y recevoir la consécration.
Hais, attaqué depuis longtemps d^épilepsie, il fut en ce
lepiips pris d'un accès, et plus cruellemept privé de ses
sens qu'il ne Tavait encore été : deux jours sans relâche,
il poussa des mugissements, et le troisième il rendit
Tesprit. Alors Lampade,qni avait été dépouillé, ccmime
• nous l'avons dit, de ses di^initcs et de ses revenus, se
jcûgnit, en haine du diacre Pierre, mon frère, au (Us de
Silvestre, afGrmant et persuadant à celuî-ci que son père
avait péri par ses maléfices. Le ûls de Siivestre, jeune
t FtcMff airitUmtii, Il y a beaucoup d'meertitade sur la vraie
^éaisnAtion de cette localité. (V. la Géocjraphie.)
«
«
«
Digitized by Google
S59 L'ÉVÉQUE SILVSStRË A LANGRSS.
et léger d'esprit, s'irrita contre Pierre et Taccusa en
public de ce parricide. Aussitôt averti de cette accusa-
lioii; mon frère porta sa cause devant révéque saint
Nizier^ oncle de ma mère, et se rendit à Lyon ; là, en
présence de Tévéque Siagrius^ de beaucoup d'autres
prAtres et des principaux séculiers, il prêta serment
qu'il n'avait aucune part à la mort de Silvestre. Mais
deux ans après^ le fils de Silvestre, excité de nouveau
par Lampade, poursuivit sur une route le diacre Pierre,
et le tua d'un coup de lance ; on transporta le corps de
mon frère an château de Dijon, où il fut enseveli au-
près de saint Grégoire , notre bisaïeul. L liomicide prit
la fuite et passa à Ghilpéric; ses biens furent remis au
fisc du roi Contran. Le crime qu'il avait commis le fit
errer en différents lieux, ne lui permettant de s'arrêter
et de demeurer nulle pari. Enfin poussé. Je pense, par
les cris du sang innocent qui s'élevait contre lui vers
la puissance divine, il tua de son épée,dans un des lieux
où il passait, un homme qui ne l'avait pas oflénsé. Les
parents de celui-ci, pleins de douleiir de la mort de leur
proche, soulevèrent le peuple, et, ayant tiré leurs épées,
taillèrent le coupable eç pièces et dispersèrent ses mem-
bres de côté et d'autre. Telle fut» par un juste ju-
gement de Dieu, la fin de ce misérable: il avait fait '
périr mon parent innocent, coupable lui-même il ne
lui survécut pas longtemps ; son châtiment survint aa
bout de trois années.
Après la mort de Silvestre, les habitants de Langres
demandant un nouvel é\c(pio, on leur donna Pappole
i^iyui^ud by Google
L'ÉVÉQUE PAPPOLE. 353
qui ayait été archidiacre d'Auiuo. Beaucoup assurent
quMl commit un grand nombre diniquités; nous les
passerons sous silence, pour ne pas nous montrer dé-
tracteur de nos frères. Cependant nous n'omettrons pas
de raconter sa mort. La huitième année de son épisco-
pat, comme il parcourait les paroisses et les domaines
de son Ëgiise> le bienheureux Tétricuslui'apparut une
nuit pendant son sommeil avec un visage menaçant,
et lui parla ainsi ; a Pourquoi es- tu ici, Pappole ? pour«>
quoi souilles-tu mon siège et enyaliis-tu mon Église t
Pourquoi disperse-lu les brebis qui m'avaient été con-
iiées? Va-t'en, abandonne ce siège, éloigne-toi de ce
pays. » Et disant ces mots, il lui frappa la poitrine d'une
verge qu'il tenait à la main. Comme Pappolp s'éveil-
lait, méditant ce que cela pouvait signifier, une vive
douleur se fixa à l'endroit où il avait été frappé. En cette
angoisse, il prit horreur de la nourriture et de la bois-
son, et vit la mort s'approcher de lui. Que dirai- je de
plusf Le troisième jour, le sang lui sortit par la bonehe
et il expira ; on le transpoi ta et on Pense velit à Langres»
On nomma évéque en sa place l'abbé Mummoie, sur-
nommé le Bon ^ dont on vante avec de grands éloges la
chasteté, la sobriété, sa modération, sa diligence pouc .
toutes les bonnes œuvres, l'amour de la justice, le
grand zèle pourlacbarité. Parvenu à ré[)iscopat, comme
il sut que Lami^ade avait dérobe une grande quantité
des biens de l'Ëghse, et que, des dépouilles des pauvres»
il avait acquis dos chami)?, des vignes et des esclaves,
il le, chasi>a de sa présence dénué de tout; ( t celui-ci.
1
254 LÉONAT ARCHIDIACRE DE COURGES. •
tombé dans la plus grande misère, e&i mainteii»int ob-
ligé de gagner sa nourriture parle travail de ses mains.'
Mais en voilà assez sur ce sujet. ^
Vl. — Pendant Tannée dont nous Tenons de parlçrV
c'est-à-dire ceUe où, après la mort deSighebert, son fils
Childebert commença à régner, il se fit au tombeau du
bienhenreu^Uartin beaucoup de prodiges que j'ai écrits
dans le livre que j'ai essayé de composer sur ses iriira-
cles; et, bien qu'en un langage sans art^ je me crois
obligé de rapporter ce que j'ai vu mm-même ou ce qui
m'a été raconté par des gens dignes de confiance. Je
Vfie borqer$ii ici à exposer ce qui arriva à des hommes
de peu de foi qui, après avoir éproiivé la puissance des
secours célestes, recoururent cependent encore aux re-
mèdes de la terre : car le châtiment même des insensés
témoigne de la puissance dit saint.
Léonat, archidiacre de Bourges, avait perdu la lu-
mière par des cataractes qui lui étaient tombées sur les
yeux. Après s'être promené de médecin en médecin,
sans pouvoir recouvrer la vue, il vint à la basilique de
Saint-Martin, et là il demeura deux ou trois mois gé-
missant assidûment et priant que la lumière lui fût
rendue* Un jour de féte^ il s'aperçut que sa vue com-
mençait à s'éclairer; mais reyeno à sa maison^ il ap-
pela un juif qui lui mit des ventouses aux épaules^ aûa
de rendre encore plus de lumière à ses yeox ; mais à
' mesure que le sang coulait, il retombait dans sa cécité.
Alors il revint de nouveau au saiut temple et y demeura
encore un long espace de temps^ nuis sans pouvoir re*
I
LÉON AT 25 r>
«btivrer la lumière ; ce ^i, je pense, lui fut refusé à
iânise de don péchés selon eeUe parole du Seigneur :
Quiconque a déjà recevra davantage encore^ et sera
dâftâ Vàbohdâ9M: iimii pour e$lûi qui n'à poiiU, on M
btera même ce qu'il a K Et cette autre: Vous voyez
ifûè Vous êtes guéri, ne péchez plus à l'avenir, de peur
fiilt lie f)6w anioe qu^que chose de pire K Gelni-d
serait demeuré en santé, s'il n'eût pas voulu ajouter les
setoùrs d'uii juif à ceux de la puissance divine; dilr lels
tout leé ateriissemebts et les paroles de TApôtre : iVe
totts attachez point à un même joug avec les infidèles,
oat quitlk u^^îonpeui^il y avoir entre la justice et /'ïm-
q^ié? Quel eomkneree entre la lumiire et les ténëtres?
Quel accord entre Jésus- Christ et Bélial? Quelle société
ààrè U fdèle et l'infidèle f Quel rapport entre le tefnple
dh Dieu èt les He^f Car «otM êtes h temple dn Dieu
vivant Cest pourquoi sortez du milieu de ces per*
âèniies el tîipa¥e%-im$ d*eUés K Ahisi a dit le Sdgneur.
Que tout chrétien apprenne donc, par cet exemple,
^uand il a obtenu les remèdes célestes, à ne pas leooa-
Hr à lii sdehcë moi«!ifine.
yiL— Il convient de rapporter ici les noms des per-
sonnages importants qui futeiit, cette année; appelés à
Dieu; car je regarde eomiiié fattHiséS et agréables à
Dieu ceux qu'il ap[)elle en cette sorte de notre terre
eu toii paradis; Ainsi sortit du inonde le saint prêtre
*évang. selon «aint Jean, cbap. v, v. 14.
* WÈpUm de aaint Paul aux Corinihiens, chap. ti, v. 14.17,
Digitized by Google
550 MORT DK SAINT GERMAIN DE PARIS.
Sénocli^ qui faisait ^a demeura à Tours. Il était de la
nation des Téifales; et, ayant pris à Tours les ordres
sacrés, il se retira dans une cellule qu'il s'était cons-
truite entre deux vieilles murailles, rassembla des moi-
nes, et répara un oratoire ruiné depuis longtemps; il
fit éprouver à un grand nombre de malades la vertu
de ses miracles, que nous avons décrits dans le livre
de sa vie.
Vin. — En cette année, décéda le bienheureux Ger-'"
main, évêque de Paris. Les miracles qu^il avait opérés
dans sa vie mortelle furent confirmés par celui qu'il
fit à ses obsèques. Des prisonniers l'ayant invoqué à
grands cris, son corps aussitôt s'alourdit sans pouvoir
bouger de sa place; puis, lorsqu'ils eurent été déliés, on
put l'enlever sans peine. Ceux qui avaient été ainsi dé-
livrés suivirent ses funérailles, et arrivèrent libres à la
- basilique, dans laquelle on Tenscvelit; et avec l'aide de
Dieu, ceux qui avaient la foi obtinrent à son tombeau
de nombreux miracles; en sorle que ce qu'on y de-
mandait avec justice y était aussitôt accordé. Celui qui
voudra s'enquérir avec soin et exactitude des miracles
opérés |)ar son corps les trouvera tous dans le livre de
sa vie, composé par le prêtre Fortunat.
IX.— Cette même année, mourut encore le reclus Ca-
luppa: il avait été religieux des son enfance. Entré au
monastère de Mélite ^ , dans le territoire d'Auvergne,
il se fit remarquer des frères par une grande humilité,
comme nous l'avons écrit dans le livre de sa vie,
t Voir la OiographiÊ.
LE RECLUS PATROCLE. m
X. — ny eut aussi, dans le territoire de Rourges, un
reclus nommé Palrocle, élevé aux honneurs de la prê-
trise, homnie d'une admirable sainteté et d'une grande
abstinence; souvent il fut tourmenté d'incommodités
que lui causait le jeûne: il ne buvait ni vin^ ni bière,
ni rien de ce qui peut eniyrer, mais seulement de l'eau
un peu adoucie de miel. Il n'usait d'aucune espèce de
ragoût, mais se nourrissait de pain trempé dans l'eau, et
parsemé de sel. Jamais ses yeux ne s'appesantirent dans
le sommeil : il était assidu à l'oraison^ et lorsqu'il inter-
rompait quelque peu ses prières, il lisait ou écrivait* U
guérissait souyentipar ses prières des fiévreux tourmen-
tés de pustules ou d'autres maladies. 11 se manifesta par
nombre d'autres miracles qu'il serait trop long de racon-
ter en détail. Il portait toujours un cilice à nu sur son
corps. A quatre-vingts ans il quitta ce monde et alla trou-
ver le Christ. Nous avons aussi écrit un livre de sa vie.
XI. — Et comme notre Dieu a toujours daigné glori-
fier ses ministres, j'exposerai ici ce qui arriva cette année
aux Juifs de Clermont. Le bienheureux évéque Avitus
les avait exhortés plusieurs fois à rejeter le voile de la
loi mosaïque, afin que, comprenant les saintes Ecritures
selon Tesprit, ils pussent, d'un cœur fiur, y contempler
leCiirist, fils du Dieu vivant, et promis par l'autorité
d'un roi* et des prophètes. Néanmoins ils conservaient
dans leurs âmes, je ne dirai pas le voile dont Moïse
avait caché sa face, mais un véritable mur qui les sépa-
rait de la vérité. L'évêque ne cessant de prier pour qùe,
i Le roi David.
Digitized by Google
m LÈS JUIFS ET L'ÉVÉQUE AVITUS.
convertis au Seigneur, ils déchirassent ce voile dont se
couvrent à leurs yeux les Écritures^ ud d'eux, au saint
Jour de Pâques, lui demanda le baptême; et lorsqu^Q
eut été régénéré en Dieu par le sacrement, il se joignit.
Têtu de blanc^ à la procession des autres catéchit-
mènes. Gomme le peuple entrait pair la porte de la ville,
un des Juifs, poussé du diable, versa une huile l'élide
sur la tête de celui qui s'était eonverti. Le peuple, saisi
dliorreur à cette action, voulut poursuivre le coupa«
ble à coups de pierres, et en fut empêché par Tevêque.
Mais au jour bienheureux où le Sdgnenr est remcmtéglo*
rieux au ciel, après avoir racheté les hommes, comme '
révoque se rendait, en chantant les psaumes, de la ca-
thédrale à la basilique, la multitude dont il élait suivi
se précipita sur la synagogue des Juifs, la détruisit de
lônd en comble, en sorte qu'elle fut rasée. Un autre
jour, Févéqoe fit dire aux Juifs : c Je ne vous contrains
pas par la» force à confesser le Fils de Dieu; je vous prê-
che seulement et tais passer dans vos coeurs le sel de la
science; car je suis le pasteur chargé de conduûre les
brebis du Seigneur; et votre véritable pasteur, qui est
mort pour nous, a dit : J'ai meare d'otOrei Ur€^i$ qui
ne soni pat de eeîU bwgerie, il faut auui que je les
amène i elks écouleront ma voix, et il n'y aura qu'un
troupeau et qu^unpoilêur^. Ainsi donc si vous voules
croire comme moi, soyez un seul troupeau, dont je se-
rai le pasteur; sinon, éloignez-vous de ce heu. a ils de*
meurèrentquelquesjourstrouUés et en suspens; enfio^ •
*Bvang, selon saint Jean, chap. x, v. 16.
BAPtAhE des lUIPS DE CLERIf ÔNT. W
le troisième jour, par Teffet, à ce que je crois, des priè-
res de TéTêque. ils se réunirent^ et lui firent dire :
c Nous croyons en Jésus, fils du Dieu vivant, qui nous à
été promis par la voix des prophètes, et nous vous de-
mandons de nous laver par le baptême, afin que nous
ne demeurions pas dans notre péché. » Le pontife, plein
de joie à cette nouvelle, se rendit, le matin de la sainte
Pentecôte, après les vigiles, an baptistère situé hors des
murs de la ville. Là, toute la multitude, prosternée de-
vant lui, implora le baptême, et lui, pleurant de joie,
les lava tons dans. Teau consacrée, les oignit dîi saint
chrême, et les réunit dans le sein de la mère Eglise.
Les cierges brûlaient, les |ampes bjpillaient, Téclat de ce
blanc troupeau se répandait sur toute la dté. La Joie
de la ville ne fut pas moindre que celle de Jérusalem,
lorsqu'il lui fut permis de voir autrefois TEsprit saint
descendre sur les apôtres. On en baptisa plus de cinq
, cents; ceux qui ne voulurent pas recevoir le liaptême
quittèr^t la ville, et se rendirent à Marseille.
XIÎ. — Après cela, mourut Brachîo, abbé du monas^-
tère de Menât ^ . 11 était Thuringien de naissance, et avait
été, comme nous l'avons écrit ailleurs, directeur des
' chasses de Tex-duc Sigivald. •
Xlll. — Pour revenir à notre si:yet,«Çhilpéric envoya
à Tours son fils Clovis, qui, ayant rassemblé une armée,
s'avança jusqu'à Saintes par Tours et Angers et s'en
empara; mais Mummole, patrice du roi Contran, mar-
ctaa sur Limitas avec de^ forces considérables, et livfii
i Mamtentit céttuUh (Y. Géotfraphie,) »
200 MKROVEE TONbUKE. •
bataille à Didier, duc du roi Chilpéric. Il perdildans celte
'aflàtre cinq mille hommes; mais Didier en perdit yingt-
quatre mille, et n'échappa qu'avec peine par la fuite.
Le pairice Mummole revint par TAuirergue, que son
' armée dévasta en divers lieux, et rentra ainsi en Bour-
gogne.
\1 V. — Ensuite Mérovée, que son père faisait garder,
fat tonsuré, revêtu de Fhabit des clercs, ordonné prêtre
et conduit à un monastère du pays du Mans a[)pelé Ani-
jotoS pour y être instruit dans les devoirs de la prê-
trise. Gontran-Boson, qui^ comme nous Tavons àïi, vi-
vait alors dans la l^asilique de Saint-Martin^ ayant appris
cette nouvelle, envoya à Mérovée le sous-diacre.Ricul- .
phe pour lui conseiller secrètement de se réfugier aussi
a la basilique de Saint-Martin; et comme Mérovée était
en route pour AfiMo^a, Gailen, un de ses serviteurs,
vint à sa rencontre, et ne trouvant pas des adversaires
en Corce,.le délivra, Mérovée se couvrit la tète, revêtit
des babils séculiersi, et se rendit à l'église de Saint-
Martin. Nous célébrions la messe dans celte sainte basi-
lique lorsque, trouvant la porte ouverte, il y entra.
Après la messe. Il dit que nous devions lui donner
les eulogies*,. Ragnemode, évêque du sié^^e de Paris, et
qui avait succédé à saint Germain, était alors avec nous.
.Gomme nous refusions, Mérovée se mit à crier et à dire
que nous n'avions pas le droit de le suspendre de la
i Voir la Oéographu.
«Voyez, Bar les diren sent du mot Bulogie, page 213, laoote.
n s'agit ici du paio non encore consacré dont le refus annon«
çêii celui de U communion»
Digitized by
MÉROVÉE DANS LA BASILIQUE DE TOURS. S61
communion sans avoir pris l'avis de nos confrères. Sur
ces paroles, ayant discuté canoniquement son affaire^
nous nous acconlàmes, avec celui de nos confrères qui
était présent^ à lui donner les eulogies. Je craignais
d'aillenrSy en écai;^t un homme de la table sainte, de
me rendre homicide de beaucoup d'autres, car il mena-
çait de tuer phisieurs de nos gens s'il n'obtenait pas
d'être reçu à notre communion.
Cela cependant attira de grands désastres sur le pays
de Tours. £n ces jours-là, Nizier, mari de ma nièce» se
rendit pour ses aflkires près du roî Ghilpéric avec notre
diacre* qui raconta au roi la fuite de Mérovée. En les
Toyant, la reine Frédégonde s'écria : « Ce sont des es-
pions qui sont Tenus pour s'enquérir de ce que fait le
roi, et le rapporter à Mérovée. » Et à Tinslaut elle les fit
dépouiller et ordonna qu'on les conduisît en exil, d'où
ils ne sortirent qu'après sept mois entiers. Chilpéric
nous envoya dire par ses messagers : a Chassez cet apos-
tat hors de Totre basilique, autrement je livrerai toute
la contrée aux flatnines. » Nous lui répondîmes qu'il
était impossible de faire dans un temps chrétien ce qui
ne s'était pas fait du temps des hérétiques. Alors il mit
en marche une armée et la dirigea vers ce pays.
La seconde année du règne de Childebert*, Mérovée»
voyant son père inflexible dans cette résolution^ songea
à prendre avec lui le duc Contran et à aller trouver
«
Cum diacone nostro. C'était, je pense, le dillacre particulière-
ment attaché à la peiâonue de 1 évècj^uc.
»5T7.
1&.
969 MÉROVÉE DANS LA BASILIQUE.
Bninehaut^ disant : « Ne plaise à Dieu que la oasiliquii
de monseigneur Martin soit violée à caqse de mo{, pu
qne le pays^ à cause de 'moi^ soH réduit en captiTilé.
Et, étant entré dans la basilique, il offrit, pendant le$
vigiles, au sépulcre de saint Martin^out ce qu'il aTait
avec lui, priant le saint de le secourir et de lui aecof^
der sa protection, pour qu'il pût se mettre en possessioq
du royaume. Leudaste, alors conite de la dté» qui> pat
dévouement pour Frédégonde, ne cessait de lui tendre
des pièges^ surprit enfin et massacra plusieurs de ses
serviteurs qui étaient sortis dans la campagne» et 0
cherchait à le tuer lui-même, s'il en pouvait trouver
Toccaslon favorable. Mérovée, d'après le conseil de Gon-
tran et pour se venger, ordonna qu'on saîf^t Harileifé»
premier médecin du roi, qui revenait d'auprès de lui,
le fit battre cruellement^ le dépouilla de son or^ de ami
argent et de tout ce qu'il avait, et le laissa entièrement
nu. 11 l'eût tué même si Marileife ne se fût échappé des
mains de ceux qui le frappaient et réfugié dans la car
thédrale. Nous lui donnâmes d'autres vêtements et,
après avoir obtenu pour lui la vie sauve, nous le ren*
voyâmes à Poitiers.
Cependant Mérovée racontait beaucoup de crimes de
son père et de sa marâtre, et bien que vrais en partie^
il n'était pas agréable à Dieu, je crois, quils fussent di-
vulgués par un fils, comme je le connus bien par la
suite. £n elfet, un jour que j'avais été invité à sa table,
et que nous étions assis l'un près de l'autre, il me de-
manda avec instance de lui lire quelque chose pour
Digitized by
VAINES ESPÉRANCES DE GONTHAN-BOSON. 263
linstruction de son âme. Je pris le livre de SalomoDi et
le premier, verset qui me tomba sous les yeux fut celui
qui contient ces paroles : Que l'œil de celui qui in-
9ulU son père soU arraché par les corbeaux des Unrents,
H dévoré par Us enfants dé Vaigle Il ne comprit
pss, mais je regardai ce verset comme une prédiction
du Seigneur.
Alors Contran envoya un de ses serviteurs vers une
femme qu'il avait connue dès le temps du roi Cari-
berty et qui avait un- esprit de pythonisse^ afin qu'elle
lui apprît ce qui devait arriver. 11 soutenait qu'elle lui
avait annoncé d'avance non-seulement l'année^ mais le
jour et l'heure où devait mourir le roi Garibert; elle
lui envoya par ses serviteurs la réponse suivante : a Le
roi Chilpéric mourra cette année; Mérovée régnera à
Fexdasion de ses frères. Tu auras pendant cinq ans la
direction de tout le royaume; mais la sixième année, ,
par la faveur du peuple^ tu obtiendras les honneurs de
Fépiscopat dans une des cités situées sur la Loire, à la
droite de son cours, et tu sortiras de ce monde vieux et
plein de jours. » Lorsque ses serviteurs lui eurent ap«
porté cette réponse^ transporté de vanité comme s'il
eût déjà été installé dans le siège de Tours^ Gontraii vint
me rapporter cette prédiction. Je me moquai de sa folie*
et je lui dis : < Cest à Dieu qu'il faut demander ces
choses; il ne faut pas croire ce que promet le diable*,
car il fui menteur dès Je prînetpei el n'a jamais été dans
* Prov., chap. xxx, v. 17. ^
* Èvang, selon saint Jean , chap. vxii, v. 44. '
Digitized by Google
954 IIÉROVÉB ET GONTRAN.
la vérité. Quand il se fut retiré tout confus , Je ris
beaucoup de cet homme qui croyait devoir ajouter foi
à de telles promesses. Ëniio^ après avoir célébré vigiles
dans la basilique du saint évêque, comme Je dormais
étendu dans mon lit, je vis un ange volant dans les ai rs,
qui^ en passant au-dessus de la sainte basilique, dit
d'une voix forte : « Hélas ! hélas! Dieu a frappé Chilpé-
rie et ses fils, et il ne survivra aucun de ceux qui sont
sortis de ses reins, pour gouverner à Jamais son
royaume. » Il avait alors de plusieurs femmes quatre
fils et deux ^es. Quand plus tard ces paroles se furent
aecomplies, je connus clairement la fausseté de ce
qu'avaient prédit les devins.
Tandis que Hérovée et Contran demeuraieiitdansla
basilique de Saint-Martin, la reine Frédégonde envoya
vers Gontran-Bosou qu'elle protégeait en secret, parce
qull avait tué Théodebert, et lui fit dire : a Si tu peux
felre sortir Mérovée de la basilique, afin qu'on le tue.
Jeté ferai un grand présent. » Lui, croyant les assassins
déjà apostés, dit à Mérovée : « Pourquoi rester ici,
comme des paresseux et des lâches? Et nous cacher au-
tour de cette basilique comme des imbéciles? Faisons
venir nos chevaux, prenons des éperviers et des chiens,
allons à la chasse, et jouissons de l'aspect des lieux ou-
verts. » Tel était l'artifice par lequel il voulait l'éloigner
de la sainte basilique.
Contran avait certainement de bonnes qualités; mais
toujours prêt au paijure, il nj faisait pas un serment à
l'un de ses amis qu'il ne le violât bientôt; ils sortirent
Digitized by
CHILPÉRIC, GONTRAN-BOSON ET MÉROVÉE. «65
donc, comme nous J'avons dit, de la basilique et se ren-
dirent au lieu de Joué ^ près de la ville. Mais personne ne *
fit de mal à M érovée.
Comme Contran était, ainsi que nous Tavons dit^
accusé de la mort de Théodebert, le roi Cbilpéric en-
voya au tombeau de saint Martin des messagers aveq
une lettre adressée au bientieureux pour lui demander
8^11 était permis on non de tirer Gontran de sa basilique.
Le diacre Baudégésile, cliargé de celte lettre, la mit
avec yue charte biaoche sur le salut tombeau; mais,
après ayoir attendu trois jeurs sans recevoir de Té«
ponse, il retourna vers Chilpéric. Celui-ci envoya
alors d'autres gens qui exigèrent de Contran le serment
de ne pas quitter la basilique sans le lui faire savoir.
Contran s'empressa de jurer, en attestant la nappe de
Tautel qu'il ne s'en irait pas sans l'ordre du roi. Ce-
pendant Mérovée ne s'en rapportant pas à la pythonisse
plaça sur le tombeau du saint trois livres: savoir^ le
Psautier» les Rois et les Évangiles, et passant la nuit,
pria le bienheureux confesseur de lui découvrir ce qui
devait arriver, et de lui révéler par la parole du Sei-
gneur s'il devait régner ou non. Après trois jours de
jeûne, de veilles et d'oraisons, il revint à la sainte tombe,
ouvrit un des livres qui était celui des Rois; le premier
verset de la page sur laquelle il tomba, était celui-ci :
Le Seigneur a frappé ces peuples de tous les maux,
parce qv^iU ont abandonné le Seigneur leur Dieu, et
qu*il$ ont suivi des dieux étrangers, et les ont adorés et
i Jocundiacenfi» doîMU»
566 TERREURS DE GONTRAN.
servis Le verset des Psaumes qu'il trouva était celui-
tizA eausi de leur perfidie, 6 Dieu, vous les ave% reth
Dersés dans le temps même qu'ils s^élemient. Oh eâmment
sotU-Us lombés dansladernière désolation? Ils ont man-
qui iota éTun coup, et ils ont péri à cause de leur tm-
-quilé*. Il trouva ceci dans rÉvangilc Vous savez que
la Pâque se fera dans deux jours, et le fils de l'homme
sera Kvré pour être crticipéK Consterné de ces répon^
ses, il pleura longuement sur le tombeau du bienheureux
évéque; puis, accompagné du duc Gontran, il sortit ayec
cinq cents hommes ou davantage. Après qu'ils eurent
quitté la sainte basilique, conuneils traversaient le ter*
ritoire d'Àuxerre, îférovée fut pris par Erpon, Tun des
ducs du roi Gontran; mais il s'échappa, je ne sais com-
ment, d'entre ses mains^ et se réfugia dans la basilique
de Saint-Germain. Lorsque Gontran eut été instruit de
ce fait, il se montra plein de colère coulre Erpon, le
.condanma à une amende de sept cent sous d'or et le
destitua de son office, en disant : « Mon frère m'a dit que
tu avais arrêté son ennemi; si telle était ton intention
il fallait d'abord me l'amener; autrement tu ne devais
pas toucher à celui que lu ne voulais pas retenir. » Ce-
pendant l'armée du roi Chilpéric étant venue jusqu'à
Tours> pilla, dévasta et brûla tout le pays^ sans épar-
gner les domaines de saint Martin ; caries soldats, sans
crainte et sans respect de Dieu, détruisirent tout ce qu'ils
*Boia, liv. ni, cbap. ix, v. 9.
* Psaume lxxii, v. 18, 19.
*Èvang, selon saint Jdathieu, chap. xzrii, SL
LES SAXONS ET LES SUÈVES. 267
purent atteindre* MéroYée, après aToir séjcforné deux
mois dans la basilique de Saint-Germain, s'enfuit de
nouveau et parvint à rejoindre la reine Brunehaut;
mais les Âustrasiens ne Toulurent pas le receYoir. Son
père fit marclier une armée en Cliam pagne, pensant
qu'i^y était cactié; il ne put lui Caire aucun mal^ni
découyrir sa retraite.
X V.— Lors (le l'invasion d'Alboin en Italie^ Clotaire et
Sighebert' avaient établi desSueves et «d'autres nations
. • ..... I c
dans les lieux qu'il ayait quittés. Or les Saxons^ qui re-
vinrent au temps de Sighebert après avoir accompagné
Alboin, s'élevèrent contre les nouveau^ habitants» et
Toalurent les cbasser et les détruire. Ceux-ci leur ofTH-
rent le tiers des terres, disant : « Nous pouvons vivre
enseqible» sans nous combattre. » Mais les Saxons irrités
parce qu'ils avaient antérieurement possédé ce pays ne
voulurent aucunement entendre à la paix. Les Suèves
leur offrirent alors la moitié des ferres» puis les deux
tiers ne s'en réservant que lu troisième partie. Sur un
nouveaq refus^ (es Suèves oUrlrent toutes les terres et
tous les troupeaux, désirant seulement vivre en paix.
Les Saxons n'y consentirent pas et demandèrent le
combat. Avant la bataille, ils traitèrent entre eux dq
partage des femmes des Suèves, décidant à qui chacune
appartiendrait après la mort de leurs maris qu'ils
* Clotaire était mort (561) lorsqu'Alboin et les Lombards,
ayec plusieurs bandes de Saxons, passèrent en Italie (56^.
Sighebert avait permis à des bandes suëTea de s'établir snr le
territoire délaissé.
'Voir, sur les causes de ce retour des bandes saxonnes dans
leur ancien territoire, le livre précédent.
Digitized by Google
368 MÂLO COMTE DES BRETONS.
croyaient déjà exiorminés. Mai? la miséricorde du Sei-
gneur, toujours juste, opposa à leur volonté un résultat
tout contraire» car on en Tînt aux mains, et sur vingt-
six mille Saxons, viniil mille périrent, tandis que les
Suèves perdirent six mille quatre cent (jiiatre- vingts
hommes seulement^; les autres obtinrent la yictoire.
Ceux des Saxons qui étaient demeurés après la défaite
jurèrent^ avec des imprécations, ^le ne se couper ni la
barbe ni les cheveux jusqu'à ce qu'ils se fussent vengés
de leurs ennemis; mais, dans ui second combat, ils
éprouvèrent un désastre encore plus complet ; ainsi iinit
la guerre.
XY 1. — Voiêî ce qni se passa en Bretagne : Mftio * et
Bodic^ comtes des Bretons, s'étaient mutuellement fait
serment que celui des deux qui survivrait défendrait
les fils de l'autre comme les siens pro[)res; Bodic mou-
rut laissant un fils, nommé Thierry, et Màlo, oubliant
son serment, le chassa de son pays et lui enleva les
États de son père. Le jeune homme demeura long-
temps errant et fugitif, mais enûn Dieu eut pitié
de lui; il réunit des Bretons^ vint combattre UêHio,
le tua ainsi que son fils Jacob, et rentra en possession
de la partie du royaume qu'avait possédée son père*
Warocli^ fils de Mâlo, conserva l'autre.
XV IL— Le roi Contran fil t ler deux fils de feu Ma-
< D'après deux manuscrits confirmés par un texte de Paul
Diacre, on pourrait traduire ainsi : Sur 6,000 hommes, 480 seu-
lement périrent. Mais les deux meilleurs manuscrits portent le
texte que nous préférons, et il est peu vraisemblable que lea
Suèves, en tuant 20,000 Saxons, n'aient pas perilti 500 des leurs.
*MacliavuSt (j^ui tauiùi se traduit par Màlo et tantôt par Macliau.
Digitized by
L'ÉGLTSE OE CHINOIS. m
gnachaireS parce qu'ils proféraient contre la reine Aus-'
Irecbiide et ses entants dps injures et des imprécatioi^^
et confisqua tout ce qu'ils possédaient. Luf-même per-
dit ses deux fils d'une maladie soudaine, et il fut gran-
dement contrislc parce qu'il demeurait privé d'enfanls;
Cette année, il y eut doute pour le jour de Pâques.
Dans les Gaules, notre cité et beaucoup d 'autres célé-
brèrent la sainte fête le quatorze des calendes de mai
(18 ayril); tandis que d'autres, avec les Espagnols, la
solennisèrent le douze des calendes d'avril (21 mars). On
dit cependant que les fontaines qui, en Ëspagne, se rem-
plissent le jour de Pâques par la volonté de Dieu, furent
pleines le jour que nous avions choisi peur la célébrer.
X VllI. — Dans le bourg de Chinon% au territoire de
Tours, il arriva que, pendant qu'on célébrait la messe,
le jour glorieux de la résurrection du Seigneur, Téglise
trembla, et le peuple, saisi de frayeur, cria tout d'une
voix que 1 église s'écroulait. La foule s'enfuit en brisant
les portes. Puis une grande mortalité affligea la popula-
tion, flnsuile le roi Contran envoya vers son neveu le
roi Childebert, lui demandant la paix et désirant le voir;
alors Childebert vint le trouver avec ses grands et ils
se réunirent au lieu qu'on appelle le Pont-de-Pierre \
Là, ils se saluèrent mutuellement et s'embrassèrent, et
le roi Contran dit : a II m'est arrivé, à cause de mes pé-
diés, de rester sans enfants, je prie donc mon neveu
1 Son beau-père, dont il avait répudié la fille pour épOluer
une <le ses servantes appelée Austrechilcle.
s Cainone ricus.
» Aujourd hui Pompiewe. (V. Oéogr,, à Pelreu9P0u,)
9!0 LES ROll^ GONTRAN ET OHILDEBERT.
de devenir hion (lis. » Ét le plaçant sur son siège, il lui
Iransinit ^ tput son royaume^ disant : a Qu'un même
* boaclier nous protège! qu'une même lance nous dé-
fende ! S'il me vient des lils^ je ne te regarderai fias
moinscommeun d'entre eux^ et tu conserveras l'amitié
que je te promets aujourd'hui en présence de Dieu. »
Les grands de Childebert firent la même promesse en
son nom. lis mangèrent et burent ensemble^ s'bonorè*
' xent mutuellement de présents magnifiques et se sépa;-
rèreni en paix. Puis ils dépêchèrent des envoyés au roi
Cbilpéric afin qu'il leur rendît ce qu'il avait usurpé de
leurii royaumes^ ou, en cas de refus, qu'il se préparât
à la guerre. mIis lui^sans égard pour ce message, se mit
à faire bâtira Soissonset à Paris des cirques où il donna
des spectacles au peuple. •
XIX.— A la suite de ces événements, Cbilpéric, ap-
prenant que Prétextât, évéque de Rouen, faisait des lac-
gessesau peuple pour nuit^à ses intérêts, lui ordonna de
comparaître en sa présence. Après une enquête, on
reconnut que la reineBrunehaut lui avait confié certains
objets. Le roi les lui prit, et ordonna que Préteitat fût re-
tenu en exil jusqu'à ce qu'il eut été entendu par les
éyéques. Le concile réuni. Prétextât fut amené en pré-
sence des évêques qui s'étaient rassemblés à Paris dans la
basilique de l'apôtre saint Pierre. Le roi lui adressa ainsi
* la parole : a Par quelle raison, ô évéque! as-tu uni eo
mariage Mérovée, mon ennemi plutôt que mon fils,
avec sa tante, la femme de son oncle ? Ignorais-tu ce
1 TradidU, c'est-à-dire le désig^na pour son successeur.
L'ÉVÉQUE PRÉTEXTÂT. S71
que les canons ont ordonné à cet égard t Tu es con-
vaincu non-senlement d'avoir en ce point excédé tes
pouvoirs, mais d'avoir travaillé par tes présents, de
concert avec iui^ à me faire assassiner : ainsi tu as ren-
du le fiis ennemi de-son père, tu as séduitle peuple par
des largesses pour que personne ne me gardât la foi
jurée> et tu as youIu livrer mon royaume aux main»
d'un autre, i» A ces mofs^ la multitude des Francs fré«>
mit de colère et voulut s'élancer hors de la basi^iquo»
en arracher Févêque et le lapider; mais le roi 8*y op-
posa. Sur les dénégations de Prétextât, vinrent de faux
témoins qui montrèrent quelques joyaux, disant: «Tu
nous as fait présent de telles et telles choses pour nous
engager à donner notre foi à Mérovée.» Et l'évéque ré-
pondit : a Vous dites la vérité ; je vous ai fait souvent d^
présents, mais non pour que le roi fût chassé de soii
royaume; car, lorsque vous veniez m'offrir de beaux
chevaux et d'autres objets de prix je ne pouvais fairo
autrement que de vous donner des présents ;à mofi
• tour. » Cependant le roi se retira chez lui. Pour nous,
nous si^ions tous ensemble dans la sacristie de la ha-
tilique dé Saint-Pierre; et, tandis que nous nous entre-
tenions, vint tout à coup Aétius, archidiacre de Téglise
de Pairis, qui, nous ayant salués, dit: « liksouteHDol,
prêtres du' Seigneur rassemblés en ce lien, c^est ici le
temps où vous pouvez honorer votre nom, et briller de
• tous lesavanlages d'une réputation sans tache. £n vérité
on ne vous regardera plus comme les prêtres de Dieu
sivousne vous conduisez pas avecladigpité convenable •
Digitized by Google
S7» JUG£M£NI DE PRETEXTAT.
à iros personnes, et si vous laissez périr TOtre firère. »
Lorsqu'il eut ainsi parlé, aucun des évêques ne lui ré-
pondit, car ils craignaient la fureur de la reine, à Tin-
stigation de laquelle se faisait tout cela. Comme ils de-
meuraient pensifs et le doigt appuyé sur les lèvres, je
leur dis : « Faites attention. Je yous prie, à mes paroles,
ô très-saints prêtres de Dieu, et tous surtout qui pa<
raissez être plus que les autres dans la familiarité du
* roi; portez-lui un conseil pieux et sacerdotal, de peur
que, s'irrilant contre un minisire du Seigneur, il ne
subisse lui-même la colère de Dieu, et ne perde son
royaume et sa gloire. > Quand j'eus fait entendre ces
mots, ils deiiieurcreiit dans le silence; et voyant qu'ils
continuaient à se taire, j'ajoutai :. a Souvenez-Tous, évê-
ques mes seigneurs, des parolesdu prophète qui adit:
Si la sentinelle, voyant venir l'épée, ne sonne point de la
' trompelle, et que Vépée tienne et ôte la vie aux peuples,
•e redemanderai leurvieàla sentinelle^. Ne gardez donc
pas le silence, mais prêchez et mettez devant les yeux
du roi ses péchés, de peur qu'il ne lui arrive quelque
mal, et que vous ne soyez coupables de sa perte. Ignorez-
vous ce qui est arrivé de nos temps, lorsque Clodomir
. frit et envoya en prison Sigismond? Le prêtre du Sei*
gneur, Avitu8,lui dit: «Nepoirte pas les mains sur lui, et
a si tu vas en Bourgogne, tu obtiendras lavictoire; » mais
lui, rejetant ce que lui avait dit le prêtre, alla et fit tuer
Sigismond avec safemmeet seslîls; il partit ensuite pour
laBourgogne^ et, vaincu par Tarmée ennemie,ilfuttué.
t ÉMivkUl, chap. zzxxu, t. S.
Digitized by Google
GRÉGOIRE ET CHILPKKIC. 273
Ne savez-TOus pas ce qui est arrivé à Tempereur
Maxime^ et comment il força le bienheureux Martin à
recevoir à la communion un évèque homicide, à quoi
celui-ci consentit pour obtenir de ce roi impie la déli-
vrance des gens condamnés à mort? Poursuivi par le ju-
gement du Roi éternel^ Maxime, chassé de l empire^ fut
condamné à la mort la plus cruelle. »
Personne ne répondit rien à ces paroles; ils étaient
tous pensifs et plongés dans la stupeur. Cependant deux
flatteurs qui se trouyaient parmi eux^ chose douloureuse
a dire en parlant d'évêques, allèrent rapporter au roi qu'il
n'avait pas dans cette affaire de plus grand ennemi que
moi. Aussitôt il envoya un de ses courtisans en toute hâte
pour m'amener devant lui. Lorsque j'arrivai, le roi était
auprès d'une cabane faite de ramée ; à sa droite révéque
Bertrand, à sa gauche Ragnemode; devant eux était une
table chargée de pain et de mets. Le roi^ me voyant» dit :
« 0 évèque, tu dois dispenser la justice à tous, et voilà
que je ne puis l'obtenir de toi; mais, je le vois, lu viens
en aide à l'iniquilé, et en toi s'accomplit le proverbe : Le
corbeau n'arrache point les yeux du corbeau. « le lui
répondis : « Si quelqu'un de nous, ô roi, veut s'écarter
des sentiers de la justice, tu peux le corrigèr ; mais si
tu l'en écartes, qui te reprendra ? Car nous te parlons,
et tu ne nous écoutes que si tu veux; et si tu ne le veux
pas, qui te condamnera, si ce n'est celui qui a déclaré
être la justice même? » Animé par ses adulateurs, le roi
reparût : a j'ai trouvé la justice avec tous, et ne puis la
trouver avec toi; mais je sais ce que je ferai afin oue
frl GRÉGOIRE ET CHILPÉRIC.
tu 6ûte noté parmi les peuples ei signalé aux yeux de
UM eoihme un homine d^iniqUité. J'assemblerai le peu-
ple de Tours, et je lui dirai : Élevez la voix contre Gré-
gôik«, et cries qu'il est ÏDjuste et n'accorde justice à
personne; et jè répondrai k ceux qui crieront ainsi:
Moi qui suis roi, je ne puis obtenir ja justice de cet
homme; comment. vons qui m'êtes inférieurs, espérez-
"vous ^obtenir?» le lui dis : « Tu qe sais pas si Je suis
injuste. Celui à qui se manifestent les secrets des cœurs
connaît ma censdence ; et, quant à ces faussetés que
proférera contre moi, dans ses clameurs, le peuple que
tu auras excité par tes insultes^ elles n'auront pas de var
leur, car chacnii saura qu'elles Tiennent de toi; ce
n'est donc pas moi, mais toi plutôt qui seras noté par
tes crî^. Tu és ks lois et les canons; il te fai^t les con-
sulter avec soin, et si tu n'observes pas ce qu'ils f ensei-
gnent, sache que tues menacé par le jujgement de
Dieu. » Alors lui pour m'apaiser, et croyant que Je ne
voyais pas qu'il agissait ainsi par artifice, me montra un
bouillon placé devant lui et me dit : a Je t'ai fait prépa-
rer ce bottilldn, dans lequel il n'y a autre chose que de k
volaille et quelques pois cliiches. a Et moi, connaissant
qu'il cherchait à me Hatter, je répliqjoai : « Notre nour-
ritdre doit être de faire k volonté de Dieu, et non de
nous plaire dans les délices, afni c]ue nous ne transgres-
liéns en aucune manière ce qu'il a ordonné. Toi qui io-
enlpes la justice des autres, promets d'abord que tu ne
laisseras pas de côté la loi et les canons, et alors nous
croirons que c'est k justice que tu poursuis* »
Digitized by Googlè
t
GRÉGOIRE ET CHÎLPÉRïC. ^75 • ■ '
Il étendit sa main droite ci jura par le Dieu toat^uiis^.
sant de ne transgresser en rien ce qu'enseignaient la * - V
loi et les canons. Ensuite^ après avoir prià du pain et , *
hn du Tin, je m'en allai. Cette nuit même^ lorsque * .
nous eûmes chanté les hymnes des noclurnes J'entendis
frapper à grands conps à la porte de ma demeure ; j'en-
Toyai un serviteur^ et j'appris que c'étaient des messa- ' .
gers de la reine F]:édégonde. introduits^ ils me saluè.-
rent de la part de la reine; puis ils me prièrent de ne
pas persister à lui être ccmtraire dans cette affaire^ me
promettant deux cents livres d'argent si je faisais cour
damner Prétextât en me déclarant contre lui, car ils
disaient: « Nous avons déjà la promesse de tous les évê-
ques^ borne-toi à ne pas aller à rencontre, » A quoi
répondis: «t Quand vous me donneriez mille livres d'or
et d'argent^ je ne puis faire autre cliose que ce que Dieu
ordonne ; je vouspromets seulement de m'unir aux au-
tres dans y^e qu'ils décideront conformément aux ca-
nons. » Eux, qui ne comprirent pas le sens de mes
paroles^ s'en «dlèrent en me remerciant. .Le matin^
quelques-uns des évéques vinrent àmoi avec un message
semblable. Je leur fis la même réponse. *
Gomme nous nous fûmes ras^mblés dans lattasiiique
de Saint-Pierre, le roi y \int dès le matin et dit: « Le§
canons ordonnent qu'un évéque convaincu de vqI
sera exdu des fonctions épiscopales. » Et nous> en ré-
ponse^ lui ayant demandé quel était révè(iue auquel
- on imputait le crime de vol, le roi dit: «r Vous avez vii
ces joyaux qu'il nous a dérobés. » Or le roi nous avait
Digitized by Google
•276 DÉFENSE DE PRÉTEXTÂT.
montré, trois jours auparavant, deux valises remplies
d'effets en or et en argent, et de divers joyaux qu'on
estimait à plus de trois mille sols d'or, et aussi un sac
rempli de pièces d'or, et qui à son poids paraissait en con-
tenir deux mille. Le roi disait que ces choses lui avaient
été volées par Tévêque Prétextât; celui-ci réiioiidit:
«Vous vous rappelez, je pense, quelorque la reine Bru-
nehaut sortit de Rouen, j'allai vers vous, et vous dis
qu'elle m'avait confié ses trésors, savoir cinq valises, et
que ses serviteurs venaient souvent me demander de
les lui restituer, mais que je ne voulais pas le faire sans
votre avis. Toi même, ô roi, tu m'as dit: « Rejette ces
a richesses et rends à cette femme ce qui lui appartient,
ode peur que ce ne soit un motif d'inimitiés entre moi et
a mon neveu Childebert. » De retour à la ville, je remis
donc une vaHse aux serviteurs de Brunehaut, car ils n'é-
taient pas assez forts pour en porter davantage. Ils re-
vinrent demander les autres. Je consultai de nouveau ta
Magnificence. Tu me donnas encore le même ordre,
disant: «Évêque, rejette, rejette loin de toi ces trésors!
a de peur qu ils ne fassent naître quelque querelle. » J'^n
rendis deux autres, et les deux dernières me demeurè-
rent. Comment donc maintenant peux-tu me calomnier
etm'accuser de vol, puisque ces choses ne sauraient être
regardées comme volées, mais confiées à ma garde? »
Le roi dit à cela : et Si ces valises ont été remises entre
tes mains pour les garder, pourquoi en as-tu ouvert
une et en as-tu retiré une élotîe tissue de fil d'or que tu
as mise en pièces et distribuée à des hommes pour les
RUSE DE CHILPÉRIC. 2T7
engager à me chasser de mon royaume? » L'évêque
Prétextai répondit : a Je t'ai déjà dit que j^en avais reçu
des présents^ n'ayant rien à leur offrir en retour, j'em-
prunlai cela et le leur donnai^ regardant comme à moi
ce qui appartenait à mon fils Mérovée que j'ai tenu sur
les fonts baptismaux. ^ » Le roi CiiilpériCi voyant qu'il
ne pouvait le vaincre avec ses calomnies^ nous quitta
très-interdit et troublé par sa conscience; il appela
quelques-uns de ses Halteurs, et leur dit: a J'avoue que
révêque m'a vaincu par ses paroles, et je sais bien que
ce qu'il dit est vrai; que terai-je doue maintenant pour
accomplir contre lui la volonté delà reine? j> et il ajouta :
« Allez le trouver et diteë-lui, comme si vous lui don-
niez de vous-même ce conseil : Tu sais que le roi Chil-
péric est bon et facile à toucher, qu'il se laisse prompte-
ment fléchir. Humilie-toi devant lui et avoue avoir fait
cequ il te reproche; alors nous nous prosternerons tous
à ses pieds et obtiendrons qu^il t'accorde ton pardon. »
Séduit par ces paroles, l'évêque Prétextai promit de
faire ce qui lui était conseillé. Le matin arrivé, nous
nous rassemblâmes au lieu accoutumé; le roi y*étaot
venu dit à l'évêque : a Si tu as rendu à ces hommes
des présents en retour de leurs présents, pourquoi leur
as-tu demandé par serment de s'attacher à Mérovée? »
L'évêque répondit: a Je leur ai demandé, je. l'avoue,
d'être ses amis, et j'aurais appelé à son secours non
* Quem d9 lovaero regeneroHonU txcepi : que j'ai retiré du h&n
de régénération. Le baptême te faisait alora, comme on reit,
pêx immersion.
278 HUMIUATIOJN DE PRÉTEXTÂT.
seulefti^t on bomme, mais s'il me Teût été pennis, un
ange du ciel, car c'était, comme je Tai dit plusieurs
fois, mon fils spirituel par le baptême. » La discus*
sion s'échauffant, révèque Prétextât se prostema'à terre
et dit: a J'ai péché contre le ciel et conlre toi, ô roi
U^misérîcordieoxl je suis un détestable homicide,
l'ai voulu te faire périr et élever ton fils sur ton trône. »
Lorsqu'il eut prononcé ces paroles, le roi se prosterna
aux pieds des évéques, disant : c Écoutez, très-pieux
évéques ! le coupable a confessé son crime exécrable. »
Alors nous relevâmes en pleurant le roi, et il ordonna
à Prétextât de sortir de Téglise. Lui-même se retira dans
son logis, et il nous envoya les livres des canons aux-
quels on avait âyjouté un nouveau cahier contenant les
canons dits apostoliques où se trouvaient ces paroles :
o L'évêque pris en homicide, adultère ou parjure, doit
.^tre dépouillé du sacerdoce, d Lorsqu'on les eut lus.
Prétextât demeurant saisi de stupeur, Févéque Ber-
trand lui dit : a Écoute, ô frère et collègue ! comme tu
p'as pas la grâce du roi, notre bienveillance ne saurait
Vètre bonne à rien tant que tu n*auras pas obtenu qu*il
te pardonne. » Après cela le roi demanda, ou qu'on dé-
■ * * # *
ehiràt s^ tunique, ou qu'on récitât sur sa léle le
40d» psaume qui contient les malédictions contre Judas
Jscariote, ou qu'on souscrivît un jugement contre lui
pour le priver à jamais de la communion. Je me refusai
à toutes ces conditions d'après la promesse du roi qu'il
lie serait rien fait conlre les canons. Alors Prétextât fut
enlevé de devant nos yeux et remis à des garder ; ayant
Digitizcd by G
MORT DE MÉKaY££. m
essayé s^eofuir pendant k nuit, il fai grièyement
battu et envoyé eu exil dans une île voisine de la cité
deCoiUances^
Ensuite le bruit connit que MéroYée cherdiait à re-
gagner la basilique de Saint-Martin. Cliilpéric ordonna
de la garder et d'en fermer toutes les portes. Les gardes
laissèrent donc ouverte une seule porte par où un pe-
tit nombre de clercs se rendaient à rofûce, et ils tinrent
. les autres fermées^ non sans grande incommodité pour
le peuple.
Tandis que nous étions à Paris, il parut des signes
dans le ciel. On irit Ters le nord vingt rayons qui^ s'é-
levant de Torienl, allaient se perdre à roccident; or le
plus long et le plus brillant, dès qu'il lut à son point le
plus élevé se dissipa soudainement et les autres qui ra-
yaient suivi s'évanouirent. Je crois que cela présageait
la mort, de Mérovée. Tandis que ce prkice se cachait
dans la Champagne rémoise^ nWnt ouvertement se
confier aux Austrasiens^ il fut circonvenu par les
gens de Térouanne qui lui dirent que, s^il voulait ve-
nir vers eux, ils abandonneraient son père Chilpéric
et se soumettraient à lui. Accompagné de quelques
hommes courageux, il alla les trouver; alors, ne dis^
simulant plus leur piège ^ ils renferment dans une
métairie qu'ils entourent de gens armés, puis ils en-
Toient un îihessage à son père. A cette nouvelle^ Chil-
péric s'a[)prète à accourir; mais Mérovée, dans la
petite habitation en il était retenu, craignant de satis*
t ConikinHim eivUat,
%
Digitized by Google
280 L'EMPEKDUR TIBÈRE.
faire par de cruels supplices à la yengeance de ses eane^
mis, appela à lui Gaîlen^ un des familiers, et liii dit:
0, Nous n'avons eu jusqu'ici qu'une âme et qu'une vo-
lonté^ ne souffre pas que je sois livré aux mains de mes
ennemis ; prends ton épée, je te prie, et frappe-moi. »'
Celui-ci, sans hésiter, le perça de son couteauyet le roi
en arrivant le trouva mort. Plusieurs personnes assu-
rent que ces paroles de Mérovée furent sup[iosées par
la reine ^ et que ce prince fût tué secrètement par
son ordre. Gatlen fut pris; on lui coupa les mains,
les pieds, les oreilles, le dessus des narines, et on
le lit périr misérablement; Grindion fut condamné
au supplice de la roue; Gucilian, autrefois comte du
palais du roi Sighebert, eut la tête tranchée. Beau-
coup d'autres, qui avaient accompagné Méwvé^, furent
mis à mort de diverses et cruelles manières. On disait
que cette trahison avait été particulièrement conduite
par révéque iSgidius et par Gontran-Boson, parce que
la reine Frédégonde portait à Contran une amitié
secrète comme meurtrier de Théodebert et qu'iËgidins
lui était cher depuis longtemps.
XX. — Lorsque Tempereur Justin, perdant la raison,
lut tombé en démence^ et que Timpératrice Sophie fût
demeurée seule à la téte de l'empire, les peuples, comme
nous l'avons dit dans un livre précédent, élurent césar
Tibère, homme vaillant, habile, sage, aumAnier, défen-
seur des faibles et des gens de bien. Comme il distri-
buait aux pauvres une grande partie des trésors amassés
Juitin II, «n 574.
CHARITÉ DE TIBKRE. 281
par Justin^ rimpératrice lui en faisait de fréquents re-
proches, disant: a Tu dissipes en peu de temps atec
prodip^alilé ce que j'ai amassé en un grand nombre d'an-
nées. » Mais il répondait : a Notre fisc ne sera pas amoin-
dri si les pauvres ont reçu Taumône, si les captifs ont
^ été rachetés^ car c'est là un grand trésor, puisque Dieu
a dit : Ama88ez''VùU8 des trésors dans le ciel, où ni la
rouiUe ni les vers ne smraient les détruire, et où il n'y a
point de voleurs qui les déterrent et qui les dérobent K
Ainsi donc, de ce que Dieu nous a donné, amassons,
par le moyen des pauvres, les trésors dans le ciel, afla
de mériter que Dieu augmente nos biens $ur la terre. »
Et comme ainsi que nous Favons dit, c'était un grand
et véritable chrétien, à mesure qu'il distribuait avec
joie ses richesses aux pauvres. Dieu lui en accordait de
plus en plus. Un jour, en se promenant dans le palais, il
▼ît sur le pavé de son appartement une dalle de mar-
bre où était sculptée la croix du Seigneur, et il dit:
'a Seigneur 1 nous fortifions notre front et notre poitrine
du signe de ta croix, et voilà que nous foulons la croix
sous nos pieds 1 » Et en même temps il ordonna qu'elle
fut enlevée ; quand celle dalle de marbre eut été déta-
chée et déplacée, on en trouva une autre portant le
même signe ; on Fen instruisit et il la fit enlever. On en
trouva une troisième pour laquelle il donna le même
ordre; sous celle-ci était caché un trésor de plus de
mille pièces d'or S II prit cet or et fit aux pauvres des
t Évamg. selon saint Matiiiev, cHap. yi, v. 520.
9 UUtê ouri emtmaHa, te ^ui ferait, à la lettre, cent miUe
Digitized by Google
S8a TRÉSORS DE TIBÊRI^
largesses encore plus abondantes que de coutume, et le
Seigneur, à cause de sa bonne volonté, ne le laissa nKui«
qner jamais, le ne passerai pas sous silence ce que paf
la suite le Seigneur lui envoya. Ce fameux Narsès, duc
d'Italie, possédait dans une ville une grande maison.
Sorti ditalie avec beaucoup de trésors, il arriva à cette
ville et fit creuser secrètement dans sa maison une pro-
fonde citerne dans laquelle il entassa des milliers de
pèces d'or et d'argent; puis il fit tuer tons ceux qui en
avaient connaissance et ne laissa dans le secret qu'un
vieillard a qui il fit jurer de n'en rien dire. Après la
mort de Narsès, ces trésors demeuraient ensevelis sous
la terre. Le vieillard dont j'ai parlé, voyant les constan*
tes aumônes de Tibère, alla le trouver et lui dit : « S^il \
doit m'en revenir quelque profit, César, je te découvri-
rai un secret important. — Dis ce que lu demandes, ré-
pondit celui-ci; si tu nous apprends quelque chose
d'avantageux, tu y trouveras ton profit. — J'ai, repartît
le vieillard, les trésors cachés de Narsès, et, parvenu au
terme de ma vie, je ne puis me taire plus longtemps. %
Alors Tibère César, plein de joie, envoya ses serviteurs.
Geux-d suivirent le vieillard avec étoimement. Parve-
nus à la citerne, ils la découvrirent, y entrèrent et y
trouvèrent tant d'or et d'argent qu'on eut grand'peine
•
lÎTrei d'or, somme incroyable. Mail M. Criiérard a lût obierrer
fveo justesse (Prol^oméiiM d» PtH/f/pHquê dê Vohhi Irmiiien)
qaè le cenlsnornim^ s'éloignant peu à peu de son sens primitif,
avait cessé de représenter cent livres d*or, aussi bien que la
livre française, synonyme du franc, a cessé d'être en rapport
avec le poids que son nom indiquait primitivement»
Digitized by Google
LES ÉVÉQUKS SALONK ET SAlUTTAIRE. 283
à emporter eu plusieurs jours ioujt ce qu'elle contenait.
De ces trésors Tibère fit aux paums des largesses de
plus en plus abondantes.
XX|. — Cependant, il s'éleva une sédition contre les
évAqoes Saloîie et Sagittaire. Formés tous les deux par
saint Nizier, évêque de Lyon, ils avaient obtenu le dia-
conat, et étaient devenus, de son vivant, Salone, évèque
de la cité d'Embnin, et Sagittaire^ de l^glise de Gap
mais, une fois en possession de cette dignité, livrés à
eux-mêmes, ils commencèrent à se signaler^ avec une
fureur insensée, par dfes usurpations, des meurtres, des
homicides, des adultères et d'autres crimes. Unjour que
Victor, évéque de Saint-Paul des Trois-ChàteauxS célé-
brait la fête de sa naissance, ils envoyèrent une troupe
qui tomba sur lui à coups d'épée et de flèches. Les agrès-
seurs déchirèrent ses vêtements, blessèrent ses servi-
teurs, et^ emportant les vases et tout Tappareil du fes-
tin, laissèrent Févèque accablé d'outrages. Le roi Gon-*
tran, instruit de ce fait, oonVoqua un synode dans la
ville (Je Lyon ; les évéques réunis au patriarche ^ le
bienheureux Nizier, après avohr discuté la cause, trou*-
vèrent les deux évéques grandement coupablesdecedont
ils étaient accusés, et ordonnèrent que, pour avoir com-
* Vagipensis ecclesia.
* Tricastinu civitas.
* Episcopi cum patriarcha Nicetio beato. Le titre do patriarche,
trè^-rare en Occident, e^t donné encore, comme l'observe
Buinart, à PriscuB, suocesAeur de Nizier, et h Sulpice, <5vôqùe
de Bourges. Il semble avoir désigné les méttopolitaHie «1 Wlia
• qmeiqtlefoîe U pls«e do mot oreh^oé^, qui n'étiUt pas encore
enmtge.
i^iyui^ud by Google
S84 CRIMES DE SALONE ET DE SAGITTAIRE.
mis de tels excès, ils fassent privés de Tépiscopat. Mais
ceux-ci, sachant que le roi leur était favorable, allèrent
à lui et rimplorèrent^ disant qu'ils avaient été injuste-
ment dépouillés, et le priant de leur accorder la per-
mission de s'en aller vers le pape de la ville de Home.
Le roi leur accorda leur demande, et, par lettres ex-
presses, les autorisa à partir. Arrivés devant le pape
Jean^ ils exposèrent leur affaire comme s'ils avaient été
dépossédés sans motif. Le pape adressa donc au rot des
lettres portant injonction de les rétablir dans leurs siè-
ges; ce que le roi fit sans retard» non toutefois sans les
avoir vivement réprimandés. Ce qu'il y a de pis, c'est
qu'ils ne s'amendèrent pas. Cependant ils demandèrent
la paix à i'évêque Victor^ et lui remirent les gens qu*il8
avalent excités contre lui ; mais fidèle au précepte du
Seigneur, de ne pas rendre à ses ennemis le mal pour
)e mal» Victor les renvoya libres sans leqr avoir fait
éprouver aucun mauvais traitement. Pour ce motif, il
fut par la suite privé de la communion, de ce qu'après
avoir accusé publiquement des ennemis, il les avait
• épargnés en secret, sans prendre l'avis de ses confrères,
devant lesquels il les avait accusés; mais, sur les ins-
tances du roi, il fut de nouveau reçu à la communion*
Les autres cependant se livraient tous les jours aux
plus grands forfaits, et, comme nous l'avons déjà ra-
conté, dans le combat que Mummole soutint contre les
Lombards, ils se couvrirent d'armes comme des laïques
et tuèrent plusieurs hommes de leur propre main. Us
tournaient leur cruauté même contre leurs concitoyens.
LEUR CHATIMKNT. 28?
faisant frapper de coups de bàtoa certains d'en-
tre eux jusqu'au sang. Aussi la clameur du peuple
parvint de nouveau jusqu'au roi, qui leur ordonna de
comparaître devant lui. Quand ils furent arrivés^ Con-
tran refusa de les recevoir^ voulant, avant de leur don-
ner audience, qu'on examinât s'ils étaient dignes d'être
admis en sa présence royale. Mais Sagittaire, rempli de
colère, s'irrita de ce procédé ; vain, léger d'esprit et
imprudent dans ses discours comme il Tétail, il se met
à déclamer contre le roi, et à dire que ses fils ne pou--
valent posséder son royaume, parce que leur mère
avait été prise parmi les servantes de Hagnachaire pour
entrer dans le lit du roi, ignorant que maintenant, sans
avoir égard à la condition des femmes, on appelle en-
fants du roi ceux qu'il a engendrés. Contran Fayant su^
se montra très-irrité, leur enleva leurs chevaux, leurs
serviteurs, tout ce qu'ils pouvaient avoir, et ordonna
qu'ils fussent enfermés, pour y faire pénitence, en des
monastères situés dans des lieux fort éloignés, ne lais-
sant à chacun d'eux qu'un seul clerc. Jl donna des
ordres terribles aux juges du lieu pour qu'ils les fissent
gaider par des gens armés et ne permissent pas que
personne pût venir les visiter. Le roi,^en ce temps,
avait encore deux fils, dont Taîné 'tomba malade ; alors
ses familiers vinrent à lui et lui dirent : a Si le roi
daigne écouter favorablement les paroles de ses ser^
viteurs, ils se feront entendre à ses oreilles. » Contran
répondit : a Dites ce qu'il vous plaît. » Et ils repri-
rent: c Prends garde que ces évéques n'aient été con-
Digitized by Google
m LEURS NOUVEAUX CRIMES.
damnés à Textl sans Tavoir mérité, en sorte que les
péchés retombent sur quelqu'un, et que le fils de notre
seigneur vienne à périr. » — « Allez bien vite, repartît
le roi) et reiftchez-les, en les conjurant de prier pour
nos petits enfants, d On alla vers eux, et on les mit en
liberté. Sortis du monastère, ils se réunirent et s'em-
brassèrent, parce qu'ils ne s*étaf ent pas vus depuis long-
temps ; puis, ils retournèrent à leurs cités, tellement
pénétrés de repentir qu'on les voyait sans relâche chan-
ter des psaunies, célébrer des jeûnes, exercer l'au-
mône, passer les jours à la lecture du livre de David,
et les nuits à chanter des hymnes et à méditer des le»
çons; niais une telle sainteté ne se soutint pas long-
temps; ils retournèrent à leurs anciennes pratiques et
se remirent à passer les nuits à banqueter et à boire.
Tandis que les clercs célébraient les matines, dans Té-
giise même, ils demandaient des coupes et faisaient
couler le vin. Il n'était plus question de Dieu; ils ne
songeaient plus à dire leurs heures. Au retour de Tau-
rore, ils se levaient de table, se couvraient de vêtements
moelleux, se plongeaient dans le sommeil et dormaient
jusqu'à la troisième heure du jour. Ils ne se faisaient
pas faute de. femmes pour se souiller avec elles; pni%
se levant, entraient dans le bain, et de là passaient à
table, n'en sortant que le soir pour se remettre alors
à souper jusqu'au lever du soleil, comme nous l'avons
raconté. Telle était leur vie quotidienne, jusqu'à ce
qu'enfin la colère de Dieu tomba sur eux, comme nous
le dirons par la suite.
Digitized by
LB BKETON WlNNOCU. S87
XXIf .--Alors yiniy de la Brétagne à Tours, le Breton
Winnocb, homme d'une grande abslinence, qui s'en
AlJait à Jérusalem^ portant poar tout Yêtement des
peaux de brebis dépouillées de leur laine. Comme il
nous parut très-pieux, pour le retenir plus longtemps,
nous rhonorâmes de la dignité de la prêtrise..
fngiÙrude avait la pieuse habitude de recueillir Teau
du sépulcre de saint Martin ; cette eau lui manquant»
elle pria qu'on portât sur le tombeau du saint un vase
rempli de vin ; après qu'il y eut passé la nuit, elle l'en-
voya prendre en présence du prêtre, et lorsqu'on le lui
eut apporté, elle dit au prêtre : a Ote de ce Tin, verses-y
une seule goutte de cette eau bénite dont il me reste
un peu ; A et lorsqu'il eut obéi, chose merveilleuse à
dire, une seule goutte en tombant dans le vase qui
n'était qu'à moitié plein, le remplit entièrement; on le
vida de même deux on trois fois, et de même une seule
goutte :remp!it. On ne saurait douter que ce prodige
n'ait été dû aux mérites de saint Martin.
XX11L-— Ensuite, Samson, le plus jeune des fils du
roi Cbilpéric, pris de la fièvre et de la dVsscnterie, sortit
de Ja vie de ce monde, 11 étiit né tandis que le roi Chil-
péric était à Tournai, assiégé par son frère. Sa mère,
saisie de la crainte d'une mort prochaine, le rejeta alors
loin d'elle, et voulut le faire périr, mais ne Tayaut pu,
et réprimandée par le roi, elle le fit baptiser. L'évêque
lui -même lo tint sur les fonts; il mourut avant d'avoir
accompli un lustre. £n ce même temps, sa mère Frédé-
gondefutgrièvement malade^maiseUérecouvrala saniié.
uiyiiizied by Google
M . PRODIGES.— 60NTRAN.BOSON.
XXIV. — Puis, dans la nuit du troisième jour des
ides de novembre (10 aov.)^ taudis que uous célébrions
les vigiles de SainUMartin, il nous apparut un grand
prodige ; on vit^ au milieu de la lune, luire une étoile
brillante, tandis que d'autres apparaissaient en dessus
et en dessous^ A Fentour^ se dessina le cercle qui sou-
vent annonce la pluie; mais nous ignorons ce que si-
gnifiaient ces prodiges. Plusieurs fois^ durant cette
même année, nous vîmes la lune s'obscurcir, et, avant
le jour de la naissance du Seigneur, retentirent de
grands éclats de tonnerre. On vil aussi autour du soleil
des lueurs semblables à celles qui, comme nous Tavons
rapporté, s'étaient montrées avant la mortalité d'Au«
vergne, et que les paysans appellent des soleils. On dit
que la mer s'éleva plus que de coutume, et il apparut
encore d'autres signes.
XXV. — Gontran-Boson vînt à Tours avec un petit
nombre d'hommes armés, enleva par force ses filles
qu'il avait laissées dans la sainte basilique, et les con-
duisit à Poitiers, qui appartenait au roi Cliildoberl. Mais
Cbilpéric envahit le Poitou. Ses gens mirent en fuite
ceux de son neveu, et conduisirent le comte Ennodius
au roi qui le condamna à Texil et réuuit ses biens
au fisc. Cependant, un an après, Ënnodius recouvra ses
biens et obtint la liberté de retourner dans son pays.
Gonlran-Boson, ayant laissé ses filles dans la basilique
de^nt-Uilaire, alla troûter le roi Ghiidebert.
XX Vf. — La troisième année du roi Ghiidebert, qui
était la dix-septième du règne de Cbilpéric et de Gon«
I
^ DACCON ET DRACOLÉNE. 289
tran S Daccon^ fils de feu Daj^aric, ayant quilté le roi
Chilpéric» errait de côté et d'autre, lorsqu'il fut pris en
trahisan par le duc Dracolènc dit Plndustrieux. Draco-
lène, après lui avoir promis, avec serinent, qu'il obtien-
drait la vie sauve, le conduisit à Braine, chargé de liens, .
et le remit au roi Chilpéric; puis, oubliant son serment, il
l'accusa de crimes odieux et insista pour qu'on le fit
mourir. Daccon, retenu dans les fers et se voyant sans
espoir d'échapper, demanda l'absolulion à un prêtre,
à l'instt du roi; lorsqu'il Tout reçue, on le fit mou-
rir*. Dracolène étant retourné promptement dans
son pays, tandis que Goulran-Boson cherchait à en-
lever ses filles de Poitiers, apprit cette circonstance,
et vint à sa rencontre pour l'attaquer. Contran et les
siens se préparèrent au combat et se disposèrent
à sè défendre ; cependant Contran envoya na de ses
amis à Dracolènc, disant: a Va, et dis-lui : tu sais que
nous avons fait alliance. Gesse de me vouloir du mal;
prends de mes richesses ce que tu voudras, je ne
refuse pas, et permets seulement que, dépouillé de
tout, je puisse aller avec mes fiUes où il me plaira. »
Hais Fautre, plein de vanité et d'insolence, répondit:
« Yoilà la corde avec laquelle j'ai attaché les autres
coupables que j*ai conduits au roi; elle me servira
aujourd'hui à t'altacher et te mener garrotté. » En
parlant ainsi, il pressa son cheval des deux talons et se
précipita sur Goniran ; mais 11 lui porta un coup à faux^
* 578. — * A cette époque les condamnés à mort étaient privés
des secours de la religion. C'est une ordonnance de 13d6 qui
ft modifié cet état de choses,
^ •
290 L'ARMÉE DE CHILPÉRIC EN BRETAGNE.
le fer de sa lance se sé))ara du bois et tomba à terre»
GoDtran, Toyant la mort suspendue sur sa tète^ îqto-
qua le nom de Dieu^ les grands mérites de saint Martin,
et levant sa lance en frappa Dracolène à la gorge.
Geli!i-ei demeurait suspendu à moitié ^ tombé de
son cheval, lorsqu'un des amis de Contran Tacheva
d'un coup de lance dans le côté. Sa troupe fut mise en
fuite, et Contran^ après Tavoir dépouillé, se retira libre-
ment avec ses filles. Ensuite son beau-père Sévère fut
gravement accusé près du roi par ses propres ûls. A
^ cette nourelle, SéVfere se mit en route pour aller trou-
^ ver le roi avec de grands présents^ mais il fut pris en
chemin, dépouillé de tout et envoyé en exil où il périt
tniBéirabtemeni Ses deux fils, Bursolène et Dodon, fu-
rent condamnés k mort ^ur crime de lèse-majesté.
L'un fut tué par une troupe qu'on avait envoyée contre
lui; l'autre, arrêté dans sa fuite^, mourut les pieds et les
mains coupés. Leurs biens et ceux de leur père furent
confisqués, car ils possédaient de grandes richesses.
XXyil. — Les hommes de Tours, de Poitiers, de
Bayeux, du Mans et d'Angers, marchèrent avec beau*
coup d'autres en Bretagne, par ordre du roi Chilpéric,
pour attaquer Waroch, fils de Màlo, et s'arrêtèrent aux
bordsde 1^ rivière la Vilaine. Hais Waroch, tombant par
ruse pendant la nuit sur les Saxons de Bayeux S en tua
la plus grande partie. Puis le troisième jour^ il fit la
i Plusieurs bandes de Saxons, après avoir erré dans la Gaule,
t'étaient établies sur les confins de la Bretagne et de le Nor-
mendie, dans le paya de Bayeux. (V. Géof/r,)
PROCÈS DE SALONNE ET DE SAGITTAIRE. 291
pHix avec les capitaines de Cbilpéric^ et doonaiit son fils
en otage, s'obligea par serment à demeurer fidèle an
roi. Il rendit aussi la cité de Yanoes^ à condition que le
roi lui en accorderait k gouTemement^ promettant
qu'il payerait tous les ans^ sans qu'on fût obligé de les
lui demander, les tributs dont elle était redevable.
Aprè8quoirarniéeB'éloigna.EosuiteleroiClillpéricor^ '
donna que les pauvres et les serviteurs de TÉglise et de
la basilique payassent l'amende pour n'avoir pas mar-
ché avec Tarmée^ Ce n'était pourtant pas Tusage qu'ib
fussent soumis à aucun service public. Waroch, quelque
tamps après, oubliant ses promesses et voulant revenir
sur ce quil avait fût, envoya à Chilpéric, Eunins»
évéque de Vannes ; mais le roi irrité de colère répri-
mmida vivement l'évêque et le condamna à l'exil*
XXVIII.— La quatrième année de Ghildebert, qui
était la dix-buitième des rois Contran et Chilpériç, un
synode se rassembla dans la ville de Cbâlon, par
Tordre du roi Contran. On y discuta diverses affaires ;
l'ancien procès de Salonne et de Sagittaire fut renou-
velé; là furent exposés les griefs à leur cbai^e et ils
furent accusés non-seulement d'adultère, mais encore
d'bomicide. Conune les évêqucs jugeaient qu'ils pour-*
raient expier leurs crimes par la pénitenccf ^ on lyouta
qu'ils étaient coupables de lèse-majesté et de trabison
* Chûpericus de pauperihus et juniorihas ecclesie vel basilicss han-
n^MjuuU eaigi pro eo ^madin§aêr€iiu non aimhuUtÊimt, Il parait, par
ce passage, que les pauvres et certains des hommes attachés
Mt service des églises étaient, de droit, exempts du service
militaire.
Digitized by Google
Cï EXACTIONS I)£ CHILP£KIC.
yers la patrie, ce pourquoi ils furent dépouillés de
Tépiscopat, et retenus prisouuiers dans la basilique de
SaiDt-Marcel. Ils s'en échappèrent par la suite, et allè-
rent errer en divers lieux. D'autres éyêques furent
inslallés dans leurs sièges.
XXIX. — Cependant le roi Ghilpéric ût dresser par
tout son royaume des rôles pour de nouvelles «t lourdes
impositions > ce qui obligea un grand nombre d'habi*
lants à quitter leiirs cités, à abandonner leurs propriétés,
et à se réfuj2;ier dans d'autres royaumes^ préférant s'éloi-
gner plutôt que demeurer exposés à une pareille persé**
cation; car il avait été ordonné que chaque propriétaire
payerait une amphore de vin par arpent : on avait
imposé encore, tant sur les autres terres que sur les es-
claves, des contributions ou prestations qu'il était ioh
possible de supporter. Le peuple du Limousin, se voyant
. accablé^us de telles charges, se rassembla aux calendes
de mars, et voulut tuer Marc, le référendaire chargé de
lever ces impositions; et il n'y aurait pas manqué, si rêvé:»
que Ferréol n'eût délivré cet officier du péril qui le me*
naçait : la multitude s'empara des rôles et les livra aux
flammes. Le roi, extrêmement irrité, envoya des gens
de sa maison^, qui accablèrent le peuple de maux,
Fépouvanta par des supplices, le frappa de mort. On
rapporte même que des abbés et des prêtres furent at-
tachés à des poteaux et livrés à divers tourments sur
les calomnies des envoyés du roi , qui les accusaient de
s'être mêlés a la sédition dans laquelle le peuple avait
* Rm dmg«n* de loier* tw> pênonau
RAVAGES DES BRETONS.— TIBERE. S93
brûlé les registres. Op établit ensuite des impôts encore
plus durs qu'auparavant.
XXX. — Les Bretons de leur côté dévastèrent cmel-
lement le pays de Bennes, brûlant^ pillant, emmenant
les habitants captifs. Ils vinrent ravageant tout jusqu'au
bourg de Cornus'. L'évèqiie Eiinius, rappelé de l'exil,
alla vivre à Angers, et on ne lui permit pas de retourner
dans la cité de Vannes. Le duc Beppolène fut envoyé
contre les Bretons, dévasta par le fer et le feu quelques
lieux de la Bretagne» ce qui excita ^core plus leur
fureur.
I^XXL— Tandis que ces ctioses se passaient dans les
Gaules, Justin, après avoir accompli la dix-huitième
année de son repaie, trouva dans la mort un terme à la
démence dans laquelle il était tombé ^ Dès qu'il eut été
enseveli, Tibère-César se mit en possession de l'empire
qu'il gouvernait déjà depuis longtemps. Le peuple l'at-
tendait, selon la coutume de ce pays, au spectacle du
cirque, où était préparée contre lui une attaque sou-
daine en faveur de Justinien, neveu de Justin ; mais il
se rendit aux saints lieux, et après y avoir fait sa prière,
îl appela à lui le pape de la ville % et entra au palais
avec les consuls et le préfet. Là, revêtu de la pourpre
et couronné du diadème, il monta sur le trône impérial
et fut reconnu empereur avec d'immeuoes acclamations,
^Cwmuiium «ieus. (Y. Géogr.)
• En 578; l'empereur Justin régna treize ans et non pas dix-
huit.
* Le patriarche de Constantinople, auquel on donnait encore '
souvent le nom de jyopa.
uiyiiizied by Google
9M RÈONÈ DE TIBÈRE.
Les gens de la fection qui l'àttendait m drqne^ appre^
liant ce qui venait de se passer, se retirèrent pleins de
honte, sans avoir pn eflèctner leur projet; car ancoii
ennemi ne peut rien contre l*homme qui a mis son es-
pérance en Dieu. Justinien^ étant venu quelques jours
après, se Jeta aux pieds de Tempereiir, lui apportant
quinze cents pièces d'or, comme prix de son pardon.
Gelui-ci, avec ses habitudes ordinaires de bonté, te
leçai elle fit demeurer dans son palais; mais limpé-
ratrice Sophie, oubliant les promesses qu'elle avait faites
à Tibère, essaya de lui tendre des pièges, et comme fl
e^élail rendu è sa maison des champs, pour y jouir pen*
dant trente jours, selon Tusage des empereurs, des plai-
sirs de la vendange, Sophie ayant fait appâter en secret
Jostînien, prétendit Fétever à Tempire. Tibère, averti,
revint en toute hâte à Constantinople, se saisit de i'im-
pératrice^ la dépoidlte de tons ses trésors; fl ne lot
laissa que ses aliments quotidiens, lui ôla tous ses
serviteurs, lui en donna d'autres dont il était sûr» et
défendit qu'ancun des andeas pût avcw accès auprès
d'elle. Après avoir réprimandé Justinien^ il lui accorda
cependant ensuite une telte affection qu'il lui promit sa
filte poar son fils, et demanda en retour pour son fils la
fille de Justinlen; mais la chose n'eut pas lieu.tTibère
vainquit l'armée ^es Perses, et revint victorieox avee
une quantité de butin capabte, à ce qull paraissait,
d'assouvir la cupidité humaine Vingt éléphants furent
. pris et amenés.à Tempereur.
t Cette expédition eut lieu sous Juiiitt et non sons Tibère.
PROFANATION DB LA BASILIQUE DB SAINT-PBNIS. 395 •
XXXII. — Les Bretons, celte même année, infestèrent
Graellement les enTirons de Nantes et de Rennes; ils ex^
levèrent un immense butin, ravagèrent les champs^
dépouillèrent les vignes et emmenèrent beaucoup de
captifs. L'évéque Félix leur ayant fait parler par des en-
voyés, ils promirent de s'amender; puis ils ne voulurent
accomplir aucune de leurs promesses.
XXXllL — Une femme de Paris fut accusée, sur le
témoignage de plusieurs personnes, d'abandonner son
mari et d'avoir commerce sivec un autre hoqime; tes
parents du mari allèrent trouver le père et lîii dirent :
« Situneiustifiestaûlle,elle mourra pour que sa bonté
n'inflige pas de déshopnenr à notre race. *^ Ja m»,
dit le père, que ma fille est sans reproche, et ce sont
des calomnies que répètent lesmécbants; cependant,
pour que l'accusation n'aille pas plus loin^ je la Justi-
fierai par serment, n Alors ils lui dirent : « Si elle est
innocent^;, a£&rme-le par serment sur le tombeau de
saint Dénis martyr. — Je le ferai» dit le père, i Au
'jour fixé, ils se réunirent à la basilique du saint martyr,
et le père» les mains levées sur Tautel, jur4 que sa fUt^
n'était point coupable. Ceux qui étaient du parti du
mari soutinrent contre lui qu'il se parjurait; il s'éleva
amsi une altercation et les épées furent tirées ; les deux
partis se jetèrent Pun sur l'autre et s'entre*tuàrent Jusque
devant Tai^tel. C'étaient des gens de la plus baule i^ais-
sauce et des premien auprès du roi C^ilpéric. Beaucoup
furent frappés de Tépée, et la sainte basilique se trouva
arrosée de sang bumain; les portes furent percées de
1
296 INONDATIONS.
coups d'épée ou de javelot, et des traits impies insul-
tèrent jusqu'au saint tombeau. On eut grand'peine à
apaiser le tumulte^ et Téglise demeura interdite jusqu'à
ce que le roi fût instruit de ce qui s'était passé. Les au-
teurs de cette violence se rendirent devant le prince
• qui ne les reçut pas en grâce, et onlonna qu'ils fussent
remis à Tévêque du lieu, afin que s'il les trouvait cou-
pables du crime qui leur était imputé, il les exclût,
comme il le devait, de la communion. Mais ceux-ci com-
posèrent avec Ragnemode qui gouvernait l'Église de
Paris, et furent admis à la communion ecclésiastique.
Peu de jours après, la femme, appelée en jugement,
finit ses jours étranglée.
XXXIV. — La cinquième année du roi Gliildebert
un grand déluge inonda la région d'Auvergne, la pluie
ne cessa de tomber pendant douze jours, et la Limagne
fut inondée de telle sorte qu'en beaucoup d'endroits il
fut impossible de semer. Les rivières de Loire et d'Ëla-
. . varis qu'on appelle TAllier, ainsi que les autres torrents
qui viennent s'y jeter, se gonflèrent à ce point qu'elles
sortirent des limites qu'elles n'avaient jamais franchies;
'ce qui causa la perte de beaucoup de troupeaux, un
grand dommage dans l'agriculture, et renversa beau-
coup d'édifices. Le Rbône, qui se joint à la Saône, sortit
'de même de ses rives, causa de grands dommages aux
populations et abattit une partie des murs de la ville
de Lyon. Quand les pluies eurent cessé, les arbres fleu-
rirent une seconde fois, quoiqu'on fût alors au mois de
i £n580.
Digitized by C()(^(^lc |
PRODIGES ET CONTAGION . 2fl7
septembre. A Tours , cette même année > on vit un
matin^ avant la naissance du jour, un feu qui parcourut
le ciel et disparut à riiorizon du côté de rOrienl, et on
entendit dans tout le pays un bruit semblable à celui
d'un arbre qui tombe; mais ce ne pouvait être rien de
*
semblable, car il se ût ouïr dans un espace de ciii(|uante
milles ou davantage. Cette même année, la ville de Bor-
deaux fut violemment ébranlée par un tremblement de
terre. Les murs de la ville furent en danger de tomber \
tout le peuple, effrayé de la crainte de la mort, crut
que, s'il ne prenait la fuite, il allait être enprlouli avec la
ville : en sorte que beaucoup passèrent en d'autres
cités. La commotion se fit sentir dans les pays voisins
et atteij^nit même l'Espagne, mais avec moins de force.
Cependant des pierres immenses se détachèrent des
monts Pyrénées et écrasèrent des troupeaux et des
bommes. La main de Dieu alluma dans les bourgs de
la cité de Bordeaux, un incendie qui, embrasant sou-
dainement les maisons et les granges, dévora toutes les
récoltes, sans que le feu eût été suscilé en aucune ma-
nière, si ce n'est peut-être par la volonté divine. Un
cniel incendie ravagea aussi la ville d'Orléans, en telle
sorte qu'il ne resta absolument rien aux plus riches; et
si quelqu'un arrachait aux flammes une partie de ce
qu'il possédait, cela lui élait enlevé par les voleurs at-
tachés à sa poursuite. Dans le territoire de Chartres, du
vrai sang coula du pain rompu à l'autel, et la ville de
Bourges fut frappée d'une affreuse grêle.
XXXV. ^ Ces prodiges furent suivis d'une cruelle
17.
Digitized by Google
S96 ' CONTAGION.
coDf agiOD. Au moment où les rois en discorde se pié-
paraient encore à la guerre civile, toute la Gaule fut
enTahie de la dyssenierie : ceux qu'elle ailaqonit étaient
saisis d'une forte fièvre , avec des vomissements et de
grandes douleurs dans les reins ; leur léle et leur cou
élaîeat alouidis; ce qu'ils vomissaient était couleur de
safran ou môme vert. Plusieurs assuraient que c'était
un poison secret^ les paysans disaient que c'étaient des
pustnles au oœurS ce qui n'est pas invnMsemblable, car
lorsqu'on mettait des ventouses aux épaules ou aux
jambes^ et que les cloches qui s'étaient élevée? venaient
à s'ouvrir^ il en sortait un sang corrompu, ce qui en
sauva plusieurs. D'autres obtinrent la guérison par des
breuvages composés des herbes connues pour remédier
aux poisons. Cette maladie, commencée dans le mois
d'août^ attaqua d'abord les enfants et les ût périr : xum
perdîmes nos doux et chers petits enfants que nous
avions caressés dans notre sein, portés dans nos bras,
nourris avec le soin le plus attentif^ leur donnant leurs
aliments de notre propre main. Cependant nous avons
essuyé nos larmes^ et dit avec le bienheureux Job:
le Sêigmur me le$ avait âonnéê, le Seigneur m te
a repris ; il n'est arrivé que ce qtU lui a plu.' que k
nom çtu Seigneur ioU béni * I
i ILuiHeiorêt vero oorolet hoepwulat nùmbuimi. H eil iveef^
tain si eoraUs jnMub» désignent des pustules 'au cœur oudst
pustules couleur de corail. On a môme supposé que ce mot
pouvait signifier un mal local, du proc yûpoi. La phrase
qui suit nous semble plus favorable au premier sens* (Ducan|{ei
v<» Coralis.)
* Job. y chap I. V. 31.
REPENTIR DE FRÉDEGONDE. 299
ËQ ces jours-là, le roi Ghilpéric fut grièvement ma-
lade; et lorsqu'il commençait à entrer en conyalescenoe^
le plus jeune de ses fils, qui n'était pas encore régénéré
par Teau et le Saini-£$prit> toml>a malade à son tour.
Le voyant à Fextrémité» on le lava dans les eanxda bap*
tême. Peu de temps après, il se trouva mieux; mais son
frère alnéj, nommé Giodçbert, fut pris de la maladie.
Sa mère^ Fréd^nde^ le voyant en danger de mort, fut
saisie de remords tardifs, et dit au roi : a Voilà long-
temps que la miséricorde divine supporte nos mauvai-
ses actions; elle nous a souvent frappés de fièvres et
d'autres maux^ et nous ne nous sommes pas ainen^
dés. Vdlà que nous perdons nos fils; voilà que les
larmes des pauvres, les gémissements des veuves, les
soupirs des orphelins les font périr^ et il ne nous reste
plus Fespérance d'amasser pour personne ; nous Ihésao-
risons, et nous ne savons plus pour qui. Ils demeureront
dénués de possesseurs^ ces biens pleins de rapine et de
malédiction. Nos^lliers ne regorgaient-ils pas devint
£st-ce que le froment ne remplissait pas nos greniers?
Nos trésors n'étaient-ils pas combles d'or,,d'argenty de
pierres précieuses, de colliers et d'autres ornements
impériaux ? Ët voilà que nous perdons ce que nous
avions de plus beau. Maintenant, si tu yeux, allons brû-
ler ces injustes registres; qu'il nous suffise, pour notre
. fisc, de ce qui suffisait à ton père, le roi Glotaire i »
En parlant ainsi, la reine se firappait la poitrine de ses
poings; elle fit apporter les registres que Marc lui avait
envoyés des cités qu'il administrait, les Jeta an feu, et
l
300 MORT DES ENFANTS DE FRÉDÉGONDE.
se tournant Ters le roi, lui dit; « Quoi ! tu hésites? Fais
ce que tn me Tois faire, afin que si nous perdons nos
chers enfants, nous échappions du moins aux peines
éternelles. » Le roi, touché de repentir, jeta au feu
tous les registres et, les ayant brûles, envoya partout la
défense de lever à Tayenir ces iofipôts. Après cela, le
plus jeune de leurs enfants mourut consumé de lan-
gueur. Ils le portèrent avec beaucoup de douleur de
leur maison de Braine à Paris, etle firent ensevelir dans
la basilique de Saînt-Denîs. On plaça Clodebert sur un
brancard^ et on le conduisit à Soissons,à la basilique de
Saint->Médard. Ses parents le présentèrent au saint tom-
beau, firent un vœu pour lui; mais, affaibli, épuisé, il
renditTespritau miheudela nuit, lilut enseveli dans la
basilique des saints martyrs Grépin etCrépinien. il y eut
à cette occasion un ^vimd deuil parmi le peuple, les
hommes en faisant entendre des gémissements, les fem-
mes couvertes des vêtements lugubres qu'elles ont cou-
tume de porter aux funérailles de leurs maris, suivirent
cette pompe funèbre. Le roi Ghiipéric fit de grandes
largesses aux églises et aux pauvres.
XXXVl, — En ces jours-là, Austréchildc, femme du
rai Contran, succomba à cette même maladie; mais;
avant d'exhaler sa méchante âme, se voyant sansespoir,
elle poussa un profond soupir, et voulut, en mourant,
avoir des compagnons, afin qu'à ses obsèques on pleurât
encore pour d'autres morts. On raconte en effet que,
semblable à Hérode, elle fit cette prière au roi: « J'a-
vais l'espérance de vivre encore si je n'étais tombée
Digitized by Google
DERNIÈRE roiÈRE D'AXJSTRECHILDE. 301
dans les mains de ces médecins indignes, car leurs mé-
dlcamenls me font périr et me ravissent la iuiuière
plus tôt que je ne Taurais perdue; aOn donc que ma
mort ne soit pas sans vengeance, je demande et j'exige
que tu me- promettes avec serment de les faire périr
pour que, du moins, si je ne puis Yivre ils ne restent
pas pour se glorifier de ma mort, et pour que leurs
amis ressentent autant de douleur que les nôtres. »
Ayant ainsi p»rlé, elle exhala son ftme malheureuse.'
Après avoir célébré ses funérailles avec les cérémonies
accoutumées, le roi, sous le joug du serment qu'avait
exigé de lui sa cruelle épouse, accomplit cet ordre d'Ini-
quité, et ordonna que les deux médecins qui lui avaient
donné leurs soins fussent frappés du glaive; ce qu'il
ne put faire sans péché, selon le sentiment de plusieurs
sages personnes*
XXXV11. — Nantin, comte d'Angoulême, succomba
de même à cette maladie; mais il faut reprendre du
plus haut ce qu'il ût contre les prêtres et contre Téglise.
Marachaire, son oncle, avait longtemps possédé la di-
gnité de comte dans cette cité. Après avoir rempli cet
office, il entra dans l'Église, fut fait clerc et ordonné
évêque. Il s'occupa avec zèle à élever et ornerdes églises
. et des presbytères ; mais la septième année de son sacer-
doce,8e8 ennemisle firent périren empoisonnant unetéte
de poisson ; il la prit sans méfiance, et mourut cruelle-
ment. La miséricorde divine ne souifrit pas longtemps
que sa mort demeurât sans vengeance. Fronton, le prin-
cipal auteur de ce crime, ayant de suite obtenu Tépis-
Digitized by Google
I
10-2 L'ÉVÉQUE HÉRACLIUS.
)opat^ mourut dans Tanuée^ frappé du jugement de
Dieu. Après* sa mort, Héraclius» prêtre de Bordeaux^
jadis ambassadeur de Childebert TAncien, fut sacré
éyêque. Naotm-demauda à être nommé comte de cette
Tille pour poursuivre la mort de son oncle ; ayant obte-
nu cet office, il accabla le vêquc d'injures, lui disant: a Tu
retiens près de toi les homicides qui ont tué mon on-
de ; tu reçois à ta table des prêtres compKoes de ce
crime.» L'inimitié s'accroissant entre eux, il commença
peu à peu à envahir par violence les domaines que
Marachaire avait laissés à l'Église par son testament,
prétendant que ces biens ne devaient pas revenir à une
église dont les clercs avaient fait périr le testateur. £n->
suite, après avoir mis à mort quelques laïques, il alla
jusqu'à ordonner de saisir un prêtre^ eil ayant fait lier,
le perça d'un coup de lance. Gomme celui>d vivait en*
core, il le fit suspendre à un poteau, les mains liées
derrière le dos, et chercha à lui faire avouer sa com«
plicité. Pendant que le prêtre persistait à nier, le sang
sortit avec abondance de sa blessure, et il rendit Tàme.
L'évêque^ ému de ce crime, ordonna qu'on interdit aa
comte les portes de Téglise. Les évê{]ue8 s'étant assem-
blés dans la ville de Saintes, Nantin demanda à être
réconcilié avec HéracUus> promettant de rendre tous
les biens de Téglise qu'il avait usurpés injustement
et de s'humilier devant le ministre du Seigneur. Celui-
ci, voulant céder aux injonctions de ses confrères,
accorda ce qui lui était demandé et, recommandant
toutefois la cause du prêtre assassiné au Dieu tout»
*
. • LE C01iX£ NANTIN. 308
puissant^ il reçai le comte ayec charité* Rentré dans
sa cité, Nantin dévasta, dépouilla et rasa les maisons
qu'il avait injustement envahies, disant : a Si l'Église
reprend ces biens, que du moins elle les retrouve
déserts. » L'évêque, indigné de cette conduite, lui
interdit de nouveau la conuuunion. Sur ces entrefaites^
le bienheureux pontife, ayant accompli le cours de sa
vie, alla rejoindre le Seigneur. Nantin intercéda auprès
des autres évêques par des présents et des flatteries, et
en obtint la communion ; mais, peu de mois après, saisi
de la maladie dont j'ai parlé, se sentant consumer par
une grande fièvre, il s'écriait : « Hélas I hélas ! l'évéque
Héradius me brûle, il me tourmente, il m'appelle en
jugement ; je connais mon crime, je me rappelle les
injustes outrages que j'ai fait éprouver au pontife.
J'implore la mort pour ne pas souffrir plus longtemps
un pareil tourment, d Et, tandis qu'il parlait ainsi
dans la violence de sa fièvre, la force défaillit à son
corps, et il rendit son âme misérable, laissant après lui
des signes certains que cela lui était arrivé en ven«
geance du saint évêque, car son cadavre devint si noir
qu'on aurait cru qu'il avait été brûlé par des charbons
ardents. Que tous donc s'émerveillent, admirent et
' craignent de faire injure aux évêques 1 car Dieu venge
ses serviteurs qui espèrent en lui,
XXXVUL — Ën ce temps, mourut le bienheureux
Martin, évêque de Galice. Le peuple le pleura grande-
ment. 11 était né en Pannonie, et, passant de là dans
rOrient, pour visiter les lieux saints, il s'était telle-
"■ ^ -..k
* •» v:T-v \
y • *■ i ■
Digitized by Google
304 PERSÉCUTION EN ESPAGNE.
ment adonné à Vélnde des lettres que., de son temps^
nul ne le surpassa. Il vint de là en Galice, au temps où
on y portait des reliques de saint Marlin^ et fut sacré
éyêque. 11 accomplit dans le pontificat environ trente
années, et, plein de vertus, i migra vers le Seigneur.
C'est lui qui a composé les vers qu'on lit sur la porte
méridionale de la basilique de Saint-Martin.
XXXIX. — Il y eut, celle année, en Espagne, une
grande persécution contre les Chrétiens ; plusieurs fu*
rent envoyés en exil, privés de leur? biens, épuisés par
la faim, enfermés dans les prisons, battus de verges et
mis à mort par divers supplices* Ces crimes eurent
surtout pour auteur Gonsuinthe *, que le roi Leugivild
avait épousée après la mort du roi Atbanagild. Mais la
vengeance divine, envers la femme qui avait infligé
ces humiliations aux serviteurs de Dieu, se manifesta
aux yeux de tous les peuples ; car un nuage blanc se
répandit sur un des yeux de- Gonsuinthe, et priva ses
paupières de la lumière qui manquait à son esprit. Le
roi Leugivild avait déjà d'une autre femme deux fils^
dont Taîné avait été fiancé à la fille du roi Sîghebert, le
plus jeune à celle du roi Chilpéric. Ingonde, ûlle deSi-
gbebcrty avait été conduite en Espagne avec un grand
appareil, et reçue très-joyeusement par son aïeule Gon-
suiulbe. Mais celle-ci ne souUrit pas longtemps qu'elle
demeurât dans la foi catholique, et commença, par de
douces paroles, à vouloir lui persuader de se faire bap-
tiser de nouveau dans 1 Église arienne ; Ingonde, s'y
t Mère de Bninehaut.
Digitized by Google
LEUYIGILD ET SON FILS. " 306
refusant ayec un mâle couragfe^ commença à dire : « Il
. me suffit d'avoir tic lavée une fois du poché originel
par un baptême salutaire^ et d'avoir confessé la sainte
Trinité égale à un seul Dieu. Je déclare que j'y crois
de tout mon cœur, et jamais je ne renoncerai à ma
foi.» A ces paroles^ Gonsuinthe^ enflammée de fu*
reur, prit la jeune fille par les cheveux et. Payant jetée
à terre, la foula longtemps sous ses pieds, et ordonna
que, toute couYerte de sang, elle fût dépouillée et pion-
gée dans la piscine j mais beaucoup assurent que son
esprit ne s'est jamais détaché de notre foi. Leuvigild
donna à son fils et à sa belle-fille une de ses cités pour
y régner et y résider. Lorsqu'ils y furent, Ingonde com-
mença à prêcher son mari pour le détacher des erreurs
''de rhérésie et rengager à reconnaître les vérités de la
loi catholique: il s'y refusa long temps; cependant enfin,
touché de ses prédications, il se conyertit et reçut à
la confirmaHon le nom de lean. Quand Leuvigild
en fut instruit, il commença à chercher des moyens
de le perdre; mais le prince, informé de ses desseins,
se joignit au parti de Tempereur, et se lia d'amitié
avec le préfet impérial qui attaquait alors l'Es-
pagne. Leuvigild lui envoya des messagers pour lui
dire: «Viens à moi, car il est nécessaire que nous con-
férions ensemble, d Mais il répondit : a Je n'irai point,
car tu es irrité contre moi parce que je suis catholi-
que. » Le roi donna alors au préfet de l'empereur trente
mille sous d'or pour qu'il retirât ses secours à son fils,
et marcha contre celui-ci avec une armée. Erménégild
Digitized by Google
806 ' * LEUVI6ILD.
ayant réclamé Taide des Grecs, marcha contre son père,
laissant sa femme dans la Tille. A la vue de Leuvigild
é^ayançant contre lui, ses auxiliaires Fabandonnèrent^
et voyant qu'il ne pouvait espérer de vaincre^ il se ré-
fùgia dans une église voisine^ disant: a Que mon père
ne marche pas contre moi, car il n^est pas permis à
un père de tuer son fiL«, à un tils de tuer son |)ère. »
.LeuYîgildy instruit de ce fait, lui envoya son frère, qui
lui ût serment que son père ne le dépouillerait pas de
6^ dignités, et lui dit : « Viens toi-même te prosterner
aux pieds de notre père« et il te pardonnera.» Mais Ërmô-
négild demanda que son père vînt le chercher; et,
quand celui-ci fut venuj» il se prosterna à ses pieds.
Le roi le prit et Pembrassa, et^ le flattant par de douces
paroles, Temmena dans son camp. Puis, alors, ou-
Uiant80Dsennent,il fit un signe aux siens, qui le prirent,
le dépouillèrent de sesyètements et lecouvrirent d^iabita
Ignominieux. De retour à Tolède, le roi lui ôta ses ser-
ifiteursji et renyoya en exil sans «utre personne qu'un
enfànt pour le servir.
XL. — Chilpéric, après la mort de ses fils, remp^
de tristesscj résidait au mois d'octobre avec sa femme
dans la forêt de Guise ^ Par les insinuations de la reine,
il envoya à Braine son ûlsGlovis, pour qull y périt delà
même maladie, car le mal qui afvait tué ses frères régnait
là avec fureur. Mais le prince n'en reçut aucune in-
commodité. Cependant le roi se rendit à sa villa de
CheUesSdans le territoire de Paris. Peu de jours après,
< Coixom * Cala.
Digitized by Google
FRÉDÉGONDE «T LE JEUNE CLOVIS. 307
il fit venir Clovis^ dont il ne sera point hors de
propos de raconter ici la mort. Coinm^ ce prince habi-
tait à Ghelles avec son père, il commença à se vanter
avant le temps^ et à dire : « Voilà que mes frères sont
morts et que tout le royaume me demeure. Les Gaules
entières me sont soumises, et les destinées m'ont
accordé Tempire universel. Voilà mes ennemis
tombés entre mes mains, et J'en ferai ce quil me
plaira. » Et en môme temps il parlait de sa belle-
mère^ la reine Frédégonde^ en paroles inconvenantes.
Celle-ci, Tayant su, fut saisie d'une grande frayeur.
Dans les jours suivants, quelqu'un vint et dit à la reine:
« Si tu demeures privée de tes fils, c'est par TefTet des
perfidies de Clovis; car, amoureux de la fille d'une
de tes servantes, il a employé les maléfices de la mère
. à faire périr tes fils. Je f avertis donc de ne pas es-
pérer pour toi un meilleur sort, car ce qui te donnait
Tespoir de régner t'^a été enlevé, i» Alors la reine^
elhrayée, enflammée de colère, aigrie par une perte
récente, fit saisir la jeune fille sur qui Clovis avait jeté
les yeux, et, après qu'elle eût été cruellement fustigée^
ordonna qu'on lui coupât Iescheveux,et la fit suspendre
fichée à un pieu sur le cheniinde Clovis*, La mère de la
Jeune fille fut aussi liée et livrée à de longs tourments,
et «i la força de déclarer véritables les accusations
iÇa partit étoile supplice du pal: teiatm nuU impositam
âsfigi aniê mêtahm CModovtehi prme^. Peut-être cependant
impoHtam tndi oe se rapporte-t-U gu'au mot eoma qui figure dans
le précédent membre de phrase. L'interprétation que noua pM.
iérons sous semble plus dans le caractère de Frédégonde.
806 MORT DE CLOVIS.
dont elle avait été Fobjet. Frédégonde, par ce moyen
etpar d'autressemblables, persuada Cliilpcric et lui de-
manda yengeance de Glovis. Le roi, qui parlait alors pour
la chasse, se fit amener secrètement son fils. Lorsque ce^-
lui-ci [ut arrivé, les ducs Didieret Bobon^rayanl pris par
Tordre du roi, lui lièrent 1(BS mains; on le dépouilla
de ses armes et de ses habits, on le couvrit de vêtemenis
vils et on le conduisit garrotté à la reine. Celle-ci le lit
garder, espérant Tobliger à lui dédarer la vérité sur
les choses qu'on lui avait dites, savoir a Tinstigation de
qui il avait agi, et avec qui il avait des relations d'a-
mitié. Il nia tout le reste, mais révéla ses Ualsdns avec
lïeaucoup de personnes ; et trois jours après la reine
ordonna qu'on le conduisit enchaîné de Tautre côlé de
la rivière de Marne, et qu'il fût gardé dans une maison
appelée Noisi^; là, il périt frappé du couteau, et fut
enterré sur le lieu même. Cependant il vint au roi des
messagers qui lui dirent qu'il s'était percé de sa main,
' affirmant que le couteau dont il s'était frappé était en-
core dans la blessure. Le roi Ghilpéric, trompé par ces
paroles, ne pleura point celui que, comme je l'ai dit, il
avait livré à la mort par les suggestions de la reine. Ses
domestiques furent dispersés en divers lieux ; sa mèrt
périt d'une mort cruelle. Sa sœur * fut menée dans un
monastère par des serviteurs de la reine qui, en route,
la violèrent; elle a pris l'habit religieux et le porte
encore. Toutes leurs richesses fuient Uvrées à la reine.
^ Xucetum»
*Basine, que nous retrouverons plus loin excitant de grandt
troubles dans le monastère de Poitiers.
Digitizcd by GoOgle
LES EVÊQUES ^LOFE £1 ÉON. âOd
Quant àla femme qui avait déposé contre CIoyIs, elle f q}
condamnée à être brûlée. Comme on la conduisait au
fiappliQ3> la malheureuse se mit à réclamer et à dé-
clarer qu'elle avait menti. Mais, ses paroles n'ayant
servi de rien, elle fui liée à un poteau et brûlée vive. Le
trésorier de Giovis^ tiré de Bourges par Cuppa ^ comte
de rétablc , fut envoyé à la reine garrotté pour être
livré à divers tourments. Mais celle-ci ordonna qu'il
fût délivré de ses liens et exempté du supplice, et^ à
' notre intercession, elle lui rendit la liberté.
XLL— Ensuite Élofe, évèque de Ghâions^ envoyé
comme ambassadeur en Espagne pour les affaires de
la reine Brunehaut^ fut pris d'une forte lièvre, et rendit
l'esprit. On rapporta son corps, qui fut enseveli dans
son diocèse. L'évèque Éon, envoyé des Bretons, comme
nous Tavons déjà dit, n'eut pas la permission de re-
tourner à sa ville épiscopale, et fut relégué par le roi
à Angers, pour y être nourri aux frais du public. Étant
Tenu à Paris, comme il y célébrait la sainte solennité
du jour du Seigneur, il tomba à terre en poussant une
sorte de hennissement ; le sang lui sortit par la bouche
et les narines, et il fut emporté à bras. Cependant il
guérit, n était très-adonné au vin, et s'enivrait quelque -
fois d'une manière si honteuse qu'il ne pouvait plus se
tenir sur ses jambes.
XLil.— Mir, roi de Galice S envoya des messagers au
*Mir ou Théodemir II, roi des Suëyes établis en Galice, qui
régna de 570 à 583, et ramena à la foi catholique la plus grande
partie de son peuple, jusque-là arièn»
310 PRODIGES.
roi GoDiran. Gomaie i)s iraversaieut le territoire de
Poitiers, qui appartenait alors à ChiipériCy ce roi eut
aTÎs de leur passage , et ordonna qu'on les prît , qu'on
les lui amenât et qu'ils fussent gardés à Paris*
Én ce temps, un loup sorti de la forêt entra dans
Poitiers ; mais les portes ayant été fermées^ on le tua
dans les murs de la Tille* Quelques-uns assurèrent
aToir TU le ciel en feu -, le fleuve de la Loire grossit
plus que Tannée précédente, et le Cher vintlarejoindre^
Lè vent du midi souffla avec tant de Tiolence qu'il ren-
versa les forets^ abattit les maisons^ arracha les haies,
et fit périr des hommes même» enlevés dans un tour-
billon qui parcourut en largeur un espace de près de
sept arpents. On n'a pu savoir ni estimer jusqu'où s'était
prolongé son passage. Les coqs chantèrent souvent au
ôommencement de la nuit. La lune fbt obscurcie, et
l'étoile qu'on appelle comète apparut dans le ciel. Il
survint ensuite une grande contagion parmi le peuple.
Les envoyés des Suèves, relâchés au bout d^une année, .
retournèrent dans leur pays.
XLI IL— Mau^ilion, évêque de Gahors, souflûrait cruel-
lenient de la goutte. Mais aux douleurs que produit
cette maladie, il en joignait encore de plus grandes»
car souvent il appliquait à ses pieds et à ses jambes un
ïep ardent, pour ajouter aux tourments qu'il souffrait.
Comme beaucoup briguaient son .épiscopat, il choisit
lui-même Ursidn» autrefois référendaire de la reine
t Cela veul dire que les deux ririères débordées ee réunirent
d«ni l'espaoe où eUes coulent parallèlement (Voir (Hogr.)
L'ÉVÉQUE MAURILION. • ail
Oltrogothe, pria qu'il fût consacré avant sa moii, èt
sortit ensuite de ce monde. Il était très-aumônier, très-
versé dans les saintes Écritures^ si bien qu'il réciiait
souvent de mémoire les diverses généalogies contenues
dans les livres de Fancien Testanaent, et que peu de
personnes peuvent retenir. Il fut aussi très-juste dans
ses jugements, et défendit les pauvres de son Église de
Tatteintedes mauvais juges, selon ces paroles de Job:
J'avqis délivré 1$ paum qui criait, H l^orpheHn
n'avait personne pour le eeeourir; jé remplissais de con-
solation le cœur de la veuve. J'ai été l'œil de l'aveugle,
le pied des boiteux, et le père des pauvret K
XLIY, — Le roi Leuvigild envoya en ambassade
auprès de Chilpéric, Agila, homme sans esprit et sans
méthode, mais seulement ennemi obstiné de la loi ca-
tholique. En passant par Tours, il se mit à nous atta-
quer sur notre foi, et à combattre les dogmes de
l'ÉgUse: € Ce fut, dit-il, une sentence impie que celle
par laquelle les anciens évôques déclarèrent le Fils
égal au Père ; car comment pourrait-il êtra égal è
son père, celui qui dit: Mon Père est pins -grand que
mot*? II n'est donc pas juste qu'il soit regardé comme
semblable à son Père, à qui il se dit inférieur, è qui
il se plaint de la tristesse de sa mort; à qui, au der-
nier moment, il recommande en mourant son psprit,
comme ne possédant lui-même aucune puissance;
d'où il est clair qu'il est moindre que son Père d'âge
* Jo6, chap. XXIX, V. 12, 13, 15, 16.
*E9ang, Btlonsaiiit Jean, chap. xiv, v. 28. ^""^j
GRÉGOIB£ £X.L'ARI£N AGILÂ.
et de pduToir. » A cela, je lui demandai s'il croyait
Jésus-Christ lils de Dieu, s'il avouait qu'il était la
science de Dieu^ sa lumière^ sa vérité, sa Tie, sa justice.
Il me dit : « Je crois que le Fils de Dieu est tout cela;»
et moi je lui répondis : a Dis-moi donc en quel temps
le Père a été sans savoir, en quel temps sans lumière,
sans vie, sans vérité, sans justice ; le Père ne pou-
vant être sans ces choses , il en résulte qu'il n'a pu
exister sans son Fils : ce qui s'applique très-bien au
mystère du nom du Seigneur ; car le Père ne peut
pas être ainsi s'il n'a pas de Fils. Uuand tu objectes
qu'il a dit : Mon Père esl plus grand que moîS sache
qu'il a dit ces paroles selon l'humilité de la chair
qu'il avait revêtue, afin de te laire connaître que tu
n'étais pas racheté par sa puissance, mais par son
humilité ; car toi, qui allègues ces paroles : Mon Père
est plus grand que mai, tu dois te souvenir qu'il a
dit ailleurs : Mon 'Père et moi nous sommes une
même chose*; et lorsqu'il craint la mort et qu'il re-
oonunande à Dieu son esprit, cela doit se rapporter
à rinflrmilé de la uahm, et cela s'est fait afin que,
comme on le croit vrai Dieu, on le crût aussi homme
véritable. » Et lui me dit : « On est inférieur à celui
dont on accomplit la volonté. Le Fils est toujours in-
férieur à son père. Parce qu'il fait la volonté du Père,
qu'on ne voit pomt son Père faire sa volonté. » A
quoi je lui répondis: « Coniprciids que le Père existe
dans le Fils et le Fils dans le Père en une même di-
*Svang. selon saint Jean, chap. xiv» v, SA.— *i<i., x, 30.
Digitized by Gc
GRlÎGOIRfi £T AGILA. 818
Tinité^ toujours égale; car, aûn que tu saches que le
Père fait la volonté du Fils, s'il reste encore en toi
quelque foi éyangélique, écoute ce qu'a dit Jésus
notre Dieu, lorsqu'il est venu ressusciter Lazare:
Mon pére, dit-il, je vous rends grâces <ie ce que vous
m'avez exaucé. Pour moi, je savais que vous m^exau-
cez toîijours; mais je dis ceci pour le peuple qui
m'environne, afin qu'il croie que c'estvousqmm'avex
envoyé ^ Et lorsquMi arriva au monvent de sa passion,
il dit : Mon Père, glorifiez-moi donc aussi maintenant
en vous-même de cette gloire que j'ai eue en vous
avant que le monde fût \ Et le Père répondit du ciel :
Je t'ai déjà glorifié et je te glorifierai encore Le Fils
est donc égal au Père en dignité, et non moindre, puis»
qu'il n'a en lui rien de moindre. Si tu le confesses Dieu,
il fout nécessairement que tu le confesses entier, et quQ
rien ne lui manque. Si tu nies qu'il soit entier^ tu ne
crois pas qu'il soit Dieu. » L'arien répartit : « C'est
du moment qu'il se fut fait homme qu'il commença
à être appelé Fils dé Dieu; car il fut un temps où il
ne rétait pas. » Je répondis : « Ecoute David lors- *
qu'il dit, parlant au nom du Père : Je vous ai en-
gendré de mon sein avant Vétoile du jour'*, et Jean
l'Ëvangéliste dit : Au commencement était le Verbe, et
U Yêrbe était avec Dieu, et k Verbe était l>ieu\* et
1 Èvemg, selon saint Jean, chap. zi, v. 41, 43.
* Èvang. selon saint Jean , chap. xvii, v. •
3 Evang. selon saint Jean, chap. XW, v. 28.
* Psaume cix, v. 4.
* Evang. selon saint Jean, chap. i, v. 1»
Digitized by Google
31-1 GRKCJOIRE ET AGILA.
ensuite : le Verbe a été fait chair, et il a htUnU
parmi noue, et toutee eham ont été faites par lut ^
MaiS| aveuglés par le poison de voire opinion, vous
ne pensez sur Dieu rien qui soit digne de lui. » Alors
l'hérétique ine dit : « Ne prétendez-vous pas aussi que
le Saint-Esprit est Dieu> et ne le regardez-vous pas
comme égal au Père et au Fils t » A quoi je répondis :
€ n n'est en eux trois qu'une seule volonté , une seule
puissance^ une seule action; un seul Dieu^ un dans la
trinité et triple dans Tunité. Ce sont trois personnes,
mais un seul royaume, une seule majesté, une seule
puissance et toute-puissance. » Et lui me dit : a L'Esprit
8unt, que tu élèves au même rang que le Père et le
Fils, doit être regardé comme moindre que tous deux;
car nous lisons qu'il a été promis par le Fils et envoyé
par le Père, et personne ne promet que ce qu'il a sons
sa domination^ et personne n'envoie que ce qui lui
est inférieur, comme il le dit lui-même dans l'Évan-
gile : Si je ne m'en vais point, le Consolateur ne vien*
dra poi$U à vous ; mais si je m'en vais, je vous l'enr
verrai*. 9 Et je rendis à cela: « Le Fils a bien pu
dire avant sa passion que s'il ne retournait pas vain-
queur vers son Père, et après avoir racheté le monde
par son propre sang, aûn de préparer dans l'homme
une habitation digne de Dieu, le Saint-Esprit qui est
Dieu lui-même, ne pourrait descendre dans un sein
fanatique et souillé de la tache du péché origmel :
Èomg^ selon saint Jean, chap. i, t. 14, 3*
^Évonf. selon «aint Jean, chap. zv, y. 7.
GRÉGOIRE ET AGILA. 315
car VEiprit9aint, dit Soiïomon, fuU U déguimMui^;
et td-même, si tu as quelque espoir de résuirectiOD,
De parle pas coatre le Saint-Esprit ; car le Seigneur a
dit : Si quelqt^un a parlé eonêre le Saint-Esprit, U m
M sera remis ni dans ce siècle ni dans U sUele à
venir \ » L'arien repartit : a C'est celui qui envoie qui
esk JÂea et non eelut qui est emroyé. » Sarcela^îeM
demandai s'il croyait à la doctrine des apôtres Pierre et
Paul y et comme il me répondit : a J'y crois, » j'ajoutai:
< Lorsque Tapôtre Pierre réprimanda Ananie^ à cause du
mensonge qu'il avait fait à l'égard de son bien , vois
ce qu'il lui dit : Comment Satan a-t-il tenté iootre
Mtir p^ ÎMHS porter à mentir au SuM-SspritP Ce
n'est pas aux hommes que vous avez menti, mais à
IHeuK Et Paul, lorsqu'il distingue les degrés de la
grâce spirituelle, dit : C'est U7i seul et même esprit qui ,
opère toutes ces choses^ distribuant à chacun les dons . ' • *
qn^U lui plaitK Géhii qui fàit ce qu'il Teut n'est en
« *
lâ puissance de personne. Mais comme je le disais .
tout à riieure, "vous n'atez pas une pensée droite sur
la sainte Trinité^ et la mort d'Ârhis. dont TOUS suives *' -
l'opinion, montre assez Timpie perversité de sa secte. »
Âlorsilmerépcmdit: a Ne blasphème pas la loi quêta
n'adores point; nous ne blasphémons pas ce que vous
eioyez, bien que nous ne le croyions pas, car
* Sagesse, chap. i, v. 5. V ^
* Étang, selon saint Mathieu, chap. xii, v. .32. «
3 Actes de» Apétres, chap. v, v. 3, 4«
*jre £p(tra de samt Paul aux CorinthieoB» ébap. xa, 11. '
Digitized by Google
I
316 GRÉGOIRE ET AGILA.
ce n'est pas un crime de penser ceci et cela; et nous
disons vulgairement à celui qui passe entre un
temple des Gentils et une église de Dieu : ce n'est
point une faute de les révérer l'nn et l'autre. » Aper-
cevant alors son erreur insensée^ je lui dis : a A ce que
je vois, tu te déclares défenseur des Gentils et partisan
des hérétiques ; car en même temps que tu corromps
les dogmes de TÉglise^ tu reconnais qu'on peut adorer
les abominations des païens; tu* ferais bien mieux >
de t*armer de la vérité qu'Abraham reconnut au-
près du chêne, Isaac dans le bélier^ Jacob sur la pierre»
Moise dans un buisson, qu'Aaron porta figurée sur
son rationai^, que David célébra au son du tympanon,
que Salomon annonça selon Fesprit, qu'ont chantée
tous les patriarches, tous les prophètes, la loi elle-
même et les oracles; que notre confesseur Martin,
ici présent, a possédée dans son cceur, manifestée
dans ses œuvres; et alors, converti. à la foi d'une
trinité inséparable, et recevant de nous la commu-
nion , ton cœur serait purgé du poison d'une
croyance perverse, et tes iniquités seraient eHacées. »
Mais lui, transporté de fureur, et je ne sais pourquoi,
irrité jusqu'à la folie, me dit : a Que mon âme se dé-
tache des liens de ce corps, avant que j'accepte la
communion d'aucun prêtre de votre religion; » et
moi : (( Que Dieu ne permette pas que notre religion et
notre foi puissent s'attiédir de telle sorte que nous
* Voir la note de U p. 1S3.
Digitized by Gooole
CHILPÉRIC THÉOLOGIEN. 317
dispensions les saints mystères aux chiens , et expo-
sions devant de salos pourceaux la sainteté de ces
précieuses perles. » Alors, terminant la dispute, il se
leva et s'en alla. Mais peu de temps après, de retour en
Espagne» se voyant affaibli par la maladie^ il se con^
TerHt par nécessité à notre religion.
XLV. — En ce même temps, le roi Chilpéric écrivit
mi petit traité portant qu'on devait appeler la sainte
Trinité Dien sans distinction de personnes, parce que,
disait-il, il était indigne de Dieu qu'on lui attribuât la
qualification de personne, comme à un homme fait de
chair ; il prétendait aussi que le Père éfaf tle même que
le Fils, et le Saint-Esprit le même que le Père et le Fils.
« C'est ainsi, disait-il, qu'il s'est montré aux prophètes
et aux patriarches, et c'est ainsi que Ta annoncé la
loi elle-même. j> Et lorsqu'il ordonna que cela me fût
lo, il me dit: c Je veux que toi et les antres docteurs de
FÉglise le cro^fiez ainsi. » Je lui répondis : a Quitte
cette erreur, roi très-pieux; il te convient de suivre
les doctrines qui nous ont été transmises» après les
apôtres, par les aulres docteurs de l'Église, qu'ont
enseignées Hilaire et Ëusèbe, et que toi-même as
confessées à Ion baptême. » Alors le roi irrité dit :
« 11 est manifeste qu'en cette affaire Ëusèbe et Hilaire
sont mes ennemis déclarés. » Â quoi je répondis:
a n te faut prendre garde de n'offenser ni Dieu ni ses
saints; car tu sais qu'à les considérer dans leur per-
sonne, autre est le Père, autre est le Fils, autre est le
Saint-Esprit. Ce n'est point le Père qui s'est fait chair,
18.
318 CHILPÉRIC GRAMMAIRIEN. *
non plus que le Saint-Esprit; c'est le Fils. Celui qui
était niïs de Dieu, pour racheter les hommes, s'est
fait aussi fils d'une Tierge. Ce n'est pas le Père qui
a souffert la Passion^ ce n'est pas FEsprit saint, c'est
le Fils, afin que celui qui s'est fait chair en ce monde
fût offert pour le momie. Ce n'est point corporelle-
ment, mais spirituellement, que s'entendent les per-
sonnes dont tu parles. Il n'est donc en ces trois per-
sonnes qu'une seule gloire^ une seule éternité, une
seule puissance. 0 II me dit en colère : a 11 faut que
je montre ceci à de plus sages que toi qui seront de
mon avis. Et moi je lui dis : a Ce ne sera pas un
sage, mais un insensé celui qui voudra adopter ce
que tu proposes. » Furieux de ces paroles^ il garda le
silence. Peu de jours après, vint Sauve, évêque d'Alby.
Le roi ordonna qu'on lui lût cet écrit, le priant d'en être
d'accord. Sauve, l'ayant entendu, le repoussa à tel point
que, s'il eût pu saisir le papier qui contenait ces pré-
ceptes, il l'eût déchiré en morceaux; en sorte que le roi
abandonna son projet. Cliilpéric écrivit aussi des livres
de vers à la façon de Sédule ; mais ils ne sont conformes
à aucune règle métrique. Il igouta encore plusieurs
lettres à notre alphabet, savoir, le w des Grecs, le ce,
fA6| tttit, qu'il figura de la manière que voici : t», <f>,
Z, A* ; il envoya des ordres dans toutes les cités de son
* Les manuscrits varient sur la forme et le son de ces carac-
tères, et Aimoin les donne autrement que Grégoire do Tours :
« Le roi Chilpuric, dit-il, ajouta à nos lettres l u grec et troia
« autres inTentées par lui, et dont nobs insérons ici la forme
« et le son ; x ^ ^* f « (Aimoin» âê (UtHi Frmtêor.\ liv.
llh ohap. XL.) Le dire d' Aimoin me parait plus probable que
Digitized by Google
LES ÉVÉQUES AG RIGOLA ET DALMATE. ' 819
loyaume pour qu'on les enseignât aux enfants, et pour
que les livres ancieimement écrits Itissent elfacés à la
pierre ponce, et récrits de nooTcau.
XLVL — En ce temps, mourut Agricola> évêque de
Châlon, homîne sage et d'un esprit poli, de race séna*
toriale» 11 éleva dans sa cité beaucoup d'édifices, bâtit
des maisons, érigea une église soutenue par des co-
lonnes, et ornée de marbres Tariés et de peintures en
mosaïque. Ce fut un homme d'une grande abstinence,
ne faisant Jamais d'autre repas que le souper^ et il y
demeurait si peu de temps qu'il se lerait de table avant
le coucher du soleiL II était petit de stature, mais d'une
très-grande éloquence. Il mourut la qaarante*huitième
année de son épiscopat, la quatre-vingt-troisième de
son ftge. 11 eut pour successeur Flavius » référendaire
du roi Gontran.
XLVii. — En même temps, sortît aussi de ce monde
Dalmate» évêque de la cité de Rhodez, homme éminent
en toute sainteté, portant son abstinence et sur la nour-
riture et sur les désirs de la chair, aumônier, humain
pour tou9, assidu à Toraison et aux veilles. Il construisit
une église ; mais, comme il Tayait fait souvent abattre
pour plus de perfection, il la laissa inachevée. Après sa
mort, beaucoup de gens, comme de coutume» brigué*
celui do Grégoire de Tours; les iroii tons que, selea loi, Chil-
péric essaya de représenter psr des lettres, ch, th, fh, se trqv^
rent en effet dans les langues germaniques, et les trois formes
qu'U 7 Toulut appliquer, x» 9, f, sont empruntés 4 l'alpkabet
grec ; tandis qu'il n'y a aucun rapport» dans aucune de ces
' langues, entre les sons et les caractères dont Grégoire de
Tours*^sit mention^
930 LE PRÊTRE TRANSOBADE.^
relit 9on siège ; mais le prêtre Transobade^ autrefois son'
archidiacre, y avait de grandes prétentions, se liant à ce *
qu'il avait placé son fils auprès de Gogon, alors nour-
ricier^ du roi. Cependant révêque avait fait un testament,
dans lequel il indiquait au roi qui devait être cboisi
après sa mort, le conjurant, au nom des choses les plus
terribles, de ne pas mettre dans cette Église un étran-
ger, ni un homme adonné à la cupidité, ou encbainé
dans le mariage , mais de lui désigner pour succes-
seur un homme libre de ces liens, et qui n'eût de
pensée que pour louer le Seigneur. Le prêtre Tran-
sobade donna en cette ville un festin aux clercs ; pen-
dant qu'ils étaient à table, un des prêtres commença à
blâmer par des paroles imprudentes Févêque dont j'ai
parlé, et s'emporta au point de l'appeler sot et insensé.
Comme il disait ces mots, récbanson s'approcha, lui
apportant à boire ; mais tandis qu'il prenait le vin pour
rapprocher de ses lèvres, on le vit se mettre à trembler,
lâcher le vase, pencher sa tête vers le convive qui était
proche de lui et rendre Fesprit. Porté du festin au tom-
beau, il fut mis en terre. Lorsque le testament de
révêque eût été lu en présence du roi Gbildehert et de
ses grands, Tbéodose, alors archidiacre de la ville, fut
sacré évéque.
XLVIIL— Ghilpéric apprenant. tout le mal que Leu-
daste faisait à TÉglise et au peuple de Tours, envoya
Ansovald, qui, venant à Tépoque de la lèle de saint
* Nulritius. Ce mot parait avoir, d'après Ducange, le même
■eus ici que mtritor tu livre VIII| chap. zzii.
9 # LE COMTE LEUDASTE. m
Martin^ aprèAvoir consulté le choix du peuple etlo
nôtre^éleya Ëunome à la dignité de comte. Leudaste^
86 voyant éloigné^ alla vers Gbilpéric, et lui «lit:
^ « Jusqu'à présent, ô roi très-pieux, j'ai gardé ta ville de
Tours, et maintenant que je suis écarté de mes fonc-
tions, avise à la faire garder, car tu sauras que
révêque Grégoire a dessein de la livrer au fils de
Sighebert. » Le roi lui répondit : a Point du tout;
e^est parce qu'on t'a destitué que ta inventes ces
choses. » Et alors Leudaste ajouta : « L'évêque dit
encore bien autre chose de toi; il prétend que la
reine se livre en adultère à révêque Bertrand. » Alors
le roi irrité, le frappant des pieds et des poings, or-
donna qu'il fût chargé de fers et renfermé dans une
prison.
XLIX. ~ Gomme ce livre demande à prendre fin» je
veux raconter ici quelques-unes des actiqns de Leu-
daste, en faisant d'abord connaître sa naissance, sa
patrie et son caractère. 11 naquit dans une Ile du Poitou,
nommée nie de Rhé \ d'un nommé Léocade, serf d'un
vigneron du fisc. On le fit venir pour le service royal,
et il fut placé dans les cuisines de la reine ; puis, comme
il avait, dans sa jeunesse^ les yeux chassieux, et que
râcreté de la fumée leur était contraire, on le fit passer
du pilon au pétrin ; mais, tout en paraissant se plaire au
travail des pâtes fermentées, il prit la fàite et quitta le
service. Ramené deux ou trois fois, comme on ne pou-
vait le retenir, on le punit en lui coupant une oreille :
1 Croiema imuUu
f «.
C ....
Digitized by Google
8» LEUDASTE.
alors, comme il n'était aucune puissance capable de ca-
cher la note d'infamie imprimée a son corps, il s'enfuit
chez la reine Marcovèfe , que le roi Caribert , épris
d'un grand amour pour elle, avait appelée à son lit à la
place desasœor. Elle le reçut irolontiers, et Féleva aux
fonctions de gardien de ses nieilleui s ctievaux. Tour-
menté de vanité et livré à Torgueil, il brigua la place
de comte des écuries S et Tayant obtenue, il méprisa et
dédaigna tout le monde, s'emplit de vanité, se livra à
la dissolution, s'abandonna à la cupidité, et, favori de sa
maîtresse, il s'entremit de côté et d'autre dans ses affai-
res. Après sa mort, engraissé de butin, il obtint du roi
Caribert, par ses présents, d'occuper auprès de lui les
mêmes fonctions; ensuite, en punition des nombreux
péchés du peuple, il fut nommé comte de Tours. Là, il
s'enorgueillit de sa dignité avec encore plus d'insolence,
se montra âpre au pillage, arrogant dans les querelles,
souillé d'adultères, et par son activité à faire naître la
discorde et à semer la calomnie, il amassa des trésm
considérables.
Après la mort de Caribert, la cité étant tombée dans
le partage de Sighebert, Leudaste passa à Chilpéric et
tout ce qu'il avait amassé injustement lui fut enlevé
par lesfldèles de Sighebert. Quand Chilpéric fit envahir
par son fils Théodebert la dié de Tours, où déjà alors
' Coma ttahuli. Ce n'était pas encore le connétable des siècles
suivants, premier dignitaire militaire, mais une aorte d'intM-
dant chargé, comme son nom l'indique» de la*8unreiUanco des
écuries royales.
V
« ■ ■
LEUDâSï£. 323
j'étais en fonctions, celai-ci me recommanda vivement
d'aider à faire rentrer dans sa dignité première Tancien
comte. Leùdasle se montrait envers moi humble et
soamis^ j urant souyent sur le tombeau du saint évéque
qu'il ne ferait jamais rien contre les lois de la raison et
qu^il:me serait fidèle en toutes choses^ tant sur ce qui
regarderait mes propres intérêts que sur les besoins de
rÉglise» car il craignait, ce qui arriva en effet ^ que la
viUe ne retournât sous la domination du roi Sighebert.
Celui-ci étant mort et Chilpéric l'ayant de nouveau
remplacé, Leudaste rentra dans les fonction^ de comte.
Mérovée étant venu à Tours, lui enleva tout ce quMl
possédait. Pondant les deux années où Siglicbert avait
tenu la ville de Tours, il s'était tenu caché en Bretagne ;
puis, remis en possession, comme nous TaTons dit, de
la place de comte ^ il s'emplit d'un tel orgueil qu'il
entrait dans la maison épiscopale couvert de sa cuirasse
et de son corselet, armé d'un carquois, une lance à la '
main et le casque sur la lète^ ne se liant à personnCi
parce qu'il élait ennemi de tous. S'il siégeait comme
juge avec les principaux du pays, soit laïques, soit
clercs^ et qu'il vit un homme soutenir son droite aussitôt
il entrait en fureur, et vomissait des injures contre les
citoyens; il faisait entraîner les prêtres les mains liées,
frappait de verges les soldats et commettait tant de
cruautés qu'à peine pourrait-on les raconter. Après le
départ de Mérovée qui lui avait enlevé sou bieui il se
porta accusateur contre nous, soutenant faussement qae
c'était par notre conseil que Mérovée s'était cm; aré de
Digitized by Google
^ LEUDASTB ACCUSE GRÉGOIRE.
ce qu'il possédait. Mais, après nous avoir causé plusieurd
dommages, il nous renouvela ses serments et jura par
la couverture du sépulcre de saint Martin qu'il ne s'élè-
verait plus contre nous.
L. <— Gomme il serait trop long de passer en revue
ses parjures et tous ses méfaits , contentons «nous
de raconter comment il voulut me supplanter par
d'odieuses calomnies» et comment la vengeance divine
s'appesantit sur lui, afin que ces paroles fussent accom-
plies : Quiconque veut supplanter sera supplanté, et
ces wktreèi Celui qui creuse la fosse tombera dedans K
Après donc m'avoir fait soutfrir bien des maux , après
avoir enlevé beaucoup des biens de l'Église^ il s'adjoi-
gnit le prêtre Kiculphe, aussi pervers et aussi méchant
que lui, et alla jusqu'à ce point de dire que j'avais accusé
la reine Frédégonde , affirmant que si Ton mettait à la
torture mon. archidiacre Platon, ou Gallien mon ami, je
serais convaincu des paroles qu'on m'imputait. Alors le
roi, irrité comme je l'ai dit, après l'avoir frappé des
pieds et des poings, ordonna qu'il fût chargé de chaînes
et renfermé dans une prison. Leudaste disait tenir ces
propos du clerc Riculphe. Ce Riculphe, sous-diacre^ éga-
lèmeni léger et inconséquent, s'était concerté depuis un
an avec Leudaste, cherchant une occasion de m'otTenser,
avec l'Intention, quand il y serait parvenu, de passer do
côté de Leudaste.Quand il eût trouvé cette occasion, il alla
le rejoindre, et, après, m'avoir préparé pendant quatre
mois toutes sortes de pié^'es et d embûches, il revint à
iProv*, cbap. ixvi, v. 27.
ijiyitizeu by G
LEUDASTE ET GRÉGOIRE. 335
mÀf de même que Leudasfe^ et me pria de le recevoir ei
gmco. Je cédai , je l'avoue, et je reçus ouvorlemoni
dans ma maison mi ennemi caché. Lors du départ do
Leudaste^ Riculphe se jeta à mes pieds disant : « Sî ta
ne me secours promptcment, je vais périr. A l'insti-
gation de Leudaste, j'ai parlé comme je ne devais
pas le faire; envoie-moi donc en d'autres royau-
mes, car si tu ne le fais pas^ je serai pris par les gens
du roi et livré aux derniers supplices.» Je lui dis:
« Si tu as dit quelque chose qui ne convenait pas,
que tes paroles retombent sur ta tête; je ne te ren-
verrai pas y de peur de devenir suspect au roi.» Ce
fut alors que Leudaste se porta son accusateur, di-
sant qu'il tenait du sous-diacre Riculphe les discours
dont j'ai parlé. Leudaste» relâché» fut seulement gardé
à vue, et le sous-diacre encliaîné prétendit que Gal-
lien et l'archidiacre Platon avaient été présents le
jour ou révéque avait fait entendre ces propos. Quant
à Riculphe le prêtre', qui avait déjà reçu de Leudaste
la promesse de Tépiscopat» il en était tellement exailé
qu'il égalait en orgueil Simon le Magicien. Après
m'avoir prêté serment trois fois ou plus sur le tombeau
de saint Martin, il m'accabla de tant d'ii^ures et d'ou-
trages , le sixième jour après Pâques, qu'à grand'peine
put-il se retenir de porter les mains sur moi ; et il était
1 II faut prendre garde ù distinguer Riculphe le prêtre de
Uiculphc le sous-dtacre, l'un et l'auire ennemis de Grégoire,
mais le second iûstrament plus direct de la yengeance de
Leudaste.
' 19
32C * PERSÉCUTIONS DE LEU&ASIE.
plein de confiance dans les pièges qu'il m'avait asp-
prêtés. Le lendemain, c'est-à-dire le samedi de Pâques,
Leudaste vint dans Ja ville de Tours > feignant des'f
raidre pour tout autre chose; il se saisit dé Gallienet
de l'archidiacre Platon^ les ût charger de fers^ dépouiller
de leurs Tètements, et ordonna qu'ils Cassât menés à
la reine. J'étais alors dans la maison épiscopale. En
apprenant cette nouvelle» plein de tristesse et de trouhie»
j'entrai dans mon oratdre et j'y pris le livre des psaumes
de David afin de trouver en rouvrant quelque verset
qui m'apportât de la consolation* Jetombaisur celui-ci :
H les mena phim ^etpératweêtlewr èUiUMe crainiey
leurs ennemis ayant été couverU par la merK
pendant Leudaste^ayantoomnKnoéàtnmrser lefleuvo
sur un ponton formé de deux èaleamc attudiéf i'nn
à l'autre , celui sur lequel il se trouvait fut submer-
gé> et» s'il ne se fût sauvé en nageant» éà conrait dsque
de périr avec ses compagnons. Mais Pautre bateau, atta-
ché au premier, et portant les prisonniers eDchaûoés»^
soutint sur Feau avec la protection divine. Les captifs
furent conduits au roi, accusés vivement, et la peine ca-
{Mtale fut requise contre eux. Mais le roi» aprè§ y avfiir
pensé mûrement» les fitdélier et se borna àles rot«nir *
sous une garde libre, sans leur faire aucun mal.
. Le duc Bérulphe» de concert avec le comte Ënoome^
imagina de répandre le faux bruit que la cité de
Tours était en danger d'être prise par le roi Contran»
et «afin» dirent-ils» de prévenir toute négligence» il.
i Ptaume lxxtii» v* 5S.
Digitized by
MODESTE ET LE CLERC BICULPHfi. 39f7
Itatinèfire des gardes à la ville. » Us placèreal donc,
aux portes des gardes qui, sous prétexte de dé-
fendre la Tille, s'assurèrent en .effet de ma personne.
Us m^enToyèrent ans^ des gens qui me conseil-
lèrent de prendre en secret ce qu'il y avait de meil-
leur dans le trésor de TÉglise et de m'enfuir en Au»
vergue, mais je n'y voulus point consentir. Alors le
roi, ayant mandé les évêques de son royaume, ordonna
(fue l'afibire fût examinée avec sora. Le clerc lUculphe
était souvent interrogé en secret, et comme il débitait
contre moi et les miens ij^eaucoup de faussetés, fin cer-
lain Modeste, ouvrier en bois, lui dit : € Malheureux, qui
fsomplotes avec tant d'obstination contre ton évêque, tu
tet0i»mmui de&etaire,et de lui demander pardon pour
m objtoir ta piftce. » A ces moAs, Biculfâie se prît à
Qi^r : $t vQÂQji .un qui me conseille Mmce, pour
qn^ ne pmiinnîvje pas laidéoonverteite Âa vérJUé : c^jeni
119 ennenû de la reine; qui ne veut pas qu'on Informe
l^^trj^ ceux qui Tout accusée. » Ces paroles furent
IHHKirléd» de «Nute A la rieiae* Medeste Ait «aiai,
i^pp^iqué à la torture, flagellé, garrotté et jeté en
l\ij^g^. Tandis x|u'au milieu de la nuit il était entre
' ,4^x gfudes, enebaloé 1^ ceifxui par dâi ceps, coinme
ses gardiens s'étaient endormis, il adressa à Dieu une
Asaifion, le priant de daigner, dans sa puissance, visiter
inni malheureux; et de permettre que saint Martin,
-évêque, vint avec saint Médard délier celui qu'on avait in-
ll^temeiit euq^alii|^v^usu Inrîsa ses li^s, roij^pitlep
ceps.ottvrit la porte et se réfugia 4an8<la basilîqiie de
uiyiii^ûd by Google
S28 GRÉGOIRE DEVANT LES ÉVÈQUES.
Saint-Médard où nous étions à yeiller pendant la nuit.
Les évêqiics, assemblés à BraineS reçurent l'ordre
de se réunir dans une même maison. Le roi vint les
trouver» leur donna à tous le salut, en reçut la bénédic-
tion et s'assit avec eux; alors révèqiie Bertrand,
de la cité de Bordeaux, attaqué lui-même par le
rapport fait contre la reine, exposa Faflàire et m'inter-
pella comme auteur de Taccusation portée contre la
reine et lui. Je niai en toute vérité avoir dit ces choses^
ajoutant que d'autres pouvaient les avoir entendues,
mais que je ne les avais pas même pensées En
dehors, le peuple faisait grand bruit et disait : a Pour-
quoi impute-t-on de telles choses à Févêque de Dieuî
Pourquoi le roi poursuit-il une telle atlaire? Un évéque
anrait-il jamais pu ainsi parler, même d'un esdavet
Hélas, hélas l Seigneur Dieu, prêle secours à ton servi-
teur. » Cependant le roi disait : < L'accusation portée
contre mafemme est un opprobre pour moi. Si vous jugez
à propos qu'on produise des témoins contre Tevêque, les
voilà ici ; mais s^il vous parait préférablede s'en remettre
à la bonne foi de l'évêque, dites, et je me conformerai à
votre décision. » Tous admirèrent la prudence et la mo-
dération du roi, et comme ils s'accordaient à dire : a Un
' Brennacum.
• * Negavi ego in veritate me hxc locutumy et audisse quidem hœc
aUos, me non excogitasse. MM. Guadet et Taranne traduisent :
« que si d'autres les avaient entendus, pour moi j'y étais parfai-
tement étranger. »M. Gttértrd mettait point et Tirgale après
auditse quidem, et traduisait ainsi : «J'assurai n'avoir jamais tenu
ni entendu tels propos ; ils avaient pu entrer dans la pensée
d'autrai, non dans la mienne. »
JUSTIFICATION DE GRÉGOIRE. m
inférieur ne peut être cru sur le compte d'un évéque, »
TaOairc se borna à cela qu'ayant dit des messes sur
trois autels» je me purgeai par serment des paroles
qu'on m'imputai l; et quoique ces choses fussent con-
traires aux canons^ elles se iirent cependant en considé^
ration du roi. Mais je ne dois pas passer ici sous silence
que la reine Higonlhe^ partageant mes douleurs^ jeûna
aTec toute sa maison^ jusqu'à ce que je lui eusse fait
annoncer par un serviteur que j'avais accompli tout ce
qui m'était imposé. De retour auprès du roi, les évêques
lui dirent : « 0 roi, tout ce qui a été prescrit à l'évéque
est accompli. Que reste-t-il à faire si ce n'est de te
priver de la communion, ainsi que Bertrand^ accusa-
teur d'un de ses frères î » Et lui répondit: « Je n'ai
rapporté que ce que j'avais entendu dire. )> Et comme
ils lui demandaient qui avait rapporté ces choses» il dit
les tenir de Leudaste. Mais cdui-ci» faute de sagesse ou
de courage, avait déjà pris la fuite. Alors tous les évêques
le condamnèrent conuoe semeur de mensonges, calom-
niateur de la reine, accusateur d'un évéque, à être
exclu de toutes les églises pour s'être soustrait à leur
jagraient; on envoya des lettres aux évêques qui n'a-
vaient pas été présents, pour leur faire part de cette ré»
solution; puis chacun s'en retourna chez soi. Leudaste>
ayant appris ce qui s'était passé, voulut se réfugier dans
la basilique de Saint-Pierre de Paris ; mais, instruit de
rédit par lequel le roi défendait qu'il fût reçu de per-
sonne dans son royaume, et comme son fils qu'il avait
laissé dans sa maison venait de mourir, il se rendit se-
Digitized by Google
880 SUPPLICE DU CLERC RICULPBJE.
ctètenteiit à Toar8> et fit passer à Booiges ce qtft
avait de plus précieux. Poursuivi par les serviteurs du
i€i, il chercha son salui daos la fuite; sa femme^ ayant
été prises îdt envoyée en eu! dans le pays de Toamai ;
le clerc Riculphe fut condamné à mort; j'eus grand'
peine à obtenir sa if ie, et ne pus Teiempter des tour-
mAto. le.ne crois pas qa'aœane diose ioanîroéei au-
cun métal eût pu résister aux coups que supporta ce
■la&eureux. A latroisSème heure^ on le suspendit à un
arbre^ les mains liées derrière le dos; on le détacha à
la neuviènie^ et on Fétendit sur des roues, où il fut
frappé à coups de bâton» de verges, de courroies inises
en double ; et cela non par un on deux hommes seide-
ment;^ mais autant pouvaient approcher de ses miséra-
bles membres, autant le Irappai^t. Tandis qu'il était
dans ces tourments, il découvrit la vérité, et déclara
publiquement tout le secret de sa fourberie. U dit qu'on
avait accusé la reine afin de la faire chasser du trône^
et que Clovis, après avoir tué ses frères, pût entrer en
possession du royaume de son père, et que Leudaste en
eût le gouvernement Le prêtre Riculphe, qui, déjà du
temps du bienheureux évêque Euphronius, était ami
de Clovis , aurait demandé l'évèché de Tours, et Tarchi-
diaconat avait été promis à Riculphe le clerc. Revenu
à Tours par la grâce de Dieu, nous y trouvâmes TÉglise
mise en grand désordre par Riculphe le prêtre. Tiré
sous révêque Euphronius de la classe des pauvres, ii
avait été ordonné archidiacre; de lù élevé a la prêtrise,
il revint à son naturel, toijfjours hautain^ gonflé d'ér*
Digitized by
RETOUR DB GRéOOIRE DANS ÈÙVI DIOCÈSE. 981
gueil^ présomptueux. Taudis que j'étais avec le roi> il
entra impademnient dans la maim épiscopalej comme
s'il eût été déjà érêque ; il fit rimreiitaire de l'argeirte^
rie de réglise> s'empara de tout le reste^ fit des présents
am principaux clercs^ leur distribua des vignes, des
prés; aux moindres, il donna de sa propre main dès
coups de bâton et les maltraita de toutes les manières,
leor disant: «Reconnateses^freinattre^qiiiaolifèfRi
îayictoire sur ses ennemis, dont le génie a purgé la
ville de Tours des gens d'Auvergne, a 11 ne savait pas,
ce misérafaie^ qu'exceplè cinq, tous tes évéques qui
avaieiit occupé le siège de Tours étaient alliés de pa-
renté à notre famille j il avait coutume de dire à ses la-
miliers qu^on ne peut tromper un homme priident ^e
par des parjures. A mon retour, il continua à me té-
moigner du mépris et ne vint pas me saluer ainsi que
le firent les autres citoyens, et, comme il menaçait hao-
tement de me tuer, j'ordonnai, d'après l'avis des évéques
de la province, qu'il fût envoyé dans un moùastère.
Tandis qu'il y était étroitement renfermé, survinrent
des gens envoyés par l'évèque Félix qui avait été un
des Itotours du procès dont je viens de parler; et l'abbé
s'étani laissé tromper par des parjures, Riculphe put
s'enfuir, et alla trouver Félix, qui accueillit avec em-
pressement cet honmie qu'il aurait du tonir pour exé-
crable.
Leudaste, se retirant dans la dté de Bourges^ y eni-
porta avec lùi tous les trésors qu'il avait amassés des
dépouilles des pauvres; mais^ peu de temps après> des
m FORFAITS DE LEUDASTE.
gens de Bouffies, ayant à leur tôle le juge du lieu, se
précipitèrent daus sa demeure, et lui enlevèrent sou or,
son argent et tout c6 qu'il avait apporté, ne lui laissant
queTliabit qu'il avait sur le corps: ils l'auraient même
; tué s'il ne se lût enfui. Mais ayant reformé son parti,
il tomba, à la têle de quelques gens de Tours, sur
ces voleurs ; il en tua un , reprit une partie de ce
qu'ils lui avaient enlevé et revint dans le pays de Tours.
Le duc Bérulphe, en ayant été averti, envoya des servi-
teurs armés pour se saisir de lui. Voyant qu'il allait
être pris, il abandonna ses effets et se réfugia dans la
basilique de Saint-Hilaire de Poitiers. Le duc Bérulphe
s'empara de ses eilets et lûs envoya au roi ; mais Leu-
daste sortait de la basilique et faisait des irruptions dans
plusieurs maisons, se livrant publiquement au [)illage.
On le surprit souvent en adultère dans l'enceiate des
saints portiques. La reine, irritf*e de ce qu'il souillait
de cette manière la maison sacrée du Seigueur» ordonna
qu'il fût jeté bors de la basilique du saint. 11 fut chassé
et retourna alors chez ses hôtes de Bourges^ les sup-
pliant de le cacher.
LL — J'aurais dû rapporter plus haut mon entretien
avec le bienheureux évèque Sauve ; mais puisque je l'a-
♦ vais oublié, ce ne sera pas, je crois, un sacrilège d'en
» parler plus tard. Après le synode dont j'ai parlé, j'avais
fait mes adieux au roi, et je me préi)arais à m'en re-
tourner; mais, ne voulant pas m'en aller sans avoir dit
adieu à Sauve et sans l'avoir embrassé, j'allai le cher-
cher^ et le trouvai dans le vestibule de notre maison de
PRÉDICTION DE SAINT SAUVE. 933
Braine; je lui annonçai mon prochain départ Tandis
que^ placés à Fécart, nous causions de différentes choses,
, il me dit : a Ne vois-lu pas au-dessus de ce toit ce que j'y
aperçois moi-même t— Je n'y vois, lui répondis-je, que
la toiture supérieure que le roi y a fait récemment \
syouter. — N'y vois-tu pas autre chose? — Non, rien
autre chose. » Supposant qu'il parlait ainsi par plaisan»
tarie, j'ajoutai : a Si tu vois quelque chose de plus, dis-
le moi. » £t lui^ poussant un profond soupir^ me dit:
« le vois le glaive de la colère divine suspendu sur
cette demeure. » Et véritablement la prédiction de Té-
vêque ne fut pas menteuse, cary vingt jours après, mou-
rurent, conmie nous rav(»is dit^ les deux fils du roi.
.^lyui^ud by Google
Digitized by Gopgle
J
LIVRE VI
^ ij ... L.y
Google
SOMMAIRE DU LIVRE YI,
I* OiAdeberC teità Chilpéric; faite de Hnumiole.— ii. Lee ambatndeon
de ChUpéiio refieonent de l*Orient.— m. Ambassade de Cbildebert à
l'hilpéric. — IV. Comment Loup s'enfuit du royaume de Childebert. —
V. Discussion avec un juif. — vi. Le reclus saint Hospiiius, son abstinence
et seg miracles. — vu. Mort de Ferreol, evèque d'L'zès. — viii. Le reclus
Éparque» de 1» eité d*Angoulème. — ix. Domnole, éTèqae du Mans.-»
z. Effraction dans la basilique de Saint-Martin.— zz. L'évèque Tbéodose
et Dynamius. — xn. Armée envoyée contre les gens de Bourses. —
XHi. Assassinat de Loup et d'Ambroise, ciioyens de Touis. — xiv. Appa-
rition de divers prodiges— XV. Mort de i'evèque Feiiz.— xvi. Pappolène
reprend sa feume.—xvii. Juif! convertis par le roi Cfailpértc— ZTin. Les
ambassadeurs de Chilpéric reviennent d'Espagne-— xiz. Les gens de Ciàh
péric sur la rivière d'Orge.— XX. Mnrt du duc Chrodin.— xxi. .Apparition
de divers signes. — xxii. L'évêque Chartier. — xxiii. Naissance d'un fils au
roi Cbilpéric. — xxiT. Embûches de i'evèque Thierry; Gondowald,— >
zzv. Apparition en œs mêmes temps de signes et de prodiges.— zzn. Le
dno Qontran et Mummole. — • nvii. Le roi Chilpéric entre dans Paris.
XXVIII. Le référendaire Marc. — xxix. Les religieuses du monastère de
Poitiers et les prodiges qui s'accomplirent dans le monastère de Sainte-
Radegonde< — xxx. Mort de l'empereur Tjbére. — xxxi. Des grands maux
que le roi Chilpéric fit et fit faire dans les cités de son fr^re*— zzzn. Mort
•le Leudaste.— xxxiii. Sauterelles» maladies* présages.— xxxiv. Mort du
fils de Chilpéric appelé Thierry. — xxxv. Meurtre du préfet Mummole,
femmes assassinées. — xxivi. L'evèque Etborius; débauches d'un clerc. —
zxxvii. Mort de Lupentius, abbé du Gévaudan. — xxxviii. Mort de l'evèque
Théodose* son snecesseur^zim. Mort de fioni, évèque de Bourges;
incendie de la ville ; élévation de Sulpice à l'episcopat-— xl. Disçussioa
entre nous et un hérétique. — xli. Le roi Chilpéric s'en va à Cambrai avec
ses trésors.— iLii. Childebert va eu Italie. — XLiii. Les rois de (Jaiicf.—
xuv. Sigues divers.— XLY. Noces de Rigouthei ûile de Chilpéric— xlvi.
Mort de Ghilp'ério.
I
LIVM SIXIÈME
L— La sixième année de son règne» le roi Gbildebertj
rejetant Talliance de Contran, s'unit au roi Chilpéric.
Gogon mourut peu de temj>s après, et Waudeiin fut
mis à sa place. Munimole s'enfuit du royaume de Gon*
tran et alla s'enfermer dans les murs d'Avignon. Un
synode d'évéques s'assembla à Lyon ; il décida diverses
questions et condamna ceux qui avaient le plus grave-
ment manqué à leurs devoirs. Puis il se rendit auprès
du roi et s'occupa beaucoup de l'atfaire du duc Mum-
mole, et de diverseft querelles alors pendantes.
II. — Cependant les envoyés du roi Chilpéric, partis
trois ans auparavant pour aller vers l'empereur Tibère,
revinrent non sans avoir souffert beaucoup de maux et
de faligues; car n'ayant pas osé^ à cause des discordes
des rois^ aborder au port de Marseille, ils se dirigèrent
vers Agde, située dans le royaume des Gotbs ; mais avant
qu'ils eussent atteint le rivage» leur navire» poussé par
les vents, fut jeté contre terre et brisé en pièces. Les en»
voyés se voyant en danger, ainsi que leurs serviteurs,
s'attachèrent à des plandies et arrivèjrentà grand'peine
sur le rivage. Plusieurs de leurs gens périrent» mais la
Digitized by Google
*
338 ' BETO0R DES AMBASSADEURS DE CHILPÉRIC. '
plupart échappèrent. Les habitants du pays s'emparè-
rent de çeux de leurs eUets que les vagues avaient re-
jetés sur la rive. Us recouvrèrent les plus précieux et
les portèrent au roi Chilpéric. Tovitcfois les gens d'Agde
en retinrent une bonne partie* J'allar^ en ce temp^ voir
le roi à sa villa de Nogent ^ n nae montra un grand
bassin d'or, orné de pierres précieuses et pesant cin-
quante livres qu'il avait iaii fabriquer; il me dit : « J'ai
fait faire cela pour honorer la nation des Francs et
lui donner de l'éclat; si Dieu me œnserve la vie. J'en
ferai bien d'autres. » Il me montra aussi des pièces
d*or, chacune du poids d'une livre, que lui avait en-
vo^^ées l'empereur et portant d'un côté, son image avec
cette légende circulaire : Tibbrii Constantini. Pbipbtuu
. AuGUSTi. Sur l'autre face était un quadrige avec son
conducteur; on y voyait écrits ces mots: Gloru. Ro-
MANORBM. Il me montra encore beaucoup d'autres objets
précieux apportés par ses envoyés./
IIL— Tandis que Chilpéric résidait encore dans cette
villa, Gilles, évéque de Reims, vint en ambassade vers
lui avec les premiers de la cour de Gbildebert« Ils cou-
4
vinrent de chasser de son royaume le roi Gontran, et
de s'unir par une alliance durable; ensuite le roi Chi^
péric dit: « Mes péchés se sont accumulés, et il ne m'est
pas demeuré de fiis, ni aucun héritier qui puisse me
survivre, si ce n'est le iils de mon frère Sighebert» le
roi Ghildebert ; il héritera donc de tout ce ({ue je pour-
rai amasser par mes travauxi pourvu seulement que»
Digitizeu Ly v^jQOgle
LE DUC LOUP CHAS$£ D'APSTBASIE. d80
■
tant que jeyîvrai, je jouisse de tout sans crainte et
sans dispute. » Eux le remercièrent^ et ayant signé
les traités, confirmèrent leurs promeees^^et retournè-
rent vers Childobert avec de grands présents. Ceux-ci
partis^le roi Ciiiipéjcic envx»ya révêque Leudovald et les
principaux 4^ son royaume qui reçurent et prêtèrent
serment^ ratiiièr^t les traités et revinrent avec des
présents. '
IV.~ Cependant Loup^ duc de Champagne, était con**
tinuellement insulté et' pillé par 9es ennemis, surtout
par Ursion et fiortfried. Ils convinrent enfin de le tuer^
et firent marcher une armée contre lui. La reine Bru-
nehaut, affligée de Tii^uste persécution qu'on faisait
subir à un de ses fidèles^ s'arma alors d'un mftle cou-
rage, et se précipita entre les troupes ennemies, disant :
« Gardez-vous, guerriers, gardez-vous de commettra
cette mauvaise action et de persécuter un innocent;
gardez-vous, pour un seul honuue, de livrer un com-
bat qui ruinera tout le pays. » Ursion répondit: « Éloi-
gne-toi^ femme, et qu'il te suffise d'avoir régné au
temps de ton mari. C'est maintenant ton fils qui rè-
gne ; c'est notre appui et non le tien qui protège le
royaume. Éloigne-toi de nous, de peur que les pieda
de nos chevaux ne t'écrasent contre terre. »
Ces discours et d'autres semblables se prolongèrent
longtemps ; enfin, la reine, par son habileté, parvint à
les empêcher de combattre: maison s'éloignant^ ils en-
trèrent de force dans la maison de Loup, enlevèrent tout
80D argent, sous prétexte de le remettre au trésor du
940 LE JUIF PRISCUS.
roî, et l'emportèrent avec eux, proférant des menaces
contre le duc^ el disant : a 11 n'échappera pas vivant
de nos mains. » Voyant le danger qu'il courait, Loup
mit sa femme en sûreté dans la ville de Laon^ et s'eft*
fuit vers le roi Contran qui le reçut avec bienveillance^
et le garda «près de lui cachée jusqu'à ce que Ghilde-
bert fût en âge de régner.
y. ^ De logent où il était^ comme je i'ai dit, le roi
Chilpéric ordonna qu'on fît partir les bagages, et se
disposa à venir à Paris. Comme j 'étais allé lui faire mes
adieux, vint un certain Juif> nommé Priscus, familier
avec le roi qui achelait par son intermédiaire des
joyaux d'or et d'argent. Le roi l'ayant pris doucement
par la chevelure , s'adressa à moi , et me dit : a Viens,
prêtre de Dieu y et impose lui les mains. » Comme
l'autre résistait^ le roi reprit : « Esprit dur et race tou-
jours incrédule, qui ne comprend pas le Fils de Dieu
que lui a promis la voix de ses prophètes^ qui ne
comprend pas les mystères de l'Église figurés par
8^ sacriûces ! d Alors le Juif lui dit : « Dieu n'a pas
besoin de se marier; il ne s'enrichit point de posté-
rité, et ne souffre point de compagnons de sa puis-
sance; il a dit par la bouche de Moïse : Considérez que
je svii le Dieu unique, qu'il n'y en a point d'autre que
moi seul: c'est moi qui fais mourir, et c'est moi qui
foie viwre; d'est moi qui blesse, et c'est moi qui guéris '. i
Le roi répondit : « Dieu a engendré s[)iriluellementi
dès réternité, un ûis qui n'est pas plus jeune d'âge
* DmI., chaj^. XXXII, 39.
Digitized by Gopgle
LE JUIF ET GRÉGOIRE. 341
que lui , pas moindre en puissance , et a qui il a dit :
Je vous ai engendré de mon sein avant Véloile du
jourK Celui donc qui était né avant les siècles a été
envoyé dans les derniers siècles du monde pour le
guérir , comme dit ton pro[)hète : // envoya sa parole
el U les guéril*. El quand tu prétends qu'ji n'engendre
pas^ écoute ton prophète parlant au nom du Seigneur:
Moi qui fais^ dit-il, enfanter les autres, n'enfanterai-
je pas aussi moi-même*? par où il entend le peuple
régénéré en la! par la foi. » Le Juif répondit : «Est-
ce que Dieu peut étieiail homme, naître d'une femme^
être frappé de verges, et condamné à mort?» Le roi gar- '
dant le silence, j'intervins en ces ternies dans la discus-
sion : d Si le Fils de Dieu s'est fait homme^ ce n'est pas
pour lui^ mais [iournous; car il ne pouvait racheter
l'homme du péché et de Tesclavage du démon, auxquels
il était soumis^ sll ne se fût revêtu de rhumanité» Je ne
prendrai pas mes témoignages dans les Évangiles et
dans les apôtres^ auxquels lune crois pas^ mais dans
tes livres mêmes ^ afin de te percer de ta propre épée,
comme on lit qu'autrefois David a tué Goliath. Apprends
donc d'un de tes prophètes que Dieu devait se faire
homme : Dieu est homme, dît-il^ et qui ne le eonnaU
pas? £t ailleurs : C'est lui qui est noire Dieu^et nul
autre ne subsistera demnt lui C'est lui qui a trouvé
les voies de la vraie science, et qui l'a donnée à Jacob,
son serviteur f et à Israël, son bien-aimé : après cela ,
1 Psaume ciz, 4.** Ptawm CTf» 30.—* UtXe, chap. lzvi,
9. *
Digitized by Google
dis LE JUIF ET GRÉGOIRE.
il a été vu sur la terre, et il a conversé avec h$
hommes ^ » £t sur ce qu'il est né d'une vierge ,
écoute anssi ton prophète, lorsqu'il dit : Unè vier^
eoncevera, et elle enfanlera un fils qui sera appelé
Emmamtel, e'ut-éHlire Dieu avec nousK Et, par rap-
port à ee qu'il devait être frappé de verges, attacbé
avec des clous, et soumis à d'autres injures^ un autre
prophète a dit : lis ont pereé mes mains et nies pieds,
et ils ont partagé entre eux mes habits Et encore :
lis m'ont dotmé du fiel pour ma nourriture et, dans
ma soif. Us m^ont présenté du vinaigre à boire \ El
parlant de lacroix à laquelle il devait être altaclié^ pour
sauver le monde > et le délivrer de la domination do
diable, pour le ramener sous sa puissance , David a dit
encore : Dieu régnera par le bois; non quH n'eîu régné
auparavant avec son père, mais parce qu'il a pris, par
le boiSj la souveraineté sur son peuple^quil avait délivré
de ta servitude du diable. Le Juif répondit : a Qui
« obligeait Dien à souffrir ces choses? » A quoi Je ré-
pliquai : « Je t'ai déjà dit que Dieu avait créé l'homme
innocent) mais qae, trompé par la malice du serpent,
il avait prévariqué contre ses ordres ; en sorte que, re-
jeté du Paradis^ il avait été condamné aux travaux de
ce monde, et qu'ensuite le Christ, Fils unique de Dieu,
l'avait» par sa mort, réconcilié avec son Père. » — a Dieu,
dit le Juif, ne puuvait-il envoyer des prophètes ou de»
t Bamteh, chap. m, 86, 37, 38.
iJtiU'tf, chap. Yxi, 14.— JSvan^. selon saint Math., cli.i,v.23.
3 Psawmê xzi» 18, 19.
* Fmum Lxnii, 36*
Digitized by
LE JUIF ET MÉGOIRE. 848
apôli es qui ramenassent Thomnie dans la voie du salut,
sans se rabaisser lui-même jusqu'à être fait chair
jeluî distaLe genre humainaiotyours péché dès le com-
mencement, sans s'être jamais laissé épouvanter ni par
rioondaiioxi du déluge^ ni par Tincendie de Soddme,m
parles plaies d^gypte, ni par les miracles qui ont cou-
vert les eaux de la mer et du Jourdain. Toujours il a ré-
sisté' à laloi de Dieu» a refusé de croire aux prophètes; et
non-seulemenl il n'y a pas cru, mais il les a mis à mort
quand ils lui prêchaient la pénitence : ainsi donc> si Dieu
lui-même n'éiaitdescendn pour les racheter^aucun autre
ne fiouvait accomplir la rédemption. Nous avous été ré-
générés par sa iiaissance» layés par son baptême, guéris
par ses blessures, relevés par sa résurrection, glorifiés
par sou ascension ; et pour nous faire entendre qu'i^
devait venir nous guérir de nos maladies, un de tes phH
phètes a dit : Nous avons été guéris par ses meuririS'
sures K Et ailleurs : Il a porté les péchés de plusieurs,
et il a prié pour les violateurs de la. toi*, £t en-
core : Il sera mené à la mort comme une brebis
qu'on va égorger ; il demeurera dans le silence, sans
ouvrir la bouche, comme un agneau est muet devant
celui qui le tond. Il est mort au milieu des douleurs^
ayant été condamné par des juges. Qui racontera sa
génération? Son nom est le Seigneur des arm^*,
Jacob, de qui tu te vantes de sortir, dit en bénissant son
liis Judà, comme s'il parlait au Christ, Fils de Dieu :
1 iMiàe, cbap. LUI. y, 5. — ' 16., 12.
* 16., chap. uii , y. 7 et 8 ; chap. uv, y. 5.
Digitized by Google
344 LE JUIF REBELLE A LÂ FOI.
Les enfants de voire frère vous adoreront, Juda e$t
un jeune lion. Vous vous êtes levé, mon fils^ pour
ravir la proie; en vous reposant, vous vous êtes
couché comme un lion et une lionne. Qui osera le
réveiller? Ses yeux sont plus beaux que le vin, ei
ses dents plus blanches que le lait. Qui osera h ré"
veiller * Ei quoique lui-iuème ait dit : J'ai le poit-
voir de quitter ma «te, et fai U pouvoir de la rO'
prendre ^ Paul Tapôtre a dit : Si vous croyez de cœur
que Dieu a ressucité Jésus d'entre les morts vous eerez
sauvé^. Nous lui dîmes ces choses et plusieurs autres^
sans que ce maliieureux pût être touché de la foi-
Gomme il se taisait, le roi^ voyant qîie ces paroles ne
faisaient i>oint d'clîet sur lui, se retourna vers moi,
et demanda avant son départ à recevoir la bénédiction^
disant : a Je te répéterai^ ô évêque, ce que dit Jacob à
range avec lequel il s'entretenait : Je ne vous laisserai
point allér que vous ne m'ayez béni ^. En pariant
ainsi, il ordonna qu'on lui apportât de Teau^ et quand il
se fut lavé les mains, nous fîmes une prière, reçûmes la
pain, et ayant rendu grâces à Dieu J'en pris moi-même
et j'en offris au roi, puis après avoir bu le vin^nous nous
séparâmes en nous disant adieu. Le roi monta à cheval,
et s'en alla à Paris avec sa femme, sa Me et toute sa
maison.
•
t Oenhe, cbap. uz, 8, 9, 12. * '
s Évang, selon saint Jean, chap. z, 18.
* Épître de saint Paul auz Romains, chap* z, 9*
^ Genén, chap. zzzn^ t. 90.
Digitized by Google
LE RECLUS IIOSPTTIUS. 345
VI. — U y avait; en ce temps^ dans la cité de Nice un
reclnS; nommé Hospitius, homme d'une grande absti-
nence^ qui serrait sou corps à nu dans des chaînes de
fer, portait par-dessus un cilice, et ne mangeait rien
autre chose que du pain et quelques dattes. Dans les
jours du carême^ il se nourrissait de racines d'une herbe
d^gypte à l'usage des ermites de ce pays et que lui
apportaient les négociants. Il buvait d'abord le bouillon
dans lequel il les avait fait cuire et les mangeait plus
lard. Dieu daigna opérer par lui de grands miracles ; car^
à un certain moment, l'Esprit saint lui ayant révélé
rarrivée des Lombards dans les Gaules, il la prédit en
ces termes : a Les Lombards viendront dans les Gaules
et dévasteront sept cités, parce que leurs méchancetés
se sont accumulées devant les yeux du Seigneur, que
personne n'entend, personne ne recherche Dieu> per-
sonne ne fait de bonnes oeuvres ponr apaiser la colère
de Dieu. Car tout le peuple est infidèle, adonné au
paijure, livré au vol^ prompt à rhomicide^ et ne pro-
duit aucun des fruits de justice. On ne paye pas les
dîmes^ on ne nourrit pas les pauvres^ on ne couvre
point ceux qui sont nus, on ne donne pas Thospitalité
aux voyageurs, on ne fournit point à leur faim des
aliments suffisants ; de là est survenue cette plaie. Je
TOUS le dis donc^ rassemblez tout ce que vous possédez
dans Tenceinte des murs, aûn que les Lombards ne
vous l'ealèveni pas^ et songez à vous défendre vous»
mêmes dans des lieux très-forts, yt Lorsqu'il eut pro-
noncé ces paroles, tous demeurereat stupéiaits^ et, après
Digitized by Google
346 HOSPIXIUS ET LES LOMBARDS.
.lui avoir dit adieu, s'en retournèrenl chez eux dans une
^ando admiration. Il dit aussi aux moines : « Partez de *
ce lieu et emportez avec tous tout ce que vous avez,
car voîlà que s'approchent les peuples que je vous ai
prédits, p £t comme ils lui disaient : a Très-saint père^
nous ne tfabandonnerods pas, i» il leur répondit : « Ne
craignez rien pour moi, car il arrivera qu'il me
feront souffîrir des injures, mais ne me maltraiteront
pas jusqu*à la mort, d Les moines s^étânt éloignés, les
Lombards arrivèrent, et, dévastant tout sur leur passage
parvinrent au lieu où était reclus le saint de Dieu. M sé
montra par la fenêtre de sa tour. Ceux-ci, enveloppant sa
demeure^ cherchèrent une porte pour arriver jusqu'à
lui et ne purent la trouver ; alors deux d'entre eux
montèrent sur le toit, le découvrirent, et, voyant le
reclus entouré de chaînes et vêtu d'un cilice, ils dirent :
c C'est un malfaiteur; il a commis quelque meurtre,
c'est pourquoi il est lié de ces chaînes. » Et, ayant
appelé un interprète, ils lui firent demander quel mal
il avait fait pour être condamné à un tel supplice. Lui
s'avoua homicide et coupable de tous les crimes. Alors
un de ces barbares tira son épée pour l'en frapper à la
tête; mais le bras qui voulait porter le coup se. roidit,
demeura suspendu, et, lâchant l'épée, la laissa tomber
à terre. Ses compagnons, à cette vue, poussèrent de
grands cris vers le ciel, priant le saint de leur indiquer,
dans sa clémence, ce quils devaient faire; alors celui-ci
imposant au Lombard le signe du salut, rendit le mou-
vement à son bras. Cet homme, converti sur le lieu
Digitized by CoOgI(
MIRACLES O'HOSPITIUS. . 347
même, fit lansnrer,.et, maintenant, c'est un moine • *
plein de ferveur. Deux des cheis lombards qui écoutè-
rent les paroles du saint rentrèrent sains et saufs dans
leur patrie; quant à ceux qui méprisèrent ses enseigne-
ments, ils périrent misérablement dans la ProTince
même. Husieurs d^entre eux, saisis par les démons,
s'écriaient : « Saint homme et bienheureux, pourquoi
nous tourmenter et nous brûler ainsi? » £t lui les gué-
rissait, en leur imposant les mains.
n 7 eut ensuite un habitant du pays d'Angers^ à qui
une grande fièvre avait fait perdre la parole et Touîe,
et qui, guéri de sa lièvre, était demeuré sourd-muet.
Un diaere de cette province, ayant été envoyé à Rome
pour y chercher des reliques des bienlieureux apôtres
et des autres saints qui protègent cette ville, arriva au
lieu qu'habitaient les parents du malade ; ils le prièrent
de vouloir bien prendre celui-ci pour compagnon de
son voyage, dans -la confiance que, sll arrivait au sépul-
cre des bienheureux apôtres, il pourrait être immédia- '
tement guéri. Dans leur route, ils vinrent au lieu qu'ha-
bitait le bienheureux Hospitius. Le diacre^ après Tavolr
salué et embrassé, kii déclara la cause de son voyage,
lui dit qu'il allait à Uome, et pria le saint hoilime de
le recommander à des marins de ses amis. Pendant
qu ils demeuraient en ce lieu, le saint homme sentit
r^rit du Seigneur lui communiquer sa vertu^ et dît
au diacre : « Je te prie de m'amener le malade qui
faccompagne dans ton voyage. » Et le diacre, s'étant
rendu sans délai à son logis, trouva son malade avec
Digitized by Google
348 LE SOURD-MUET GUÉRI.
la lièvre, et, faisant connaître par signes qu'il éprouvait
un tintement dans les oreilles, il le conduisit au saint
de Dieu. Celui-ci, le prenant par les cheveux, lui attira
la téte dans sa fenêtre, prit de Thuile sanctifiée par la
bénédiction, et, lui tenant la langue de la main gauche,
lui versa cette huile dans la bouche et sur le sommet
de la tête, disant : a Au nom de mon Seigneur Jésus-
Christ, que tes oreilles soient ouvertes, que ta langue
soit déUée par cette puissance qui délivra autrefois
un sourd-muet de la méchanceté des démons ; o et,
en même temps> il demanda à cet homme son nom,
oelui-d répondit à haute voix : « Je m'appelle un tel. »
Ce qu'ayant vu le diacre, s'écria : a Je te rends des
grâces infinies^ ô Jésus-Christ, qui as daigné mani-
fester de telles choses par ton serviteur. J'allais cher-
cher Pierre, j'allais chercher Paul, j'allais cherclier
Laurent et les autres qui ont illustré Rome de leur
sang : ici je les ai tous trouvés, ici je les vois tous. »
Comme il prononçait ces paroles avec beaucoup de
larmes et d'admiration, l'homme de Dieu, qui évitait
de toutes ses forces la vaine gloire, lui dit : « Tais-toi,
tais-toi, très-cher frère; ce n'est pas moi qui ai fait
ces choses, mais celui qui a formé le monde de rien,
et qui, pour nous, s'étant fait homme, a donné la vue
aux aveugles, l'ouïe aux sourds, la parole aux muets,
qui a rendu aux lépreux leur peau naturelle, aux
morts la vie, et accordé à tous les infirmes une abon-
dante guérison. i» Alors, le diacre, plein de joie, lui
dit adieu et s'en alla avec ses compagnons.
Digitized by Gooql
Après leur départ, un certain Dominique (tel était son
nom), aveugle de naissance^ viot pour éprouver la vertu
des miracles du saint. Après qu'il eût demeuré deux ou
trois mois dans le monastère^ adonné au jeûne et à
roraisoD, Phomme de Dieu l'appela yers lui et lui dit:
«Veux-tu recouvrer la vue? — Je voudrais, répondit
celui-ci^ connaître une chose inconime^ car je ne sais
pas ce que c'est que la lumière; je sais seulement que
tous célèbrent ses louanges, mais, depuis le commen-
cement de ma vie jusqu'à présent^ je n'ai pas eu le bon-
heur de la voir. » Alors le reclus, faisant sur ses yeux,
avec de l'huile bénite, le signe de la sainte croix, s'é-
cria : «t Au nom de Jésus-Christ, notre Rédempteur, que
tes yeux soient ouverts ! » et sur-le-champ les yeux de l'a-
veugle furent ouverts. £t il admirait, il contemplait les
grandes œuvres de Dieu que le monde présentait à sa vue.
On amena aussi à Uospi tins une femme qui, comme elle
le disait elle-mémeavecde grands cris, était possédée de
trois démons. L'ayant bénite par un saint attouchement,
et lui ayant fait sur le front le signe de la croix avec de
l'huile sainte, il la renvoya délivrée ; il guérit de même
par sa bénédiction une jeune ûiie tourmentée de i'eS'-
prit immonde. Le jour de sa mort approchant, il appela
à lui le prieur du monastère et lui dit: a Apporte des
outils de fer pour ouvrir la muraille, et envoie des
messagers ~à l'évéque de la cité pour qu'il vienne
m'ensevelir, car dans trois jours je quitterai ce monde
et j'irai au repos qui m'attend et qui m'a été promis
de Dieu. » Lorsqu'il eut fait entendre ces paroles, le
1. 90
Digitized by Google
S60 MORT 00 ^fiCLUS.
prieur du monastère envoya à Tevêque de Niçe des gens
pour l'en Instniire. Alors m ceriém Creççe^ j^'apfMrp-
eha de sa feoètre; et le voyant chargé de chaînes et
rem|>li dç vers^ lui dU: a 0 mon seigneur i conunei^t
peui4u supporter anrep tant 4e courage un si rigou-
reux tourment î » Il lui répondit : « Celui pour la
^ire de ^ je souffre ck<m^ jm dpane de Ifi
lèrce. Mais je le dls^ mes liens se relâchent^ et je vais
au lieu du repos. » Le troisitine jour venu, il détacba
ses chaînes^ se prosterna en oraison; et après avoir prié
longtemps avec larmes, se plaça sur un banc, étendit
les jambes, et, levant les mains vers le del, rendit
grâces à Dieu et loi remit son esprit ; et aussitôt dispa-
rurent.tous les vers qui pénétraient ses saints iriembrey.
Lfévéque Anetadius, étant arrivé, fijlen^yeiUravec beau-
coup de soin ce bienhenrem corps. J'ai appi^iseesdétails
de la bouche du sourd-muet qu'il avait guéri, ainsi que
je Tai rapporté; celui-ci me raconta de liU encore bien
d'autres miracles. Maïs je ne les citerai pas, parce que
^ appns que la vie d'Hospitiu^ a été éçriie par plu-
sieurs autres auteurs ^
Vil. — £a ce temps mourut Ferréol, évèque d'jUzès,
tionune d'une grande sainteté, plein de sagesse et d'in-
telligence, qui avait composé quelques livres d epitres
À la manière de Sidoine. Après sa mort, Alhin, ex-
* On voyait encore au xviic siècle, dans la cathédrale de
Kice, le tombeau de cet ermite ; la tour qu'il habitait, située
sur une petite péninBule à une lieue environ de Nice, portait
ie nom de 8an Soipir»
Oiaitized b\
*
EPARQU£ D'ANGOULÉME. - m
prétei, obtint 9 avec l'aide de Dynamius, redeiir de la
Province, Tépiscopat sans le consentement du roi; et
landis qae.ron s'èccopait de le déposséder^ il moimit
après une jouissance de trois mois. Joviii, autrefois rec-
teur de la Province^ fut, par les ordres du roi, él6Té à
eet épiseopat ; mais il fa! |>ré?enu par le dlâcre Mtitcdl,
fils du sénateur Félix, qui, dans uue assenabiée des
éfrê^es de la Province, fut sacré, évéque par le conseil '
de Dynanrins. lovin voiulant ensuite le chasser par force,
Marcel se renferma dans la ville et tâcha de se défendre.
Mais, se sentant le plus faible, 0 l'emporta pat des pr6* .
senis.
VIU. — > Alots mourut aussi, à Ângonlème, le redas
Éparque, homme d'une éclatante stfinteié, par l'entre-
mise duquel Dieu manifesta un grand nombre de ini»
racles, dont je passerai plusieurs sous silence , me ecm-*
tentant d'en raconter quelques-uns. II était natif de la
ville de Périgueux; mais s'étant mis en religion, il fat
fût clerc, et vint à Angouléme où il se bâtit une eellnle.
Là, entouré d'un petit nombre de moines, il se livrait
assidûment à Toraison. Si on lui apportait de Ter on de
l'argent, il l'employait soit aux besoins des pauvres,
soit à la rédemption des captifs. Jamais, de son vivant,
on ne fit cuire de pain dans sa cellule, les dévots lui m
apportaient autant qu'il en avait besoin. Il racheta de
leurs ollVandes un grand nombre de captifs ; il détruisil
le venin des pustules malignes souvent par le signe de
la croix, chassa par ses oraisons les démons du corps
des pu:}&cdéS| et idusicur5 fois lu cbarmd de sa parole fut
• ■
Digitized by Google
393 MIRACLE D'£PARQU£,
pour les juges moins une prière qu'un ordre qui les
forçait d'absoudre les coupables, car il avait un si doux
langage que lorsqu'il leur demandait un pardon, il leur
était impossible de le refuser. On avait, en ce temps,
condamné à être pendu, pour vol, un homme que les
habitants du pays accusaient encore d'autres crimes,
tant vols qu'homicides. Lorsqu'Éparque le sut, il en-
voya un de ses moines prier le juge^ de lui accorder la
vie de ce criminel. Hais le peuple en courroux s'écria
que si on délivrait cet homme, il n'y aurait de sécurité
ni pour le juge» ni pour le pays , en sorte que le cri-
minel ne put être déhvré. L'homme fut donc étendu sur
des roues, frappé à coups de verges et de bâton, et con-
damné au gibet. Comme le moine revenait plein de
tristesse rendre cette réponse à son abbé : <t Va, lui dit
celui-ci, et regarde de loin; car je sais que Dieu me
donnera en présent celui que les hommes n'ont pas
voulu me rendre, et quand tu le verras tomber,
prends-le et conduis-le tout de suite au monastère. » Le
moine obéit; alors Éparque se prosterna en oraison, et
pria Dieu avec larmes jusqu'à ce que le poteau et les
chaînes s'étant rompus, le pendu tomba à terre. Le
moinele prit et l'amena à l'abbé sans aucun maU Celui-
ci, rendant grâces à Dieu, fit venir le comte, et lui dit:
« Tu avais coutume, mon cher fiis, de m'entendre d'un
esprit bienveillant; pourquoi ai^jourd'lmi t'es-tu ob-
1 C'ett^k-dire le comte» comme on le Terra par un autre pas-
sage. Judex et com«t sont souTent synonymes. (Voir l'Éiud$
géographiguê.)
I
i
I
Digitized by Gopgle
BOMNOLE; ÉVÉQUE ÛU MANS. 868
stinc à ne pas relâcher un hommedont je tedcmandais
la Tie ? — Je t^écoute toujours volouliers* saint prêlre,
lui répondit le comte, maïs le peuple s^est soulevé^ et je
n^ai pu faire autrement dans la crainte qu'il ne se ré-
voltât contre moi. — Quand tu ne m'écoutais pas^
Dieu a daigné m'entendre, et a rendu à la vie celui
.que»tu avais envoyé à la mort. Le voilà plein de santé
en ta présence. » Comme il disait ces mois^ le comte
se prosterna à ses pieds^ stupéfait de voir en vie celui
qu'il avait laissé aux portes de la mort. Je tiens ce fait
de la bouche même du comte. Éparque a accompli beau-
coup d'autres miracles qu'il serait trop long de rap-
porter. Après quarante<]uatre ans de réclusion, il fut
pris d'une petite fièvre et rendit l'esprit. On le tira de
sa cellule pour Tensevelir, et ses obsèques furent sui«
viesd'une troupe nombreuse de gens qu'ilavait rachetés.
IX. — Domnole^ évèque du Mans^ tomba malade. Du
temps du roi Clotaire» il avait gouverné le couvent de
moines de la basilique de Saint-Laurent de Paris ; et
comme, du vivant même de Childebert l'ancien, il était
toujours demeuré fidèle a Glotaire » et avait souvent
cacbé les messagers que celui-ci envoyait pour épier
ce qui se passait, le roi cherchait un lieu où il pût
l'élever aux honneurs du pontificat. L'évéque de la cité
d'Avignon étant sorti de ce monde, le roi formate pro-
jet de nommer Domnde à sa place; mais le bienheu-
reux, à cette nouvelle, se rendit à la basilique de saint
Martin, évéque, où le roi Glotaire était venu prier, et
ayant employé toute la nuit en oraisons, il fit demander
354 EPISCOPAT DE DOMNOLE.
au roi^ par les grands qui se trouvaieui auprès de lui,
de ne pas Féloigner de sa présence comme un captif >
et de ne pas exposer sa simplicité aux peines qu'elle
aurait à souffrir parmi des sénateurs sophistes et des
juges philosophes, l'assurant que ee si6ge serait pour lui
un lieu d'humiliation plutôt que d'honneur. Le roi ob-
tempéra à son désir, et lorsqulnnocent^ évêque, dii
Mans, passa de ce monde enTautre, il lui donna le siège
de cet évêque. Domnole, arrivé à i'épiscopat, déploya
. tant et de tels mérites que, arrivé au comble de la plus
haute sainteté, il rendit au boiteux l'usage de ses jambes,
à Taveugle celui de la vue. Après vmgt-deux ans d'épis-
copat, se Toyant cruellement tourmenté delà jaunisse
et de la pierre, il choisit pour successeur l'abbé Théo-
dulphe. Le roi confirma ce choix par son consentement
Mais peu de temps après, changeant d'avis, il fit élire à
la même place Badégésile, maire du palais royal, qui,
ayant été tonsuré, passa par les divers degrés de la clé-
ricalure, et, quarante jours après, l'évéque sortit de ce
monde et Badégésile lui succéda.
X. — En ces jours-là , des voleurs entrèrent par ef-
fraction dans la basilique de Saint-Martin, plaçant contre
^la fenêtre de Tabside un treillage qu'ils trouvèrent sur
un tombeau, et, montant par là, ils pénétrèrent en bri-
sant les vitres. Us emportèrent beaucoup d'or et d'ar-
gent, des voiles de soie, et ne craignirent pas, en s'en
allant, de poser le pied sur le saint sépulcre où nous
osons à peine ap|>Uquer notre bouche. Mais la puissance
du saint voulut frapper d'un châtiment terrible cette
VOL DANS LA BASILIQUE DE SAINT-MARTIN. 355
témérité; car ceux qui avaient commis ce crime s'étant
rendos à Bordeatii, il s'éleva entre eux une querelle, et
Tun d'eux en tua un autre. Le fait s'étant découvert de
la sorte, on retrouva ce qui avait été volé, et on prit
dans leurs maisons Targenterie mise en morceaux et
les voilesde soie. Le roi Ghilpéric, averti de ce fait, or- *
donna qu'ils fussent enchaînés et oonduits en sa pré- -
sence; mais alors craignant que des hommes ne mou-
russent à cause de celui qui, durant sa vie corporelle,
àvait souvent prié en faveur de ceux qu'on voulait
mettre à mort, j'envoyai au roi une lettre de prières
pour qu'il épargnât ces hommes, puisqu'ils n'étaient
pas accusés par nous à qui en appartenait la poursuite.
Il reçut favorablement ma demande et leur accorda la
vie. Il fit soigneusement remettre en état rargentérie
qui avait été brisée, et ordonna qu'elle fût replacée dans
le lieu saint.
XI.— A Marseille, Dynamius^ récteuir dé lâ Prb^tice,
commença à tendre des redoutables embûches à i'évéque
Théodore; et comme celui-ci s'apprêtait à aller trodter
le tbi^ le i'écteur le fit saisir au milieu de la ville, et
l'accabla d'outrages ; après quoi cependant il finit jpar
lé relâcher, te clergé de Marseille complotait avec Dy-
namius pour dépouiller Théodore de Tépiscopat^ èt
comme l%véque se rendait ï^uprès dti roi Ghildehert» le
roi Contran ordonna de le retenir avec Tex-préfet Jbvih .
Le clergé de Marseille, à cette nouvelle, fut rcnipH de
joie de le sàvoir emprisonné et condamné à l'exil. Poiir
qu'il en fût toujours ainsi , et qu'il ne rentrât pas à
Digitized by Google
856 CHILDEBERT ET GONÏRAN.
Marseille, les clercs s e 1 1 1 parèrent de la maison épiscopale
firent l'inventaire des ornements lieslmésau service de
raulel , ouvrirent les portes, déponiUèrent les ceUiers
et se saisirent, comme si réveque était mort, de tout ce
qui appartenait à l'Église, porUnt contre le pontife di-
verses accusations, qui, grâce à Jésus^hrist, ont été
reconnues fausses.
Childebert, après avoir fait la paix avec Cliilpéric,
adressa des envoyés à Contran, réclamant la moitié
de Marseille que ce roi lui avait donnée après la
mort de son père, et faisant savoir qu'un refus lui coû-
terait clier i mais Goulran, ne voulant pas la restituer,
fit garder les routes de son royaume, aàa que personne
n'y pût trouver passage. Alors Childebert envoya à Mar-
seille Gondulplie, homme de naissance sénatoriales que
de domestique a avait fait duc». Comme U n'osait pas
»
i On ne saurait dire au juste si par familles sénatoriales, et la
«enne était de ce nombre, Grégoire de Tours entend celles
ani avaient été admises dans le sénat au temps de la domina-
tion romaine, ou simplement celles qui fournissaient des
membres k la curio ou sénat des villes ^^auloises, institution
qui perpétua, comme l'a fort bien fait observer M. Augustin
Thierry, les avantages du régime municipal dan» le midi de la
Les domestiques des rois Francs étaient les hommes attachét
à la personne du prince et qui logeaient dans 1 intérieur du
nalais Ils étaient sous les ordres d'un chef appelé le comte dos
domeitiquet; leur condition, loin d'être servile, était au con-
traire une de» plua élevées. Les lois barbares leur donnent le
titre d'oplimoee«;les principaux d'entre eux servaient dans les
' nlaids ou cours judiciaires du prince : cY-taient, en un mot, des
fidèles plus spécialement attachés au service de leur seigneur,
nu reste cette signification du mot âometHqw s'est perpétuée
dans le moyen âge et jusque vers la ^ du xvii- «i^ie; lea
jeunes gens q^ui recevaient dans un château leur éducation
LE RECTEUR DYNAMIUS. 357
traverser le royaume de Contran» îl vint à Tours. Je le
reçus avec amitié et retrouvai eh lui un oncle de ma
mère ; je le retins cinq jours avec moi, et après lui avoir
donné ce qui lui était nécessaire, je le laissai aller; il
continua sa route, mais Dynamius ne permit pas qu'il
entrât dans Marseille > ni que révêque qui venait
avec Gondulphe fût reçu dans sa cathédrale. D'accord
avec le clergé, il avait lait fermer les portes de la ville
et de là insultait également Gondulphe et Théodore.
Cependant, engagé à une conférence avec le duc, il se
rendit à la basilique de Saint-Étienne, hors des murs
de la ville; les portiers qui en gardaient l'entrée eurent
soin de fermer la porte aussitôt que Dynamius y eut été
introduit, en sorte que la troupe de gens armés qui le
suivait demeura dehors sans pouvoir entrer. Celui-ci ne
s'en aperçut pas. Après avoir parlé de diverses choses
auprès de Tautel, on s'en éloigna pour entrer dans la
sacristie. Alors ceux qui se trouvaient avec Dynamius,
le voyant séparé de tous ceux qui pouvaient le se*
courir, lui adressent les plus durs reproches; puis,
après avoir mis en fuite les satellites qui, voyant qu'on
retenait leur chef, faisaient retentir leurs armes, le
duc Gondulphe réunit les principaux citoyens autour
de révêque , afin qu'il entrât avec eux dans la ville* Dy-
namius, consterné de ce qui venait de se passer, de-
manda pardon, ût au duc de nombreux présents et prêta
• chevaleresque étiient souvent appelés domestiques ou gens
de U maison, et le cardinal de Bichelieu avait'us grand nombre
de gentilshommes parmi ses domestiques.
Digitized by Google
\
368 L'ÉVÉOtrS THÉODORÊ.
serment d'être à l'avénir fidèle à Févèque et au #«t.
On lui rendit alors ses vêlements, puis les portes de la
Tille et celks des édifices sacrés furent oiïvertes; le doc
et révôque entrèrent dans Marseille, au milieu des ate-
clamalions et des témoignages de joie^ et précédés de
drapeaux en signe d'honneur. Les clercs impliqués dlilOs
le crime, et à la tête desqiîels se trouvaient Tabbé Anas-
tase et le prêtre Procule^ se réfugièrent dans la maison
dë Dynamius, demandant à celui qui les avait excités
.de leur donner un asile. Plusieurs d'entre eux, renvoyés
sous caution; reçurent l'ordre d'aller trouTer le roi. G0«
pendant Gond ulphe^ ayant remis la ville sous la puissance
de Childebert et rétabli l'évêque dans son siège ^ re- *
tourna auprès de ce roi. Mais Dynamius, oubliant lafcfi
jurée à Childebert^ envoya des messagers au roi Con-
tran pour lui dire que l'évèque lui ferait perdre la por-
tion de la cité qui lui appartenait et que jamais il nè
pourrait soumettre à sa puissance la ville de Marseille
à moins de Ten chasser. Alors , ému de colère, Contran
ordonna, malgré le respect dû à la religion, que le pon-
tife du Dieu toutrpuissaut lui lut amené chargé de liena^
disant : « Que Tentiémi de notre royaume soit envciyé
en exil^ afin qu'il ne puisse nous nuire plus long-
temps, j» Ët comme l'évéque se tenait sur ses gatdA
et qu'il n'était pas aisé de Tenlever de la ville, arriva le
jour où se fêtait la dédicace d'un oratoire rural situd
dans le voisinage. L'évéque était sorti pour se rendre à
cette féte^ lorsqu'on route il fut attaqué subitement par
des hommes armés ^i, se précipitant avec grand bruit
Digitized by Google
DISCORDE ENTRE LES ROIS. m
*
hors d'une embuscade où ils s'étaient cachés^ Tenlou-
irèrcot» 1^ jetèrenJl à bas de son cheval, dispersèrent
.f^ux qui racompagiHdeniy lièrent m senriteurs, bat-
tent ses clercs, et le mettant lui-même sur un misc-
ible cheval; sans permettre à aucun des siens de le
$uiyre> remmenèrent pour le conduire en présence
roi. Comme ils iraver.saiqnt la ville d'Aix, Pientius,
^véque do oe lieja» plein de compassion pour son frère,
lui donna des clercs pour l'assister et ne le laissa partir
^'après lui avoir fourni ce dont il avait besoin. Cepen-
diin^ les dercs de Marseille ouvrirent la maison épisoo-
i^pale, forcèrent les coffres, firent l'inventaire de plu-
/BÛBurs fis^ oli^jet^ qu'ils trouvèreni, et en transportèrent
d'autres^ans leurs maisons. Mais l'évêque ayant été con-
duit devant le roi , celui-ci ne le trouva point coupable
çt lu^ p^ripit^ç retourna dans sa ville, oà il lut reçu
avec acclamation par les citoyens. De là naijuirent de
fS^xi^i^ ii^imitiiés entre le roi Goniran et son neveu
C^iildebert, et leur alliance rompue, ils se tendirent
réciproquement des pièges.
Le roi Chil|)énc, Toyant croître ces germes d^
discorde entre son frère et son neveu^ appela le duc
Pidier et lui ordonna de causer quelque préjudice à
çon frère. Didier ût marcher une armée/ mit en faite
Iç duc Kagnovald, prit Téi i^^icux, et après s'être fait '
{ffèter serment, marcha vers Agen. \a fenrune de Ra-
gnovald ayant appris que son mari avait été misen fuite
et que la ville élail tonjbée au pouvoir du roi Chilpéric,
96 réfugia dans la basilique du saint martyr Caprasins;
■s
Digitized by Google
S6û GUERBE ËNIRE ceux DÊ BOURGES ET DE TOURS.
mais elle en fui tirée^ dépouiflée de tout ce qa'elle pos-
sédait^ privée du secours de ses serviteurs, et envoyée
à Tottloose après avoir donné caution ; là, elle s^esi re-
tirée dans la basilique de Saint-Sernin. Didier s'em-
para de toutes les cités qui^dans cette partie du royaume,
obéissaient au roi Contran, et les soumit à la puissance
de Chilpéric. Le duc Bérulphe, ayant appris que les ha-
bitants de Bourges méditaient de faire une irruption
dans le territoire de Tours, fit marcher une armée et
s'établit sur ce territoire. Alors les bourgs d'iseure et
de Barrou, appartenant à la cité, furent cruellement dé-
vastes, et Ton sévit avec dureté contre ceux qui n'a-
vaient pas pu prendre part à cette expédition. Le duc
' Bladaste marcha en Gascogne et perdit la plus grande
partie de son armée.
XllL— Loup, citoyen de la Tille de Tours, ayant perdu
sa femme et ses enfants, voulut entrer dans la dérica*
ture. Son frère Ambroise Ten empêcha, craignant, s'il
épousait rÉglise de Dieu^ qu'il ne Ilnstituftt son héri*
tière, et il eut soin de le pourvoir promptement d'une
femme. Cédant aux malheureuses suggestions de son
flrère,LonparriTaau jour où il devait se lier par les
fiançailles. Tous deux se rendirent au château de Chi-
non, où ils ayaient une maison ; mais la femme d'Am«-
broise, qui vivait en adultère^ détestait son mari et en
aimait un autre d'amour impudique, tendit à son mari
des embûches. Les deux frères, après s'être livrés en-
semble aux plaisirs d'un festin, et avoir pris du vin jus-
qu'à r ivre8se,se couchèrent^ la nui t venue, dans un même
Digitized by Google
0
ASSASSINAT D'AlIBROtSE ET D^E LOUP. 861
lit : alors Tamant de la femme d'Ambroise vint pendant
la nuit, au moment où tout le monde était accablé de vin
et de sommeil; il alluma une torche de paille pour voir
ce que faisaient ses victimes, tira son épée, et en frappa
la tête d'Ambroise de telle sorte que le fer> descendant à
travers les yeux^ lui emporta le sommet de la tête.
Loup, éveillé par le coup^ et se voyant nager dans le
sang, s'écria : « Hélas ! hélas t au secours ! on a tué mon
frère. » ^adultère, qui s'éloignait déjà après avoir
conunis son crime, entendant ces cris, revint vers le lit*
et se jeta sur Loup. Comme celui-ci résistait^ il le dé-
cbire de blessures, l'accable, le frappe d'un coup mor-
tel, et le laisse eipirant. Cependant personne de la
maison n'entendit rien de ce qui se passait, et, le matin
arrivé, tout le monde fut consterné d'un si grand crime.
Loup, qu'on trouva encore en vie, rapporta ce qui était
arrivé, puis rendit l'esprit. L'impudique veuve ne
donna pas beaucoup de temps aux larmes; peu de Jomv
après, elle s^en alla avec son amant.
XIV. — La septième année du roi Childebert, qui
était la vingt et unième de Chilpéric et de Contran, on
eut, dans le mois de janvier, des pluies, des éclairs et
de violents tonnerres ; on vit des fleurs sur les arbres,
il apparut dans le ciel une de ces étoiles que, plus haot,
j'ai appelées du nom de comètes. Le ciel, tout autour,
était profondément obscur; en sorte que, placée comme
dans un creux, elle reluisait au milieu des ténèbres,
scintillait et étalait sa chevelure : il en partait un rayon
d'une grandeur m^eilleuse, qui paraissait au loin
I. il-
Digitized by Google
3» PKODIGES
&m\me la fumée d'un grand incendie ; on la vit à Toc-
cident, à la première heure de la nuit. Ou vit aussi dans .
la niUe de Soissons, le saint Jour de Pâques, le ciel ar«
dent^ comme s'il eût été embrasé de deux incendies : il
7 en avait un plus grand, et Tautre moindre* Au boul
de deui heures, ils se réunirent, et, après aToir formé
eomme une large flamme^ ils disparurent. Dans le
territoire de Paris^ il tomba des nuages une pluie de
sang véritable : beaucoup de gens la reçurent en leurs
Tèteœents^ el elle les souilla de telles iacbes qu'Us s'en
dépouillèrent avec horreurJ Le même prodige se ma-
nifesta en trois endroits du territoire de cette cité.
■
Danseeltti de Senlis, un h<minie, ea se levant le roatin^
trouva Tintérieur de sa maison arrosé de sang. Il y eut |
cette année une grande mortalité parmi le peuple : dir
verses maladies très-dangereuses, et accompagnées de
pustules et d'ampoules, causèrent la mort d'une grande |
quantité de gens ; beaucoup cependant y échappèrent à .
force de soins. Nous apprîmes que, cette même année, j
la peste avait sévi avec fureur à Narbonne, ne laissant ^
aiictm réfÂt à celui qui en était frappé.
XV. — Félix, évéque de la cité de Nantes, attaqué de
la contagion, tomba grièvement malade; alors il appela
les évêques du voisinage, et les supplia de se rénnnr
pour confirmer, par leurs signatures, le choix qu'il avait
fait de son neveu Bourguignon pour lui succéder. Ils le
firent, et m'envoyèrent Bourguignon. Celui-ci avait
alors près de vingt-cinq ans. 11 vint me prier d^aller à
Nantes, après lui avoir donné la tonsure^ et de le sacrer
Digitized by Google
MORT DE L'ÉVÈQUE FÉLIX. . . 963
éTêqiie à la place de son oncle qui vivait encôre. le m'y
refusai, parce que c'était contraire aux canons; mais je
lui donnai le conseil suivant : < Il est écrit dans les ca-
iNms, mon ûh, que personne ne pjkura parvenir à
répiscopat sans avoir régulièrement passé par les de-
grés de la hiérarchie ecclésiastique. Retourne donc/
non ffès-cfier fils, et demande à cehii qui fa cImM de
te tonsurer. Quand tu seras parvenu aux honneurs de
la prêtilse^ sois assidu à Péglise, et lorsque Dieu vou-
dra le retirer de ce monde^ lu t'élèveras sans peine au
rang d'évéque. » Mais lui s'en retourna, et négligea
âe suivre le conseil que Je lui avais donnée parce quer
l'évéque Félix paraissait moins souffrir de sa maladie.
Ifeis lorsque la fièvre Veut quitté, Fhnmeur sortit de
ses jambes par des pustules ; et, comme le malade y
appliqua un cataplasme trop violent de cantharides, ses
jambes tombèrent en pourriture, et il finit sa vie à Tâge
de soixante-dix ans, dans la trente-troisième année de
son épiscopat. Nonnichius, son cousin, lui succéda par
rordre du roi.
XVI.— A cette nouvelle, Pappolène reprit la nièce
dé f élit dont il avait été séparé. H lut avait été fiancé
autrefois; mais comme révêque Félix différait toujours
le mariage, Pappolène était venu avec fine troupe con-
sidérable, avait enlevé la jeune fille de Toraloire épis-
copal, et s'était réfugié dans la basilique de Saint-Al-
bin. Alors Félix, ému de colère, était parvenu, à force
d'artifices, à séparer la jeune fille de son mari, et lui
atait fait prendre Fhabit dans on monastère de la ville
S6i INIMITIÉS ENTRE LES JUIFS.
de Bazas. Celle-ci envoya secrètement des messagers
pour que Pappolène vînt la reprendre en Tenlevant du
lieu où elle était renfermée. U y consentit^ la retira
du monastère, s'unit à elle en mariage^ et muni d'un
privilège du roi^ cessa de craindre les menace^ de ses
parents.
XVII.— Le roi Chilpéric fit baptiser cette année-là
beaucoup de Juifs^ et en tint plusieurs sur les fonts de
baptême. Cependant il y en eut beaucoup dont Feau
sainte lava seulement le corps^ et non le cœur, et qui^
menteurs envers Dieu» .retournèrent à leur infidélité
première; en sorte qu'on les voyait à la fois observer
le sabbat, et honorer le jour du Seigneur. Aucun argu-
ment ne put engager Priscus à reconnaître la vérité.
Alors le roi irrité ordonna qu'il fût gardé en prison,
afin que ce qu'il ne consentait pas à croire volontaire»
ment, on le fit du moins croire malgré lui : mafe
Priscus, au moyen de quelques présents, obtint qu'on
lui donnât du temps, jusqu'à ce que son fils eût épousé
une Juive de Marseille, promettant faussement d'accom-
plir ensuite ce que lui avait ordonné le roi. Dans l'in-
tervalle, il s'éleva une querelle entre lui et Phatir, Juif
converti, que le roi avait tenu sur les fonts de baptême.
Le jour du sabbat, Priscus, s'étant ceint les reins^ et ne
tenant aucun instrument de fer à la main^ s'était retiré
dans un lieu secret sans doute pour y accomplir la loi
de Moise. Phatir survint tout à coup, une épée à la
main et Tégorgea avec ses compagnons. Après les
avoir tués, il s'enfuit dans la basilique de SainWU';
ASSASSINAT D£ PAISCUS £X DE PHAIIR. 905
lienS avec ses serviteurs qui se tenaient suruneplace Toi-
sine.Pendant qu'ils y demeuraient renfermés, ils appri-
rent que le roi avait ordonné de tuer leur maître^ de les
tirer de la basilique et de les faire périr comme des mal-
faiteurs. Alors l'un d'eux se saisit de son épée, quand
son mattre eut pris la fuite, frappa ses camarades, et
sortit de la basilique son glaive à la main ; mais le peu-
pie, se jetant sur lui, le tua cruellement. Pbatir obtint
la permission de retourner dans le royaume de Gon-
Uan, d'où il était venu ; mais peu de jours après il lut
tué par les parents de Priscus.
XYllL — Ansovald et Domégésile^ envoyés en Es-
pagne par le rd Gbilpéric pour y prendre connaissance
de la dot destinée à sa flUe*, revinrent de leur mission.
£n ces jours-là> le roi Leuvigild était à la têle de son
armée, en guerre contre son fils Erménégild , à qui il
prit la ville de Mérida. Nous avons déjà fait connaître
^ SaintJuUen le Paa^re* Une rae de Paris, près l'Hdtol-Diea
et l'église Saint-Sérerin, porte encore ce nom.
* C'est un reste de Tanoîen usage des Germains « ches qni
« ce n'est point la femme, dit Tacite, qui apporte une dot au
€ mari, mais !e mari qui en donne une à la femme. » {Dêmor»
Germ. chap. xviii.) Cet usage, indirectement consacré par pin»
sieurs des lois barbares, entre autres par celle des Bourguignons
(tit. 34), et attesté, dans les premiers siccles de l'Europe mo-
derne, par une multitude do faits, se retrouve chez presque tous
les peuples barbares ou sauvages d'Asie, d'Afrique et d'Amé-
rique ; il indique partout la condition^ sinon serrile, du moins
fûble et méprisée des femmes qui sont achetées par leur mari
comme des esclaves ou des tètes de bétail. Dès qu'on le voit
disparaître et que la femme commence à apporter une dot dans
la maison où elle entre , on peut ôtre assuré que la oonditioa
des femmes s'améliore. ^
866 LES CHBÉTIENS D'ESPAGNE.
comment Ërméuégild avait fait alliance avec les géné-
raux de remper^ijff Tibère. Les envoyés, retardés par
ces cîreonstances, lùreni plus longtemps à reraiir.
Quand je les vis, je m'empressai de kur demander si le
peu de chrétiens demeqrés en ce lieu étaient encore fer-
vents dans la foi du Christ. A quoi Ansovald me répon-
dit : chrétiens gui habitent l'Espagne conservent
k puireté de la foi catholique ; mais le roi emploie
contre eux une nouvelle ruse : il feint de prier aux
sépolores des martyrs etdansles églises de notre re-
ligion : a J'ai connu clairement, dit-il, que le Christ, Fils
«de Dieu, est égal à son Père, mais je ne crois point
«que le Saint-Esprit soit Dieu, car cela ne se trouve
« dans aucune des diverses Écritures. d — Hélas I hélas !
quel précepte impie 1 quelle doctrine empoisonnée !
quelle opinion perverse ! Où le Seigneur a-t-il dit :
Dieu est Saint-Esprit ^? Où donc voiton que Pierre a
dît à Ânanie : Ccmmmi «ouf éUs-um ainsi accordés
ensemble pour tenter l'Esprit du Seignsur? ce n'est pas
aux hoamei qu$ isouê aoest mmui, meiis à Dims*^ Où
donc Paul, rappelant les dons mystiques du Seigneur,
a-i-il dit : C'est un seul et même Esprit qui, après toutes
ces choses, distr&nsê à chacun ses dons seUm qu'il hd
plaît^. On sait bien que celui qui agit selon sa vo-
lonté n'est assujetti à personne, s Ansovald, s*étaat
raidu vers le roi Ghilpéric, y fut suivi d'une ambassade
1 Évang. selon saint Jean, chap. IV,
* Actes des Apôtres, chap. v, v. 9. 4.
I ittÉpitre de saint Paul aux Corinthiens, çh%p, xii. y. U.
Digitized by CoogL
CMILPÈRIC ET OONTRAN. Wt
espagnole qui^ deChilpéric alla trouver Childeberij puis
retourna en Espagne.
XIX. — Le roi Chilpérîc avait mis des gardes au pont
de rOrge^ dans le territoire de la cité de Paris, pour
interdire le passage aux hommes de Gontran et les em-
pêcher de causer quelque dommage à son royaume.
L'ex-duc, instruit de ces dispositions^ vint de nuit atti^
quer les gardes, les-tna tous et ravagea eraellemeDi les
environs du pont. Lorsque le roi Ctiilpéric eut appris
cette nouvelle» il envoya des messagers à ses comtes,
à ses ducs et à ses autres gens, pour qu'ils rassemblas-
sent une armée, et fissent irruption dans le royaume de
son frère. Haïs les gens de bien Yen dissuadèrent^ lui
disant : a Ils ont agi méchamment, mais tu dois agir
avec sagesse. Ënvoie des messagers à ton frère^ et s'il
veut réparer le tort qu'il fa fait, ne cherche à lui
causer aucun dommage. S'il s'y refuse, suspendant le
départ de son armée, tu verras alors ce que tu auras
à faire. » Il se rendit à leurs raisons, et fit partir des
envoyés pour aller trouver sou frère; et celui-€i| répa-
rant le mal, Aercha à regagner entièrement TamHié
de son frère.
XX. — Cette année mourut Ghrodin, homme émi-
nent en vertu et en piété, anmAnier, soutien des pau-
vres, libéral envers les églises, nourricier des clercs. 11
établit beaucoup de nouvelles métairies, platita des
vignes, bàlit des maisons, mit des pays en culture, et
appelant à lui les évêques doués de peu de biens, ii leur
donnait avec bonté des repas, des maisons avec des
des ENVAHISSEMENTS DE CHILPÉRia
cbainps et des cultivateurs^ de Targent^ des tentures,
des ustensiles, des agents et des serviteurs, disant: a II
faut que ces biens soient cédés aux églises, afin
qu'elles s'en servent pour le soulagement de leurs
pauvres, et m'obtiennent ainsi le pardon de Dieu. » .
Nous avons su encore, touchant cet liomme, beaucoup
d'autres bonnes œuvres qu'il serait trop long d'énumé-
rer.Il mourut à Yige de soixante-dix ans^
XXI. — Il parut cette année de nouveaux signes. Il
7 eut une éclipse de lune. Dans le territoire de Tours, en
rompant le pain, on en vit couler du vrai sang. Les
murs de la ville de Soissons furent renversés. Près d'An-
gers, la terre trembla, et des loups entrés dans les murs
de Bordeaux y mangèrent des chiens sans marquer au-
cune crainte des hommes. On vit des feux parcourir le
ciel. La ville de Basas fut consumée par un incendie qui
dévasta Téglise et la maison épiscopale. Nous apprîmes
aussi qu'on y avait enlevé tout ce qui appartenait au
service de Tautel.
XXII. — Le roi Ghilpéric, ayant envahi plusieurs
dtés de son frère, nomma de nouveaux comtes, et leur
ordonna de lui apporter tous les tributs des villes. Ce
qui, dit-on, fut exécuté. £n ces jours-là Nonnichiu^,
comte de la cité de Limoges^ prit deux hommes porteurs
de lettres venant, disaient-ils, de Chartérius, évêque de
Périgueux, et dans lesquelles le roi était fort maltraité.
On y disait, entre autres choses, que l'évèque se plai-
gnait d'être descendu du Paradis en Ënfer, lorsqu'il
avait passé de la domination du roi Contran sous la
L*ÉVÉQUB CHâRTÉRIUS. 869
puissance du roi Cbilpéric. Le comte fit passer au roi
soug.bonae garde ces hoinines et leurs lettres. Celui-ci,
avec beaucoup de patience^ envoya vers révéque des
gens chargés de ramener en sa présence, afin d'exa-
miner si les faits qui lui étaient reprochés étaient ou
non véritables. Lorsque Tévêque fut arrivé, le roi lui
présenta ces hommes et les lettres, et lui demanda à
c'était lui qui les avait envoyés, n nia. On demanda aux
porteurs de qui ils tenaient leurs missives et ils nom-
mèrent le diacre Fropton. L'évéque, interrogé sur son
diacre, répondit que celui-ci était son grand ennemi, et
qu'il n'était pas douteux que ce ne fût une méchanceté
de sa part^ car il lui avait souvent fait de mauvaises
affaires; le diacre amené sans retard^ et interrogé par le
roi, chargea son évéque et prétendit avoir dicté cette
lettre par son ordre. Mais celui-ci se récria, disant que
le diacre s'efforçait par ses ruses de le faire dépouiller
de son évêché. Le roi se laissant aller à la clémence^ et
remettant sa cause entre les mains de ûieu^ les relâcha
Tun et l'autre ; il donna à l'évèque le conseil de pardon*
ner à son diacre^ et le supplia de prier Dieu pour lui^
Chartérius fut donc renvoyé avec honneur dans son
Église, et deux mois après le comte Nonnichius, auteur
de ce scandale^ mourut frappé d'une attaque d'apoplexie.
Comme il n'avait pas de postérité, ses biens furent con-
, cédés par le roi à diverses personnes.
XXIII.-- Après la perte de tant d'enfants, il naquit
un fils à Chilpéric^ En réjouissance, le roi ordonna de
* En 582.
31.
Digitized by Google
370 LE PRÉTENDANT GONDOVALD.
rendre la liberté à tous peu^ qui étaient gardés, de
4élivrer de leurs liens ceux qui étaient enchaînés, et
de ne point exiger les sommes qu'on avait négligé de
pajer à son ûsc ; mais cet entant devint plus tard la
cause d'un grscnd malheur.
XXIV. — De nouvelles querelles furent suscitées à
révégue Théodore. Gondovald, qui se disait ûls du roi
Gotaire, était venu de Gonstantînople à Marseille: 11
faut ici exposer en peu de mots quelle était son origine.
Né dans les Gaules, il avait été élevé avec soin, instruit
dans les lettres, et, portait, selon la coutume des rois de
ce pays, les boucles de ses cheveux flottantes sur ses
épaules ; il fut présenté au roi Ghildebert par sa mère,
qui lui dit : a Voilà ton neveu, le fils du roi Clotaire :
comme son père le hait, prends-le avec toi, car il est
de ton sang. » Gelul-ci, qui n'avait pas de fils, le prit et
le garda avec lui. A cette nouvelle, Clotaire dépécha des
messagers à son frère, et lui fit dire : « Envoiennoi ce
jeune homme *. » Son frère le lui envoya sans retard.
Quand il Teut en son pouvoir, Clotaire ordonna qu'on
lui coupftt la chevelure, disant: c Get enfant n'est pas de
moi. » Après la mort de Clotaire, le roi Caribert Tac-
cueiUit; maïs Sighebert l'ayant attiré, le fit raser de
nouveau et l^nvoya dans la ville d'Agrippine, mainte-
nant appelée Cologne *. 11 s'échappa encore de ce heu,
t II parali certaia que Gondovald étui bien réellem%iit le file
de Clotaire qui Tavait eu d'une femme de eonditîon inférieur^»
et l'avait renié enauite à cause de quelques soupçons eur 1»
conduite de sa mère.
ColorUa Agripfinensis. Les barbares, supprimant le dernier
mot, aTaient ûni par l'appeler Colonia tout court.
Digitized by Google
L'ÉTÉQUS THÉOOOEE. MU
laissa croître ses dieTecuc et se rendit auprès de Narsès,
qui gouvernait alors ritalie. Il y prit une femme^ dont
il eut des fils et se rendit à Gonstantinople. De là» à ce
qu'on rapporte, il fut longtemps invité par un certain
personnage *• à revenir dans les Gaules, et débarquant à
Marseille, il fut reçu par révêque Théodore qui lui
donna des chevaux, puis il alla rejoindre le duc Mum-
mole qui occupait alors, comme nous Tavons dit, la
ville d'Avignon. Le duc Contran se saisit de Té-
vêque Théodore et le ût garder, l'accusant d'avoir
introduit un étrange dans les Gaules, et de Toulolr par
ce moyen soumettre le royaume des Francs à la domi-
nation de l'empereur. Mais Théodore produisit, dit-on,
une lettre signée de la main des grands du rd Ghilde-
bert, et dit : (ic Je n'ai rien fait par moi-même, mais
seulement ce qui nous a été commandé par nos maî-
tres et sei^^nears. » L'évéque était gardé dans sa cel-
' luie, et on ne lui permettait pas d'approcher de l'église*
Une nuit, tandis qu'il priait Dieu avec beaucoup de
ferveur, sa cellule resplendit d'une grande lumière,
en sorte que le comte qui le gardait fut saisi de
terreur. On vit au-dessus de sa téte, pendant deux
heures, un globe étincelant. Le matin arrivé, le comte
raconta ce prodige à ceux qui se trouvaient avec
lui. Théodore fut conduit vers le roi Contran avec
révéque Êpiphane, qui fuyant les Lombards était venu
demeurer à Marseille, et qu^on accusait de complicité
t Par le duc Gontran-Boton. comme on le Terra daiu le livre
auiTant.
Digitized by Google
m SIGNES ET PRODIGES.
dans cetteatTaire. Le roi les ayant examinés ne les trouva
coupables d'aucun crime. Il ordonna^ cependant^ de
continuer à les garder, et Févéque Épiphane mourat
dans cet état, après beaucoup de tourments. Gondovald
se réfugia dans une île de la mer, pour y attendre 1^ évé-
nements. Le duc Gontran->Boson imrtagea^Tec un des
ducs du roi Contran les trésors de Gondovald, et em-
porta, dit-on, en Auvergne une immense quantité d'or,
d'argent et d'autres obj ets précieux.
XXV. — La huitième année du roi Childebert, la
veille des calendes de février (31 ji^i^vier), un dimanche,
au moment où, dans la ville de Tours , on venait de
donner le signal des matines, et comme le peuple se le-
vait pour se réunir dans la cathédrale/ des nuages dont
le ciel était couvert s'échappa avec la pluie un grand
globe de feu, qui parcourut dans les airs un long espace
et donna tant de lumière qu'on distinguait tous les ob-
jets comme, eu plein jour. Puis le globe se déroba der-
rière le nuage, et tout rentra dans Tobscurité. Les eaux
grossirent plus que de coutume et causèrent^ autour de
Paris, une telle inondation de la Seine et de la Marne, que
beaucoup de hateaux périrent entre la ville et la basi-
lique Saint-Laurent ^
XX VL— Le duc Gontran-Bo6on,iiprès être retounaé
en Auvergne avec les trésors dont nous avons parlé plus
haut, alla vers le roi Childebert. 11 en revenait avec ses
1 Dom Ruinart el Mabillon ont fort bien établi que cette ba-
silique Saint-Laurent était construite ^ur remplacement de celle
qui s'élève ai^i<rardliui dans le faubourg Saint-Martin.
Digitized by Gi
LES DUCS CONTRAN ET MUMMOLE. ' 878 '
filles, quand le roi Contran le prit et le retint^ disant:
« C'est sur ton invitation que Gondovaid est Venu dans
les Gaules, et c'est dans cette vue que tu es allé ces
dernières années à Gonstantinople; d le duc Contran
répondu : « C'est toÀ duc Mummole qui ra reçu et re» '
tenu dans Avignon. Permets que je te Tamène, et je
serai alors disculpé des torts dont on m'accuse.»
Le roi lui dit : « Je ne ie permettrai pas de fen aller
sans que tu aies subi la peine que tu mérites pour le
crime que tu as, commis. » Lui» se voyant près delà
mort, dit . « Voilà mon fils, prend s -le, et qu'il serve
d'otage pour ce que je promets au roi mon seigneur:
et si je ne f amène pas Mummole, qiie je perde mon
enfant, d Alors le roi lui permit de s'en aller et retint .
8(m jeune fils. Contran prit avec lui des gens d'Aa-
vergne et du Yelay, et s'en alla à Avignon ; mais Mum-
mole avait artificieusement fait préparer sur le Khône
de mauvaises barques. Ils y montèrent sans se douter
de rien, cl lorsqu'ils arrivèrent au milieu du fleuve, les
barques chargées s'engloutirent. Dans ce péril les uns
s^écbappèrent en nageant» plusieurs s'étant saisis des
planches mêmes des bâtiments furent ainsi portés sur
k rivage» d'autres moins avisés périrent dans ie fleuve.
Le duc Contran arriva cependant à Avignon. Mummole,
en entrant dans cette ville, avait eu soin de détourner
ime partie des eaux du Rhône pour la défense da petit
quartier qui n'était pas enfermé par le fleuve ; il avait
foit creuser des fossés d'une grande profondeur, et avait
dissimulé des pièges sous l'eau courante. > Contran
Digitized by Google
«74 BUSES DE KUMHOLE.
étant arrivé, Mummole s écria du haut des murs : « Si
nous sommes de bonne loi, viens d'un colé du riYaga '
et moi de l'autre, et dis de là ce que tu me yeux* »
Lorsqu'ils furent arrivés chacun de son côté, le bras
du fleuve se trouvant entre eux, Contran dit; a Si tu
lepermets j'irai vers toi, parce qu'il ya des choses dont
nous devons conférer secrètement^ » à quoi Mummole
répondit : «Viens, et ne crains rien, i»
Contran s'avança avec un de ses amis, qui était chargé
du poids d'une cuirasse. Lorsqu'ils arrivèrent sur ie
fossé dans lequel on avait fait entrer l'eau du fleuve,
Tami fut englouti et ne reparut plus. Contran plongea
aussi, et la rapidité du courant remportait; mais un
de ceux qui étaient présents lui tendit la lance qu'il
ienait à la main, et le ramena au rivage.
Alors^ après s'être dit mutuellement beaucoup d'in-
jures, iMuinmoie et lui s'en allèrent chacun de son côté.
Tandis que Contran assiégeait cette ville avec l'armée
du roi Contran, Gfaildebert, apprenant ces nouvellesi
lut ému de colère de ce que tout cela s'était passé sans
son ordre, et envoya Condulphe, dont j'ai parlé pins
haut, qui fit lever le siège, et conduisit Mummole en
Auvergne; mais peu de jours après celui-ci revint à
Avignon.
XXVII. — Le roi Chilpcric alla à Paris la veille de
la fête de Pâques ^ et, pour éviter les Bsalédictions pro-
noncées dans le traité qu*il avfiit fait avec ses frères
contre celui qui entrerait dans Paris sans le consente-
inent des antres» il s'y fit précéder par les reliques d1im
Digitized by Google
MORT DE MARC LE REFERENDAIRE. 375
grand nombre de saints. Puis il y célébra avec beaaçoup
d'allégresse les fêtes de Pâques et y fit baptiser son flls^
que l^évêque Ragnemode tint sur les fonts de baptême.
Il lui lit donner le nom de Thierry.
XXVIII. — Le référendaire Marc> dont nous ayons
parlé plus baut^ après avoir amassé de grands trésors au
moyen de eontributionB illégales levées sur le peai^ te
sentant bubitement saisi d'une douleur de côté, se rasa
la tête, prit l'habit de péniient et rendit Tesprit Ses
biens furent portés an fisc ; on lui trouva de grands tré-
sors d'or et d'argentet beaucoup de joyaux^ dont il n'em-
porta rien que le préjudice qu'il avait fait à son âmeu
XXIX. — Les envoyés qui étaient allés en Espagne
revinrent sém en rapporter rien de positif, parce que
Leuvigiid était toujours en guerre contre son fils atné.
Dans le monastère de Sainte -Radegonde une jeune tille,
nommée Ditiola, nièce de saint Sauve, évêque d'Âlbi,
mourut de la manière' suivante. Elle était tombée ma^
iade, et les autres sœurs la servaient assidûment.
Lorsqu'arriva le jour où elle devait se séparer de son
corps, vers la neuvième heure, elle dit aux sœurs:
c Yoilà que je me sens lùieux ; je n'éprouve plus au-
eone douleur, je n'ai plus besoin que vous vousem-
pressiez autour de moi et que vous demeuriez à me
soigner; allex^vous-en pour que je puisse plus aisé»
ment me laisser aller au sommeil. i» A ces paroles^ les
sœurs quittèrent pour un instant sa cellule et revinrent
peu de temps après; elles demeuraient debout devant
elle, attendant qu'elle leur parlât, lorsqu'étendant les
Di
376 MONAST£KË DE SAINT£-RAD£GONX)£.
mains et implorant je ne sais de qui la bénédiction, elle
s'écria : a Bénis-moi^ ô saint et serviteur du Dieu très-
haut! Yoilà aujourd'faiui la troisième fois que tusouffires
pour Famour de moi; pourquoi^ ô saint! supportes*
tUy en faveur d'une pauvre femme malade, des ii^u-
res si multipliées? » On lui demanda à qui elle adres-
sait ces paroles ; mais elle ne répondit pas, et, après un
court intervalle, elle poussa, un grand éclat de rire et
rendit Fâme. Et voilà qu'un possédé, qui était venu à
l'exaltation de la sainte croix pour obtenir sa guéri-
wn^ se prit à s'arracher les cheveux, et, se jetant à
terre, disait: « Malheur! malheur! malheur à nous qui
avons souffert un tel dommage 1 S'il nous avait été
du moins permis de plaider d'abord notre cause et de
savoir pourquoi cette âme nous a été enlevée ! » Ceux
qui étaient présents lui ayant demandé ce qu'il voulait
dire, il répondit: «Voilà que Fange Michel a pris Fftme .
de cette tille et Ta conduite au ciel» et notre prince,
que vous appelez le Diable, n'en a pas éu la moindre
part. D Le corps, lorsqu'il eut été lavé, parut éclatant
d'un blanc de neige, en sorte que l'abbesse ne put trou-
ver sous sa main aucun linceul qui le surpassât en
blancheur. Cependant, après Favoir enveloppé dans
des linceuls propres^ on le porta a la sépulture. Une
autre fille de ce monastère eut une vision, qu'elle ra-
conta aux sœurs. Il lui sembla, dit-elle, qu'elle était ea
voyage parce qu'elle avait fait vœu de se rendre à pied
à une fontaine d'eau vive; comme elle n'en savait pas
la roatOf elle rencontra devant elle un homme qui lui
f
MIRACLES. m
dit: « Si tu veux arriver à la fontaine d'eau vive, je
marcherai devant toi pour t'en montrer le chemin. »
Elle lui rendit grâces et suivit cet homme^ qui marcha
devant elle. Cheminant ainsi, ils airivèrent à une
grande fontaine dont les eaux brillaient comme de Tor^
et dont les herlM», semblables à toutes sortes de pierres
précieuses, rayonnaient de toute la lumière du prin-
temps* L'homme lui dit: « Voilà la fontaine d'eau vive
que tu as cherchée avec tant de travail. Désaltère-loi
à son courant, aûn qu'elle devienne pour toi une fon*
taine d'eau vive jaillissant dans la vie éternelle. » •
Comme elle buvait avidement de cette eau, voilà qu'elle
vit dei'autre côté venir Tabbesse qui, l'ayant dépouillée
«
de ses vêtements, la couvrit d'habits royaux, brillant
d'un éclat d'or et de pierres précieuses surpassant pres-
que rimagioation. L'abbesselui disait: a Ton fiancé t'en-
voie ces présents. » Cette vision toucha le cœur de la
rehgieuse^et, peu de jours après, elle pria Tabbesse de
lui faire préparer une cellule pour y vivre en réclusion.
La cellule fut bientôt prête. L'abbesse lui dit: a Voilà la
cellule, maintenant que désires-tu? » La religieuse
demanda qu'il lui fût permis de s'y renfermer. Cette
grâce lui lut accordée ; elle y fut conduite par les vier-
ges rassemblées, avec deschants, à la lumière des flam-
beaux, sainte Radegonde la tenant parla main. Alors
disant adieu à toutes ses compagnes et après avoir em-
brassé chacune d'elles, elle fut renfermée; on scella
l'ouverture de sa cellule, et là elle se livre tout entière;»
aujourd'hui encore, à la prière etàla lecture.
Digitized by Google
878 L'£MP£R£UR MAURICE.
XXX.^ Celle même année sortit de ce monde Tem-
pcreur Tibère', laissant parmi tout son peuple un grand
deuil de.ca mort. 11 était en effet d'une bonté éminente,
toujours prêt à Taumône^ juste dans ses arrêts, ne mé-
prisant personne^ et embrassant tous les houunes dans
«a bienveillance ; et comme il les chérissait tons, il en
était chéri de même. Lorsqu'il fut tombé malade, déses-
pérant de «a vie, il fit appeler Timpératrice Sophie et
lui dit : < Toîlà que je sens que le temps de ma Yie est
. accompli ; je veux choisir, d'accord avec vous, celui qui
doit gouremer la république; il faut prendre un homme
vaillant qui nie remplace dans ma puissance. » Elle
désigna un certain Maurice^ disant: a C'est un honame
actif et balule^ il a souyent combattu les ennemis de
la république et a obtenu la victoire. » Elle parlait
ainsi dans Tespoir que Maurice Tépouserait après la
mort de Tibère. Mais Tibère, instruit de ce choix, donna
Tordre de parer sa fille des ornementsimpériaux^ et fai-
sant appeler Maurice, il lui dit : c Voilà que, par le con-
sentement de rimpératrice Sophie, tu viens d'être
nommé à Tempire. Pour f y affermir. Je te donne ma
fille. » La jeune fille approcha et son père la remit i
Maurice, en lui disant :*a Reçois mon empire avec cette
jeune fille; règne heureusement et n'oublie Jamais
Tamour de la justice et de Téquitc. » Maurice ayant
reçu la Jeune fille, la conduisit à sa maison ; on célébra
la cérémonie du mariage, et Tibère mourut* Après
les vacances d'usage, Maurice, couvert du diadème et
ft Ce fot en M, et non en 588, que mourut Teaiperoiir Tibèie.
AMBASSADE VK CHILDËBËMÏ A CUILPÉRIC. 970
de la pourpre, 6e rendit au Cirque où il fut salué des ae-
clamations du peuple, auquel il distribua des présents,
. et fut confirmé dans la possession de Tempire*
XXXI. — Le Toi Chilpéric reçut ensuite des en^of és
desonneveuGhildebert^à la tête desquels était ^gidius,
évéque de Rdois. Introduits auprès du jm, lorsqu'on
leur eut permis de parler, ils dirent : a Ton neveu, no-
tre seigneur, te demande à tout prix de conserver Tat
iianee que tu as faite ayec lui ; il ne peut avoir de
paix avec ion frère qui, après la mort de son père, lui
a enleTé «ne partie de Marseille, qui retient les fugitifs
de son royaume et refuse de les lui remettre entre les
mains. Ton- neveu Ghildebert veut donc conserier
entière Falfection qui est maintenant entre tous. » Bt le
roi répondit ; a Mon frère s'est rendu coupable en beau-
coup de drooDstances, car si mon fils Childd)ert veni
examiner les choses selon la raison, il reconnaîtra bien-
tôt que Goniran a trempé dans le meurtre de son père.»
Lorsqu'il eut unsi parlé,révéquei£giditts lui répoodil:
a Si tu t'allies avec ton neveu, et que ton neveu s'allie
avec toi, vous ferez marcher une armée, et tous anm
bientôt pris la vengeance qui; vous est due. d S'élant
donc liés par des serments, ils se donnèrent mutueli-
lement des otages, et se s^rèrent. Chilpéric se fiant
en leurs promesses fit marcher son armée et vint à
Paris, où son séjour fut très-onàreux pour les habitante.
Le duc Bérulphe avec les gens de Tours, de Poitiers,
d'Angers et de Nantes, marcha sur les confins du terri-
toire de Bourges. Didier «et Bladaste, à la lâlede toutes
380 GUEKKE KNTKE CHILPERIC ET GONTRAN.
les troupes des provinces qui leur étaient confiéeSyl'as*
saillirent d'un autre côté, et dévastèrent cruellementles
pays qu'ils eurent à parcourir. Ctiilpéric ordonna àraiv
mée'qui yenait le joindre, de trayerser Paris. Il trayima
lui-même cette ville à la tête de son armée, et marcha
yers le château de Melun, livrant tout aux flammes et i
la dévastation. L'armée de son neyeu n'arrivait point,
quoique les chefs et les ambassadeurs de Ghildebert fus-
sent auprès de Cbilpéric; il envoya des messagers aux
ducs Bérulphe, Didier et Bladaste, et leur dit: « Entrez
dans le territoire de Bourges, et quand vous serez
parvenus jusque dans la ville, exigez le serment de
ûdéhté. » Les habitants de la cité de Bourges se préci*
pitèr8nt,au nombre de quibze mille, du côtéde Château-
Meillan S et combattirent eii ce lien contre le duc Didier.
11 se ût un grand carnage, et il périt plus de sept mille
bommes des deux années.
Les ducs avec le reste de leurs gens arrivèrent à la
ville, ravageant et dévastant tout, et il se fit alors une
telle dépopulation qu'on n'avait oui rien de pareil dans
les anciens temps, et qu'il ne resta ni maisons, ni vi.
gnes, ni arbres ; ils coupèrent, brûlèrent et détruisirent
tout, emportant des églises ce qui appartenait au service
divin, et brûlant les églises mêmes. Le roi Gontraa
marcha contre son frère avec son armée, mettant en la
justice de Dieu toute son espérance. Un soir, il envoya
son armée qui détruisit une partie de celle de son frère;
le matin suivant, des envoyés passèrent .de l'un à l'autre
& MtdMmmn eattrwn* (V. Oéogr,)
Digitized by Googlë
GUERRES ET SOULÈTEMENTS. 381
et firent la paix^ se promettant mutuellement que celui
qui^ d'après le Jugement des évêques et des principaux
do peuple, serait reconnu avoir dépassé les bornes de
la loi, payerait à l'autre une composilion; puis ils se sé-
parèrent de bon accord. Le roi Cliilpéric^ oe pouyani
empêcher son armée de piller» tua de sa main le comte
de Rouen, et revint ensuite à Paris, chacun laissant le \
butin qu'il avait fait, et relâchant ses captifs. Ceux qui '
assiégeaient Bourges, ayant reçu Tordre de rentrer chez
eux, emportèrent tant de butin que le pays d'oùils sor-
tirent semblait entièrement vidé d^ommes et de trou-
peaux. L'armée de Didier et de Bladaste entra dans le
territoire de Tours et s'y Uwa à Tincendie, au pillage^
au ipeurtre , comme on fait ordinairement en pays
ennemi. Ils emmenèrent des captifs, dont ils ren-
voyèrent ensuite plusieurs après les avoir dépouillés*
Cette calamité fut suivie d'une maladie sur le bétail^ eu
sorte qu'il resta à peine quelques bestiaux. C'était une
nouveauté d'apercevoir une jument ou une génisse.
Pendant que cela se passait, le roi Cliiidebert se tenait
avec son armée en un lieu voisin. Une nuit, Farmée
se souleva, le petit peuple fit entendre de grands mur-
mures contre l'évèque iËgidius et les chefs du roi, et
. commença à crier et à dnre ouvertement : « Otons de
devant la face du roi ces hommes qui vendent son
royaume, soumettent ses cités à la domination d'autrui,
et trahissent pour une puissance étrangère le peuple et
le prince, o Tandis qu'ils se hvraient à ces clameurs et à
d'antres semblables, le matin étant arrivé, ils pirirent
Digitized by Google
m LEUDASTE RETIENT A TOimSL
leurs armes et coururent aux tentes du roi^ pour se
saisir de révêque et des seigneurs, les accabler par la
fofce^ les charger de coups, et les mettre en pièces avec
leurs épées. L'évêqae, aTerti, prit la fuite, et, moutanl
à cheTa), se dirigea vers sa Tille épisoopale. Le peaple
le poursuivit avec de grands cris, jetant après lui des
pierres et vociférant des injures. Ce qui le sauva, cfesl
qtKIls n'avaient pas préparé de el^vanx. Cependant
révêque^ voyant que les montures de ses compagnons
étalent rendues de fatigoe, eontlnoa seul son cbenniir
saisi d'une telle frayeur qu'une de ses chaussures s'étant
détachée de «m pied, il ne s'arrêta point pour la ra*
masser, et arriva ainsi jusqu'à Reima, où il fla wÊtk
couvert dans les murs de la ville.
XXXil. — Peo de mois auparavant, Leudaste était
venu à Tours, avec la permission du roi^ pour y repren-
dre sa femme et y demeurer. 11 nous envoya une lettre
souscrite par plusieurs évéques, pour être reçu à la
communion ; mais comme celte lettre n'était pas accom-
pagnée des ordres de la reine, qui avait surtout ocmtri*
bué à le faire séparer de la communion, je refusai,
de l'admettre, disant : « Je le recevrai dès que j'en aurai
Tordre de la reine. » TeirToyal donc vers elle, et elle
me répondit par un écrit ainsi conçu : a Obsédée par
beaucoup de gens, je n'ai pu faire autrement que de
lui permettre d'aller à Tours; mais )e te prie de ne lui
accorder la paix, de ne pas lui donner de ta main la
communion, jusqu'à ce que nons ayons décidé ce qu'il
convient de faire, p En lisant cet écrite je craignis qu'on
Digitized by Goog
IMPRUDENCE DE LEUDASTE. 283
fle le fît périr ;yeinroyai donc chercher son heau-përe^
et lui donnai connaissance de la lettre, le priant d'enga-
ger son gendre à se conduire avec prudence^ jiisqo'à^
' ce qu'il eût adouci Fesprit de la reme> maïs lui, qui était
encore mon ennemi, soupçonna de l'artifice dans ce
> conseil que je lui donnais de bonne foi et pour Famour
' de Dieu, et ne Toulut pas ag-ir d'après mes avis; je vis
alors raccompiissement de ce proverbe que J'avais
appris d'un vieillard : Donne toujours de bons eon^
seils, soit à ton ami, soit à ion ennemi, car ton ami les
suifDra, et ton ennemi les méprisera* Méprisant donc
celui-ci, il se rendit vers le roi, qui était alors avec, son
arnaée dans le territoire de Melun, et supplia le peuple
de prier le roi de Touloir bien le receToir en sa pré-
sence. Le roi donc, sur les instances de la multitude,
consentit à le voir, et Leudaste, prosterné à ses pieds,
lui demanda pafdon ; mais le 1:0! lui dit : « Tiens-toi
sur tes gardes encore quelque temps, jusqu'à ce que tu
aies TU la reine, et qu'elle t'ait dit les moyens de ren-
trer en grâce auprès d'elle, envers qui tu t'es rendu si
coupable. » Lui, toujours imprudent et léger, se iiani
sur ce qu'il avait été admis en la présence du roi, le suivit
à Paris, se rendit un dimanche dans la sainte cathédrale
et se jeta aux pieds de la reine implorant son pardon ;
mais elle, frémissant de colère et détestant sa vue, le
repoussa, et dit en versant des larmes : a Puisqu'il ne
me reste pas de fib qui prenne soin de poursuivre mes
injures, c'est à toi. Seigneur Jésus, que j'en remets la
vengeance. » £t se prosternant aux pieds du roi, elle
aSi MOEÎ J)£ LEUDASTE.
ajouta : c Malheur à moi qui Tois mon ennemi^ et ne
puis remporter sur lui ! x> Il fut donc repoussé du lieu
sainte et on accomplit les cérémonies de la messe»
Quand le roi sortit de Téglise ayee la reine, Leudaste
les suivit jusqu'à la place*, sans prévoir ce qui allait
lui arrivér. U parcourait les maisons des marchands,
se faisait montrer des objets précieux, pesait Pargen-
terie, examinait des joyaux disant : a J'achèterai ceci et
oda, car il me reste beaucoup d'or et d'argent. » Comme
il parlait ainsi, survinrent soudainement les serviteurs
delà reine qui voulurent le garrotter* Mais lui, tire son
épée et frappe nn d'entre eux; les autres, animés de
colère, se saisissent de leurs boucliers et de leurs épées
et se jettent sur lui. L'un d'eux lui enlève d'an coup
une partie des cheveux et de la peau de la téie. Il
fuyait cependant par le pont de la ville, quand son pied
s'engagea entre deux des poutres qui forment le pont;
il eut la jambe cassée et fut pris : on lui lia les mains
derrière le dos, et il fut remis à des gardes. Le roi le '
fit soigner par des médecins, pour qu'il pût, après la
guérison de ses blessures, être livré à de longs sup-
plices. Mais pendant qu'on le conduisait à une des '
villas du fisc, la gangrène se mit dans ses plaies, et il \
fut bientôt à l'extrémité; alors^ par ordre de la reine,
on le conchaà terre sur le dos,la nuque appuyée surque
grande pièce de bois, puis on le frappa sur la gorge, et il
finitainsi, par une juste mort, une viepleine de perfidies.
Cette place était située, d'après les conjectures assez plan* j
■iblos de Dulaure» sur l'emplacement actuel du Marclié-Nenf.
Digitized by Googfe
1»SSTS, PttODIOES. '885
XXXIII . — La neuvième année du règne de Childe-
beii, le roi Contran rendit à son nevett une partie de
Marseille*. Les envoyés de Chilpérîc, reyeni» d'Bspar
' gne^ annoncèrent que la Carpitanie était cruellement
dévastée par les sauterelles^ de telle sorte qu'il n'y avait
ni arbres^ ni vignes, ni forêts, ni fruits^ ni aucune ver-
dure, qu'elles n'eussent entièrement détruits; ils dirent
que Finimitîé qui s'était éleyée entre Leuvigild et son '
iils augmentait tous les jours de violence. Une grande
contagion régnait aussi dans cette contrée et dévastait
beaucoup de pays; mais elle sévissait surtout à Nar-
bonne. Depuis trois ans qu'elle avait envahi cette cité^
elle paraissait s'apaiser, et déjà les habitants fùgitife
y rentraient, quand le mal les frappa de nouveau et en fit
périr un grand nombre. La cité d'Albi eut égalemenià
souffrir de ce fléau. En ces temps, yers le milieu de la
nuit, parut du côté du nord un grand nombre de rayons
brillants, d'une grande clarté, qui, se rapprochant, puis
se séparant, finirent par s'évanouir. On vit aussi dans
la partie septentrionale du ciel reluire une telle clarté
qu'on la prit pour celle de l'aurore*
XXXI V. — Une nouvelle députation vint d'Espagne
avec des présents, pour arrêter ayec le roi Ghilpéric
l'époque où, selon une convention antérieure, il donne- •
jait sa fille en mariage au fils du roi Leuvigild *. L'épo-
que fixée et toutes choses conyenues, l'envoyé reprit sa
route. Mais le roi Ghilpéric, en quittant Paris pour se ^
rendre dans le pays de Soissons, éprouya un nouyeau
< £n 584**»* Keccared) qui lui succéda.
1. 32
Digitized by Google
386 MORT DU FILS DE OHILPKRIC.
chagrin : son fils, que, Fannée précédente, îl ftTàlf fcil
régénérer dans les eaux du baptême, fut pris dcladys-
senferie^ et rendit Tàme ^ C'était là ce qu'annonçai!
cette flamme que, comme je Vm dit pkn haut, on avait
vue tomber des nuages. Le roi et la reine revinrent à
Pàris atvec une douleor infinie^ ensevelirent leur enfant,
et firent courir après renvoyé, pour qu'il revînt, et pro-
longeât le terme donné , le roi disant : « Voilà que ma
maison est remplie de deuil; comment pourrais je célé-
brer les noces de ma fille ?» Il voulait même envoyer
en Espagne une autre fille qu'il avait eue d'Audovère,
et qu'if avait mise dans le monastère de Pdtlers *; mais
il renonça à ce projet , surtout à cause de la résistance
de sainte Radegonde, qui disait : « H ne eonvienl pas
qti'une fille vouée au Christ retourne aux voluptés du
siècle, j»
XXXV. Tandis que ces clioses se passaient^ on vini
dire à la reine que l'enfant qu'elle avait perdu avait
succombé à des maléfices et à des encbantements, et
ffaele préfet Mammole> qui depuis longtemps kn était
odieux^ était complice de ce crime. 11 arriva en efiet un
)OQr à k table de M ommole qu'on courtisan se plaignit
de ce (ju'un enfant qu'il chérissait avait été pris de la dys-
senierie. Le préfet lui répondit; a J'ai une herbe qui,
lorsqu^on la donne en breuvage à celui qui est attaqué
de ce mal^ quelque désespéré qu'jl soil^ le guérit sur-le-
< Thierry, dont on a déjà parlé.
Sfiasine, qui excita «asuite, Jansoe monastère, les désordre»
que Grégoire de Tours raconte dans le disi6me livre.
Digitized by Google
FRÉDÉOONDB ET ITEJMMOLB. 9S7
champ. » Ces paroles^ rapportées à la reine^ accrurent
sa faieiir : elle £lt saisir des femmes de la Tille de Pans»
les livra à la torture el les força à déclarer ce qu'efles
Bavaient. Elles avouèrent avoir employé des maléiloes
et déalarèrent avoir fait mourir beaucoup de gens ;
ajoutant, ce qui semble incroyable : « 0 reine, nous
avons sacrifié la vie dç ton iils, pour celle du piéfei
. Ifummole. » Alors la reine les livrant à des tourments
encore plus cruels, ût assommer les unes, brûler les
autras, attacher d'autres à deç roues qui leur brisaient
les os, et se retira avec le roi dans sa villa de Compiè-
gne^ où elle lui révéla tout ce qu'elle avait entendu dire
du préfet. Le roi envoya des serviteurs ordomier à Mum*
mole de venir le trouver, et après l'avoir interrogé, le
fit charger de chaînes et livrera divers tourments» On
le suspendit à un poteau, les mains liées derrière le dos,
et on lui deoianda ce qu'il savait de ces maléfices ; mais
Il n'avoua rien de ce que nous avons rapporté plus
haut. Cependant il confessa avoir pris souvent, de ces
ftfmneSf des onguents et des breuvages dont Teffist de-
vait être de le mettre en grâce auprès du roi et de la
reine. Lors donc qu'il fut détaché du poteau, il appela
Fexécuteur,etluidit: « Allez anoonoer auroi, mon sel*
gneur, que jene sens aucun mal des tourments qu'onm'a
infligés. » A ces mots, le roi s'écria : « Ne fautril pas, eu
- effet, qu'il soit sorcier pour n'avdr pas souffert de tant
* de tourments? » Alors on retendit «ur des roues, et on
le frappa de tant de coups de courroies triples que les
exécuteurs en étaient fatigués 3 ensuite on lui entra des
%
Digitized by Google
m L'éYÊQUE iSTHÉRIUS.
bâtons pointus dans les ongles des pieds et des mains^ et,
eomoie Tépée était déjà levée pour lui couper la tète,
il obtint de la reine qu'elle lui laissât la vie ; mais on lui
fit subir uue dégradation aussi cruelle que la mort: car,
placé sur un chariot, il fut envoyé, dépouillé de tout ce
qu'il possédait, dans la ville de Bordeaux où il était né.
liais frappé en rpote d*un coup de sang, il put à peine
arriver à sa destination^ et peu de temps après il rendit
l'esprit. Ensuite la reine prit le trésor de son enfant, tant
les vêtements que les autres effets, même les étoffes de
soie, et les fit jeter dans le feu. On dit qu'il yen avait la
charge de quatre chariots. Ëlle fit fondre l'or et l'argent
dans une fournaise embrasée, afin qu'il ne restftt rien
d'entier qui pût lui rappeler la douleur de la mort de
son fils.
XXXVI . — iEthérius, évêque de Lisieux, dont nous
avons parlé S fut expulsé de sa ville, et y rentra de la
manière suivante : il y avait un clerc de la viUe du Mans,
dissolu, adonné aux femmes, livré à la gourmandise,
à la fornication, et à toute espèce de vices inunondes*
Comme il entretenait commerce avec une femme ma-
riée, véritable prostituée, il lui fit couper les cheveux;,
iliabina en homme et Temmena dans une autre ville
où n'étant pas connu, il pourrait éviter le soupçon
d'adultère. C'était une fenune de race libre et née
d'honnêtes parents. Ses proches, ayant découvert quel-
^ Il n'est question nulle part, dans les autres ouvrages de
Grégoire de Tours, de cet jEthérius, d'où quelques auteurs ont
pensé que ce chapitre était une interpolatioD, ainsi ^ue quel-
ques autres.
Digitized by Googl
LE CLERC DÉBAUCHÉ. '38J
qlie temps après ce qui s'était passée voulurent venger
la honte de leur famille; ils allèrent trouver le clerc,
renchaînèrent, renfermèrent etfirent brûler la femme.
Ensuite^ dominés par la soif exécrable de Tor, ils tâchè-
rent de vendre le clerc^ ou plutôt de trouver quelqu*un
qui le rachetât, car autremt nt il était dévoué à une mort
certaine. i£thérius> instruit de ces faits» fut touché de
compassion; il donna vingt pièces d'or, et délivra le
clerc de la mort qui le menaçait. Ainsi sauvé» le clerc se
donna pour docteur dans les lettres* et promit à Févè-
que, s'il lui confiait des enfants, de les rendre savants;
Févéque, joyeux de cette >prome88e« rassembla les en-
fants de la cité et le chargea de les instruire. Le clerc
était honoré des citoyens ; le pontife lui avait donné
des terres et des vignes, et il était invité dans les
maisons des parents dont il instruisait les enfants. Mais^
revenant à ses anciennes habitudes et oubliant tout ce
qu'il avait souffert, il s'éprit de concupiscence pour la
mère d'un des enfants qu'il instruisait. Cette femme pu-
dique se plai^çnit à son mari, ses parents réunis infligé*
rent au clerc de rudes tourments et voulurent le tuer.
L'évéque» de nouveau touché de pitié, le délivra» lui
adressa de douces réprimandes et le rétablit dans ses
honneurs. Mais rien ne put tourner vers le bien Fesprit
léger de cet homme; au contraire, il devint Tennemi de
celui qui l'avait plusieurs fois racheté de la mort. Il
s'allia a l'archidiacre de la cité et, se jugeant digne de
Fépiscopat, fit le complot d'assassiner l'évèque. On paya
un clerc qui devait le frapper d'une hache, et tous ces
22,
39» COMPLOT CONTRE I/ÉVéQUE.
gens commençaient déjà à tenir des discouiis, à parler
has^ à lier des intrigues, offrant des récompenses pour
enprager, si l'évêque mourait, à mettre le clerc en sa
place. Mais la miséricorde de Dieu remporta sur leur
perâdie^ et sa bonté se faftta de réprimer la cruauté des
méchants. Un jour que révêque rassemblait ses ouvriers
dans un champ qu'il Toulait faire labourer, le clerc dont
j'ai parlé le suivait avec une hache, sans qu'il y prît
garde aucunement. Cependant il finit par s'en aperce-
ynÂr. a Pourquoi donc, lui dit-il, me suis-ta si assidû*
ment avec cette hache?» L'autre saisi de frayeur se jeta
à ses genoux, disant: « Prends courage, ô prêtre de Dieu;
car ta sauras que j'ai été enyoyé par rarcfaidiam et le
précepteur pour te frapper. J'ai plusieurs fols voulu le
faire, et ma naain s'est levée pour frapper le coup ; mais
aussitôt mes yeux étaient couverts de ténèbres, mes
oreilles cessaient d'entendre, et tout mon corps était
ébtanlé par un tremblement. Mes mains demeuraient
sans force, et je ne pouvais accomplir ce que j'avais
projeté; niiûs lorsqu'ensuite j'abaissais le bras, je.ne
sentais plus de souffrance. J'ai reconnu que Dieu était
avec toi, car je n'ai pu te faire aucun mal.» A ces mots,
résèque se prit à pleurer et imposa silence au derc,
puis, retourné à sa maison, il se coucha pour souper.
Ensuite, il alla se reposer dans son lit, autour duquel
était disposés un grand nombre de ses clercs. Ses enne-
mis, s'étant déûés du clerc qui devait Tassassiner, pensè-
rent àexécuterpar eux-mémesleur perfidie, et tramèrent
un autre complot, soit pour le faire périr violemment^
Digitized by
INJURES QUI LUI SONT FAITES. 991
soit pour le charger d'un crime qui le fît exclure du
sacerdoce. Taudis que toiU le moiide reposait vers le
milieu de la nuit, ils se précipitèrent daos la chamfare
où couchait révêque, poussant de grandes exclamations
et disant qu^ils en avaient vu sortir une femme, et qu'ils
Pavaient laissée aller pour courir à l'évêque. C'était oer-
tainement par le conseil et l'instigation du diable qu'ils
' imputaient uo tel crime à leur éyéque» alors figé de prts
de soixante-dix ans. Sans perdre de temps, et de con-
cert avec le derc dont j'ai parlé» ils lièrent le saint
honmie qui vit ses mains chargées de chaînes par celui
qu'il avait plusieurs foi§ débarrassé de ses liens ^
et il fut condamnéà une prison sévère par celui qu'il
avait souvent tiré delà fange des cachots. Voyant que ses
ennemis l'emportaient, il implora avec larmes^ dans
ses chaînes, la miséricorde du Seigneur; aussitôt ses
gardes se sentirent accablés de sommeil, la volonté du
S^igiltm détacha ses liens et celui qui avait si souvent
. délivré les méchants fut délivré sans avoir rien souffert
ite leur méclianceté; delà, s'échappant, il passa dan^le
rofanme du roi Gontran. Ibia^isis qu^li^HpAfiîr^nx
qui avaient comploté contrelui s'adressèrent plus libre-
ment au roi Ghilpéric pour lu| iim^fi^^il^^ssfmt;
ils aceâsèroiit l^vêque de plusieurs:Mmes, ajoutant :
a Sache, ô roi très-glorieux 1 que nos paroles sont véri-
taW^BS ; ^9 daojM» ciaiatiE^^MKM^ q^^^iû axàmé-
rilée ses criines, il a passé au royaume de ton frère. » ,
JUe roi ne les crut point, .e); leur ordonna de retourner
Digitizod by Google
TRIOMPHE DU SAINT ÉVÉQUE.
de leur pasteur^ et sachant que tout cela s'était fait
par envie et par avarice » se saisirent de rarchidiacre
et de son complice^ auteurs de cette iniquité^ et de-
mandèrent au roi de leur rendre leur évêque. Ce-
lui-ci envoya des messagers à son frère ^ rassurant
qu'il n'avait trouvé Févêque coupable d'aucun crime.
Leroi Contran» qui était bon et plein de libéralité envers
les malheureux, fit beaucoup de présents à i£(hérius>
et lui donna des lettres pour tous lea évêques de son
royaume^ afin qu% eussent soin, au nom de Dieu» de
l'assister dans son voyage. L'évèque, parcourant les
dtés^ en recueillit des prêtres de Dieu tant de choses,
soit en vêtements, soit en or, qu'à peine put-il rappor-
ter tout ce qu'il avait reçu, et en lui fut accomplie cette
parole de l'Apôtre : Toui eonirUnte au hiin de ceux
tpH aiment Dieu*; car ce voyage lui procura beau-
coup de richesses, et son eadl le mit dans l'opulence. Re-
tournant ensuite vers ses concitoyens, il en fut reçu avec
tant d'honneur qu'ils pleuraient de joie et bénissaient
Dieu de ce qu*il avait rendu à son Église un tel évèque.
XXXVII. — Lupentius, abbé de la basilique de Saint-
Privast martyr, dans la cité de Gévaudan, fut mândé
par la reine Brunehaut, et vint la trouver, n était accusé^
dit-on, par Innocent, comte de ladite ville^ d'avoir parlé
de la reine avec irrévérence. Mais l'affaire ayant été exa«
minée, il ne fut trouvé en rien coupable de lèse-majesté,
et reçut Tordre de s'en retourner. Cependant, comme il
commençait à se mettre en route, il ftit pris par leffî
> BpUr9 de saint Paui aux Komaios, chap. viit, 28.
Digitized by Google
IftOHX D£ L'ABBÉ LUP£NT1US. 093
comte et conduit à la villa de Ponibion S où on lui fit
souffrir beaucoup de tourments. Relâché ensuite pour
«l'en retourner chez lui» comme il avait tendu ses pavii<-
loiis sur la rivière d'Aisne, son ennemi tomba de nou-
veau sur lui, Taccabla^ lui coupa la tète^ la mit dans uu
sac rempli de pierres^ et la jeta dans la rivière ; il y jeta
même le corps attaché à une pierre. Peu de jours après^
ce corps fut vu par un- berger qui , Fayant tiré du
fleuve^ le mit en sépulture; mais tandis quil préparaît
les choses nécessaires à ces obsèques^ sans que personne
pût savoir à qui appartenait ce corps dont on ne trouvait
pas la tète, il arriva tout à coup qu'un aigle enleva le
sac du fond du fleuve et le déposa sur le rivage. Repiplis
d'admiration, ceux qui se trouvaient présents prirent le
sac; et s'empressant de chercher ce qu'il contenait^ ils
y trouvèrent cette tête coupée qu'ils ensevelirent avec
le reste des membres. On dit que, par la puissance di-
vine^ une grande lumière parut en ce lieu^ et que lors-
qu'un malade vient prier a ce tombeau avec dévotion^
il s'en retourne guéri.
XXXVllI. — Théodose, évêque de Hodez, qui avait
succédé à saint Dalinate, mourut vers ce temps. Les
différence et les querelles qui s'élevèrent alors dans cette
Église pour Tépiscopat en vinrent à ce point qu'elle fut
presque entièrement dépouillée des vases sacrés et de
tout ce qu'elle possédait de plus précieux. Avec Taide de
la reine Brunehaut, on fit rejeter le prêtre Transobade,
et on élut Innocent, comte de Gévaudan. A peine eu
% PonHco villa.
Digitized by Google
394 L'ÉVÉQUE SULPICE.
possession de répiscopat, il se mit à attaquer Ursicio^
éréque de Gahors^ lui reprochant de retenir certaines
paroisses qui, selon lui, appartenaient au diocèse de
Rodez; et leurs discordes journalières allèrent tou*
jours croissant. Quelques années après, le métropoli-
tain, réuni avec ses sulfragantsdansla ville de Clermont,
rendit un jugement portant qu'Ursicin recouvrerait les
paroisses que TÉglise de Rodez ne pouvait pas prouver
avoir été jamais en sa possession; ce qui lut exécuté.
XXXIX. — Remi> évêque de Bourges^ mourut, et,
après sa mort, la plus grande partie de sa ville fut cou*
sl^née par un incendie^ dans lequel périt ce qui avait
échappé aux calamités de la guerre. Ensuite, par la fa-
veur du roi Gontraui Sulpice fut élu évoque de cette
ville. On rapporte que beaucoup de concurrents offrant
au roi des présents pour en obtenir Tépiscopat^ il leur
répondit : « Il n'est pas dans Tbabitude de mon gouver-
nement de vendre le sacerdoce, et il ne vous convient
pas de Tacheter par des présents, car je dois craindre
d'encourir Tinfamie d'un gain honteux^ et vous celle
d'être comparés à Simon le Magicien. Conformément
à la volonté de Dieu, Sulpice sera votre évêque; » c'est
ainsi engagé dans le dergé que Sulpice monta au siège
de cette Église. C'est un homme de grande noblesse, des
premiers sénateurs de la Gaule, très-instruit dans les
belles-lettres, sans égal dans Fart des vers. Ce fut lui
qui provoqua le synode dont nous avons parlé relative*
ment aux paroisses du diocèse de Cahors.
XL. — Un envoyé, nommé Oppila^ vint d'Espagne^
I
Digitized by Google
L'AMBASSADEUR ARIEN OPPILA. M
apportant au roi Ghilpéric de grands présents. Le roi
d'Ëspagne craignait que Cliildebert ne fit marcher une
année pour irenger l'injure de sa sœur, parce que Leo^
\igild ayant pris son fils Erménégild qui avait épousé la
sœur de GhildebertS Tayait jeté en prison et que sa
femnne était demeurée entre les mains des Grecs. Cet
envoyé étant donc arrivé à Tours le saint jour de Pâ-
ques» nous lui demandâmes s'il était de notre religion ;
il répondit qu'il croyait ce que croient les catholiques^
vint avec nous à la cathédrale» et assista aux cérémo*
nies d(3 la messe : mais il ne reçut point de nous la paix •
et ne participa point au sacriûce. Je reconnus par là
qu'il avait fait un mensonge en se disant catholique;
néanmoins je l'invitai à ma table, et lui ayant demandé
ce qu'il croyait, il répondit : a Je crois le Père» le Fils
et le Saint-Esprit unis dans une même puissance. » Je
lui dis ; a Si tu crois ce que tu affirmes, quel motif t'a donc
empêché de participer au sacrifice que nous avons oifert
à Dieu? » El il me dit: a Parce que vous ne répondez pas
comme vous le devez au gloria, car nous disons» d'après
l'apôtre Paul : Gloire à Dieu le Père par le Fils; et vous
dites, Gloire au Père» au Fils et au Saint-Esprit; et de
même que les docteurs de PÉglise enseignent que le
Père a été annoncé dans ce monde par son Fils, Paul
dit : Au Moi des siècles, immortel, invisible, à Vunique
Dieu, toit honneur et gloire dans les siêdés des siieles V b
Et je lui répondis : t( 11 n'y a pas un catholique» je
1 IngonJe, fille de Sighebert.
« C'cst-a-dire le baiser de paix et la bénédiction.
»i" Jijïi/rt' de saint Paul ù Tiinothée, chap. i, v. 17.
M C0i4TR0V£RSB ÂVBC ORÊGOmS.
pense^ qui ne sache que le Père a été annoncé par son
Fils; mais^en même temps qu'il a annoncé son Père sur
la terre^ il a attesté sa propre diVinité par ses miracles*
Il a fallu que Dieu le Père envoyât son Fils en ce monde
' pour lui montrer Dieu en personne» afin que les hom-
mes qui avaient refusé de croire aux patriarches, aux
propliètes et à leurs législateurs» crussent au moins à
son Fils. Il est donc nécessaire de rendre gloire à Dieu
sous le nom des trois personnes, c'est pourquoi nous
disons : Gloire à Dieu le Pére qui a envoyé $on ÎFUi,
gloire à Dieu le Fils qui a racheté lemonde de ionsang,
glaire à Dieu le SaitU-Esprit qui sanctifie l'homme ra^
ehetê/ Mais toi qui dis : Gloire au Père par le File! ta
enlèves au Fils sa gloire, comme s'il ne partageait pas
la gloire de son Père» parce qu'il a annoncé son Père an
monde. Le Fils, comme nous l'avons dit, a annoncé son
Père au monde» mais beaucoup ne l'ont pas cru» selon
les paroles de saint Jean rÉvangéliste : Il eti venu ehie%
luif elles siens ne Vont point reçu; mais il a donné à tous
ceux qui rqnireçu le pouvoir d*étre faite enfants de Dim,
c'est-à-dire à ceux qui croieni en son nom K Et toi qui
décries l'apôtre Paul et n'entends pas ses parol^» re-
marque comme il a parlé prudemment et selon ce que
chacun était en état d'entendre. Remarque comme il a
prêché parmi les incrédules sans paraître leur imposer [
aucnn fardeau trop pesant, tellement qu'il dit à quelques-
uns : Je ne vous ai nourris que de lait et non de viandes
êolidcs, parce que vous n*en étiez pas capables, et à pré-
*Évang, selon «amt Jean, chap. v. 13*
Digitized by Coo<?I
CONTROVERSE ENTRE GRÉGOIRE ET L'ARIEN. W
tenf même vous ne Vêtes pas encore *.* La nourrititre
solide est pour les parfaits ^ £1 il dit à d'autres : Je n'ai
foini prêché autre chose parmi vous que Jésus-Christ
et Jêsus^Christ crucifié*» Maintenant yeux-tu^ héréti-
que^ parce que Paul n'a prêché que le Christ crucifié,
douter de sa résurrection ? Fais plutôt atlention à sa
prudence , et vois avec quelle adresse il dit à d'autres
plus robustes dans leur foi : Si nous avons connu Jésus»
Christ crucifié, maintenant nous ne le connaissons plus
de cette sorte *. Nie donc, accusateur de Paul, si ton
esprit est capable d'une telle folie» que le Christ ait été
crucifié; mais je le le demande, laisse toutes ces choses,
écoute de meilleurs conseils^ applique un collyre à tes
yenx troublés^etreçoisla lumière delà prédicationapo»-
toiique. Car Paul parlait aux hommes selon ce qu'était
chacun, d'une manière moins relevée, afin de les élever
ensuite au plus haut faite de la foi ; et comme il dit
ailleurs : Je me suis fait tout à tous pour les sauver
lottsS comment un mortel refusera-t-il iagioireaa Fils,
• que le Père lui-môme a glorifié du haut du ciel, non
pas une fois^ mais deux ou trois fois? Écoute comme il
a padé du haut des cîemr, lorsque le Saint-Esprit des-
cendil sur la tète du Fils, baptisé de la main de Jean :
CeluiH:iest, dit-il» mon jFils lnen<timéfdanslequ€l faimU
toute mon affection ®. Certainemenl, si lu as les oreilles
* r* Épttre de saint Paul aux Corinthiens, chap. m, y,% \
* Épilre lie saint Paul aux Hûbreux, chap. v, v. 14.
^ 1" Kptlre d(î saint Paul aux Corinthiens, chap. ii, v. 2,
■ ^ Ile Kplirc (le ^aint Paul aux Corinthiens, chap. v, v. 10.
* I'" Èpîlre du sumL Paul aux Corinthiens, chap. ix, v. 22,
Évang, selon taint IfathUui chap. xvit, v* &
1. J3
Digitized by Gopgle
I
aC8 LARIEN OPPILÂ.
assez bouchées ponr ne pas entendre cela^ tu dois croire
du inoins ce qu'entendirent les a(>ôlrcs sur la monlagae,
lorsque Jésus^ transfiguré dans sa gloire^ parlait avec
Moïse et Ëlie^ du haut d'une nuée resplendissante^ le
Père dit: Voici mon Fils bien-aiméy en qui j ai mis touU
wmm affecUony icoutez-le K » L'iiérétique répondit à cela :
« Le Père en ceci ne rend nullement témoignage à la
gloire du Fils; il le désigne seulement pour son ûls. p
Et moi je lui dis : c Si tu prends les choses de celte ma-
nière^ je te fournirai un autre témoignage par lequel le
Père a glorifié son Fils. Au montent de la Passion de
Notre Seigneur, lorsqu'il dit : Mon Père, glorifiez voire
Fils afin que voire Fils vous glorifie*; qu est-ce que le
Pàre lui.a répondu du haut du ciel? Ne lui a-t il pas dit :
JeVai déjà glorifié el je le glorifierai encore '? Voilà donc
que la propre voix du Père le glorifie, et loi lu t'efforces
de lui enlever sa gloire. Hais ton pouvoir ne répond
pas à la volonté que tu montres. Ët toi qui te portes
accusateur de l'apôtre Paul, écoule-le lorsque Jésus-
Christ parle par sa bouche : Que louie langue confesse
§u$ le Seigneur Jésus-ChriU est dans to gloire de Dieu
son Père Maintenant, sll participe à la gloire dç son
Père, s'il habite dans la gloire avec son Père, comment
se fait-il que lu veuilles le déshonorer en le privant de
sa gloire? Et comment ne rendra-l-on pas gloire |)armi
les hommes à celui qui règne dans les cieui, avec une
* TX« ÈpUr9 de saint Pierre, ch«p. i, v. 17.
*Évang. selon saint Jean, chap. zvii, 1,
» Ibid., chap. XII, V. 28.
^Èj^rt de saint Paul aux Philip., chap. m, ▼. 11.
Digitized by Google^
GHTLPÉRIC SE RfiTIRS DANS CAMBRAT. 300
gloire égale à celle de son Père? Confessons donc le
Christ Fils de Dieu pour le Trai Dieu, et reconnaissons
que^ puisqu'ils n'ont qu'une seule dlTinité, ils n'ont
qu'nne seule et même gloire. » Aces mols^ je me tus et
terminai la discussion* Oppilase rendit vers ChiipériCy
et après lui avoir offert les présents que lui envoyait le
roi d'£spagne, il retourna dans son pays.
XLI. — Le roi Chilpéric ayant appris que son frère
Gontrau avait fait la paix avec Childebert son neveu, et
quils voulaient se réunir pour lui reprendre les villes
qu'il leur avait enlevées de force, se réfugia avec tous
ses trésors dans la ville de Cambrai et y emporta ce
qu'il avait de plus précieux. Il envoya des messagers
aux ducs et comtes des elles, pour les engager à
réparer les murs des villes, à placer leurs effets ainsi
que leurs femmes et leurs filles à Fabri des remparts^
et à se déiendre courageusement si la nécessité Fexi-
geaity de manière à ce que Tenneml ne pût leur faire
de mal. Il ajoutait; « Et si vous perdez (juelquc chose,
nous en recouvrerons davantage lorsque nous nous ven-
gerons de nos ennemis. » Mais il ne savait pas que ta
Victoire est dans la main de Dieu. Plusieurs fois ensuite,
il mit son armée en marche» puis il lui ordonna de se
tenir en repos dans ses frontières. Dans ces jours-là, il lui
était né un ûis qu'il lit nourrir dans sa maison de
Vitry S « de peur, dit-il, que s'il était vu eii public,
il ne lui arrivât quelque mal et qu il ne mourût. »
t Vicloriaeeneis tilla.
Oigitized
100 CHILDEBÊRT, LES LOMBARDS ET L'EMPEREUR.
XLII. - Cependant le roi Childebert partit pourlita-
Ue. Acette nouvelle les Lombards, craignant d'être dé-
fniite par son année, se soumirent à sa domination,
lui firent de grantls présents et promirent de lui de-
meurer fidèles. Ayant obtenu d'eux ce qull voulait, le
roi retourna dans les Gaules, et ordonna de mettre en
mouvement une armée qu'il fit marcher vers l'Espagne.
Cependant il s'arrêta. L'empereur Maurice lui avait
donné, l'année précédente, cinquante mille sols d'or
pour chasser les Lombards de l'Italie ; apprenant
qu'il avait fait la paix avec eux, il redemanda son ar^
gent, mais le roi, se confiant en ses forces, ne youlul
seulement pas lui répondre à ce sujet.
XL III. — Eu Galice, il se passa de nouveaux événe-
menU dont nous allons rendre compte. Erménégild
ayant encouru, comme nous l'avons dit, la colère de
son père, demeurait avec sa femme àans une ville d'Es-
pagne, comptant sur le secours de l'empereur, et de
Miron roi de Galice. Apprenant que son père venait
vers lui avec ime armée, il chercha de quelle manière
ilpourrait.le repousser ou le tuer, ne sachant pas, le
malheureux, que le jugement de Dieu menace celui qui
médite de telles choses contre son père, fût- il héréti-
que. Après y avoir bienpcnsé, parmi les milUers d'hom-
mes qui l'accompagnaient, il choisit trois cents hommes
d'armes* qu'il renferma dans le château d'Osser S dont
l'égUse conti«at des fontaines qui se remplissent par
1 Château fort qui était situé auprès de SéyUle , Ofi«r.
(V. Géogr.)
Digitized by Google
-<
LE ROI D'ESPAGNE LEUVIQILD. m
Pordre spécial de Dieu. Son projet éiaît de lasser el de
rompre ainsi la première impéluosiié de son père^ aûa
de le vaincre ensuite plus fadlemepl avec des troupes
inférieures mais plus nombreuses. Le roi Leuvigild
apprenant cette ruse fut longtemps dans une grande
perplexité, se disant: « Si je vais centre lui avec toute
mon armée réunie en un seul corps, elle sera cruelle*-
mentaccablée des traits deFènnemi; si jen'y vais qu'avec
un petit nombre de soldats, je ne pourrai vaincre cette
troupe d'élite : il est préférable que j'aille avec tous. »
Et, marchant vers le lieu où étaient réunis ces guer-
riers, il les défit et brûla le châleau, comme on Ta
déjà raconté. Cette victoire obtenue, il apprit que le roi
Mir venait contre lui à la tête d'une armée ; l'ayant en-
vlronnéjl exigea de lui le serment de lui rester fidèle à
Favenir. Us se firent des présents mutuels; après quoi
chacun retourna chez soi. Mais Mir, rentré dans son pays,
se mit au lit peu de jours après et mourut. Sa maladie
était venue des mauvaises eaux et de ^insalubrité de
Tair de TEspagne. Après sa mort, son fils Ëuric sollicita
Tamitié du roi Leuvigild, et lui ayant, comme son père,
prêté serment, il régna sur le royaume de Galice. Mais
dans l'année, Audica, fiancé à sa sœur, vint avec une
armée, le prit, le fit clerc et ordonna qu'on lui imposât
les honneurs du diaconat ou de la prêtrise. Puis, ayant
pris pour femme la veuve de Mir, il devint roi de Ga-
lice. Leuvigild s'empara de son fils Erménégild, rem-
mena avec lui à Tolède, et le condamna à l'exil, mais
line put tirer sa belle-fille des mains des Grecs«
Digitized by Google
403 CALAMITÉS ET PRODIGES.
XLIV. ^ Les sauterelles qui, depuis dnq ans, nm-
geaienl laCarpitanie, passèrent, cette année, en suivant
la grande route, dans une province Toisine. £Ues cott-
▼raieût eu longueur un espace de cent cinquante milles^
et cent milles en largeur. Cette année apparurent dans
les Gaules nombre de prodiges, et les peuples éproiivè-
fent de grandes calamités. On tit des roses au mois de
janvier, et il parut autour du soleil un grand cercle
mêlé de diverses couleurs, semblables a celles que dé>
ploie Tarc-en-ciel après la pluie. Une gelée brûla les
vignes, une tempête vint ensuite en divers lieux rava-
ger les vignobles et les moissons, et ce qu'avait épargné
la grêle fut consumé par une épouvantable sécheresse.
On vit sur quelques ceps ub petit nombre de fruits mai-
gres, sur quelques autres on n'eu vit point. Si bien que les
hommes irrités contre Dieu ouvrirent les enclos de leurs
vignes et y introduisirent les brebis et les ebevaux, en-
tremêlant d'imprécations, les malheureux ! le soin qu'ils
prenaient de se nuire à eux-mêmes, et disant : a Que
famais durant Téternité des siècles, ces vignes ne pro-
duisent plusde sarments. » Les arbres, qui avaient pro-
duitaumois de juillet, donnèrent de nouveaux fruits au
mois de septembre. La maladie revint attaquer les bes-
• ' tiaux avec une nouvelle violence, si bien qu'à peine en
demeura-t-il quelques-uns.
XLV. — Cependant, vers les calendes de septembre,
une grande députation de Goths vint trouver Chilpérie.
De retour à Paris, ce roi ordonna de prendre beau-
coup de serviteurs appartenant aux maisons iiscft-
Digitized by Google
CHILPÊRIC ENVOIE SA FILLE EN ESPAGNE.' 401 . •
les % et de les mettre dans des chariots; oomme nn
grand nombre pleurait et ne voulait pas partir^ il les
fit retenir en prison poor^pouvoir plus facilement les
obliger à accompagner sa fille. On dit que plusieurs,
désespérés de se voir enlevés ainsi à leurs parenté,'
dans leur douleur s'étranglèrent. Le fils était séparé
du père^ la mère de la fille, et ils s'en allaient avec
de profonds gémissements et de grandes malédictioiisi
on entendait tant de pleurs dans la ville de Parfis
qu'on les a comparés aux Lamentalions d'Ëgypte. Plu-
sieurs personnes des meilleures familles, contraintes
de s'en aller ainsi, tirent leur testament, donnèrent leurs
biens aux églises, et demandèrent qu'au moment où la
fille de Cbilpéric entrerait en Espagne^ on ouvrit ces
testaments;, comme si elles étaient déjà dans le tombeau.
Cependant il vint à Paris des envoyés de Childebertpoilr
avertir le roi Cbilpéric de ne donner à sa fille aucune
des villes qu'il tenait du royaume de son père Sigbebert,
ni aucune partie de ses trésors, et de ne pas se permet»
tre de touclier aux esclaves, aux chevaux, aux jougs de
bœufs, ni à rien de ce qui appartenait à ces propriétés
< Domtis fiscale!^. Les rois possédaient auprès , et peut-être
même dans l'inicrieur des villes, comme dans les campagnes,
un grand nombre d'habitations ou domaines peuplés de familles
qui n'étaient pas toutes de condition servile, et qui n'y tombèrent
que progressivement» par une série d'actes de Tiolence psreils
à celui que rapporte ici Grégoire de Tours. Il y a lieu de croire
que, dans l'occasion dont il s'agit ici, des gens même qui n'ap-
partenaient pas aux domaines fiscaus^ furent enlevés deforçu
et contraints d'accompagner Rigonthe. '\
Digitizeû by LiOOglc
404 LIBÉRALITÉS DB PRÊDÉ60NDE.
Un de ces envoyés fut, dil-on, tué secrètement, on ne
sait par qui^ bien que les soupçons se soient portés sur
le roi. Chilpéric, ayant promis de ne loucher à rien de
tout cela^ convoqua les principaux Francs et ses autres
fidèles, et célébra les noces de sa fille. Elle fat renuse
aux envoyés des Golhs, et le roi lui donna de grands
trésors; sa mère y ajouta une telle quantité d'or, d'ar-
gent et de vêtements, que le roi, à cette vue, cmt quil
nelui restait plus rien. La reine, s'apercevant de son mé-
contentement, se tourna vers les Francs, et dit : « Ne
croyez pas, ô Francs, qu'il y ait rien là des trésors des rois
précédents. Tout ce que vous voyez est tiré de mes pro-
priétés, car le roi très-glorieux m'a fait beaucoup de
largesses^ j'y ai ajouté le fruit de mes travaux, et une
grande partie provient des revenus que j'ai tirés, soit
en nature, soit en argent des maisons qui m'ont été con-
cédées. Vous-mêmes m'avez fait beaucoup de présents,
desquels j'ai composé ce que vous voyez devant vous,
car il n'y a rien là des trésors publics. » De la sorte elle
abusa Fesprit du roi« U y avait une telle immensité
d'objets d'or, d'argent et d'elTets précieux qu'on en
chargea cinquante chariots. Les Francs apportèrent
de leur côté beaucoup de présents; les uns de l'or, les
autres de Pargenl, quelques-uns des chevaux, plusieurs
des vêtemens, chacun donna ce qu'il put. La jeune fille
fit ses adieux avec beaucoup de larmes et d'embrasse-
ments; au moment où elle franchissait la porte, Tessieu
d'une des voitures cassa; tous s'écrièrent alors mo/-
. ftettf f ce qui fut intérprété par plusieurs comme un
£SCORX£ DE KIGONIHE: 4Û&
f unesié augure K Quand Rigoothe eut quitté Paris, elle
ordonna de dresser ses tentes à huit milles de la ville.
Pendant la nuit> cinquante hommes de sa suite se levè-
rent, prirent les cent meilleurs chevaux, tous les freins
d'or^ deux grands plats, et s'enfuirent vers le roi Chil-
dehert Durant la route, ceux qui pouvaient s^é-
chapper prenaient la fuite, emportant avec eux tout ce
qu'il leur était possible de saisir. On traita sur son che-
min ce cortège avec uîi grand appareil, aux dépens des
diverses cités. Le roi avait ordonné que là-dessus on ne
payât rien de son fisc ; tout fut fourni par une contribu*
tion ex Iraordinaire des pauvres gen s.
Ck)mme le roi craignait que son frère ou son neveu
ne fendissent en route quelque embûche à sa fille, il
avait ordonné qu'elle marchât environuée d'une ar-
mée. Avec elle étaient des hommes du premier rang,
le duc Bobon, fils de Mummolène, accompagné de sa
femme, pour servir à la jeune Me de paranymphe;
Domégésile, Ânsovald, le maire du palais Waddcm, au-
trefois comte de Saintes; le reste de la troupe, composé
d'hommes de moindre condition, était au nombre de
plus de quatre mille. Les autres chefs et camériers qui
voyageaient avec elle la quittèrent à Poitiers. Ceux
qui poursuivaient leur route allaient comme ils pou-
vaient, et ils firent tant de butin, se livrèrent à tant
de pillages qu'on pourrait à grand'peine les racon-
ter. Ils dépouillaient les cabanes des pauvres, rava-
t La texte porte moki horo.
Digitized by Google
4Ù6 ASSA8SDIAT DE CHILPÉBIC.
geaient les vig^ncs, emportaient les serments ayec les
raisins^ eulevaient les troupeaux et tout ce qu'ils pou-
vaient trotiver, et ne lauaaient rien dans les lieux qu'ils
• traversaient, accomplissant ce qui a été dit par le pro-
phète loél : La êauUreUe a mangé les restes de la
èkeniUe, U ver les restes de la saulerélie^ et la nielle les
restes du ver ^ Ce fut ainsi que les choses se passèrent
alors* Les restes de la gelée furent détruits par les tem-
pêtes, le reste des tempêtes fut brûlé par la sécheresse,
et ce qu'atait laissé la sécheresse enlevé par les gens
degnmie.
XLVI. — Tandis qu'ils cheminaient ainsi en pillant,
Cfailpéric, le Néron, i'Uérode de notre temps, se ren-
dit à sa villa de Chelles, éloignée de Paris d'environ
cent stades et s'y livra à l'exercice de la chasse. Un
jour qu'il révisait de chasser, à rentrée de la nuit,
comme il descendait de cheval, s'ap[)ùyant d*une
ma|a sur 1 épaule d'un de ses serviteurs, un homme
s'approcha^ le frappa d'un couteau sous l'aisselle, puis
d'un second coup lui perça le ventre : aussitôt, vomis-
sant du sang en abondance, tant par la bouche que par
ses blessures, il rendit son âme inique On a vu, par ce
qui précède, tout le mal qu'il avait fait souvent; il
brûla et dévasta des contrées, sans en ressentir aucune *
douleur; il en était plutôt joyeux, semblable à Néron,
lorsqu'autrefois il chantait des tragcdies au milieu de
l'incendie des palais. Souvent il frappa injustement
*Joil, chap. z, ▼. 4*
Digitized by Googlc
CRIMES DE CHILPÉRIC. m
des hommes pour avoir lear bien. Peu de dercs, de scm
temps^ parviurent à répiscopat. Il était adonné à la
gourmandise et faisait un dieu de sibn- yentre^ affir-
mant qu'il n'y avait pas d'homme plus sage que lui. Il a
écrit deux livres de vers, avec la prétention d'imiter
Sédule; mais ces vers ne peuvent se soutenir, sur leurs
faibles pieds; et, faute de s'y entendre^ il avait des
syllabes brèves à la place des longues, et des longues
où il faudrait des brèves. Il a écrit d'autres opuscules,
comme des hymnes et des messes qu'on ne peut adjnet-
tre en aucune manière. Il était Tennemi des intérêts des
pauvres, et blasphémait contiauellement contre les
prêtres du Seigneur. Les évéques des Églises étaient,
lorsquil se trouvait dans le particnller^ le principal
sujet de ses dérisions et de ses plaisanteries \ il appelait
celui-ci inconséquent, cet autre orgueilleux,, celui-là
verbeux, tel autre luxurieux; il disait: « Celui-ci est
rempli de vanité, cet aulre bouiiid'arrogance,)» car rien .
ne lui était plus odieux que les églises. On l'entendait
souvent dire: a Voici (jue notre ûsc demeure pauvre,
que nos richesses sont transférées aux églises ; personne
ne règne, si ce n'est les évéques; notre dignité périt, et
est transportée aux évéques des cités.» Et parlant ainsi,
il violait sans cesse les testaments souscrits au profit des
églises, et foulait souvent aux pieds jusqu'aux ordres
de son père, pensant qu'il ne restait personne pour
robliger d*ac6omplir ses volontés. Limagination ne
peut fournir aucune sorte de débauche et de luxure qu'il
n'accomplit en réalité, il cherchait sans cessç de nou-
FUNÉRAILLES DE CHILPÉRIC.
veaux moyens de léser le peuple; aux gens qu'il trou-
vait coupables, il faisait arracher les yeux; et dans les
ordres qu'il euToyaîtaux juges pour ses aflàires, il ajou-
tait: a Si quelqu'un méprise nos commandements,
qui! soit condamné à avoir les yeux arrachés. » Gomme
il n'aimait véritablement personne, personne ne l'ai-
mait, et dès qu'il eut rendu Tesprit, tous les siens Ta*
bandonnèrent. MaUulphe, évèque de Senlis, qui avait
déjà passé trois Jours sous la tente^ sans pouvoir par-
venir à le voir, vint, à la nouvelle de sa mort, laver
son corps, le couvrir des meilleurs vêtements, passa la
nuit à chanter des hymnes, le mit sur une barque et alla
l'ensevelir à Paris dans la basilique de Saint-Yincent,
laissant la reine Frédégoude dans la cathédrale de cette
cilé.-
Digitized by
4
Digitized by Google
SOMMAIRE DU LIVRE VIL
1. Mort de l'évêque saint Sauve.— ii. Guerre entre ceus de Chartres et d'Or-
léans.—m. Mort de Vëdaste, surDommé Avon. — iv. FreUegoade cherche
atUe dans une église; s«t trésors sont portés à Qiildobert. — t. L« roi
Contran Oitro dans Paris.— vi. Ledit roi s'empare de l'ancien royaape àm
Caribert. — vu. Les envoyés de Childebert réclament PVédégonde. —
vin. Le noi demande au peuple de ne pas l'assassiner comme ses frères —
IX. Rigontbe est retenue prisonnière par Didier, qui lui enlevé ses trésors.—
x.6ondovaldéleTé an trône-B-^t. Bigonihe, fiUede Chilpéric— xi.Prodigea.
— zn. Incendie du ten|toire ^ Tours et miracle de saint Martin.— xiii. In-
cendie et ravages dans la cité de Poitiers. —iiv . Ambassade du roi Childe-
bert au roi Gontran — iv. Méchanceté de Fredegonde. — xvi . Retour de
l'évèque Prétextât. — xvii. Levèque Promotus. — iviii. Avis donne au roi
de se garder d*an assassin . —six . La reine reçoit Tordre de se retirer dans
une villa — xx. Elle envoie un assassin vers Brunehaut — xii. Fuite d'B-
berulf; il est garde à vue. — \xii.Sa méehanri te. — xxiii. Ma-sacre d'un jttif
avec sa famille. — xxiv. Dévastation de la cite de i'oiticrs. — xxv. Mariîèfe
dépouillé. — XXVI. Gondovald parcourt ditTerentes cités. — xxvii. Outrages
subis par l'éfdque tlagnidf. — xxviii. L*araiée de Gontran aurdie en
arant — ZZIZ. Mort d'Ébérulf. — XZX. Envoyés de Gondovald. — ZXZI*
RelitHU's du martyr saint Serpe. — xxxii. Nouvelle ambassade de GondO»
vold. — Xïiui Childebert \ient trouver son oncle Gontran. — xxxiv. Gon-
dovald va à Comnunges. — xxxv. Dévastation de la basilique de Saint-
Vinoent d'Agen, martyr.— xxsti. Conférence de Gondovald aveo rnrméft
ennemie.— xxxvii. Siège de la ville. — xxxviii. Mortde Gondovald. — xxxiz»
Mort de l'evèiiue Sagittaire et de Mumraole. — xl. Trésors de Mummoie>
— XLl. Géant.— xui. Vertu de saint Martin. — xnii. Didier rt Waddon.—
xuv. Une pythonisse. — xlv. Une famine en cette année.— xlvi. Mort de
GhrisUqihe.— SLTU. Guerre civile entre les citoyens de Tours.
LIVRE SEPTIÈME
• f . — Quoique notre dessein soit de poursuiTre This-
toire où nous ravons laissée dans les livres précédents,
la piété rédame cependant auparavant quelques mots
sur la mort du bienheureux évêque Sauve' arrivée,
certainement, pendant cette année*. Longtemps,
comme il le racontait lui-même , il avait vécu au milieu
des habitudes du monde^ mêlé aux affaires terrestres
avec les puissants du siècle. Cependant il ne s'était pas
asservi aux passions qui d'ordinaire entraînent les es-
prits des jeunes gens. Lorsque le souffle de Tesprit divin
se fût fait sentir au fond de ses entrailles, abandonnant
les rangs de la milice mondaine, il se retira dans un
monastère ; dévoué à Dieu, il comprit qu'il valait
mieux être pauvre avec la crainte du Seigneur, que re--
chercher les avantages d'un siècle pervers. Il y vécut
longtemps soumis aux règles instituées pas les Pères.
Puis parvenu à une plus grande force d'esprit et d'âge,
à la mort de Tabbé supérieur de ce monastère, il en-
treprit le soin de faire paître le troupeau^ et au lieu de
1 Évt^que d'Albi.
Digitized by Gopglej
m SAINT SAUVE.
se montrer plus souvent à ses frères pour les diriger lors-
qa'il fut élevé en dignité, il se retira encore davantage.
Il chercha une cellule pins secrète; dans la première,
il Taffirmait lui-même, son corps, consumé par unexoès
d'abstinence, avait changé plus de neuf fois de peau. La
dignilé d'abbé étant venue le surprendre tandis que,
dans cette humilité, il se hvrail aux oraisons et à la
lecture, il pensa souvent qu'il lui eût été plus avantageux
de vivre caché parmi les moines que d'être salué en
public du titre d'abbé. Enfin, disant adieu à ses frères
et recevant aussi leurs adieux, il se voua à la réclusion
et vécut solitaire, dans une pins grande abstinence
encore qu'auparavant. Complaisant, charitable envers
les étrangers qui venaient à lui, il s'empressait de leur
accorder le tribut de ses oraisons et leur administrait
avec libéralité les eulogies! Il guérit souvent par ce
moyen un grand nombre de malades. Attaqué lui-même
d^me violente fièvre, il gisait privé de respiration sur
son lit ; voilà que soudainement la cellule, éclairée d'une
grande lumière, fut ébranlée. Sauve, ayant levé les
mains aux cieux en forme d'actions de grâces, rendit
ràme. Les moines, mêlant leurs gémissementsàceuxde
la mère de leur abbé, emportent le corps du mort, le
lavent dans Feau, le couvreut de vêtements, le placent
dans un cercueil, et passent la nuit à gémir et à chanter
des psaumes. Le lendemain matin, là cérémonie des
obsèques^tant préparée, le corps commença à s'agiter
dans le cercueil, et voilà qu'au grand effroi des mé-
t Voir la note p. 213.
* -
*■ " . '
VISION DE SAINT SAUVE. m '
chants^ SauTe» comme sortantd'un profond, sommeil, se >
leya^ ouvrit les yeux, étendit les mains et s'écria : « 0
Seigneur miséricordieux ! pourquoi m'as-iu f£ût revenir
dans ces lieux ténébreux de l'habitation du monde, lors*
que la miséricorde dans le ciel m'était meilleure que la
vie de ce siècle pervers?» Comme tous demeuraient stu-
péfaits, lui demandant ce que c'était qu'un tel prodige, il
ne leur répondit rien. Il sortit du cercueil ne sen-
tant plus du tout le mal dont il avait souffert auparavant,
et resta trois jours sans boire ni manger. Le troisième
jour, ayant rassemblé les moines et sa mère, il leur ditx
c Écoutez, mes très-chers frères, et sachez que tout oe
que vous voyez dans ce monde n'est rien; mais, selon la
parole du prophète Salomon, (out est vanité K Heureux
celui qui mène sur la terre une conduite qui lui fasse
mériter de voir la gloire de Dieu au ciel ! » Après ces
mots, il hésita pour savoir s'il en dirait davantage ou
sMl garderait le silence. Comme il se taisait, tourmenté
par les prières de ses frères pour qu'il leur expliquât ce
qu'il avait vu, il dit donc: a Lorsqu'il y a quatre jours
vous m'avez trouvé mort dans ma cellule ébranlée, je fus
emporté et enlevé au ciel par des anges, de sorte qu'il
me semblait que j'avais sous les pieds, non-seulement
cette terre fangeuse, mais aussi le soleil et la |une, les
nuages et les astres; on m'introduisit ensuite par une
porte plus brillante que ce jour dans une demeure rem-
plie d'une lumière ineffable et d'une étendue inexpri-
mable, dont tout le pavé était resplendissant d'or et
1 EccUtiatUt chap. i, y. 2»
Digitized by Google
414 LE& SPLENIDl^URS BU PARADIS.
d'aigent; elle était remplie d'une telle multitude des
deux sexes, que, ni en longueur, ni en largeur, les re-
gards ne pouyaient percer la foule. Quaod les anges qui
nous précédaient nous eurent frayé un chemin parmi
les rangs serrés, nous arrivâmes à un endroit que nous
avions déjà considéré de loin etsnr lequel était suspendu
un nuage plus lumineux que toute lumière; on n'y
pouvait distinguer ni le soleil/ ni la lime, ni aucune
étoile, et il brillait par sa propre clarlé beaucoup pluf
que tous les astres ; de la nue sortait une voix semblable
ila Toiz des grandes eaux. Moi, pauvre pécheur, j'étais
salué humblement par des hommes en habits sacerdo-
' taux et séculiers, et qui étaient, comme me l'apprirent
ceu^ qui me précédaient; des martyrs et desconfesseurs
que nous adorons ici-bas avec le plus profond res[)ect.
M'étant placé dans l'endroit qu'on m'indiqua, je fus
inondé d'un parftim d'une douceur excessive, qui me
nourrit tellement que je n'ai encore ni faim ni soif,
l'entendis une voix qui disait : Qu'il r^ourne $ur la
terre, car il est nécessaire à7ios Églises. J'entendais une
voix, car on ne pouvait voir celui qui parlait. M'étant
prosterné sur le pavé, je dis en gémissant : « Hélas!
bêlas! Seigneur, pourquoi ni'as-tu fait connaître ces
choses si je devais en être privé? Voilà qu'aujour-
d'hui je suis rejeté de devant ta face pour retourner
dans un monde fragile, et ne pouvoir plus revenir ici.
le t'en conjure. Seigneur, ne détourne pas de moi ta
raiséricorde ; je te sui^plie de me laisser habiter ce
lieu, de peur qu'après en être sorti je ne périsse;» et la
*
Digitized by Google
REGRETS DE SAINT SAUVE. ||5
Toix qui m'avait parlé dit: « Va en paix> car Je sufs
ton gardien jusqu'à ce que je te reconduise ici. j>
Ayant donc laissé mes compagnons^ je descendis en
pleurant et sortis par la porte par laquelle j'étais entré.»
Ace discours tous restèrent stupéfaits, et le saint de
Dieu se mit à dire avec larmes : a Malbeur à moi qui
ai osé révéler un tel mystère I Voilà que le doux parfum n
dont j'avais été embaumé dans le lieu saint^ et qui m%
soutenu pendant trois jours sans boire ni manger, s'est
éloigné de moi. Ma langue est couverte de blessures
déchirantes, et si euUée qu'elle me semble remplir toute
ma bouctie ; et je sais que j'ai déplu à Dieu mon Seigneur
en divulguant ces secrets. Mais, Seigneur, tu n'ignores
pas que je Tai fait dans la simplicité de mon eosar. et
non dans Torgueil de mon esprit. Je te prie donc de me
pardonner, et de ne pas m'abandonner selon ta pro-
messe. » U àit et se tut; puis il pria, mangea et but. fin
écrivant ceci, je crains que quelque lecteur ne le trouve
incroy^le, selon ce qu'a écrit Salluste dans son his^
toire: « Quand il est question de la gloire et du mérite
des gens de bien, chacun regarde avec indiilérence ce
qui lui semble facile, et rejette le reste comme impos*-
sible. * » J'atteste le Dieu tout-puissant que j'ai entendu
dire de la propre bouche de saint Sauve ee que je «h
conte, ici. Longtemps après le saint homme, ayant quitté
sa cellule, fut promu à l'épiscopat et ordonné évéque
malgré lui. 11 remj^ssait ce ministère, je crois, depuis
dix ans lorsqu'une peste s'éleva dans la ville d'Albi.
^ CatiiioA, ui.
Digitized by Google
416 - CHARITÉ DE SAINT SAUVE.
Déjà la plus grande partie du peuple ayait péri, eiiliie
restait qu'un petit nombre de citoyens. Le bienheureux,
comme un bon pasteur, ne voulut point s'éloigner de
ce lieu; mais il eibortait ceux qui restaient à se lÎTrer
constamment et avec opiniâtreté à l'oraison et aux
veilles» et à s'adonner au bien tant en actions qu'en
pensées, disant: a Faites ainsi^ afin que ffl Dieu veut
vous retirer de ce monde, vous puissiez entrer, non en
Jugement, maison repos. » Sachant, comme je le crois,
par la révélation du Seigneur^ qu'il allait être appelé
auprès de lui, il disposa son cercueil, lava son corps,
revêtit une robe, et le visage tourné vers le ciel> U
rendit l'âme en paix. 11 était d'une grande sainteté et
sans la moindre cupidité, ne voulant jamais avoir d'or.
S'il é lait forcé d'en recevoir, il le distribuait aussitôt
aux pauvres. De son temps, le patrice Mummole emme-
nant captifs un grand nombre de citoyens de cette cité,
il le suivit et les racbela tous ; et avec l'aide de Dieu il se
concilia si bien les bonnes grâces des vainqueurs, que
ceux même qui avaient emmené les captifs lui remi-
rent une partie du prix et lui en offrirent une autre en
présent. C'est ainsi qu'il rendit à la liberté ses conci-
toyens prisonniers. Je sais encore un grand nombre de
belles actions de ce saint homme, mais j'en passe beau-
coiq> sous silence, pour retourner à l'histoire que j'ai
commencée.'
I L— Lorsque Cbilpéric eut trouvé la mort qu'il cher*
chait depuis longtemps, les gens d'Orléans et de Blois
.réunis se jetèrent sur ceux de Châieaudun, et les massa-
Digitizedby Google
MORT m VÉDASTE. 417
crèrentà l'improviste; ils incendièrent les maisons, les
provisions^ et tout ce qu'il leur élait difficile d'empor^
1er; ils s'ennparèrent des troupeaux, et pillèrent tout ce
qu'ils purent enlever. Pendant qu'ils se retiraient, les
habitantsde Ghâteaudun et de Chartres s'étantréunis^et
ayant suivi leurs traces, leur firent subir le même trai-
tement qu'ils enayaient reçu, et ne laissèrent rien dans
les maisons ni dehors. Comme la querelle se ranimait
entre eux avec plus de fureur et que les Orléanais pre-
naient les armes pour recommencer la guerre, la paix
fut conclue, par Tintervention des comtes, jusqu'à l'au-
dience solennelle, c'est-à-dhre jusqu'au jour oik on
jugerait quel parti aTaît injustement fait la guerre à
l'autre, et devait payer la composition fixée par la loi :
ainsi finit la guerre.
III. — Védaste, surnommé Avon, qui avait tué Loup
et Ambroise par amour pour la femme de ce dernier,
Pavait épousée, bien qu'elle fôt, dit-on, sa cousine.
Comme il exerçait de grands ravages dans le Poitou,
se trouvant en certain lieu avec Childéric le Saxon, ils
en vinrent à se prendre de propos outrageants, et un des
serviteurs de Childéric le frappa d'un coup de lance.
Tombé à terre, et blessé encore de plusieurs autres
coups, il rendit avec son sang son âme perverse, et la
justice divine vengea le sang innocent qu'il avait ré-
pandu de sa propre main; car ce misérable avait com-
mis un grand nombre de vols, d'homicides et d'adul-
tères qu'il vaut mieux passer sous silence. Cependantle
Saxon composaavec le filsd'Avon pour le prix de sa mort*
Digitized by Googlt*
IV. — La reine Frédégonde, devenue veuve, se rendit
à Paris aT6C tous ses trésors^ qu'elle enferma sous la
garde des murs de celte ^ille^ puis elle se réfugia dans
l'église cathédrale^ où elle fut protégée par l'évêque
ttagnemode. Quant à ses autlres trésors qui étaient de-
meurés dans la villa de Chelles, et parmi lesquels se
trouvait ce bassin d'or récemment fabriqué, les tréso-
riers s'en emparèrent^ et se rendirent prompiement
vers le roi Cbildebert^ qui séjournait alors dans la ville
deMeam.
y.^La reine Frédégonde^ cédant k des* conseils, en*
Yoya des députés au roi Gontran pour lui dire: a Que
men seigneur yieime, et prenne possession du royaume
de son frère. J'ai un petit enfant que je désire mettre
ilans ses bras^ et je.me soumets moi-même humblement
à son pouToir. » Cependant Contran^ ayant appris la
mort de son frère^ pleura auièreaient. Puis quand sa
douleur fut calmée^ il rassembla une armée et marcha
sur Paris. Il venait d'être reçu dans les murs de celle
Tille, lorsque le roi Childebert, sou neveu* arriva d'un
antre côté.
VI. — Comme les Parisiens ne voulaient pas admettre
Childebert, celui-ci envoya des députés vers le roi Gon-
tian^ disant : « Je sais, pèretrès^pieux, (|ue ta bonté ni-
gnore pas combien jusqu'à présent rinimitié et la guerre
ont fait tort a tout le monde, en sorte que nul ne peut
obtenir Justice de ce qui lui est dû ; je te supplie donc
humblement de vouloir bien observier les conventions
qpà ont été passées entre nous après la mort de mon
Digitized by Gopgle
AHBASâADfi DK CHlLBEfiERT. 4U
père. x> Alors le roî Contran répondit aux députés :
c Misérables et perlides> en^ui il a'y a rien de vrai^ et
qui n'obsenres pas tos promesses, Toilà que sans aYoir
égard à tout ce que vous m'avez promis, vous avez con-
clu avec le roi Chilpéric un nouveau traité^ pour que
les deux rois partagent entre eux mes États^ après
m'avoir chassé du trône. Voilà vos traités, voilà les si-
gnatures dont vous avez scellé votre perfidie ; et de quel
front maintenant osez-vous me demander que je r^*
çoive mon neveu GLildebert, dont vous avez voulu me *
faire un ennemi par votre perversité ?» Les envoyés kii
répliquèrent : « Si la colère s est tellement emparée
de ton âme que tu ne veuilles rien accorder à ton ne-
veu de tout ce que tu lui as promis^ cesse au moins de
retenir ce qui doit lui revenir du royaume de Cari-
bert. p Contran leur dit: « Voilà les traités que nous
avons faits entre nous : ils disent que celui qui, sans le
consentement de son frère, entrera dans Paris^ perdra
sa part, aura pour juges et pour rémunérateurs le
martyr Polyeucte, ainsi que les confesseurs saint Hilaire,
et saint Martin.Néanmoins^mon frère Sigiiebertest venu
à Paris; et mort par le jugement de Dieu^ il a perdu sa
part. Cliilpéric en a fait de même. C'est à cause de ces
transgressions qu'ils ont perdu leur part; comme ils
sont morts selon le jugement de Dieu, et conformément
aux imprécations contenues dans le traité^ je veux sou*
mettre à mon pouvoir^ ainsi qu'il est juste, tout le
royaume et les trésors de Caiibert^ et je n'accorderai
tim à persoone que de ma propre volonté. Aetire^
490 CHILDEBERT sAcLAME MéDé60!n>£.
VOUS donc, hommes mensongers et perfides, et repor-
tes à Tote roi ma résolution. »
VII. — Comme ils se reliraient, d'autres ambassa-»
AnmdeCliildebertvieiiiieDt trouver le roi Contran pour
lui redemander la reine Frédégonde, disant de sa f>art :
« Hemeis-moi cette homicide qui a fait périr ma tante>
qui a tué mon père; mon onde, et frappé du glaire jus*
qu'à mes cousins. » Le roi répondit : « Nous réglerons
toutes ces choses dans le plaid général que nous tien*
drons, après y avoir délibéré sur ce qu'il convient de
faire. » Il protégeait Frédégonde et Tinvitait souvent à
ses repas,lui promettant qu'Userait son plussoUde appui.
Un jour qu'ils étaient assis à la même table, la reine se
leva, et dit adieu au roi, qui la retint, en lui disant
«Prends encore quelque nonriture«^Excuse-moîy ré-
pondit-elle, mon seigneur, car il m'arrive ce qui est
ordinaire aux femmes, qu'il faut que je me lève pour
enfanter. » Ces paroles le frappèrent d'étonnement^car
il savait qu'il n'y avait que quatre mois qu'elle avait mis
un fils au monde: il lui permit cependant de se retirer.
Les principaux du royaume de Chilpéric, tels qu'An-
fiovald et d'autres, se rassemblèrent auprès de son (ils
ftgé, comme nous l'avons dit, de quatre mois, l'appelè-
rent Clotaire et firent prêter, aux cités qui appartenaient
auparavant a Gliilpéric, le serment de fidéUté au roi
Contran età son neveu Glotaire. Le roi Gontran,par égard
pour la justice, rendit tous les biens que les fidèles de
Chiipéric avaient ii^ustement enlevés à diverses gens.
Il accorda aussi beaucoup do pic^^cnts aux églises, et fit
Digitized by Google
jPRlÈBE D£ 60NIRAK AU PEUPLE. 4dl
miTre les testaments des morts qai avaient donné aux
églises leur succession, testaments qui ayaieut été cassés
par Chilpéric. IL se montra bienTeillant envers un grand •
nombre de gens, et fit beaucoup de bien aux pauvres.
YIII. » Mais comme il se détiait des hommes parmi
lesquels il était venu, il se munit d'armes, et il n'ai**
lait jamais à l'église ou dans quelque autre des lieux
qui lui plaisaient, sans être accompagné d'une garda
considérable. Un certain dimanche, après que le diacre
eût fait iiaire silence au peuple, pour la messe, le roi se
tournant vers la foole dit : a le vous conjure» hommes
et femmes qui cles ici présents, gardez-moi une iidé*
lité inviolable, et ne me tuez pas comme vous avez tué
dernièrement mes frères; que je puisse au moins pen>
dant trois ans élever mes neveux que j'ai faits mes fils
adoptifs, de peur qu'il n'arrive, ce que veuille détour-
ner le Dieu éternel I qu'après ma mort vous ne péris-
siez avec ces petits enfants, puisqu'il ne resterait de
notre famille aucun homme fort pour vous défendre. »
A ces mots tout le peuple adressa pour le roi des prières
an Seigneur.
IX. — Pendant que ces cboses se passaient, Rigon»
the, fille du roi Chilpéric, s'avança jusqu'à Toulouse,
avec les trésors dont nous avons parlé; se voyant près
des frontières des Goths^ elle ralentit sa marche^ d'au-
tant plus que les siens lui disaient qu*il fallait qu'elle
s'arrêtât dans cet endroit, parce qu'ils étaient fatigués
du voyage, que leurs habits étaient sales, leurs chaus-
sures usées, et que les harnais de leurs chevaux, des
1. u
Digitized by Google
M cmNDOVALD ARRIVA A BRIVËS.
voilures el des chariols dans lesquels ils étaient montés,
étaient en mauTais état. Ils prétendaient qu'il fallait
d'abord remettre en bon ordre toutes ces choses^ pour
continuer leur voyage et paraître avec élégance devant
son futur épout^ de peur que s'ils arrivaient mal équi-
pés chez les Goths, on ne les regardât avec mépris. Tan-
dis quiis s'arrêtaient pour ce motif, la mort du roi
Chilpérie parvint aux oreilles du duo Didier. Réunis-
sant des hommes déterminés^ il entre dans Toulouse^
trouve et enlève les trésors de la reine Rigontke, kt
dépose dans une maison scellée^ sous la garde de soldats
bien armés et laisse à la princesse à peine de quoi vi«
yne, Jusqu'au moment de son retour dans la ville.
X. — Lui-même se hâte de se rendre auprès de Mum-
mole, avec qui il avait fait alliance deux ans aupara-
vant. Mummole résidait dans la ville d'Avignon avec
Gondovald, dont nous avons parlé dans le livre précé-
dent. Réuni au ducDidier^ Gondovald marchant sur li-
moges^ arriva au bourg do Brives-la-Gaillarde S où Ton
dit que repose saint Martin, disciple de notre saint
Martin; là élevé sur un bouclier, il fut proclamé roi;
mais au troisième tour qu'on lui faisait faire ainsi élevé
dans rassemblée des guerriers, on rapporte qu'il chan-
cela et que les mains des assistants purent à peine le re-
tenir. Ensuite il parcourut les cités environnantes.
Rigonthe demeurait à Toulouse, dans la basilique de *
Sainte-Marie, où la femme de Ragnovald, dont nous
avons parlé plus haut, s'était réfugiée, craignant Cliil-
«BrioaCurffMi. (V. C^éogr.)
INCENDIE £1 PRODIGES. 4S3
périe* Ragnoyaldy retenu d^spagne, reprit sa femme
et ses biens. 11 avait été envoyé en ambassade chez Jes
GoU» par Je roi Goatrao. Dans ce temps» m grand iiiceq*
die^soscfté par Fennemi qui Teille toujours, consuma
àBrives la basilique de Saint-Martin à tel point que Tautel
elles colonnes qui étaient faits de différentes espècesde
marbre furent réduits en cendre. Mais cet édifice a été
dans la suite si bien reconstruit lévêque Féréole,qu'iI
paraissait n'avoir aucunement soufTert. Les habitants
sont remplis d'admiration et de respect pour ce siUqU
* parce qu'il éprouventsoovent sa miraculeuse poissuDee»
XL— C'était dans le dixième mois de Tannée* que se
passaieat ces événements. On vit alors sur les ceps de
vignes de nouveaux sarments, avec des raisins toot I6|w
més; des arbres se couvrirent de ûeurs] un météore par-
oonrant le ciel éclaira au loin le mopde avant que
Inmière du Jour eût paru. On vit aussi dans Fatrooi»
«pbère briller des rayons; et pendant deux heures ven
le nord une colonne de feu apparut comme suspendue
au ciel, et surmontée d'une grande étoile. La terre
trembla dans la cité d'Angers^ et un grand nombrf
d'antres prodiges se manifestèrent» pour annoim^r^ je
crois, la mort de Gondovald.
XII.^ Cependant le roi Contran envoya se^ comtep
pour s'emparer des cités que Sighebert avait autrefois
reçues du royaume de son frère Caribert; jil ordonna
de leur faire prêter serment, et de les soumettre à son
pouvoir. Les habitants de Tours et de Poitiers vouli^*
* Décembre*
Digitized by Google
4S4 BAYAGES DANS LA CITE DE POITIBRS,
rent passer à Ghildebert^ fils de Sighebert ; mais ceux de
Bourges ayant pris les armes, se préparèrent à marcher
contre eox, et incendièrent le pays de Tours. Ils mi-
rent le feu à l'église de Mareuil en Touraine *, dans
laquelle on conservait les reliques de saint Martin ;
mais la puissance du saint se montra, en ce que^ mal-
gré la violence de Tinceadie^ les nappes placées sur Tau*
tel ne furent point consumées, et même les herbes
cueillies depuis longtemps qui se trouvaient dans le
sanctuaire n'éprouvèrent pas les atteintes du feu. A la
Tue de ces incendies, ceux de Tours envoyèrent une
députation^ disant qu'ils aimaient mieux se soumettre
au roi Gonlran, que de voir dévaster leur pays par la
^flamme et le fer.
Xlll. — Aussitôt après la mort de Ghilpéric» le duc
*
Cararic avait marché sur Limoges, et lui avait fait prê-
ter serment de fidélité au nom de Childebert. De là il
«l'était dirigé vers Poitiers, dont les habitants Tavaienl
accueilli Tolontiers et demeurait dans cette ville. Quand
il apprit les maux que soutirait le peuple de Touraine,
il envoya une députation, nous conjurant de ne pas
nous livrer au parti du roi Contran, si nous voulions
consulter nos vrais intérêts, et de nous souvenir de Si*
ghebert, père de Childebert. Nous fîmes réponse à
révêque et aux citoyens de Poitiers que , s'ils ne
se soumettaient pour le moment au roi Contran, ils su-
biraient les mêmes maux que nous, et nous leur fîmes
observer que Goutran était maintenant père des deux
Digitized by Gopgle
I
RAVAGES DANS LA CITÉ DE POITIERS. 426
flis de Sighebert et de Ghilpéric, qu'il les avait adoptés^
et qu'il possédait ainsi tout le royaume comme avait
fait ajjitrefois son père Clotaire. Ils ne se rendirent pasà
nos ol)S6cvatioDS9 et Gararic sortit de la ville sous pré*
texte d'aller chercher une armée, y laissant Éberon,
camérier* du roi Cbildebert.
Sichaire, accompagné de Willachaire qui venait d'é*
changer le comté d'Orléans contre celui de Tours, ût
marcher une armée vers le Poitou qui fut attaqué d*un
côté par les géns de Tours., et de Tautre par ceux de
Bourges. Les bandes déprédatrices approchaient de la
frontière^ et avaient déjà commencé à incendier des
•
maisons, lorsque les Poitevins envoyèrent des députés
qui leur dirent : a Nous vous prions d'attendre jusqu'au
plaid que doivent tenir ensemble lés rois Contran et
Cbildebert ; si alors il est décidé que le bon roi Contran
doit posséder ce pays, nous ne ferons aucune résistance :
s'il en est autrement, nous reconnaîtrons le seigneur
que nous devons servir. » Les autres répondirent : a Nous
n'avons ici qu'à accomplir les ordres du prince. Si vous ,
ne cédez pas, nous continuerons à tout ravager. » lis
portèrent partout l'incendie et emmenèrent du butin et
des -prisonniers ; les partisans de Cbildebert furent
chassés de la ville, et les habitants prêtèrent sermentau
roi Contran, mais ils ne lui furent pas longtemps fidèles.
XIV. — L'époque fixée pour le plaid étant arrivée,Cbil-
debert envoya vers le roi Contran révéque iËgidius,
Gontran-Boson, Sigivald et plusieurs autres. Lorsqu'ils
f Le texte porte eubtcuiUurwtf c'est une sorte de caméri^r*
a4.
Digitized by Google
426 AMBASSADE DE CIIILDKBERT
ftirant en présence du souTerain^ révéque dit: « Noos
rendons grâce au Dieu tout-puissant, roi très-pieux, de
ee qu'après bien des fatigues il t*a remis en possession
^ te» pays et de ton royaume. » Le roi répondit : « On
doit de dignes actions de grâces au Roi des Rois, au Sei-
gneur des Seigneursdont la miséricorde a daigné accom-
plir ces choses ; mais non à toi, qui, par tes perfides
conseils et les fourberies, as fait. Tan passé, incendier
Aies États; toi qui n'as jamais tenu ta foi àancnn homme»
toi dont raslucc est fameuse, et qui te conduis partout,.
non en évéque, mais en ennemi <le noire royaume! »
A ces mots, TéTéque, pénétré d'un profond ressenti-
ment, garda le silence. Un des députés reprit : « Ton
nereuChildel^ert te supplie de lui Caire restituer lesdtés
dont son père était en possession. » Contran répondit à
celui-ci : « Je vous ai déjà dit que nos traités me confè-
rent ces villes» c'est pourquoi Je ne toux point les reii-
dre. » Un autre député dit à son tour: a Ton neveu te
prie de lui faire remettre la cruelle Frédégonde, qi|i a
fait périr tant de rois, pour qu'il yenge sur elle kmerl
de 6Qn père, de son oncle et de ses cousins, p Gonlran
lui répondit : a Klle ne peut être remise en son pouYoir
parce qu'elle a un fils qui est roi ; et d'ailleurs je ne
orois pas vrais tous les crimes que vous lui imputez. 9
Ensuite Gontran-Boson s'approcha du roi comme pom
lui faire part de quelque événement ; et, comme lebruil
s'était répandu que Gondovald venait d'être proclamé
roi, Contran, prévenant ses paroles lui dit : « Ennemi de
notr^ pays el de notre trône, tu es allé récemment en
Digitized by Gopgle
A 60NIBAN. 487
Orient exprès pour en ramener un BaOomer^ (Le roi
appelait ainsi Gondovald)^ homme toujours perfide et
qui m tiens aucon^ de tes promesses I » Boson lui r^^
pondit : « Toi, seigneur et maître, tu es assis sur le trône
royal, et pensopn^ n'ose répondre à ce que tu dis. Maiç
je souUeps que je suis innocent^ et s'il y a quelqu\in,
• mon égal, qui m'impute erj secret ce crime, qu'il vienne
ipienpubiioetqu'ii se fasse entendre^Pourtoi» très-pieux
roi> remets le tout au jugement de Dieu, et qu'il décide
en nous YOfaot combattre en cliamp clos. » Comme
tout le monde gardait le silence, le roi dît : « Un même
intérêt doit exciter tous les guerriers à repousser de nos
£rontière6 un étranger, dopi le père a tourné la meule
et, véritablement, manié la carde et fait de la laine. »
Bien qu'il puisse arriver qu'un même homme ait exercé
ces deux métiers, un des députés répondit à cq reproche
du roi : « Prétends-tu donc que cet homme a eu deux
pères, l'un cardeur et l'autre meunier 1 Ce^, p roi, de
parlerainsi, car on n'a point ouï dire qu'un seulbomiQ^
si ce n'est en matière spirituelle, puisse avoir deux pè-
res. » Comme ce^ paroles excitaient le rire, un autre
député dit : « Nous te disons adieu, 6 roi I puisque tu ne
veux |)as rendre les cités de ton neveu, nous savons où
est la hache encore .affilée qui a tranché la tête à tes
trères ; elle te fera bienlAt sauter la cervelle ; » et ils se
retirèrent après ce hrujant débat. A ces mots, le roi,
enflammé décolère, ordonna qu'on lerar jetât au visage,
i C'«st, dit Ruinart» uhe façon âe désigner un hmx prÎMS*,
fSùW ne MTODi pas pour(|uoi ce nom.
Digitized by Gopgle
428 CRUAUTÉS DE FKKDÉGONDE.
pendant qu'ils se retiraient^ du fumier de cheval^ des
herbes^ de la paille^ du foin pourri et de la boue puante
des rues de la ville. Couverts d'ordures, les députés se
retirèrent, ayee cet immense outrage.
XV. — Pendant que la reine Frédégonde se tenait
dans l'église de Paris, Léonard, naguère domestique,
arrivé de la ville de Toulouse, Tînt la trouTer et lui
raconta les injures et les outrages dont sa iîlle était
robjet,disan( : «Voyageant par votre ordre avec la reine
Rigonihe, j'ai vu son abaissennent ; elle a été dépouil-
lée de ses trésors et de tous ses biens ; je me suis échappé
par la fuite et je viens annoncer à ma maîtresse ce qui
a eu lieu. » A ces mots, Frédégonde, saisie de fureur,
ordonna qu'on le mitànu dansréglisemème,et qu'après
ravoir dépouillé de ses vêtements ainsi que d'un bau-
drier qu'il avait reçu en présent du roi Chilpéric, on le
chassftt de sa présence. Elle fit pareillement battre, dé»
pouiller et mutiler les cuisiniers et boulangers, et tous
ceux qu'elle sut de retour de ce voyage. Puis elle essaya
de noirdr auprès du roi, par d'odieuses accusations.
Nectaire, frère de l'évêque Baudégésile, affirmant qu'il
avait enlevé une grande quantité des trésors du roi
mort. Elle disait qu'il avait pris dans rofûce des peaux
et des vins, et demandait qu'on le chargeât de chaînes
et qu'on le plongeât dans une obscure prison; mais la
douceur du roi et la protection de Beaudégésile empê-
chèrent qu'il en fût ainsi. Au milieu de tant d'inso-
lentes actions, cette reine ne craignait pas Dieu, dans
l'église duquel elle avait cherché un asile. Auprès d'elle
BEIOUR DE PRÉTEXTÂT. m
■
se trouvait alors le juge Andon^ qui, du Tiyant du roi
Chilpéric^ avait été son complice dans une multitude
de crimes. De concert avec le préfet Mommole, il
avait soumis au tribut public un grand nombre de
Francs qui^ dans le temps du roi Cliildebert Tancien, ea
aTaient été exempts. Après la mort du roi, les Fhmcsle
dépouillèrent de façon qu'il ne lui resta que ce qu'il put
emporter sur lui. Us incendièrent sa maison et ils lui
auraient même ôté la ^e s'il ne s'était réfugié dans
régUse avec la relue.
XYI. Frédêgonde reçut avec colère révèque Pré*
textat que les habitants de Rouen^ à la mort du roi^
avaient rappelé de Texil et rétabli dans sa ville avec joie
et en grand triomphe. Après son retour, il se rendit dans
la ville de Paris et se présenta au roi Gontran^ le priant
d'examineravecsoin sonaffaire.Lareineprétendaitqu'oa
ne devait pas recevoir un homme qui avait été écarté du
ministère pontifical par le jugement de quarante-cinq
évêques. Comme le roi voulait convoquer un synode à
ce sujet» Ragnemode^ évéque de Paris^ fit la réponse
suivante an nom de fous les évêques : « Sachez que les
évêques lui ont inûigé une pénitence^ mais qu'ils ne
l'ont point absolument écarté de Tépiscopat. > Le roi le
reçut donc et Tadmit à sa table, puis il retourna dans
Incité.
XTIL — Promotus, que le roi Sighebert avait créé
évêque de Chàteauduu^ avait été dépossédé après la
mort du roi^ parce que cette ville était du diocèse de
Cbartres. Le jugement rendu contre lui ne lui laissait
430 ATIS DONNÉ AU ROI.
que le ministère de la prêtrise. Il alla trouver le roi pour
le prier de lui restituer son évêcbé/maisPappole,évôque
de la ville de Charires^, s'y opposa en disant que Châ-
teaudun était de son diocèse, et surtout en montrant le
Jugement des évéques ; de sorte que Promotus ne put
rien obtenir du roi, si ce n'est la restitution de ses pro-
pres biens dans le territoire de Châteaudun, où il rési*
dait avec sa mère encore vivante*
• XVIII . — Pendant que le roi demeurait à Paris, un
pauvre l'aborda en lui disant : a Écoute, ô roi, les pa-
roles^ema bouche; sache que Faraulf, autrefois camô-
rier de ton frère, veut te tuer; j'ai appris que son
prcyet était de te frapper d'un coUp de couteau ou de
lance, lorsque tu te rendras h Téglise pour entendre lés
prières du matin. » Le roi> étonné, ût appeler Faraulf.
Celui-ci nia; mais le roi craignant quelque trahison,
eut soin de se bien munir d'armes : il n'allait plus aux
lieux saints ni autre part sans être entouré d'hom-
mes armés et de gardes. Faraulf mourut peu de temps
après.
XIX. Comme il s'élevait de grandes clameurs con-
tre ceux qui avaient été puissants sous le roi Ciiilpéric,
parce qu'ils avaient enlevé èt autrui des villas et d'an*
très biens, le roi fit rendre tout ce qui avait été en-
levé injustement, comme nous l'avons déjà rapporté
plus haut. Il ordonna a la reine Frédégonde de se reti-
rer dans la villa de Rueil, située dans le territoire de
iiouen'; elle y fut accompagnée par les hommes iee
Digjtized by Copgk
FRÉDÉGONDE VEUT ASSASSINER BRUNEHAUT. 481
plus considérables du royaume de Chilpcric ; ceux-ci la
laissèrent en cet endroit avec i'évêque Méianius^ qui
avait été dépossédé du siège de Rouen, et se rendirent
auprès de son ûls^ lui promeliuiil de Télever avec le plus
grand soin.
XX. "* Frédégonde^ retirée dans cette villa^ était pro*
fondémeni aflligée de se voir en partie dépouillée de son
pouvoir^ et, se trouvant inférieure à Bruneliaut, elle
envoya secrètement un clerc de ses familiers pour
l'entourer de pièges et la tuer. 11 devait s'introduire
adroitement à son service^ gagner sa confiance et 'la
frapper en secret. Le clerc s'étant donc rendu auprès
d» firunehaut, gagna ses bonnes grâces, en disant : « Je
fuis loin de la face de la reine Frédéf^onde et viens te
demander ta protection, u Puis il s'étudia à se montrer
bumble, attaché, soumis et serviteur dévoné de la reine.
Mais peu après on reconnut (]ue ce transfuge était un
traître. On Tenchaina, on le battit de verges, et^ après
lui avoir fait avouer son dessein, on le renvoya à ta
maîtresse. Celle-ci apprenant de sa bouche ce qui s'était
passé, et comment il n'avait pu exécuter ses ordra, lui
fit couper ks fûeds et les mains.
XXI. — Copcndaut le rui Contran^ revenu à Châlon^
faisait une enquête sur la mort de son frère; k reine
accusa de ce crime le camérier Ëberulf^ qui s'était
refusé, malgré ses instances, à demeurer avec elle après
la mort du roi. Leur inimitié n'avait fait que croître,
et la reine prétendit qu'il ctait le meurtrier du prince
et qu'il avait pillé imc grande partie de ses trésors.
4â2 ÊBÉRULî*.
avant de se retirer à Tours. Elle dit donc au roi que,
* s'il voulait venger la mort de son frère, c'était à cet
homme qu'il devait s'en prendre. Alors le roi jura de-
vanltous les grandsqu'il voulait détruire non-seulement
Ébérulf, mais sa postérilé jusqu'à la neuvième généra-
tion, aûn de faire cesser, par leur mort, celte coutume
perverse de tuer les rois. Ébérulf, instruit de ce dessein,
se réfugia dans la basilique de Saint-Martin, dont sou-
vent il avait envahi les biens. Comme on prit alors des
mesures pour le garder, les gens d'Orléans et ceux de
Blois venaient tour à tour s'acquitter de cet office, et,
après quinze jours de ce service, ils s'en retournaient
avec un grand butin, emmenant des bêles de somme,
des troupeaux et tout ce qu'ils avaient f)u piller. Mais
une dispute s'éleva entre plusieurs d'entre eux qui
avaient ravi les bêtes de somme appartenant à Saint-
Martin, et ils se percèrent réciproquement de leurs
lances. Deux soldats qui avaient enlevé des mules en-
trèrent dans une maison voisinepour demander à boire.
Comme le propriétaire leur dit qu'jl n'avait rien à leur
donner, ils levèrent leurs lances pour le percer;
mais lui, saisissant uneépée, les en frappa, et tous deux
tombèrent et moururent. Les bêtes de somme de
Saint-Martin furent restituées. Les gens d'Orléans
firent alors de si grands ravages qu'on ne saurait leî
rapporter.
XXII.— Sur ces entrefaites, le roi concéda à diCfé
rentes personnes les biens d'ÉbéruIf. On exposa e( .
public Tor, l'argent et les effets les plus précieux; or^
*
SACRILEGES D'ÉBERULF. 433
confisqua ce qu'il avait déposé entre les mains de cer*
faines gens; oh enleva §es troupeaux de chevaux, de
porcs et de bôtcs de somme. Une maison située dans
rintérieur de la ville S qu'il avait ravie à TÉglise^ et
qui était remplie de vin, de provisions et d'autres objets,
fut entièrement pillée, et il n'en resta que les murailles,
n nous accusait nops-même de tout cela, nous qui pre-
nions à ses alTaires un sincère intérêt; et il répétait sou-
Tent que, s'il rentrait jamais en grâce auprès du roi, il
se vengerait sur nous de ce qu'il souffrait. Dieu, qui
coonait le fond des cœurs, sait que nous lui prêtions
secours de tout notre pouvoir, et quoiquil nous eût
beaucoup nui auparavant, au sujet des biens de Saint*
Martin, il existait un motif pour me faire oublier ses
injures; c'est que j'avais tenu son fils sur les fonts
baptisjnaux. Mais je crois que ce qui nuisait surtout à ce
malheureux, c'est qu'il n'avait aucun respect pour le
saint évéque, car il commit souvent des meurtres dans
le portique même qui est aux pieds du saint^ et se livrait
continuellement à des orgies et à de vains plaisirs. Un
^ jour, déjà ivre, voyant qu'un prêtre tardait à lui ap-
porter du vin, il l'assaillit à coups de poing, et le
frappa avec un banc brisé, tellement que le prêtre fut
près de rendre l'âme, et peut-être fùt-il mort si les mé-
decins ne l'eussent sauvé avec des ventouses. Par crainte
du roi, Ébérult demeurait dans la sacristie même de la
sainte basilique. Lorsque le prêtre (]ui gardait les clefs
s'était retiré après avoir fermé les antres portes, des
* La vUle de Tours.
Digitized by Google
m OUTRAGES D*ÉBÉRULP. .
lillt's onlraitnt jiar la sacrislie avec des serviteurs
d'Ébérulf, et venaient admirer les peintures des pa-
rois, 00 examiner les ornements du saint sépulcre;
ce qui était très-scandaleux pour les religieux. Le prêtre,
en nyant élé instruit^ enfonça des clous à la porte, et
mît des verroux en dedans. Ébérulf, après souper, pris
de vIq, s'en aperçut et entra connue un furieux dans la
basilique > au commencement de la nuit, pendant
qpe nous chantions des psaumes, et se mit à m'ao-
câbler d'outrages et de malédictions» me reprochant,
entre autres injures de vouloir le priver de la pro-
tection du saint. Étonné de Textravagance qui s'était
emparéede cet tionmui» je m'efforçai de l'apaiser par la
dovceur; mais, n'y pouvant réussir, je résolus de
garder le silence. Comme je me taisais, il se tourna vers
le prêtre, vomit contre lui un torrent d'injures; et ne
cessa de nous provoquer, lui par des paroles insolentes,
moi par divers outrages. Voyant qu'il était, pour
ainsi dire, possédé du démon, nous sortîmes de la sainte
basilique, et fîmes cesser le scandale en même temps
que Vigiles, trouvant de la plus grande indignité que,
sans respect pour le saint évéque, il eût excité une t^lie
rixe devant son tombeau même.
J'eus dans ce temps un songe que je racontai à Ébcrulf
dans la sainte basilique: a U me semblait, lui dis-je, que
|e célébrais la cérémonie de la sainte messe dans ce
temple. Déjà Tautel était couvert du voile de soie et des
offhrandes, lorsque je vis tout à coup entrer le roi Con-
tran qui s'écriait avec force :« Airacliez du saint autel
Dlgilized by Google
SONGE DE GRÉGOIRE. 485
«de Dieu l'ennemi de notre race^ arracher d'ici Hiomi-
« cid63 A ces paroles Je mé toarnai ters M, et Je te (fias
a Malheureux, saisis le voile de Taule! qui couvre les
« offjrapdes sacrées, de peur qu'onne t'arrache d'ici. » Tu
le saisis, mais d'une main faible et semblant près àele
laisser échapper. Alors les bras étendus, je me présent
tai en face du roi : « N'enlève pas cet homme de la saints
• « basilique, lui dis-je, de peur que tu ne coures risque
« de la vie, et que le pouvoir du saioi évéque ne te fasse
« périr; ne le tue point de ta propre lance, car ri tu
« fais ainsi, tu perdras cette vie et la vie étemelle »
Le roi m'ayant résisté, tu lâchas le voile, et vins der*
rière moi, et j'étais plein d*inquiélude à ton égard. Tu
revins à Tautei j^our en ressaisir le voile que tu lâchas
une seconde fois. Et pendant que tu le tenais ainsi avec
mollesse, et que je résistais énergiquementau roi, je me
suis réveillé saisi de crainte, ignorant ce que signifie ce
songe. »
Quand j'eus achevé, il me dit : <k Le songe que tu as
eu est véritable; car il sè rapporte bien à ma pensée. »
Je lui demandai : a Qu'a donc imaginé ta pensée? » Il me
répondit : « J'avais résolu, si le roi ordonnait qu'on m'ar-
rachftt de cet endroit, de tenir d'une main le manteau
de rautel,et de l'autre, tirant mon épée, de t'en frapper
d'abord et de tuer ensuite autant de clercs que feu
aurais trouvé; ce ne serait pas un malheur pour moi de
périr, si j'avais pu d'abord tirer vengeance des clercs de
ce saint. » Ces paroles *me saisirent de stupeur, et j'ad* '
jnirai comme le diable parlait par la bouche de cet
Digitized by Google
486 LE niIF FINANCieiL
homme, qui jamais n'eut aiicnne crainte de Dien. Peu*
dant qu'il était eu liberté, il envoyait ses chevaux et ses
troupeaux à travers les moissons et les vignes des pau-
vres. Si ceuxdont il détruisait les récoltes les chassaient,
il les faisait aussitôt battre par ses gens. Dans Tangoisse
même où il était^ il rappela souvent qu'il avait ravi in-
justement les biens du saint évèque. Enlin, Tannée pré-
cédente> il avait excité un habitant de la vilie^ h(»nme
léger, à traduire en justice lés intendants de TÉglise.
Alors^sans égard pour la justice^ il enleva à TÉglise^ sous
prétexte d'une prétendue vente^ des biens qu'elle possé-
dait jadis, et donna à son agent, en recompense, Tor
qui garnissait son baudrier. 11 commit encore bien d'au-
tres indignités jusqu'à la fin de sa vie*que nous racon-
terons dans la suite.
XXI 11* ^Lamêmeannée> un Juif^ nommé Ârmen-
taire, avec un compagnon de sa secte et deux Chrétiens,
vintàTours pour réclamer le payement des cautionsque
lui avaient données l'ex- vicaire Injuriosus et Fex-comte
Eunome, pour l'avance qu'il avait faite des tributs pu-
Uics* Les ayant interpellés, il en reçut la promesse qu'ils
lui remettraient l'argent avec les intérêts, et ils lui
dirent : a Si tu viens dans notre maison, nous te
donnerons ce que nous te devons, et nous te ferons
d^autres présents, comme il est juste, d Armentaire y
étant donc allé fut reçu par Injuriosus et admis à sa
table ; le repas terminé, à l'approche de la nuit, ils se
mirent en marche pour aller dans unautre lieu. On rap-
porte qu'alors les Juifs et les deux Chrétiens forent tués
bv G(
ASSASSINAT DU JUIF. 187
par des gens dlnjuriosus et jetés dans tm pnîts voisin
de la maison. A la nouvelle de ce qui s'était passé, leurs
parents vmreniàTours, etsur les renseignements fournis
par quelques personnes, ils découvrirent le puits d'ôù
ils firent retirer les victimes, lojuriosus soupçonné de
ce crime, fut appelé en jugement; mais comme il désa*
vouait fortement le fait, et que les parents n'avaient .
aucune preuve convaincante^ cto arrêta qu'il se justifie-
rait par le serment. Les parents, peu satisfaits de ce
jugement, remirent l'affaire à la décision du roi Ghil-
debert. Or on ne trouva ni Targent ni les cautions du
Juif mort. Beaucoup de personnes préteudaient que
le tribun Médard avait trempé dans ce crime, parce
qu'il avait aussi emprunté de Targent au Juif. Injurio-
sus vint au plaid en présence du roiCbiidebert, et atten-
dit pendant trois jours, jusqu'au coucber du soleil.
Gomme ses adversaires ne se présentèrent pas, et que
personne ne se porta contre lui dans cette a£fak6^ il
retourna chez lui.
XX IV.— La dixième année durègne de Childebert *, le
roi Gontran ayant convoqué les peuples de son royaume^
leva une armée considérable, dont la plus grande partie,
jointe aux gens d'Orléans et de Bourges^ marcba centime
ceux de-Poitiers qui avaient manqué à la fidélité qu'ils
avaient promise au roi. Cette armée envoya d'abord une
députation à Poitiers pour savoir si elle y serait reçue. -
Marovée, évêque de cette ville, accueillit mal les dépu-»
tés. L'année entra alors sur le territoirej le livra a(
tEn 686.
438 MARILÈFjS DÉPOUILLÉ.
pillage, à Hnoendie, au meurtre; les pteraien <|iii fen
retournèrent cliargés de butin, en traversant le terri-
toire de Tours, traitèrent de la même inanière les gens
qui avaient déjà prêté serment au roi, fncendièrent les
églises même^et pillèrent tout ce qu'ils purent trouver.
Cela dura iongtempSy car les gtm de Poitiers avaieal
grand'peine à se décider à rentrer dans Tobéissance du
roi.Mai8loTBqQel'année s^approehadavantagede la YiUe»
et qu'on Tft que la plus grande partie du pays était dé^jà
ravagée^ les Poitevins envoyèrent des députés pour dire
qu'ils se souoiettaieDlatt roi Gontrao. Les MoUaiM reçus
dans la ville se jetèrent sur l'cvêque, disant que c'était
lui surtout qui avait m^qué de foi. Celui-ci se voyant
ainsi captif mit en pièces un calice d'or qui eerralt au
saint ministère, en ût de la monnaie et se racheta> lui
et son peuple.
XXV. — Les soldais attaquèrent de même avec fu-
reur Maril^ qui avait été le premier médecin de la
maison du roi Chilpéric. Le duc Gararic l'avait d^àbSen
pillé; ils le dépouillèrent une seconde fois, au point de
ne lui laisser aucun bien. Apièslui avoir enlevé ses che-
vaux, son or, son argent et tous les/iieilleurs meubles
qu'il possédât, ilsrassi^ettirent lui-mémeau pouvoir eo-
désiastique. Telle avait été la condition de son père qui
faisait valoir les moulins de TÉglise^ et celle de ses frè-
-resi de ses cousins etde ses autres parents qui étaient
employés dans les cuisines et à la boulangerie.
X X V 1 . — Gondovsjd voul ut s'avancer vers Poitiers,
mais il n'osa f^, car il apprit qu'une armée marcbait
kjiu^ jcl by Google
L'ÉVÉQUE MAGNULF. 439
contre lui. Il receTait au nom du roi Childebert les scr-
menis des cités qui avaient appartenu au roi Sighebert,
et faisait jurer^ en son propre nom, à celles qui avaient
apparlenu au rois Contran on Cbilpéric de lui être .
fidèles. Il se rendit ensuite à Angouldme; puis en ayant
reçu le serment^ après avoir récompensé par des pré-
sents les principaux de Ja Tille, il n^archa vers Péri-
gueux, dont il traita outrageusement Tevéque qui n*^i-
ymi pas voulu Tadmettre.
XXVII. — S'éCant ensuite approché de toulouse,
Gondovald envoya des députés vers Magnulf, évéque de
cette ville^i pour le prier de lui en ouvrir les portes.
MaisMagnulf,se rappelant lesontrages qu'il avait essuyés
de la pari de Sigulf, qui avait autrefois voulu s'élever au
trAne, dit aux citoyens : cNous savons que Contran est
roi ainsi que son neveu Childebert^ et nous ignorons d où
vient celui-ci.^ Préparez-vous donc, et si le duc Didier
. veut attirer sur nous cette calamité^ qu'il périsse du
même sort que Sigulf; qu'il soit un. exemple pour tous,
afin qu'aucun étranger n'ose violer le trône des Francs.»
Ils s'apprêtaient ainsi à résister et à combattre quand
Coudovald arriva avec une grande armée, et voyant
qu'ils ne pourraient soutenir son attaque^ ils le re-
çurent. Ensuite, révéque se trouvant assis à un repas
avec Condovald dans la même église lui dit ; a Tu te
prétends lils de Clolaire, mais nous ne savons si c'est
vrai ou non, et quand même tu parvieudraisà accomplir
ton efltrepriscj cela nous parattriiit incroyable. » Gon-
dovald répondit : a Je suis; ûls du roi Ciotaire^ je veux
410 DÉFAITE DE GONDOVALD.
recouvrer à présent une partie de ses États, et je
Tancerai promptement vers Paris où j'établirai le siège
de mon royaume* o L'évéque reprit: « 11 est donc vrai
qu'il n'est resté personne de la race des Francs, si tu
accomplis ce que tu dis. » Au milieu de cette alterca-
tion, Mummole ayant entendu ces paroles, leva la main
et frappa Tévêque de soufflets en lui disant: « N'as-ln
pas honte de répondre ainsi follen^cnt et insolemment à
un grand roi? o Dès que Didier sut ce que révéque avait
dit sur Tentreprise, enflammé de colère, il porta les
mains sur lui: après l'avoir frappé de coups de lance,
de coups de poing et de coups de pied, ils le lièrent avec
une corde ci le condamnèrent à Texil, pillant ses biens
ainsi que ceux de TÉglise. Waddon, qui avait été inten-
dant de la maison de la reine Rigonthe, se joignit à eux :
V tous ceux (|ui l'avaient accompagné s'étaient dispersés
par la fuite.
XXVIIL —Cependant, l'armée de Contran quitta
Poitiers et se mit à la poursuite de Gondovald, qu'un
grand nombre de gens de Tours avaient suivi, atti-
rés par l'appât du butin; mais, attaqués f)ar les Poite-
vins, ils furenf tués ou pour la plupart revinrent chez
eux dépouillés. Ceux d'entre eux qui tout d'abord
s'étaient joints ài'armée partirent également L'armée^
' * Le texte n'est pas fort clair, le Toici : «Secntique aunt Gun-
dovaldom de Turonicis miilti lucri causa; sed Pictavis super
eum irruentibtts, nonnulU interempti , pluriioi vero «poliati
redienint. Hi auietn qui de hu ad exercitum priui juimerani,paritêr
Q^mvnt, > Il nous semble que U de /Us se rapnorte à quelques
^na de la cité de Tours qui s'étaient joints à i armée poitevioe*
CJMJDE EX ÉBÊRULF. 411.
arriyée à la Dordogne, s'arrêta fiour attendre des nou-
velles Goiidovjikl. A lui s'étaient joints, comme je l'ai
dit> Didier^ Biadaste et Wnddon, intendant de la maison
de la reine Rigonlhe. Ses premiers partisans étaient
révéque Sagittaire et Mummole» Sagittaire avait déjà
reçu la promesse de révéché de Toulouse.
XXIX. — Pendant que cela ce passait, le roi Contran
dépêcha un certain Claude, avec ces instructions: a Si
tu vas et que tu parviennes à feiire sortir Ébérulf de la
basilique de Saint-Martin^ pour le frapper du glaive ou le
charger de chaînes^ je t'enrichirai de grands présents;
mais je t'avertis de ne faire aucune injure à la sainte basi-
lique. B Claude^vain et avaricieux^accourut promptemen t
à Paris : sa femme était du territoire de Meaux.il forma
le projet d'aller trouver la reine Frédégondc, disant: «Si
jela vois J'en pourrai tirer quelque don^car je sais qu'elle
est l'ennemie de Thomme vers lequel on m'envoie.» Use
rendit donc auprès d'elle^ et eu reçut aussitôt des présents
considérables, de grandes promesses si^ arrachant Ébé-
culf de la basilique, il parvenait à le tuer ou à le charger
de chaînes en le circonvenant par ses artifices^ ou s'il
regorgeait dans le portique même de la basilique. Ar-
rivé àChâleaudun^ Claude demanda au comte de lui ad-
joindre troiscents hommes,çomme pour garderlesportes
de la ville de Tours; mais c'étaitenell'etafm de mieux sur-
prendre Ébérulf. Lorsque lecomte eut mis ces hommes
en marche, Claude se dirigea vers Tours. En route, il
commença, selon la coutume des barbares, à consulter
les auspices et dit qu'ils lui étaient contraires.Udemaii-
Digitized by Google
449 PERFIDIE DE CLAUDE.
da en mèmelemps à beaucoup personuessi le pouTOir
de SainUftarlîB te manifestait à Pinstant même' contre
les parjures^ ou du moiossiles outrages faits à ceux qui
^ ataient plaêé en loi leur eonfianee étaient suivis d'une
prompte vengeance.
Après avoir disposé ses soldats» il entra dans la saiuta
basitlqiie, alk tronver le malhenreia Éi^érulf, et com-
mença à lui faire des serments et à jurer par tout ce
qu'il y avait de plus sacré et même par la vertu de Té*
véqne présent, que pemonde ne lui était plus sinoère-
ment attaché que lui^ et qu'il pourrait le réconcilier
^ avec le roi. Il s'était résdu à cet expédient, disant : c
je ne le trompe par de faux serments, je ne viendrai ja»
mais à hout de lui. a ËbérulC le voyant ainsi se lier
par serment dans la sainte basilique^ sons les portiques
et dans tous les endroits consacrés de Tédifice^crnt^rin*
f oHuné 1 aux promesses de ce paiiure. Le jomr suivant^
comme nous nous trouvions dans une métairie située
environ à trente milles delà ville,£bérulf futinvité avec
Glande et d'autres citoyens à un repas dans la sainte ba»
silique, et là Claude attendait pour le frapper de son
épée que ses serviteurs se fussent éloignés. Cependant
'Ébériilf 9 imprudent et vain y ne s'en aperçut point
Lie repas fini, Ébérulf et Claude se promenèrent dans
le vestibule de la nMiaon épiatopale^ ae promettant
tour à tour, et avec des serments réciproques, amitié
et fidélité. Dana cette conversationi Claude dit à £bé*
mlf : 0 J'aimerms à boire dans ton logis, si nous
avions des vins parfumés, ou si tu avais la bouté de
Digitized by ''^
ÉBÉRULF ET CLAUDE S'ENTRE-TUENT. 443
faire Tenir des Tins plus généreux. x> Ébénilf ravî ré-
pondit qu'il en avait^ disant : a Tu trouveras dans mon t
logis tout ce que tu désires ; que mon seigneur- dai- ^
gne seulement entrer dans ma chélive denfeure. » 11 en-
voya ses serviteurs les uns après les autres chercber des
yffis plus forts, des vins latins et de Gaza Claude, le
voyant seul et sans ses gens, éleva la main contre la
basilique et dit: « Bienheureux Martin, faites que Je
revoie bientôt ma femme et mes parents; u car le misé-
rable était placé dans une cruelle alternative, il mé-
ditait de tuer Ébétulf dans le vestibule, et craignait le
pouvoir du saint évêque. Alors un des serviteurs de
Claude,qui était plus robuste^ saisit Ëbérulf par derrière,
le serra fortement dans ses bras, et l^yant renversé, le
livra, la poitrine découverte, aux coups du meurtrier.
Claude ayant tiré son épée du baudrier la dirigea contre
^victime* Mais Ébérulf, quoique retenu, tira de sa cein-
ture un poignard et se tint prêta frapper. Au moment
où Claude, la main levée, lui enfonçait sôn lër dans le
sein, ÉbéruU lui plongea vigoureusement son poignard
sous Taiselle, et, en le retirant, lui coupa le pouce d'un
nouveau coup. Les ^ens de Claude accourant avec leurs
épées, percèrent Ëbérulf en différents endroits. Il s'é-
cliappa de leurs mains, et, presque mort, il s'efforçait
de fuir ; mais ils lui déchargèrent sur la tête de grands
^II 7 à dans le texte : Misit pueroSf unumpost alturn, adrequU
rtndafotc7iliora vtna, laticina viiUAiett atque ^astftna.— Parmi les
commentateurs, les uns ont pensé que laticina sipriifiait des vins
blancs, de latex, eau, qui en a la couleur. D'autres ont vu dans
ce mot une altération d(î latiua, vins latins. Nous laissons sub*
sister ce sens, (jui ^aruii mieux uonvcnir ù côté de gasitina.
Digitized by Google
I
444 PROFANATION DE LA BASILIQUE.
coups de sabre. La cervelle brisée, il tomba et mourut.
Il n'avait pas été jugé digne d'être sauvé par te saint
qu'il n'avait jamais imploré sincèrement.
^ Claude, saisi de crainte, se rétugia dans la cellule de
Tabbé, réclamant la protection de celui dont il avait ou-
tragé le patron. Il lui dit : a Un crime énorme aété coiut
mi8> et si tu ne viens à notre secours nous périrons. »
Gomme il parlait, les gens d'Ébérulf se précipitèrent
armés d'épées et de lances. Trouvant la porte fermée^ il
• rompirent les vitres de la cellule, lancèrent leurs Jave-
lots par les fenêtres, et percèrent d'un coup Claude déjà
demi-morl; ses satellites se cachèrent derrière les portes
et sous les lits. L'abbé^ entraîné par deux dercs, eut de
la peine à s'échapper vivant du milieu de ces épées.
Les portes ayant donc été ouvertes, la multitude des
gens armés se précipita dans l'intérieur. Quelques-uns
dea pj^uvrcs de TÉgiise^ et d'auties indignés du crime
qui venait d'être commis, efforcèrent de briser le toit
de lacellule. Des énergumènes des mendiants accouru-
rent avec des pierres et des bâtons pour venger l'insulte
faite àla sainte basilique^ indignes de ce qu'on avait fait
là des choses jusqu'alors inoiuQâ^.,Li^ iuyards fureal
arrachés de leurs retraites et niasswés impitoyalda-
ment. Le pavé de la cellule fut souille de sang. Après
qu'on les eut tués, on les traîna dehors^ et on laissa
leurs corps nus sur la terre froide. Les meurtriers^ les
ayant dépouillés» s'enfuirent la nuit suivante. 1^ ven-
^Entrgumeni, CY'tait probAblemenk des possédés, des malsdes
guéris ou sollicitant leur guérieon près du saint tombeau.
DÉPUTÉS DE GONDOVALD. 446
*
geance divine s'appesantit immédiatement sur ceux
qui avaient souillé de sang humain le saint édifice :
cependant ce n'était pas un crime peu considérable
que celui de Tliomme qui fut abandonné par le saint
étèque à un tel traitement. Cette affaire mit le roi dans
une grande colère ; mais lorsqu'il en sut la raison ,
il s'adoucit : il fit présent à ses fidèles tant des meubles
que des immeubles que le malheureux Ébérulf avait
conservés de sa fortune particulière. Sa femme, com-
plètement dépouillée^ demeura dans la sainte basilique.
Les parents de Claude enlevèrent son -corps et ceux
de ses gens^ les trans{iortèrent dans leur pays, et les
ensevelirent
XXX. — Gondovald envoya vers ses partisans deux
députés^ Tun et l'autre clercs. L'un des deux^ abbé de
la ville de Cahors , cacha dans des tablettes creuses
et sous la cire les dépêches qu'on lui avait confiées;
mais, il fut arrêté par les gens du roi Contran , on
trouva sur lui les dépêches, et on le conduisît en
présence du roi qui, après l'avoir fait battre cruelle-
ment de verges, le retînt prisonnier.
XXXI. — Dans ce temps, Gondovald avait complè-
tement gagné l'amitié del'évêque Bertrand à Bordeaux*
Comme il cherchait tous les moyens de se fortifier,
quelqu'un lui raconta qu'un roi d'Orient, ayant enlevé
le pouce du martyr saint Serge , l'avait Implanté dans
son bras droit > et que lorsqu'il était dans la nécessité
de repousser ses ennemis, plein de confiance, il élevait
le bras droit; aussitôt l'armée ennemie, comme ac-
446 L'ÉVÉQUE BERTRAND ET LE SYRIEN EUPHRONE^
câblée de la puissance du martyr, se mettait en dé-
route. A ces paroles, Gondovald s'informa avec em-
pressement s'il y avait quelqu'un dans la ville qui eût
mérité de posséder des reliques de saint Serge. Là-
dessus révêque Bertrand forma le dessein de lui
livrer un négociant nommé Euphrone dont il était
Fennemi, parce qu'il l'avait autrefois tonsuré malgré
lui, dans l'espoir de posséder ses biens. Mais Euphrone,
sans tenir compte de sa tonsure, avait passé dans
une autre ville, et était revenu après que ses cheveux
eurent repoussé. L'évêque dit donc : « Il y a ici un
Syrien, nommé Euphrone, qui, ayant transformé sa
maison en éj^Iise, y a placé des reliques de ce saint;
et, par le pouvoir du martyr, il a vu s'opérer plusieurs
miracles ; car, dans le temps que la ville de Bordeaux
était en proie à un violent incendie, celte maison,
entourée de flammes, en fut préservée. » Aussitôt
Mummole courut avec l'évêque Bertrand à la maison
désignée; l'investit et ordonna au Syrien de lui mon-
trer les saintes reliques. Euphrone s'y refusa; et,
pensant qu'on lui tendait des embûches par méchan-
ceté, il dit: a Ne tourmente pas un vieillard, et ne
commets pas d'outrages envers un saint; reçois ces
cent pièces d'or, et retire-toi. » Mummole insistant pour
voir les saintes reliques, Euphrone lui offrit deux cenls
pièces d'or ; mais il n'obtint point à ce prix qu'ils se
retirassent sans avoir vu les reliques. Mummole fit
dresser une échelle contre la muraille (les reliques
étaient cachées dans un châsse en haut contre l'autel)|
Digitized by Google
SACRILÈGE DE MUMMOLB/ 40
et ordonna à un diacre, qui l'accompagnait, d'y mon-
ter. Mais celui-ci^ étant monté au moyen de réchelia^
fut saisi d'iln teltremblemeiit lorsqu'il prit lachâsse^
qu'on crut qu'il ne pourrait descendre vivant. .Gd«
pendant^ il se saisit de cette châsse qiii était suspeu*
due à la muraille , et la remit à Mummole. Celui-
. ci l'ayant examinée y trouva l'os du doigl du saint,
et ne erafgttft pas de le frappelr : fi avait placé nu coo^
teau sur la relique, et frappait dessus avec le dos d'un
autre. Après Inen des coups qui eurent grand'peine &
le briser, Yo», coupé en trois parties, disparut soudât*
dément : je crois qu'il n'était pas agréable au martyr
qu'on touchât de la sorte aux restes de son corps. Alors
Euphrone se mît à pleurer avec amertume, et ils se pros-
tenièrent tous en priant Dieu de leur montrer ce qui
avait été soustrait aux regards humains. Après cette
oraison, on retrouva les fragments. Mummole, en
ayant pris un, se retira, mais. Je le crois, sans la faveur
. du martyr, comme la suite le fit voir.
Pendant leur séjour dans Bordeaux, Gondovald et
Mummole firent ordonner le prêtre PaustîanS évéque
de la ville de Dax*. Le pontife de cette ville était mort
réoemment, et Nicet> comte de Tendroit, frère de Rus-
tique, évéque d'Aire % avait obtenu de Chilpéric un
ordre pour en être institué évêque, après s'être fait ton-
sûrer. MaisGondovald, voulant annuler les prescripUons
de Ctiilpéric^ ordonna à rassemblée des évéques de
* En latin Fanttianus, — ' Urbs A^vmtiêm •
'TteiM julitftsif .
Digitized by Google
418 NOUVEAUX DÉPUTÉS DE GONDOYALD.
bénir Faustîan. L'évêque Bertrand , qui élait le métro-
politain , |)renaiit ses prccaiiliims pour l'avenir, ût
faire cette bénédiction par Pallade^ évêque de Saintes:
dans ce moment^ d'ailleurs^ il 'avait les yeux fort
malades de chassie. Oreste, évcque de Bazas*^ assista
à cette ordination ; mais il le nia ensuite en présence
du roi.
XXXII. — Gondorald enyoya pour la seconde fois
au roi deux députés^ Zotan et Zahulf, avec des ba-
guettes consacrées^ selon la coutume des Francs, pour
qu'ils n'essuyassent aucune injure, et qu'ils revinssent
avec une réponse, après avoir exposé le sujet de leur
députation. Mais ces imprudents, avant d'être admis en
présence du roi, révélèrent à beaucoup de gens ce
qu'ils venaient demander. Le bruit en vint au roi qui
se les ût amener chargés de chaînes. N'osant lui ca-
cher ce quils réclamaient ni vers qui et par qui ils
étaient envoyés, ils lui dirent : a Gondovald, arrivé der-
nièrement de l'Orient, se dit fils du roi Glotaire, votre
père, et nous a envoyés vers vous pour recouvrer la
portion de son royaume qui lui est due. Si vous ne la
rendez pas, sachez qu'il viendra dans cette région avec
luie armée ; car les hommes les plus braves du pays
situé au delà de la Dordogne se sont joints à lui ; et
il parle ainsi ; Dieu jugera, lorsque nous en viendrons
aux mains sur le champ de i;>ataille, si je suis ou
non fils de Clotaire. » Le lui, enflammé de fureur,
les lit étendre sur un chevalet, et frapper de verges
1 VoMoUntii epucoptit.
Digitized by Google
ACCORD ENTRE GONTRÂN ET CHILDEBERT. 448
afin que s'ils disaient la yérité, ils en fournissent des
preuves évidentes^ ou bien que s'ils cachaient encore
dans leur pensée quelque perfidie, la Tioience des
tourments leur en arrachât Taveu. Contraints par la
violence loi^ours croissante de ces supplices^ les dé-
putés dirent que la fille du roi Chilpéric avait été en-
voyée en exil avec Magnulf , évèque de Toulouse ; que
ses trésors avaient été enlevés par Gondovald; que
tous les grands du roi Childeberl Tavaient engagé à se
faire roi, et que surtout^ quelques années aupara-
vant, c'était Gontran-Boson dans son Toyage à Gonstan-
iinople, qui Tavait invité à passer dans les Gaules.
XXXIII. — Le roi^ après avoir fait battre et em-
prisonner les députés, manda son neyeu Ghildebert,
pour lui faire entendre les déclarations de ces hommes.
Les deux rois se réunirent donc pour les interro-
ger et les envoyés répétèrent ce qu'ils avaient dit à
Contran seul Us affirmaient constamment que cette
afiTaire était connue, comme nous l'avons dit^ de tous
les seigneurs du royaume de Childebert. Aussi quelques-
uns de ces derniers, que l'on croyait enveloppés dans
le complot, craignirent de se rendre à cette assemblée.
Alors le roi Contran ayant mis sa lance dans la main
du roi Childebert, lui dit : < C'est la marque que je tQ
donne tout. mon royaume. Maintenant va, soumets à
•ta domination toutes mes cités comme les tiennes
propres. Les crimes ont fait qu'il ne reste de ma race
que toi^ fils de mon frère. Je déshérite les autres -, sois
l'héritier qui me succédera dans mon royaume.»
450 CONTRAN ET CHILDEBERT.
Alors, ayant fait retirer tout le monde^ il prit le jeune
roi en particulier et lui parla en secret^ après loi ayeir
expressément recommandé de ne divulguer à personne
leur entretien. Il lui indiqua quels étaient les honnnes
dont il deràit rechercher ou mépriser les conseils,
ceux à qui il pouvait se confier ou qu'il devait éviter^
eeUK qu'il fallait combler de dons et de charges oa
éloigner des dignités. II lui enjoignit de ne se confier
en aucune manière à ^idius, éyêque de Reims, qui
ayait toujours été son ennemi, et de ne point le garder
auprès de lui^ parce qu'il avait été souvent parjure
à son père et à luL Ensuite ils se réunirent dans tm
repas^ et le roi Contran exhorta toute son armée, di-
sant : « Voyez, guerriers, que mon fils Ghildebert est
devenu un homme fait. Voyez ^ et gardez-vous de le
tenir pour un entant. Renoncez aux méchancetés et
aux prétentions que vous entretenez, car c'est le roi
auquel vous devez maintenant obéir. » Après ces pa-
roles> ayant prolongé pendant trois jours les festins et
la Joie, et s'étant fait une grande quantité de présents,
ils se séparèrent en paix. Alors le roi Gontran rendit
à Ghildebert tout ce ^ui avait appartenu à scm
père Sighebert^ lui recommandant de ne pas voir
sa mère, de peur qu'on ne donnât à celle-ci quelque
moyen d^écrlre à Gondovald , ou d'en lavoir des
lettres.
XXXIV. — Gondovald, instruit de l'approche de
l'armée et abandonné par le duc Didier, passa la Ga-
ronne avec révéque Sagittaire, les ducs MummolCj
Bldd(u|e et WaddoD» et sé dirigea Teie Gomiiiinges K
Cette ville est située sur le sommet d'une mantagne sé-
parée de toutes les atttres^ au pied de laqueUe coide
une source abondante protégée par une tour très-forte :
on y descend de la ville par un couloir souterrain^ et qu
y puise de Teau à Faim de tout danger*. Gendovald,
étant entré dans cette Tille au commencement du ca-
rftnfie> parla ainsi aux citoyens : 1 8acbes que j'ai été
^lu roi par ceux qui sont dans le royaume de Childe-
heri, et que j'ai des forces considérables ; mais, comme
mon Mre Gontran fàit marcher contre moi une armée
immense^ il faut renfermer dans vos murs des vivres
et toutes les choses iléeessaires» afin que tous ne péril*
siez pas par la disette , Jusqu'à ce que la démeme
de Dieu augmente mes forces. » Les habitanta suivi-
rent ce conseil, el, après atoir renfermé dans* la
ville tout ce qu'ils purent rassembler^ ils se préparè-
rent à la lésislanee^ Dans ce temps, le roi Gontraa
envoya à €oitdovldd, au Bem de la fékné Bnuiehaiit,
une lettre où on lui écrivait de congédier son armée,
d'ordonner à ehaèun de iN^tounier dans son pays» at
d'aller passer ses quartiers d'hiver à Bordeaux. Celte
lettre était un artiilce du roi pour comuutre à fottd les
projets de Gondovald.
Lors donc que celui-ci se fut établi dans la ville de
Commiiiges, il parla un jour aux liabitanta de la
sorte : a Voilà que l'armée approche , sortons pour
lui résister. 9 Quand ils furent sortis, ses soldats
4{$ft MARCHE DES GÉNÉRAUX DE CONTRAN. >
s'emparèrent des portes et les fermèrent^ chassèrent |
ainsi le peuple et, dexoncert , avec révèque, se saisi- i
rent des provisions et de tout ce qu'ils purent trou-
ver dans la ville. 11 y avait une si grande quantité
de blé et de vin que, s'ils s'étaient défendus avec Yi*i ,
^ gueur^ ils auraient pu tenir pendant un grand nombre
d'années sans manquer de vivres.
XXXV* — Les généraux du roi Gontran avait en-
tendu dire que Gondovald était arrêté sur le rivage ul-
térieur de la Garonne avec une nombreuse troupe,
et qu'il retenait les trésors qu'il avait enlevés à Ri-
gonthe. Alors précipitant leur poursuite^ ils passèrent
la Garonne à la nage avec leurs clievaux, mais non
sans perdre quelques soldats. Arrivés à l'autre bôrd et
cherchant Gondovald, ils trouvèrent des chameaux '
chargés de beaucoup d'or et d'argent, et des chevaux
fatigués qu'il avait abandonnés par les chemins. Sachant
qu'il s'était renfermé dans la ville de Comminges,
ils laissèrent là leurs chariots et autres bagages avec le
menu peuple, et les plus braves guerriers, après avoir
passé la Garonne, se préparèrent à poursuivre GondovakL
Dans la rapidité de leur course^ ils arrivèrent à
la basilique de Saint-Vincent, située près de la ciié d'A-
gen,oà l'on dit que le martyr consomma le sacri-
fice pour le nom de Jésus-Christ. Ils la trouvèrent
remplie des trésors des habitants, car ceux-ci espéraient
que des chrétiens ne violeraient pas la basilique
d'un si grand martyr. On l'avait fermée avec un
grand soin. L'armée s'approcha bientôt, et ne pouvant
Digitized by Googlc
VENÛEANCË DU MARTTR SÂtKT VINCENT. 458
ouvrir les portes du temple, y mit le feu. Lorsqu'elles
furent consuiuées^ ils pillèrent toutes les richesses et
tous les meubles qu'ils purent trouver, aussi bien qùe
les ornements sacrés. Mais la vengeance divine se fit
sentir à un grand nombre d'entre .eux dans le lieu
même ; car la plupart eurent les mains brûlées d'un
feu céleste et il en sortait une épaisse fumée comme il
arrive dans un incendie. Quelques-uns» possédés du
démon 4 couraient comme des furieux^ injuriant le
martyr. Plusieurs, séparés de leurs compagnons, se
percèrent dé leurs propres lances. Le reste de l'armée
continua sa marche non sans une grande crainte. Que
dirai-je ? On arriva à Comminges (ainsi se nomme la
place, comme nous Tavons dit), et toute Tarmée campa
dans la campagne environnante. £Ue dressa ses tentes
et s'établit en cet endroit, ravageant tout le pays d'à*
lentour. Lorsque des soldats, pressés davantiige par la
cupidité, s'écartaient, ils étaient égorgés par les habi-
tants.
XXXVI. — Souvent des soldats montaient sur la col-
line, et s'adressaient à'Gondovald, lui prodiguant des
injures et lui disant ; « £s-iu ce peintre qui, dans le
• toinps du roi Glotaire, barbouilla dans les oratoires
les parvis et les voûtes ? Es-tu celui que les habitants
desGaules appellent vulgairement du nom de Ballomer?
Es-tu celui qui, à cause de ses prétentions, a si souvent
été tondu et exilé par les rois des Francs? Fais-nous au »
moins savoir, ô le plus misérable des hommes, qui t'a
conduit dans ces lieuxt qui fa donné l'audace extraor^
Digitized by Google
454 DÎSCOURS DE GONDOVALD.
dinaira d'approcher de» frontières de nos seigneors cl
rois? Si quelqu'un t'a appelé, dis-le positivement; voilà
]a mort présente à tes yeux ; voilà ia fo^ que tu as
làerehée kingtemp«i «I dan» laquelle ta viens te pvécH
piler. Dénombre-nous tes satellites ou déclare-nous
ceux qui t'ont apiielé, » GondovakI, étendant ces pa-
roles, s'approebàit et disait du baut de la porte : « Que
mon père Glotairo m'ait eu en aversion, c'est ce que
peraonne nlgnore ; que j'ai0 été toqdu par lui et en-
suite par mes frères, cela est connu de tous. C'est le
aiotif qui m'a fait retirer eu Italie aupr^ du préfet
Narsès.; là j'ai pris une femme dont fai en deux fils;
quand ma femme fut mort^» suivi de mes enfants^ j'allai
èConstantinoplavj'ai yéon jusqu'à ce temps accueilli
par ks empcrair» atec une extrême bienveiUànce. Il y
A quelques années» Gontraa-Boson étant venu dao$
ia ville où je ma trouvais^ je m'informai avec em«
pressement des affaires ,de mes frères, et je sus que
notre famille était très^afifaibiie et qu'il n'en restait ^
que Ghildebert fils de mon frère et moii frère €oDfran ;
que les fils du roi Chilpéric étaient nfiorts avec lui et
i|u'il n'avait aissé qu'un petit enfant; que mon frère
Gontran n'avait pas de ûls, et que mon neveu Ghilde-
bert n'était pas uo puissant guerrier^ Après m'avoir
dumiéceadétaîlsi Gontraa-Boson m'invita en ces termes:
«Viens, tu es appelé par ies principaux du royaume
ée Gbildeberty et personne n'osera s'opposer à toi» car
nous savons tous que tu es filsdeClotaire; et il ne reste
personne dans les Gaules pour gouverner ce royaume,
Digitizeû by Li(.)0^i
ATTAQUE D£ S. BERTRAND Dfi COMMINOËS. 4Sf
6i lo ne yiens. » Je fis des présents à Gontran-Doson,
et reçus son serment dans douze lieux saints, aûn
d'aTcâr qiielqiie sécurité en venant dans ce rojanmei
Je me rendis à Marseille où Févêque me reçut avec une
extrême bonié^ car il avait des lettres des principaux du
TOfaume démon neyeu;de là, je m'avançai versAfignon
au-devant du patrice Mummole. Mais Gontian-Boson^
violant son serment et sa promesse^ m'enleva mes tré*
sors et se les appropria. Reconnaissez maintenant que
je suis roi comme mon frère Contran ; cependant si
votre esprit est dominé par une haine ai violente, con»
duisez-moi du moins vers votre roi, et s'il me reconnaît
pour son frère, je ferai ce qu'il voudra» Si vous vous y
rrfuseï, laIsBezHnoi m'en retourner au lieu dV)ii je suis
venu. Je m'en irai sans faire aucune injure à personne*
A l'appui de mes paroles, interroges Radegonde de Poi<*
tiers et Ingeltrude de Tours, elles vous en affirmeront
la vérité* o Tandis qu'il parlait, beaucoup accueillaient
ses discours par des injures et des reproches.
XXXVH. — Le quinzième jour avait brillé depuis
ce siège, et Leudégésile ^ préparait de nouvelles machi-
nes pour détruire la ville : des chariots étaient chargés
de béliers, de claies et de planches, à couvert desquels
l'année s'avançait pour renverser les remparts ; mais,
en approchant des murs, les soldats furent si accablés
de pierres qu'un grand nombre périrent : les assiégés
jelairat su%eiix des pots pleins de poix et de graisse
t Ckef de l'iriiiée de Gontetn*
Digilized by Google
456 SEDUCTION BB MUMMOLE.
enflammée, et des Tases remplis de pierres. La nnit
étant veaue mettre ûn au combat, les assiégeants s'en
retournèrent dans leur camp. Gondovald avait avec lui
Chariulf, homme riche et puissant, qui possédait dans la
Tille un nombre considérable de magasins et de celliers
et qui de ses biens nourrissait presque seul les assié-
gés. Mais Bladaste, à la vue de ce qui se passait^ crai-
gnant que Leudégésile, victorieux^ ne fît périr les
défenseurs de la ville, mit le feu à la maison épisco-
pale puis s'enfuit pendant que les assiégés accouraient
pour apaiser Fincendie. Le lendemain matin^ l'armée
recommença l'attaque et prépara des fascines avec des
broussailles pour combler le fossé profond situé du
côté de Test; mais ce moyen ne réussit i>as. L'évèque
Sagittaire faisait souvent tout armé le tour des rem-
.parts^ et souvent aussi du baut du mur il lançait des
pierres de sa propre main contre les ennemis.
XXX VI IL — Enfin les assiégeants^ las de leur in-
succès, dépéchèrent secrètement des députés à Hutn- >
mole^ disant : a Reconnais ton maître et sors enfin de
ton aveuglement. Quelle est ta folie de te soumettre à
un inconnu ? Ta femme et tes enfants ont déjà été jt tes I
en prison. Tes fils probablement ont été tués. Où
cours-tu t Qu'attends-tu sinon la ruine ?» A ce message
Mummole répondit : a Je vois que déjà notre règne tou- I
elle à sa fln^ et que notre puissance est tombée. Je ne
demande qu'une chose, sûreté pour maiavie et je
pourrai vous épargner bien des fatigues.» Les députés
s'élant retirés^ Tévêque Sagittaire^ HummolCj Chariulf
PERFIDIE ENVERS GONDOVALD. ' 4Sfl
6t Waddon allèrent à Téglise^ où ils firent mutuellement
serment que, s'ils avaient pour leur -vie de sûres garan-
ties, ils abandonneraient le parti de Gondovald^ et le
livreraient lui-même. Les députés revenus une seconde
fois, leur promirent sûreté pour leur vie, et Mummole
leur dit : « Je ne demande que cela^pour remettre Gon
dovald en vos mains ; alors je reconnaîtrai mon sei-
gneur roi, et me rendrai promptement vers lui. » Ils
lui promirent que,'^'!! agissait ainsi^ ils le recevraient en
amitié; et que, s'ils ne pouvait obtenir du roi sa grftce,
ils lui donneraient asile dans une église, pour qu'on ne
le punit pas de mort. Après avoir fait suivre ces pro-
messes de serments, ils se retirèrent. Mummole, Tévê-
que Sagittaire et Waddon allèrent trouver Gondovald^
et lui dirent : « Tu sais quels serments de fidélité nous
Vavons prêtés. Écoute à présent un conseil salutaire,
sors de cette ville> et présente-toi à ton frère comme
tu Tas souvent demandé. Nous avons déjà conféré
avec ses envoyés, et ils ont dit que le roi ne voulait
pas perdre ton appui, parce qu'il est resté peu dliom-
mes de votre race. » Mais Gondovald, pénétrant leur
perfidie, leur dit tout baigné de larmes : « C'est sur votre
invitation que je suis venu dans les Gaules; déjà Gon-
tran-Bofion m'a enleyé une partie de mes trésors qui
contenaient des sommes immenses d'or et d'argent
ainsi que d'autres objets, et le reste est dans la ville
^ d'Avignon. Quant à nu», plaçant, après Dieu, tout mon
espoir en vous, je me suis confié à vos conseils, et j'ai
' toujours souhaité de régner par vous. Maintenant, si
I se
Digitized by Google
46g M£UKTK£ DE GO.NDOYALD.
VOUS m'avei trompé, répondez-en auprès de Dira, el
que lui-même juge ma cause. » A ces paroles. Mum-
mole répandit : c Nous ne vottlûa& pag te tromper; mais
-nM de braves guerriers qui attendent ton arrivée à la
porte. Défais maiotenant le baudrier d'or dont tu es
ceinly peur ne pas paraître marcher avee orgneuii;
prends ton glaive et rends-moi le mien. » Je ne suis
pas assea simple, lui répondit Gondovald pour croire à
tes perdes, quand to vem m'enlevef le présent que tq
m'as Mt et que je portais par amitié pour loi. » Mais
Ifanmiole affirma avee senaent qu'on ne lui ferait
aucun mal. Gondovald sortit donc et fut reçu par OIlo,
comte de Bourges, et par Boson. MunmK^^ rentrant
dans k ville atec lea sMats, fisrma selidemeni la porte.
Se voyant livré à ses ennemis, Gondovald leva les mains
«liée yeux au eiel, et s'écria: «Juge éternel, vérité*
Me iFengeur des innocents. Dieu de qui toute justice
procède, à qui le mensonge déplaît, en qui ne réside
ai ffuse ni méclianeelé, |e te confie ina cause, le
priant de me venger bientôt de ceux qui ont livré
M imiOG«it .entre les mains de ses ennemis. » Ën
prononçant ce» mots, il fit le signe de la crmi et partit
avec les hommes ci-dessus nommés. Quand ils se furent
éWflDée de la porte, comme la vallée située au-^essoas
de la ville descend rapidement, Ollo l'ayant poussé le fit
tomber, en s'écriant ; a Voilà votre ûailomer qui se dit
Artee et fils de roi. » Et en même tempe il lança son ja*
vclot pour Ten percer ; mais Tarme, repoussée par la
«ttifasse, ne lui fit aucim mal. Comme Gondovald c'était
PILLAGE BT«MA8SAC11E. 4S0
relevé et s'efforçait de remonter sur la hauteur, Boson
lui brisa la têle d'uae pierre ; il tomba aussitôt et mott-
mt» Tous tes soldafe acboonir^t elle pereèrenlfletoiiis
lances^ lui lièrent les i^eés avec une corde^ et le traî«-
nèrenl toat à Ventoor du canip» Ensuite ils lui arracbè-
renltes cfaeveux et la barbe, et lélaisfèreDi mm êipnA-
tore dans Tendroit où ilsTavaient tué. La nuit suivante,
ta diefs de l'armée «ilevèrent Becrètement tous tes
trésors qu'ils purent trouver dans la ville, ainsi que les
ornements de l'église ^ le lendemûa quand les portes
furent ouvertes» Famée entra el égorgto tous ke assié-
gés^ massacrant aux pieds même des autels de l'église
les prêtres elles serviteurs du Seigneur. Pète quand Us
eurent égorgé tous les babifants, sans exception S ils
mirent le feu à la ville» aux églises et aux. autres édi*-
fioes, ri bien quil ne resta plus que le BoL
XXXIX. — Leudégésile, étant retourné au camp
avec Mummole, Sagittaire, Cbariulf et. Wadddi, en-
voya secrètement au roi, pour lui demanda ce qu^l
voulait qu'on fit de ces hommes. Gontran ordonna de
les (ake mourir. Alors Waddeu et Chartnl^ laivaBl
leurs fils pour otages^ se séparèrent de leurs compa-
gnons Quand fut arrivé le message qui les coih
damnait à mort, Mommele em ayant eomiaissanoe
se rendit^ arrné^ à la tente de Leudégésile qui à cette
vuci lui dit: cPourquei ideiia4a Ici comme un hh
* ut non remaneret mingens adparietem. C'est la seconde fois
que Grégoire emploie cette esprenion biblique. V. p.
• Pfoba^temeDi «ve^ U penaiMtott de GrOAtrftB*
«
Digitized by Google
460 MEURTRE DE MUMMOLE.
^tif ? » Mommole lui répondit : a Je m'aperçois
qu'on n'observe pas la foi promise, et que je suis en
danger de périr* » Leudégésile lui dit : « Je vais sortir,
et j'apaiserai tout. » Aussitôt dehors, il ordonna d'en-
tourer la tente pour y tuer Mummole. Celui-ci, après
avoir longtemps résisté aux efforts des assaillants ,
voulut franchir la porte. Comme il sortait, deux sol-
dats le percèrent de chaque côté avec leur lance;
il tomba et mourut. A celte vue, l'évêque tremblait
saisi de crainte. Un des assistants lui dit ; a Tu toîs de
tes yeux ce qui se passe , évéque ; couyre-toi la tète
pour ne pas être reconnu^ et gagne la forêt pour t'y
cacher quelque temps, et féctiapper lorsque la fu-
reur sera apaisée. » Sagittaire suivit ce conseil, mais
tandis qu'il essayait de fuir la tête couverte^ un des
soldats tirant son épée, lui abattit la tête aTCC son ca*
puchon. Ensuite, les assiégeants s'en retournèrent cha- .
cun chez soi, se livrant dans leur chemin au meurtre |
et au pillage.
Dans ce temps, Frédégonde envoya Cuppa à Tou-
louse, pour en arracher sa fille Rigonthe à tout prix. '
On dit aussi que Cuppa avait charge^ s'il trouvait Gon-
dovald vivant, de l'attirer avec force promesses^ et de
ramener à Frédégonde. Mais il ne put accomplir ce des»
sein, et ramena seulement de Toulouse la reine Rigonthe
qui avait essuyé bien des humiliations et des outrages.
XL. — Le duc Leudégésile se rendit auprès du roi. |
avec tous les trésors dont il a été question ci-dessus*
Le roi , plus tard^ les distribua aux pauvres et aux
I
CONFISCATION DE SES TRÉSORS. 461
Églises. Gonlran fît saisir la femme de Mummole, et
lui demanda ce qa'étaient devenus les trésors amassés
par son mari. Sachant que Mummole avait péri, et
que tout leur orgueil était tombé à terre , elle ût
des aveux et déclara qu'il y avait encore dans la ville
d'Avignon de grandes sommes d'or et d'argent qui
n'étaient pas venues à la connaissance du roi. Con-
tran envoya des hommes chargés de lui apporter ces
trésors ^ et de lui amener aussi un serviteur en qui
Mummole se fiait beaucoup, et auquel il lesavail remis.
Ces émissaires, arrivés dans Avignon, prirent tout ce
qu'on avait laissé dans la ville. On rapporte qu'il y
avait deux cent cinquante talents d'argent et plus de
trente talents d'or, que Mummole avait enlevés, disait-
on, d'un ancien trésor. Le roi, les ayant partagés avec
son neveu Cliildebert, distribua presque toute sa part
aux pauvres, ne laissant à la femme de Muuunoie que
ce qu'elle tenait de ses parents.
XLI. — On amena aussi au roi le serviteur de Mum-
mole; c'était un géant qui dépassait, dit-on, de deux on
trois pieds les hommes de plus grande taile. Il était
charpentier. Peu après il mourut.
XLII. — Ensuite les juges prononcèrent un arrêt
de condamnation contre ceux qui avaient négligé de
se rendre à cette expédition. Le comte de Bourges en-
voya ses agents à la maison de saint Martin, située sur
le territoire de cette ville, pour rançonner les hommes
de ce monastère qui n'avaient pas fait le service.
Mais Tadministrateur de cette Éghse résista iortemeuJ
26,
Digilized by Google
4C2 CHATIMENT DES PROFANATEURS DE S.-MARTIN.
à ses prétentions, disant : « Ces hommes appartien-
nent à saint Martin : ne leur faites aucun mal, car
ils n'ont pas coutume de marcher en de telles cir-
constances'. » Ils lui répondirent : « Il n'y a rien dè
commun entre nous et ton Marlin que dans toutes les
affaires tu mets toujours en ayant, faute de bonnes ral«
sons; et vouâ allez payer Tamende, pour avoir négligé
les ordres du roi. d £n même temps, Thomme entra
dans le vestibule de la maison. Mais aussitôt, saisi
d'une douleur violente, il tomba et commença à souf-
frir anièrement. Se tournant vers Tagent de l'Église, il
lui dit n'tme voix lamentable : a le te prie de faire sur
moi le signe de la croix , et d'invoquer le nom de
saint Martixi. Je reconnais la grandeur de son pouvoir;
car, en entrant dans le vestibule, j'ai vu un vieillard
tenant dans sa main un arbre qui étendit ses bran-
ches et ne tarda pas à couvrir le vestibule. Une d'elles,
en m'atteignant,m'a porté un coup qui m'a renversé.»
Il appela ses gens pour leur demander de le porter hors
de cette enceinte. Aussitôt dehors, il commença à in-
voquer avec ardeur le nom de saint Martin. U éprouva
ainsi quelque soulagement et fut guéri.
XLIII. — Didier se renferma dans un lieu fortifié
pour mettre à l'abri sa personne et ses richesses. Wad-
. * Ancune loi générale n'affranchissait du senrice militaire lei
hommes qui cultivaient les terres des églises; mais Je clergé
s'efforçait constamment de s'assurer cotte exemption, soti jMir
des concessions particulières, soit par l'autorité delà coutume;
ce ne fut pas une des moindres causes qui rendirent sa pro-
tection chère au peuple, et la condition de ses serviteurs motos
pénible que celle dus cultivateurs de terrci» laïques.
don, inlaiidaîit de la maimi de Rigonthe, passa auprès
de la reine Brunehaut qui Taccueillit et le reoYoya
comblé de préseote et de tamm^Chariulf se ratmdaoe
la basilique de Saint-Martin.
XLIV, — 11 y avait dans ce temps une femme qui,'
possédée d^DHi esprit de Pylhon> rapporMt par ses di«-
vinations beaucoup d'argent à ses maîtres ; elle acquit
leur liaveur au point d'en obtenir la liberté et d'agûr
suivant ses propres volontés. Si quelqu'un était
volé> ou éprouvait une perte de quelque autre
^ genre, die déclarait aussitôt où le voleur était allé, à
qui il avait remis son vol et ce qu'il en avait Cait.
Elle amassait de la sorte de Ter et de l'argent , et
se montrait avec des vêtements pompeux, de sorte que
les peuples croyaient qu'il y avait en elle quelque
chose de surnaturel. Agéric» évéque de Verdun, in-
struit de ce fait, envoya des gens pour la prendre. Lors-
qu'elle fut arrêtée et qu'on la lui eut amenée, Uoom»
prit, d'après ce que nous lisons dans les Actes des
Apôtres, qu'elle avait un esprit immonde de Pylbon^
Comme il prononçait sur elle une formule d'exorcisme
et lui frottait le front d'huile sainte, le démon cria et
se rév^a au pontife. Mais ne parvenant pas à chasser le .
démon du corps de cette femme, l'évôque la laissa par-
tir. Celle-ci voyant qu'elle ne pouvait rester dans ce
pays, alla trouver la reine Fréd^onde, auprès de ti*
quelle elle se cacha.
1 Jictêt été Afàiru, cbftp. xvi, v. IS,
Diyiiized by Google
4C4 FANAINE.-LE NÉGOCIANT CHRISTOPHORE.
XLV. — Celte année, une grande famine désola
pres(|ue toutes les Gaules : beaucoup de gens firent du
pain avec des pépins de raisin, des fleurs d'aveline et
des racines de fougère desséchées et réduites en poudre :
on y mêlait un peu de farine; d'autres firent de nnême
avec du blé encore vert : il y en eut même beaucoup
qui, manquant absolument de farine, cueillaient diffé-
rentes herbes; quand ils en avaient mangé, ils en-
flaient et ne tardaient pas à mourir. D'autres périrent,
épuisés par la faim. Les marchands rançonnaient cruel-
lement le peuple, au point de donner à peine, pour un
trienSy une mesure de froment ou une demi-mesure
de vin. Les pauvres se mettaient en servitude, afin de
recevoir au moins quelques aliments.
XL VI. — Dans ce temps, un négociant appelé
Christophore, partit pour Orléans, parce qu'il avait ap-
pris qu'il y élait arrivé beaucoup de vin : il y alla donc,
acheta le vin et le fit transporter sur des bateaux.
Lui-même, chargé d'une somme considérable que lui
avait remise son beau-père, faisait roule à cheval
avec deux domestiques saxons. Les serviteurs haïssaient
leur maître depuis longtemps et s'étaient souvent en-
fuis de chez lui, parce qu'il les battait inhumainement.
Comme ils traversaient une forêt, celui-ci devant eux, un
des serviteurs lui jeta sa lance avec force et le transperça.
Christophore étant louibé, l'autre lui brisa la tête avec
sa framée, et l'ayant tous deux mis en pièces, ils le'
laissèrent sans vie, puis après s'être emparés de son
argent, ils se sauvèrent. Le frère de Christophore fil
DISCORDES CIVILES DANS LA CITÉ DE TOURS. 465
ensevelir son corps> et envoya ses gens à la poursuite
des deux serviteurs; le plus jeune fut atteint et lié,
tandis que l'autre s'enfuyait avec Targent. En revenant,
comme on laissait aller le prisonnier plus librement, il se
saisit d'une lance^ et en frappa un de ses gardiens; mais
les autres le conduisirent à- Tours, où il subit divers
supplices : on le mutila, et il fut attaché déjà mort à mie
potence.
XL VIL — Il s'éleva alors parmi les habitants de
Tours de cruelles guerres civiles. Pendant que Si-
chaire, fils de feu Jean, célébrait avec Austrégisile et
d'autres habitants, dans le bourg de Mantelan S la fête de
Noël, le prêtre du lieu envoya son serviteur vers quel-
ques honunes pour les prier de venir boire avec lui
dans sa maison. Un des invités ne craignit pas de frap-
per le serviteur d'un grand coup d'épée dont le maL
heureux mourut sur-le-champ. Sichaire, qui était Tami
du prêtre, apprenant ce meurtre, saisit des armes et se
rendit à Téglise pour attendre Austrégisile. Celui-ci,
de son côté^ s^arma et marcha contre lui. On en
vint aux mains avec fureur; Sichaire, arraché au
péril par les clercs, se réfugia dans sa terre, lais»
sant dans la maison du prêtre, avec de l'argent et
des vêtements^ quatre serviteurs blessés. Après sa
fuite, Austrégifflle l'attaqua de nouveau, tua les servi-
teurs enleva de l'or, de l'argent et d'autres choses. En-
suite les deux parties comparurent devant le tribunal
des citoyens, et on ordonna qu'Austrégisile, qui était
1 MmUahmagmiit «ieut*
Diyiiized by Googl^
466 PROPOSITIONS DE L'ÉVÉQUE.
bomidde et qui, après avoir tué les servîteiirs, s'éfaît
saisi desbiens^sans avoir comparu devant le roi'^serait
condamné suivant te loi. Peu de jours après FouTerlore
du plaid, Sichairtv, ayant appris que tout ce qu'Austré-
gisile avait enlevé était entre les mains d'Aunon^de son'
fils el de son frère Ébérnlf, laîssa là le plaid, se réunit
à Audin pour exciter une émeute^ et pendant la nuit se
pércipita sur eux avec des hommes armés. Ils forcèrent
le domicile dans lequel leurs ennemis, dormaient, mas-
sacrèrent le père, le fils et le frère, et emmenèrent les
troupeaux après avoir tué les esclaves. A la nouvelle de
ces excès, vivement affligé, nous leur envoyâmes, de
concert avec le juge, Tinvitation de venir en noire pré-
sence, el de s*en retourner en paix après avoir composé
pour que les querelles ne se multipliassent pas davan*
lage. Lorsqu'ils furent venus et que les citoyens ftn^nt
rassemblés, je dis: « Gardez-vous, ô hommes, de per-
sister dans vos crimes, de peur que le mal n'aille
encore plus loin. Nous avons déjà perdu des enfants
de rÉglise ; je crains que cette querelle n'en fasse
périr d'autres encore ; soyez donc en paix, je vous
en prie, et que Tauteur du mal compose avec cha-
rité, pour que vous soyez des ûls pacifiques dignes
d^obtenir du Seigneur le royaume des cîeux; car il dit
lui-même: Bienheureux les pacifiques, parce qu'ils se^
font appelés enfants de Dieu M Voyons donc; et, si
, * SfM audûntia» C'est-à-dire sans avoir recouru au jugement
royal. Mafculfe nous « laUté (liv. I, cbap. xxvni) u formuU
usitée en pareiUe circoustaoce : formula audierUialit
> ÊvangUe êélon taitU Mathieut cbap. v, 9.
V
MEURTRE DE SICHAIRE. 4C7
edui qui a fait la faute n'est pas assez riche, il sera
racheté avec Targenl de TÉglisc, car il ne faut pas que
son âme périsse. « En même temps, j'offris de l'argent
de rÉglise ; mais le parti de Chramnisînde qui portait
plainte de la morl de son père, de son frère et de son
onde, ne voulut pas l'accepter. Quand ils se furent re-
tirés, Sichaire, se préparant à aller vers le roi, partit
pour Poitiers, afin de voir sa femme. Comme il ré-
primandait un esclave au sujet de son travail, et le bat-
tait de coups de verges, celui-ci tira son épée et ne crai-
gnit pas d'en frapper son maître. Sichaire étant tombé
à terre, ses amis accoururent, arrêtèrent Tesclave, le
maltraitèrent cruellement, lui coupèrent les pieds et les
mains, et le condamnèrent à la potence. Le bruit de
la mort de Sicliaire parvint à Tours. A celte nouvelle,
Chramnisînde avertit ses parents et ses amis et courut
à la maison de Sidudre pillant ses biens et tuant quel-
ques-uns de ses esclaves; il mit le feu à toutes les
maisons tant de Sichaire que des autres propriétaires
de celte villa, et emmena avec lui les troupeaux et tout
ce qui pouvait se transporter. Alors les parties, amenées
à la ville par le juge , plaidèrent leur cause; les juges
ordonnèrent que celui qui, n'ayant pas voulu ac-
cepter la composition, avait mis le feu aux mai-
sons, perdrait la uioilié de la somme qui lui avait été
d'abord adjugée. Cela fut fait contre les lois, pour
rétablir la paix, et on prescrivit que Sichaire payerait
l'autre moitié de la composition. L'£glise fournit de
l'argent, et les deux parties s'clant donné une charte
Dlgilized by Google
468 COMPOSITION.
db sécurité ^ , payèrent la composition réglée par le
tribunal^ et se promirent par serment réciproque^ de
ne rien entreprendre Tune contre Tautre ; ainsi fat ter*
minée cette querelle.
* Voir lesFomittlM «le lCarcuIf«. Ut. II, chapw Xfnu
!
I
LIVRE Vlll
Digilized by Google
SOMMAIRE DU LIVRE VIII,
i« Le roi te rend à Orléaiis.— n. ComiWDt tet jvéqaet lut ftirent pi<aemét
et traités à ta table.— m. Chantres de Téglise de Tours. Argent de
Mummole. — iv. Eloge du roi Childebert. — v. Vision du roi et de Grégoire
totichant CMlpéric.^Ti. Grégoire présente deux personnes au roL—ni.
De Vévdqve Pallade: tl oélèbre I» mette.— nn. Prodigcs.-wn. Setneiii
l»rèté au flit de Glilpdiie.— >x. Det oorpt de Mérorée et de Clofii.*-iR« Por-
tiers d'une église de Paris; meurtre de Boante.— xii. L*évèqoe Théodore;
ch&tiraent de Rathaire. — iiif. Gontran envoie une ambassade à Childe-
bert.— XIV. Danger que court Grégoire sur un fleuve.— xv. Cunversioa da
diacre VoUlItfe.— ^vi. diacre racoptfi plusigart miradea de eaint MartiB.
i-zTii. Signet dant le ciel.— xrni. céilàebert énv^e une année en lta>
lie; comtes et ducs institués et révoquent.— Meurtre de l'abbé Dagnlf.
— XX. Actes du concile de MÂcon. — xxi. Assemlilee de Bulson ; violation
d'un tombeau— zxii. Mort de plusieurs evèques et de Wandelin. — xxiu.
laondationt.— zstv. De denx tiei de la mer.— zxt. Ile dana laquelle Tean
d^m étang est changée en aang.— ssti. L'ex-doc ÉbeniUL— svrn. Didier
se rend près du roi. — xxtiii. Ermeiiépilde et Inponde; des envoyés secreU
viennent d'Espagne trouver Frédegonde. — xiix. Frédégonde envoie dee
hommes pour tuer Childebert.— xxx . Une armée entre en Septimaoie.—
xm. Uenrtrede rérêqne Prétextât.— >zxzu. Meurtre de Domnole, flHBaie
de Nectaire.— xxxin. îneendie de Paria.— xxxir. Bedna aneoombaot à la
tentation. — xxxv. Des envoyés viennent d'Espagne. — xxxvi. Meurtre de
Magnovald.— xxxvii. Il naît un fils à Childebert.— xxitiii. Les Espagnols
font une incursion en Gaule. — zxzix. Mort de plusieurs evèques. — xi»
Pelage de Tour».— xu. Lea menrtriert de Prétextât.— xut. Odeppolène
cit teit duc. — XLiii. Nicet ctt teit gouferoeur de Rorenoe; oonditoa
d*Antittius. — XLiv- Un homme veut tuer le roi Gontran.— XLT. MOTt dtt
dno Didier.— XLTi. Mort da roi d'Ëspagae Lcarigild.
■
LIYRE HUITIÈME
son règne*, jKàrlit de Chiilon^ et vint dans la ville de
U était iwfilé ^ sa çeadre à Par pp^ç tenifji sftr
tarante fffiicrés 4i| bapAêine, le ûto 4e Cbîlpéric, nommé
(Jtoteir*. îi^Y^rf, il vint à Orié^, où il se mit en
smd crédit a«||Tà| 4^ çi^i^yenf^ ^ il #ai( dai^ l^s
maisons lorsqu'ils rinvitaient, et acceptait les repas
liù QVfs^igfit. Il r^çut h^jui^up de {kréseuts. et
' ii bîeiiveUtotct Ubérapl^ les lei^r rendit ayec àbon-
às^idkSfif Lorsgi^'il arriva à la ville d'Orléans, c'était Iç
jflfW 4(P te tt|e d^. m\\ ViV^^f. Ç'^^i-dif Ift 9«atrièmf
jour da cinquiènie mois* j; une foule iiQBiense alla à aa
r^contre avec dçs enseignes et des drapeau^ çn cUaa«
laol 8^ lonaiiges. |;|les retçQ,Uasaie]Ekt 4e diTeises ma-
Bières, en langue syriaque, en langue latine, et même
en laogi^e juive. Tgm d^sa^eut : ^ le roi \ Que 4u-
wA 4es apnées î^Qombra^lef sa dan^inatioD s^élçDde
« En 585/
« Le 4 juillet, Gr(';goire do Tours fait commencer ordinaire*
ment l'i^oof^e au mcris de mars.
«
Digitized by Google
m LE ROI GONTRAK
sur les peuples divers? d Les Juifs aussi^ qu'on voyait
prendre part à ces acclamations générales, disaient :
c Qne tontes les nations Ifadorent^ fléchissent le genou
deyant toi^ et qu'elles te soient toutes soumises ! j> D'où
il arriva qu'après avoir entendu la messe, le roi étant à
table dit : a Malheur à celte nation juive, méchante et per-
fide, toiy ours fourbe de caractère 1 Ces Juits me faisaient
entendre aujourd'hui des louanges pleines de flatterie,
proclamant qu'il fallait que toutes les nations m'adoras-
sent comme leur seigneur, et cela pour m'engager à
faire relever à frais.pnblics leurs synagogues depuis
longtemps renversées par les Chrétiens ; ce que je ne
ferai jamais, car le Seigneur le défend. » Roi en qui
éclatait une admirable prudence ! Il avait si bien coin-
pris l'artifice de ces hérétiques, qu'ils ne purent pas loi
arracher par surprise ce que, par la suite, ils osèrent
lui demander. Au milieu durepas^ le roi dit aux prêtres
qui Tentonraient : « Je vous prie de me donner demain
votre bénédiction dans ma maison, et de m'accorder le
salut en entranti afin que je sois sauvé, grâce aux pa-
roles de bénédiction que vous répandrez sur mon hu*
milité. ]> Comme il disait ces mots, nous lui Times des
remerciements, et le repas fini, nous nous levâmes.
II. — Le malin, le roi, ayant visité les lieux saints
pour y faire sa prière, arriva à notre demeure. C'était
la basilique du saint abbé Avite, dont j'ai parlé dans le
Livre des Miracles. Je me levai joyeux, je l'avoue,
j'allai à sa rencontre , et apr^ l'oraison; je le priai
de vouloir bien accepter dans moft logis les eulo-
Digitized by Google
ET LKS ÉYÉQUES. 478
gîes de saint Martin ^ Il ne s'y refusa pas ; il entra avec
affabilité^ vida une coupe et, après nous avoir invité a
sa table, s'en alla gaiement Bertrand^ évêque de Bor*
deaiix, et Pallade, évêque de Saintes, étaient grande-
ment tombés dans la disgrâce du roi» pour avoir reçu
, Gondovald, comme nous Tavons dit plus haut ; et la
colère du roi contre Tévêque Pallade était d'autant plus
vive que celui-ci l'avait souvent trompé par ses four-
beries. Les deux évêques avaient, peu de temps aupa-
vant» subi un interrogatoire devant les autres évéques
et les grands de la cour du roi, sur l'accuefl fait à Gou-
dovald, et sur le sacre conféré imprudemment, d'après
ses ordres, à Faustien évêque de Dax. Mais Tévéque
Pallade fil retomber sur lui-môme le fait de celte ordina-
tion, dont il délivra son métropolitain, en disant : « Mou
métropolitain soùfihrait d'un très-grand mal d'yeux, et
moi, dépouillé et insulté, je fus malgré moi emmené
'à sa place. Je ne pouvais faire autrement que d'accom-
plir ce que m'ordonnait celui qui se prétendait maître
de toutes les Gaules. » Le roi instruit de ces faits se
montra irrité au point qu'on put avec peine obtenir qu'il
invitât à sa table ces évèques qu'il n'avait pas encore vus.
JBertrand étant entré, le roi demanda: « Quel est celui-
ci ?» car il y avait longtemps qu'il ne s'était trouvé avec
lui. On lui dit : « C'est Bertrand, évêque de la ville de Bor-
deaux.—Nous te rendons grâces;lui dit-il, de la manière
dont tu as gardé fidélité à ta famille. Tu devais sa voir, très-
cher père, que tu étais notre parent par notre mère^ et
1 C'est-k^dire le pain bénit.
Digitized by Google
474 REPAS DONNÉ PAR LE ROI.
tu n'aurais pas dû attirer sur ta race une peste ètraa»
gère. » Après avoir obligé Berinind d'enteadre pht-
sîeurs choses de celte sorte, le roi se tourna vers Pallade
et lui dit : « Je n'ai pas non plns^ ô éréque PaUade^ bean-
c6up de grâces à te rendre; car, te qtki est bien dur à
dire d'un évèque, tu m'as trompé trois ibis, m'euToyant •
desayis remplis de mensonges, tti l^excnsaisatiprèsdè
nioi par tes lettres, et par d'autres écrits tu appelais
mon frère. Dieu a jugé ma cause i je me suis toujours
appliqué à ToUs traiter comttie les pères de TÊglise, ét
vous m'avez loujouns trompé.» il dît aussi aux évêques
Dicaise et Àntidius^ i « Publiez ici, 6 lrès«daiàls ^ieià,
ce que vous àvez fait pour le bien dû pays et pour l'avan-
tage de notre royaume, d GeuxHà ne répondirent point,
et le roi sTétant lavé les màlds, ét ayant beçn là béné-
diction des évêques, s'assit à table avec un vîisage gai '
et une contenance joyeuse»' tomine s'il li^avàit rien fit
de ses griefs. *
III. — On était à la moitié du repas lorsque le roi
voulut que je fisse chanter mon diacrie qiii, là ^ttt,
avait dit les répons des psaumes. Lorsqu'il eut chanté,
il m'ordonna de faire cbaiiler devant lui tous les pri^
très présents^ en assignant à cbàcm^ sa partie. Je Irai)»-
*misà ces clercs le commandement du roi, et cliacun
chanta devaiit lui, aussi bien (Ju^il put, des Intimes tel
des répoift. f âtadis qu'on apportait les plais, le roi dit t
à Toute cette argenterie que vous voyez a appartenu au
pàtjdrc MummMe \ mais maintenant^ giràce i rasriS^
4
DISCOURS BU ROI. 475
tance du Seigneur^ elle a passé en notre puissance. J^en
ai lait briser quinze pièces comnae ce grand plat que
fous Yoyez, et n'ai gardé que celui-là et un autre de
cent soixante-dix livres. Pourquoi en aurais-je gardé
plus qu'il ne m'en faut pour mon usage de tous les
jours? le n*ai malheureusement pas d'àutre fils que%
Ghiidebert qui a bien assez des trésors que lui a laissés
son père, et de ceux que j'ai pris soin de lui envoyer
des effets de ce misérable, trouvés à Avignon. Le reste
doit être appliqué aux besoins des pauvres et des églises.
IV. — «le vous demande seulement^ prétrés du Sei-
gneur, d'implorer pour mon fils Childebert la miséri-
corde de Dieu. C'est un homme sage ët de mérite^ et
tel que^ depuis longues années, à peine en aurait-on pu
trouver un aussi prudent et aussi courageux. Si Dieu
daigne lui accorder la domination sur les Gàuild, on
peut espérer que noire race, presque entièrement dé-
truite, se relèvera gràcè à lui. )e ne doute pas que nous
ne l^oblenions de la miséricorde de Dieu, car là nàis-j
sance de cet enfant nous eu a donné le présage. Dans le
saint jour de Pâques, inoà, trère Sighebèrt étiml a
l'église, tandis que le diacre lisait le livre des sainls
Évangiles, il arriva au roi un messager, et là voix du
messageir et celle du peuple qui suivait i^Êvàngiïé àtà
jour prononcèrent en même temps ces paroles : Il Vést
né un fih; d'où il arriva que tout le peuple eélébhi à la
fois cette double annonciation par ces paroles : Gloire
à Dieu tout-puissant ! 11 reçut le baptême le saint jOUr
de la Pentecôte et fut élevé au tréne le saint joiir de la.
Diyiiizea by Google
m TISION DE GRÉGOIRE.
NatÎTilé du Seigneur, de sorte qae s'il est accompagné
de vos prières^ il peut, avec la permission du Seigneur^
régner dans eê pays. » A ces paroles du roi, tous adres-
sèrent au Seigneur une oraison pour lui demander dans
sa miséricorde de conserver les deux rois. Le roi ajouta :
a n est Trai que sa mère Brunehaut menace de me tuer»
mais je n'en ai aucune crainte. Le Seigneur, qui m'a
délivré des mains de mes ennemis, me délivrera de ses
embûches. i>
y. — 11 tint ainsi beaucoup de discours pleins d'ini-
mitié contre Théodore^ ; protestant que s'il venait au
synode^ on renverrait en exil, et il ajouta : a Je sais
qu'à cause de ces gens S il a fait tuer mon frère Ghil-
péric ; mais renonçons à passer pour des hommes,
si nous ne parvenons, dans le cours de cette amiée, à
venger sa mort 1 » Je lui répondis : « Et qui a fait périr
Chilpéric si ce n'est sa méchanceté et tes prières? Car il
t^a tendu injustement des embûches qui l'ont conduit
à la mort, La vérité de ce que je dis là m'est manifeste-
ment apparue par une vision que j'ai eue dans mon
•ommeil. le f ai vu lui raser la téte, après quoi il a été
sacré évéque; ensuite je l'ai vu porté sur une chaise
sans tenture et recouverte seulement d'une couleur
noire ; devant lui brillaient des lampes et des cierges. »
Gomme je racontais cela, le roi me dit : « J'ai eu aussi
une vi3ioii qui m'a annoncé sa mort. Trois évèquea le
• L'éréque de MwseiUe dont U « été question dans le livre
précédent.
• ProVablement GondoTtld et son parti.
VISION DU ROI. 477
cor.diii?aient on ma présence chargé de chaînes. L un
d'eux était Télricus, le second Agricola^ le troisiènie
Nîcct, évêque de Lyon. Deux d'entre eux disaient :
Relâchez-le, nous vous en prions, et permettez qu'il s'en
aille après avoir reçu un cliàtiment Mais Féyéque Té-
tricus répondait en colère : // 7ie s'en irapoint ainsi, et
il sera consumé par le feu à cause de ses crimes. £t lors-
qu'ils eurent tenu entre eux beaucoup de discours en
manière d'altercation, j'aperçus au loin un vase d'airain
posé sur le feu, et bouillant avec violence. Puis je vis
en pleurant saisir le malheureux Chilpéric ; ses mem-
bres brisés furent jetés dans le vase et aussitôt il fut
dissous et liquéfié dans les vapeurs de cette eau bouil*
lante, de telle sorte qu'il n'en resta pas le moindre ves-
tige. » Ces paroles du roi nous remplirent d'élonnement*
Le repas fini nous nous levâmes.
VI. — Le lendemain, le roi alla à la chasse; quand il
revint* nous lui présentâmes Garachaire, comte de Bor-
deaux, et Bladasle qui, comme nous Tavons dit plus
!lUg]
abor^, par mes prières, je n avais pu nen obtenir du
rqi en leur faveur, je lurdis : « 0 roi, que ta puissance
m eboute : *voiIa que mon Seigneur m'a ordonné de
vçnir vers loi en ambassade ; mais qbe pourrai-je rap-
portera celui qui ma envoyé, si tu ne feux me rendife
?>tiii vtvi, •ul'il.ni;, r.Lii),,. njuî.i j .! iIl -'-'I -«luj
aucune réponse ? » Lui stupéfait Tne demanda : « El
iqùi esj-il ton Seigneur ? » ie lui répondis eh sburiahi i
c G est saint Martin qui m a envoyé. » Alors il oraoniiié
l>J r. «.u'..'»Và»4>tt :«b i.;*hw;qi. :iiiiir4i:i iuii.ii"i;i^^;i •^Uv.I
Digitized by Google
m LE SOI HUMILIE UÉVÉQUE PALLADE.
que ces hommes lui fussent présentés; mais lorsqu'ils
fureot devant lui, il leur reprocha un grand nombre
ie perâdiefl et àe parjures, les traitant à plusieurs re-
prises de rusés renards. Cependant il leur rendit ses
bonnes grftces, el leur restitua ce qui leur avait été
enlevé.
V 1 1 .—Le jour du Seigneur (le dimanche) étant arrivé»
le roi vint à la cathédrale entendre la messe. Les con-
frères de l'évéque Pallade, présents en ce lieu, lui cédè-
rent rbodneur de la célébrer. Gomme il commençait à
dire les prophéties, le roi demanda qui c'était, et lors-
qu'on lui eut appris que c'était i'évéque Pallade, le roi
irrité s'écria : a Quoi 1 c'estcet homme toujours infidèle et
perûde envers moi, qui prêchera en ma présence la pa-
role sacrée ? Je sors à l'instant de cette église, pour ne pas
entendre prêcher mon ennemi ; » el en disant ces mots,
il allait sortir. Alors les évéques troublés de i'huuii-
liation de leur frère dirent au roi : « D a été reçu à ta
table, nous t'avons vu recevoir de sa main la bénédic-
tion; pourqlioi maintenant le roi le rêpousse-t-il t Si
nous avions su qu'il te fut odieux, nous aunods remis
a ùri autre ie soin des offices qui doivent être célébrés
ici. Maintenant [termets qu'il achevé là cerènionié qu^il
a commencée. Si, ensuite, tu crois avoir al accuser,
l'affaire sera jugée selon la décision canonique. L^éve-
quê Paliâci'e s^etait icleja retiré dans la sàc^siiê* avec uml
grande confusion; le roi ordonna de le rappeler, lui
permit d^accomplir rofiice qu'il avait coinmehcé. Paf-
lade et^rtrand turent ensuite appelés de nouveau a la
LE ROI DOUTE DE LA LÉGITIMITÉ DE CLOTAIRE. 479
table du roi, et s'y élant pris de colèi'e Tua contre Tda-
tre, fisse reprochèrent mutuellement beaucoup d'adul-
tères etde fornications» ainsi q ue des parjures. Beaucoup
en riaient ; niais d^aulres, qui étaient d^une sagesse
plus clairvoyante, s'affligeaient de voir le démon soniêi^
une telle zizanie ^ parmi les prêtres du SeigneUr. Eit
quittant le roi^ ils donnèrent des garâniies et des cà'u^
lions s'engageant à se présente^: au synode le 22 oc-
tobre suivant. ' '
Vîli. — Alors parutent des signes dans le ciel. On
vit du coté du nord des rayons lumineux, conune il eu
avait déjà paru. Une clarté parcourut le ciel, dès fléurs
se montrèrent sur les arbres; c'était alors le cinquième
"taois*.
IX. — Ensuite lé roi vint à ^aris, et commença à
s'exprimer ainsi en présence de tous : a Mon frère Cbil-
péric en mourant â lai^^ nl^à-t-on dit^ uh'Ûts que 'seé
gouVerneurë, a la prière do leiirmere, m ont demande
dé présenter au saint taplêirie lé jour iies fêtes de la îist-
tivï^'dulieigneur^ èf ils nâ sont pas venui.^
ensuite qu'il tui liàpiisè \q saint jour 3c f'ùijues, et cè
m
lènie/a la fêle (ié feiiint-iean, et Tenfani n'a pas ete
davantage amené. Ils m ont lait quitter par un' temps
de stérilité le lieu que j habitais; je suis venu et \oiia
qu on cacné cet enfant, et qu on ne me le montire pas.
1 Lamenlabentur car intêr «Acercibto^.^i^mvtl^^^^
Digitized by Google
4M FRÉDÉGONDE ASSIGNE DES TEMOINS.
D'après cela, autant que je puis croire, ce n'est pas ce
qu'on m'a promis, mais c'est à ce que je crois, le ûls de
quelqu'un de nos leudes, car s'il était de notre race^ oa
me l'aurait apporté. Tons saurez donc que je ne veux
pas le recevoir, jusqu'à ce qu'on m'ait donné sur lui des
reoselgnemfflits certains. » La reine Frédégonde, ins-
truite de ces paroles, assembla les principaux de son
royaume, savoir trois évêques et trois cents des meil*
leurs hommes, qui firent serment que cet enfant était
né du roi Ghilpéric, en sorte que les soupçons du roi
furent dissipés.
X. Ensuite, comme il avait souvent déploré la morl
de Mérovée et celle de Clovis, et ne savait pas où ceux
qui les avaient tués les ayaientensuite jetés S un homme
vint le trouver qui lui dit : a Si cela ne doit pas m'étre
funeste par la suite^ je t'indiquerai en quel lieu est le
cadavre de CloViS*. » Le roi jura qu'on ne lui ferait aucun
r:p ''iM. -Ti{ n!i l[h wol i\ .;i r. Jur. u'oin i : • . ,
inaij. et que plutôt on le récompenserait par des pre-
senis. Alors, cet homme, dit : a Q rbi, la chose mêmè
prouvera la, vente de mes parôles; car lorsque Clovis
eut élé lue et enterré sous ^'auvent d'un oratoire, la
reine, crAigpam que quelqu'un ne le recueillit et ne
l'ensevelît avec hcmne.ur, ordonna de le Jeter dans là
Marne. Je, le trouva^ amsi danè des ûlets que i avais pre-
pares, pom prendre des poissons. le ne savais d abord
qui c'était, màisibieniôt je rc^copnus Clovis a la longueur
de ses cneveux, et le prenant sur' mes épaules, je le
.ciH'i ^a^iK^u î»l ;«iu î>ii ao i»^» i;> ,jiu Itm krj moiK* nu iip
1 Voir, dans le cinquième livre, lei détails sur la morl de
FUNÉRAILLES DU JEUNE CLOVIS. 4SI
portai au rivage où je Ten terrai et le couvris de gazon ;
Toiià comment j'ai recueilli son corps^ fais à présent ce
que tu Tondras* » Le roi, à la suite du renseignement
donné par cet homme, feignit d'aller à la chasse, et
ayant fait fouiller le tombeau, il y trouva le corps
bien conservé. Une partie seulement des cheveux
qui se trouvaient en dessous étaient déjà tombés ; mais
le reste était encore intact et conservait ses longues
boucles. Le roi reconnut que c'était le cadavre qu'il
cherchaitavectantdesoin;!! convoqua doncrévêque
de la ville, le clergé et le peuple, fit allumer un nom-
bre infini de cierges, et conduisit le corps, pour y être
enterréj à la basilique de Saint-Vincent, ne donnant pas
moins de larmes à la mort de son neveu qu'il n'en avait
répandu lorsqu'il vit ensevelir ses propres enfants.
Après quoi il envoya Pappole, évêque de Chartres, ré*
clamer le cadavre de Mérovée, et l'ensevelit auprès du
X I. —7 Un portier *, vint dire d'un de ses confrères :
a,JSei£peur roi , celui-ci a consenti à recevoir une récom-
j)en^e jp^ur ^e tuer.j»jCelui cjy'jl ^ccnsait fuipris,jfijapp^
^de coups et liîO'é Me cruels tourments, i^ai? sa^ rien
^^^^^ ?aj^ij d^ jefle sais (|uel ^oupçon, quf Ha le ro} sanslui
dire adieu. Le roi, revenu à Chùlon, ordonna qu'on fît
^"'ï'CTtait un des defmei"s emfylois dé 1« 'clériMtlilW.'*
Digitized by Google
482 CONTRAN POURSUIT L'ÉVÈQUE TIIÉODOltE.
périr Boante qui lui avait toujours été inûdèie. Celui-ci
fat cerné dans sa maison et massacré par les hommes du
roi. Le fisc fut mis en possession de ses biens.
XIL Gomme ensuite le roi continuait de poursul-
Tre àTec une grande aniroosité i'évêque Théodore^ et
que Marseille était déjà rentrée sous la puissance de
Ghildebert, le duc Rathaire^ fut envoyé par ce roi
pour examiner en son nom rafTaîre; mais Raihairo
négligeant les formes de procédure que le roi lui avait
prescrites, ûi entourer la maison de Tevêque, Fobligea
de donner caution^ et de se rendre en présence du roi Gou-
tran» pour être jugé par le synode qui devait se réunir
' à Mâcon^ et comnle devant être condamné parles évè-
ques; mais la vengeance divine^ quia continué de défen-
dre ses serviteurs de la gueule des chiens furieux, ne flt
pasdéfaut. L'évêque étant sorti de la cité, Rathaire s'em-
para deseffets deFÉglise^ pritles uns pour lui, et enferma
les autres sous des scellés. Mais à pein'e
consommé (ju'une maladie cruelle s'er'niiara de ses ser-
vitèûro f qui moururent épuises de la uev^e. Son fils
Tplétîf (iû nleme mal, èt il î^énsèvelït àvëc de '^râhïïs gé-
missements dans un des faubourgs de "Marséill^; énÉi
le Mlk ^aiip'és'ânfit ' tèUelMèÂl Wè 'iâi 'lknifflè;^(|ir&.
Deïne perisait-on que lui-mémë fût en efat ÏÏè régagritr
Toà paysl t'évéqu^ tut ifètëhtt (lal^ lé'i^ Gb^
'eniinenïé sainte té, assidû àrôraisbn, et d'éqtii Màgndric,
jU Uf' M»» «HJê ». • ...1 «. O I • 4 . . < l. i .t* I.X^ Itf
1 Le texte porte quan aux, ce qui veut dire peut-être que
Rathaire r jimlMPMM^ iQAÇAiPfW. «i^rÂ^uées à i^n d,uq sfaa.aToir
précisément ce titre.
MÉRITES DE CET ÉVÉQUE, 483
évcque de Trêves^ m'a raconté ce qui suit : a Lorsque
les années précédentes on TairaR amené ûn roi Childe>-
bert, il était si rigoureusement gardé que, quaad il
arrivait à une ville quelconque, on ne lui permettait de
voir nirèvéque ni aucun des citoyens. 11 vint à Trêves, et
on annonça à Tevêque de cette ville qu'on avait déjà lait
entrer Théodore dans la barque qui devait Femmener^
secret. L'éveque affligé se leva, et le suivant en toute dili-
' gence, parvint à Tatteîndre^ tandis qu'il était encore sur
le rivage. II demanda aux gardes pourquoi ils en usaient
avec cette cruauté de ne pas lui permettre de voir son
frère. 11 le vit cependant, l^embrassa, et après lui avoir
donné quelques vêtements il le quitta. Il se rendit ensuite
à la basilique de Saint-Maximin et se prosterna devant le
sépulcre, se rappelant ces paroles de Fapôtre Jacques :
Priez Vun pour l'autre, afin que vous soyez guéris
Après avoir longtemps offert au Seigneur sa prière et
ses larmes pour cpa'il daignât venir au secours de son
frère, il sortit de la basilique, et voilà qu'une ifémme,
agitée et tournientée de 1 esprit d'erreur, commença a
appeler l'éveque et à lui dire : « 0 scélérat, devenu plus
mecbant pâr les années, qui offres à Dieu tes oraisons
. pour notre ennemi Théodore ! voua que nous cherchons
cliaqûe jour comment noiis pourrons le chasser de la
Gaiue> ou il sbufllè sans cesse le ieu contre noiis '; et toi
lu ne te lasses pas de prier pour lui. 11 vaudrait mieux
t'oiccuper diligemment des soins de ton Église, pour
empêcher le bien des pauvres de deperir, que de
1 Èj^Ure de saint Jacques, cliap. v, v. IGt
484 AMBASSADE DE GONTRAN A CIIILDEBERT.
l'appliquer de celte sorte à prier pour lui. » Et elle
ajoutait : « Malheur à nous qui ne pouvons parvenir à
le chasser ! » Quoiqu'on ne doive pas s'arrêter aux pa-
roles du démon, on vit cependant, par ce que nous
venons de rapporter, quelle était la sainteté de cet
évêque. Mais revenons à ce sujet.
XIII. — Le roi Contran fit partir des envoyés pour
aller trouver son neveu Childebert, qui demeurait
alors au château de Coblentz^ , ainsi nommé parce que
le Rhin et la Moselle viennent se réunir en çe lieu ; et
comme il avait été convenu que les évêques des deux
royaumes se rassembleraient dans la ville de Troyes en
Champagne, et que les évêques du royaume de Chil-
debert ne s'y étaient pas rendus, FéUx l'un des envoyés,
après avoir salué le roi et lui avoir montré ses lettres,
lui dit : « Ton oncle, ô roi , te demande avec instance
pourquoi tu as révoqué tes promesses, et pourquoi les
évêques de ton royaume qui avaient reçu Tordre de
venir au concile, ne s y sont pas rendus. Peut-être des
nommes méchants ont-us fait naître entre vous imel-
la zizanie entre les peuples ; ipais entre ces deux rois,
OU celui qui voudrait la répandre trouverait-il a en de-
poser le germe ? Personné n ignore que le roi Childe-
bert n a d autre père que son oncle, et, d après ce que
/kl 'hit îh lIuH./ Il .Ihl ,111 mI 1-,, i,[ ^3:1' (.1 .J
nous avons entendu récemment encore, celui-ci ne
sopgè pas a se choisir un autre fijs. Que Dieu né per-
4 Confluentes.
DANGER QUE COURT GRÉGOrRE. 485
mette donc pas qu aucun germe de discorde croisse
entre ceux qui doirent également s'aimer et se soute
nir, » Le roi Cliildebert^ ayant ensuite tiré à Técart
renvoyé Félix, lui dit:^« le supplie mon seigneur et
père de ne faire souffrir aucune injure à Févèque
Théodore^ car s'il le faisait, il en naîtrait aussitôt des
contestations entre nous, et nous serions divisés par les
empêchements de la discorde , nous qui devons de-
meurer en paix, et nous soutenir avec affection. » L'en-
voyé partit après avoir obtenu réponse sur ce si^et et
sur plusieurs autres.
XIY. — Durant notre séjour avec le roi dans le
château de Coblentz, une fois que nous a\ions été
retenu jusqu'à la nuit à sa table, le repas fini, nous
nous levâmes, et nous étant rendu an bord du fleuve,
nous y trouvâmes une barque qui avait été préparée
pour notre usage. Gomme nous y montions, une troupe
• de gens de toute condition vint s'y précipiter, et la
barque se trouva remplie d'honunes et d'eau; mais la
puissapce du Seigneur apparut miraculeusement en
ceci ; car, bien que la barque fût remplie jusqu'au bord,
elle ne put enfoncer. Nous avions avec nous les reliques
du bienheureux Martin et de plusieurs autres saints,
et c'est par leur vertu que nous croyons avoir été sauvé. .
La barque revint au rivage que nous avions quitté; on
la vida d'hommes et d'eau, on repoussa les étrangers,
et nous passâmes sans obstacle. Le lendemain, nous
dîmes adieu au roi, et nous partîmes.
XV. — Dans notre route, nous arrivâmes au château
Diyiiized by Google
486 LE DIACRE VULFILAIC.
iFItoîs*. Lâ^ nous trouvâmes le diacre Yulfitaîc qui
nous conduisit à son nionastèrej où nous fûmes reçu
ayec beaucoup de bienveilfauice. Ce monastère est à eo^
viroa buit milles du susdit château, et situé sur la
cime d'un mont. Vulûlaïc y a h&\i une grande basilique
qu'il a illuslrôe par les reliques de saint Martin et de
plusieurs autres saints. Pendant notre séjour en ce lieu,
nous le priâmes de vouloir bien nous raconter quelque
chose de son entrée en religion, et comment il était
arrivé aux fonctions ecclésiastiques^ car il était Lom-
bard de naissance; mais il ne se souciait pas de nous
satisfaire^ cherchant de tout son cœur à éviter la vaine
gloire. Cependant comme je le coi\jurais par les ser-
ments les plus imposants, et avec promesse de ne
rien divulguer de ce qu'il me raconterait^ de ne
pas me cacher ce qui faisait Tobjet de mes instance^
après s'y êlre longtemps refusé, vaincu par mes priè-
res et par mes serments^ il me dit : « J'étais encore
un tout jeune enfant, lorsqu'ayant entendu pronon-
cer le nom du bienheureux Martin > sans savoir si
c'était un martyr on un confesseur^ ni ce qu'il avait
fait de bien dans ce monde , ni quelle contrée avait
mérité de posséder le tombeau qui renfermait ses mem-
bres bienheureux, je célébrais déjà des yeilles en son
honneur, et s'il m'arrivait de posséder quelque argent,
je faisais Taumône. En avançant en âge, je m'appli-
quai à ap()rendre mes lettres, et je sus les écrire avant
de savoir lire. Je m'attachai ensuite à Tabbé Aré*
t Époiium, (V. Géogr.)
kjiu^ jcl by GoogL
RÉCIT DE SA VOCATION. 487
dius, qui mlnstruisit, puis j'allai à la basilique du bien-
heureux Martin. En quittant ce lieu, Arédius enleva
pour relique un peu de la poussière du saint tombeau et
la suspendit dans une petite boite à mon c6u. Lorsque
nous fûmes arrivés à son monastère situé sur le terri-
toire de Lira<^es, il prit la boite pour la placer danà
son oratoire. La poussière s^y était tellement accrue^
que non-seulement elle remplissait toute la boite^ mais
encore s'échappait par les bords et par toutes les issues.
Ce miracle éclaira mon âme d'une plus vive lumière, et
me décida à placer toutes les espérances de ma Vie '
dans les mérites de ce saint. De là je me rendis dans lè
territoire de Trêves^ et j'y construisis de mes mains^
sar celte montagne^ la petite denture qû6 vous Toyei.
J'y trouvai une statue de Diane que les gens du lieu, en-
core infidèles, adoraient comme une divinité, j'y élevài
une colonne suir la(iuelle je me lenails aVèc dè grandes
souffrances, sans aucune espèce de chaussure; et lorè-
qu'arrivait le teknps d'hiver, j'étaià ïellement brûlé dèi
rigueurs de la gelée que très- souvent elles ont fait
tomber les ongles de mes pieds^ et l'eau glacée pendait
à ma barbe en Ibrme de chandèlles; car celte contrêè
passe pour avoir souvent des hivers très-rudes. » Noué
lui démàtidâmes ensuite avec instance dé notis ittonlër »
quelles étaient sà noîirrilure et sa boisson^ elicoïiritaelôt fl
avait renvei*sé la statue delà montagne, il nous dit : a Ma
noutritutre était uii peu de pain et d'herbe et ttûts
petite quantité d'eau. Alors commença à ûccburirvers •
m(H une grande quantité de gens des villages voisins)
Digitized by Google
488 IL RENVERSE UNE STATUE DE DIANE.
fe leur prêchais continuellement que Diane n'exîstatt
pas^ que le simulacre et les autres objets auxquels ib
adressaient leur culte n'étaient absolument rien. Je
leur répétais aussi que ces cantiques qu'ils avaient cou-
tume de chanter en buvant ^ et au milieu de leurs dé*
bauches, étaient indignes de la divinité, et qu'il valait
bien mieux oii'rir le sacriGce de leurs louages au Dieu
tout-puissant qui a fait le ciel et la terre. Je priai anri
bien souvent le Seigneur qu'il daignât renverser le si-
mulacre^ et arracher ces peuples à leurs erreurs. La
miséricorde du Seigneur fléchit ces esprits grossierSy d
les disposa à prêter Toreille à mes paroles , à quitter
leurs idoles et à suivre le Seigneur. J'assemblai quel-
ques-uns d'entre eux, afin de renverser, avec leur »•
cours^ ce simulacre immense que je ne pouvais dé-
truire par ma seule force. J^avais déjà brisé moi-même
les autres idoles^ ce qui était plus facile. Ils se ras-
semblèrent en grand nombre autour de cette statue
de Diane ; ils y jetèrent des cordes, et commencèrent à
la tirer; mais tous leurs efforts ne pouvaient parvenir
à rébranler. Alors je me rendis à la basih'que, me pros-
ternai à tere, et je suppliai avec larmes la miséricorde
divine de détruire, par la puissance du ciel» ce que i'et*
fort des hommes ne pouvait suffire à renverser. AprèJ
mon oraison. Je sortis de la l)asiUque, et vins retrouver
les ouvriers ; je pris la corde, et aussitôt que nous rs*
commençâmes à tirer^ dès le premier coup, Tidole
tomba à terre ; on la brisa ensuite, et avec des rnailMi
de fer^ on la réduisit eu poudre. A cette heure u^toe,
kjiu^ jcl by Google
LES £V£QU£S ABATTENT SA COLONNE. 480
comme j'allais prendre mon repas^, tout mon corps^ de-
puis le sommet de la tête jusqu'à la plante des pieds^
lut couvert de pustules malignes^ en telle sorte que je
n'y pouvais trouver un espace vide de la largeur du
doigt. Alors j'entrai seul dans la basilique, et me dé^
pouillai devant le saint autel. J'avais une bouteille pleine
d'huile que j'avais apportée de la basilique de Saint-
Martin; j'en oignis moi-même tous mes membres, puis
je me livrai incontinent au sommeil. En me réveillant
vers le milieu de la nuit, comme je me levais pour ré-
•
citer les offices ordinaires, je trouvai tout mon corps
parfaitement sain^ et comme si je n'avais jamais eu sur
moi le moindre ulcère, et je reconnus que cette plaie
n'avait pu m'être envoyée que par la haine de Tennemi
des hommes; car toujours plein d'envie, il s'efforce de
nuire à ceux qui cherchent Dieu. Les évéques qui au-
raient dû me fortifier, afin que je pusse parfaire l'ou-
vrage que j'avais commencé, survinrent et me dirent :
a La voie que tu as choisie n'est pas la bonne voie, et
loi, indigne, tu ne saurais t'égaler à Siméon d'Antioche,
qui vécut sur sa colonne. La situation du lieu ne permet
pas d'ailleurs de supporter une pareille souffrance;
descends plutôt, et habite avec les frères que tu as ras-
semblés. » Â ces paroles, pour n'être pas accusé du
crime de désobéissance envers les évéques» je descendis,
et j'allai avec eux, et pris aussi avec eux le repas. Un
jour l'évêque, m'ayant fait venir loin du village, y en-
voya des ouvriers avec des haches, des ciseaux et des
marteaux, et ht renverser la colonne sur laquelle j'a-
|d$ MIRACL{:S DE SAINT MARTIN.
T9ÎS coatume de me tenir. Quand je revips le lende-
main^ je trouTai tout détrait; je pleurai amèrement;
Ifiaisje |ke youIus pas rétablir ce q^^on avait abattu^ de
ffsav qu'on ne m'accusât de contrerenir aux ordres des
^êques ; et depui^ ce temp^ |e demeuraici, et me con-
fite d'habi^r ayec mes frères. i{
XYI. — Comme nous lui demandions de nous faire
connaître quelques-uns des miracles opérés en ces
Heax par les mérites du bienheureux Martin , il nous
rapporta ceci : a Le fils d'un Franc , de la plus grande
noblesse panni les siens, était sourd et niuet. Les pa-
rftnts de l'enfant Tayant amené à celte basilique, j'or-
donnai qu'on lui mit un lit dans ce temple saint pour
If) çoucher avec mon diacre et un autre des ministresde
FÉglise*. Le jour il vaquait à l'oraison, et la nuit,
g)mme |e l'ai dit, il dormait dans la basilique. Dieu eut
pitié de Ini, et le bienheureux Martin m'apparat dans
une vision et me dit : « Fais sortir Tagaeau de la basi-
Iique,çar il est guéri.i»Le matin arrivé, comme jecroyais
que c'était un songe, Tenfant vint vers moi, se mit à
parler et commença à rendre grâces à Dieu, puis se tour^
qant vers moi, il me dit : « J*offi'e mes actions de grfloes
^ l^ieu tout-puisss^nt qui m'a rendu la parole et Toule. »
pès ce moment il recouvra la parole et retourna dans sa
demeure. Un autre qui, mêlé à plusieurs vols et cou-
l^ble de diverses sortes de crimes, avait coutume
de se parjurer toutes les fois qu'il était accusé de
t On appelait mhûtki êecUtim, les prêtres ati&cHéf àiuieégUfe
f t <|ui remplissaient les diverses fonctions ecdésîastiqiies.
Digitized by GoogI
MÎRACLKS DE SAl.NT MARTIN. 491
iFpl, dit : a Jlrai à (a basilique du bienheureux Marr
Un, et 9 prêtant serment, je serai absous.» Au mo-
H^ept où il entrait^ sa hache écliiappa de sa im^JXl
cpurut à la porte saisi d'une violente douleur au cœur>
et le malheureux coofessa de sa bouche le crime dont
iX yraaii se laver par un parjure. Un autre, accusé d'a-
voir mis le feu à la maison de son voisin, dit également :
g 4'irai temple de saint Martin, j['y jurerai ma foi, et
ç^ai d^hargé de cette accusation. » Il était certain qu'il
ftY^it mis le feu à celle maison. Lors donc qu'il vint
|Kmr prêter serment, je me tournai vei^ lui et lui dis:
a D'après l'assertion de tes voisins, tu ne peux être în-
Qoceat de ce crime, mais Dieu e&t partout et sa puissance
balHte 9u dehors comme od dedans; ainsi donc, si tu es
pris de ceUe vaine coiiliance que Dieu ou ses saints ne
îpe Tangent pas du paijure, voilà devant toi le temple
saint. Jure, si tu le veux ; car il ne te sera pas permis
de passer le seuil sacré. » 11 leva les mains et dit id Par
le Dieu ioul puissant et par les mérites de bienheureux
Martin son évêque, je ne suis pas l'auteur de cet incen-
die. 9 Lorsqu'il s'en allait après avoir ainsi prêté ser-
ment, on le vit comme entouré de feu, et aussitôt se
précipitant par terre, il commença à crier que le bien-
heureux évêque le brûlait avec violence, ce mal-
heureux disait: « J'atlesle Dieu que j'ai vu descendre
du ciel, et que d'épaisses vapeurs m'environnent et
m'embrasent. » En disant ces paroles il rendit Tesprit.
Ce fut un avertissement à, beaucoup d'autres de n'a-
voir plus la hardiesse de se parjurer désormais en ce
m PRODIGËS.
lieu. » Le diacre me raconta encore plusieurs autres
miracles qu'il serait trop long de rapporter foi.
XYII. — Pendant mon séjour dans ce lieu nous
vîmes, deux nuits de suite, des signes dans le cieL D
parut du côlé du nord des rayons d'une si brillante
clarté qu'on n'en avait pas encore vu de pareils^ et des
deux côtés, à Torient et à Foccident, se montraient des
nuages couleur de sang ; la troisième nuit ces rayons
apparurent vers la seconde heure, et voilà, pendant
que nous les regardions avec élonnemenl, que des quatre
points du monde s'en élevèrent de semblables; nous eo
vknes tout le ciel couvert. Il y avait au milieu du firma-
ment une nuée brillante où les rayons allaient se réunir
à la manière d'une teinte dont les plis, beaucoup plus
larges par en bas^ se réuniraient par le haut en guise de
faisceau en formant comme une sorte de capuchon; au
milieu de ces rayons, on voyait d'autres nuages ou des
clartés tlamboyantes. Ce signe nous pénétra d'une grande
crainte, et nous nous attendîmes à voir le ciel nous en-
voyer quelque plaie.
XVI 11. — Le roi Childebert, pressé par les lettres de
l'empereur qui lui redemandaitl'or qu'il lui avait donné
Tannée précédente, envoya une année en Italie. On
disait aussi que sa sœur ingonde avait été transportée à
Ck>n8tantinople; mais la division se mil entre ses chefe,
et ils revinrent sans avoir fait aucune acquisiiioa avan-
tageuse. Le duc Wintrio, chassé par les gens du pays
qu'il gouvernait, perdit soUiduché et il aurait été misa
t La Champagne.
Hijiu^ jcl by Googl
t>LUSIEURS DUCS ET COMTES. 493
mort,8^il n'eni cherché sonsalut danslafuite; mais par la
suite, le peuple s'apaisa, et il recouvra son duché. Nicet,
dépossédé de son comté d'Auvergne par renvoi d'Eula-
lius^soUicita du roi un titre de duc et lui fit, pour celay
d'immenses présents. C'est ainsi qu'il obtint d'être in-
stitué duc dans les cités de Glermont, de Rodez et
Uzès. C'était un homme très-jeune^ mais d'un esprit
pénétrant. Il mit la paix dans la contrée d'Auvergne et
dans les autres lieux de sa juridiction. Le Saxon Ghil-
déric, tombé dans la disgrâce du roi Contran pour la
cause qui avait obhgé^ comme nous Favons dlt^ certains
autres à s'enfùir, se réfiigia dans la basOique de Saint-
Martin^ laissant sa femme dans le royaume dudit roi.
Celui-ci avait défendu qu'elle osât revoir son mari, Jus*^
qu'à ce qu'il fût rentré en grâce. Nous envoyâmes sou-
vent vers lui pour cet objets et enfin, nous obtmme»
que Childéric reprendrait sa femme et demeurerait de
Taulre côté de la Loire, sans se |)erinettre cependant
d'aller trouver le roi Childeliert ; mais lorsqu'on lui eut
donné la liberté de reprendre sa femme, il passa en
secret vers ce roi, et celui-ci l'ayant créé duc des cités
d^outre-Garonne qui sont sous sa domination, il alla s'y
établir. Le roi Contran voulant pourvoir au gouverne-
ment du royaume de son neveu Clotaire, fils de Chil«
périC; nomma Théodulf comte d'Angers. Celui-ci, après
avoir été introduit dans la ville, en fut repoussé avec
hcmte par les citoyens et par Domégésile; il retourna
vers le roi qui lui donna de nouveaux ordres. Il fut in-
stallé par le duc Sigulf^et gouverna la cité en qualité de
I. 3S
Diyitized by Google
AOt{ CRIMES ET nÊBAUCllES DE L'ABBÉ DAGULF.
comlo. GoudovaUl ayant élé fail comte de Melun à la
place de Giierpin, prit possession de la cité et se mit en
Revoir d'y exercer les fonctions judiciaires. Mais un
jour qu'il parcourait le territoire de la cité dans l'exer-
çiçecje ses fonctions, il fut tue dans une villa par Gnerpin.
Ses parents réunis toml)èrcnl sur le meurtrier, l'enfer-
mèrent dans le poêle de sa maison et Iç tuèrent. Ainsi une
prompte mort les dépouilla l'un et l'autre de leur çomté.
XIX. — L'abbé Dagulf était souvent accusé de crimes;
il avuit commis des vols et des homicides, et se livrait à
l'adultère avec une grande dissolution. En ce temps il
s'était épris de concupiscence pour la femme de son
voisin, et entretenait avec elle un commerce illégitime,
cherchant toutes les occasions d'attirer k mari de cette
adultère dans l'enceinte de son couvent pour le tuer.
Çnfm il lui signifia que s'il approchait de sa femme il
serait puni. Cet homme quitta donc sa pauvre demeure;
et Dagulf, venant de nuit avec un de ses clercs, entra
dans la maison de la prostituée; ils burent longtemps,
s'enivrèrent et se couchèrent dans le même lit. Tandis
qu'ils dormaient le mari vint, alluma de la paille, et les
tua tous deux à coups de hache. Cet exemple doit ap-
prendre çiux clercs à i^e pas avoir commerce avec les
femmes d'autrui, ce que leur interdisent les lois cano-
niques ainsi que toutes les saintes Écritures, et de se
contenter de celles qu'ils peuvent posséder sans crime,
XX . — Cependant le jour d3 l'assemblée arriva, et les
évêques, sui vaut Tord re du roi Contran , se réuni rent dans
la ville de 5lâcon.Faustien,que Gondovald avait fait or-
STNODB DE MAÇON. 4tKS
donner évêque de Dax, fut exclus de ce siège; Bertrand,
Oreste et Pallade^qui lui aTaient donné la béiiédictiotij
fuient condamités à le tiottrrfrtonr àlour ët à la! compk
ter chaque année cent pièces d'or. Nicet, naguère laïque,
noitfimé antérieurement lies ordfes du roiCbilpérie,
fut promu à l evôclié de cette ville. Ursicin, évè(|iie de
€ahor8y fut excommunié parce qu'il avoua publiquement
«Tôir accueilli Gondovald. Il «e soumit à une péni-
tence de trois ans, pendant laquelle il ne couperait pas
sè barbe et ses cheveux, s^abstiendrait de ¥in et de
viande, sariis qu'il lui fût permis non plus de célébrer la
messe, d'ordonner des clercs, de bénir les églises et les
Mnies huMes, ou de donner leis entogies. dépendant ou
lui permit d'administrer comme d'ordinaire les affaires
de ilËgliise soumise a sa juddiction. Un des évéqueii
prétendit 'dunili ce 'synode qu'on tae devait pàd com-
prendre les femmes sous le nom d'hommes. Cepen-
dant les aiiB^menis dés évéques le firent revenir de ce
sentiment, parce qu'on lui montra que les livres sacrés
de l'Ancien Testament nous enseignent a qu'au jour où
IHeu <^éa Tbornlhe, il les créa tnàte et femelle, ét leur
donna le nom d'Adam ^;i> ce qiii signifie l'homme de
teriie,dé8ignantl'liommeetlafemmeparunmémenom, '
et les appelant tous les deux f^omme. Jésus-Christ est
nommé le Fiisde l homme, parce qu'ilestnéd'une vierge,
e'eBlpà-dired'«iiefélnroe à laquelle il dit, lorsqu'il s'ap-
prêtait à changer l'eau en vin : Femme, qu'y a-t-il dè
t»nmm mtrt vous et mot'? et d'autres paroles. Ces
* OfeiUs^^chap. V, v,let2. ^ Èvang. selotïsaintJean,chtL]f,ii,r,i,
Digitized by Google
m CHILDEBERT £1 GONIRAN-BOSON^
témoignages et pludeun encore le conTaincpiiraik
et firent cesser la discussion. Prétextai, évêque de
Rouen, récita, deyani les évéques, des oraisons qu'il
aTait composées pendant son exil. Elles plurent à quel-
ques-uns ; quelques autres les critiquèrent^ parce qu'il
n'y avait pas observé les règles de Tart. Cependant
le style en était en plusieurs endroits ecclésiasliqi»
et convenable. 11 y eut une grande rixe entre les seni-
teursde Tévéque Prisons et du dnc Lendégésile. L'évéqne
.Priscus olfrit beaucoup d'argent pour acheter la paix.
Dans ces jours-là, le roi Contran tomba si grièvement |
malade que quelques-uns pensèrent qu'il n'en poumB
réchapper. Je crois que ce fut un etlet de la Providence
divine, car il avait le projet d'envoyer beaucoup d'évé-
ques en exil.L'évêque Théodore, revenu dans sa ville, J
lut accueilli par le peuple ayec joie et £aveur.
XXI. — Pendant ce synode , Ghildebert réunit la
siens à sa maison de Bulson située au milieu de la forêt
des Ardennes. Là, la reine Bninehaui implora tous les
grands pour sa fille Ingonde, encore retenue en Afri-
que; mais elle en obtint peu de consolation. Une
accusation s'éleva contre Contran -Boson. Pea de
jours auparavant, une parente de sa femme, morte
sans enfants, avait été enterrée dans une basilique de
la ville de Metz avec beaucoup de joyaux et d'or. Sa^
vint la féte de saint Remi, qui se célèbre au mois
d'octobre. Beaucoup de citoyens, et en particulier tel
principaux de la ville et le duc, en étant sortis avec
t B^tonmeui, (V* Géogr.)
CHÂTIMENT DE 60NTRAN-B0S0N. 487
révêque. les serviteurs de Gontran-Boson Tinrent à la
basiliqueoù élait ensevelie cette femme : ils y entrèrent,
fermèrent les portes sur eux, cruvrirent le sépulcre, et
enlèveront du corps de la défunle tous les joyaux qu'ils
trouvèrent. Les moines de la basilique, instruits de cette
Tiolation, accoururent, mais on ne leur permit pas d'en«
trer. Alors ils allèrent avertir Févêque et le duc. Les ser-
viteurs, leur vol accompli, montèrent à cheval et s'en*
fùîrent. Mais, craignant d'être saisis en route et d'avoir
àsubirdivers châtiment^, ils retournèrent à la basilique,
remirent ce qu'ils avaient dérobé sur Pautely et n'osant
plus sortir, ils s'écriaient : «C'est Gontran-Boson qui
nous a envoyés. » Lorsque Childebert et ses grands f u*
rent réunis en plaid dans ladite villa, Gontran-Boson in-
terpellé sur cette atîaire, ne répondit pas et s'enfuit se-
crètement. On lui enleva fout ce qu'il tenait en Auvergne
de la munificence du fisc, et il fut obligé d'abandonner
avec honte des biens qu'il avait envahis injustem^t*
XXIl.-!-Laban, évêque d'Eause S mourut cette même
année, et eut pour successeur un ex-laïque du nom de
'Didier; «Le roi avait cependant promis avec serment
qu'il ne choisirait jamais d'évêque parmi lèlé^ï(|uëSl'ÉÉs
•que ne peut, sur te cœur dès mbrtéls, ta AéteîtaWe soif
AH'l'brt^H^d, ri^véhaiit dh à^iièdè, ïùt' Msiàe%
fièvre. 11 manda le diacre Waldon/qui aVait àiissl re^Jh
. iliiliaiiteme^ênomayBer^^^^^
'Ail sac^erd'^ èt le soiii'db i6Uj^yé8'Biyn^;&bt*^^é"i(b
496 CHATIMENT DE PLUSIEURS ÉVÉQUBS.
propriétés héréditaires que des bénéfices qu'il avait
reçus. Après le départ de Waldon, Bertrand rendît l'es-
jgnU Le diacre alla trouver le roi avec des présents et
Pacte de sa nomination par les citoyens; nnais il n'en
put rien obtenir; celui-ci ordonna qu'on sacrai évé-
que Gondégésile^ comte de Saintes, autrement nomnié
Dodon, et cet ordre reçut son exécution. Avant le
synode, plusieurs des clercs de Saintes* d'accord afse
le métropolitain Bertrand, avaient écrit contre leur
éTéque Pallade des choses propres à le couvrir de con-
fusion; après la mort de Bertrand, cet évéque les fit
saisir, les battit cruellement, et les dépouilla. En ce
temps monrutWandelin, gouverneur^ du roi Gbilde-
bert. On ne mit personne en sa place, parce que la
reine voulut elle-même prendre soin de son ûls. On
mit au fisc tout ce qu'il avait obtenu. £n ce même temps
mourut aussi le duc Bodégésile, plein de jours^ dont tous
les biens passèrent à ses enfants. Fabius fut nomnié
évèque d'Auch, en remplacement de Fauste, et. après
la mort de saint Sauve, Désiré fut^^c^Ue^smnéf , f^qiflHé
évâque d'Albi. . , . . .
XXiri.— Il y eut cette année des pluies abondanteSi
et les rivières grossirent au point de causerjae Rcanos
tsl -'.T. »5U.>- llil Tli'tli',"» r»f» ii«.nt . ,t 1.11, il f^fl I toi
dégâts ; les. eaiix, sortant de leur lit enleyèrent les mois-
§bns voisines et couvrirent les prairies. Les mois de
prmtemps et d ete furent si pluvieux qu on s y seraii
cru en biver plutôt que dans le temps des chaleurs.
XXI Y.— Lamcme année, deux îles de la mer fur^'i'
EAU CHANGÉE EN SANG. 4d0
consumées dans un incendie allumé par }e feu divin.
Pendant sept jours les hommes et les troupeaux péri-
rent brûlés. Ceux qui fuyaient dans la mer, et tirééi-
pitaient dans ses abîmes^ brûlaient au milieu de TeaU
où ils se plongeaient, et ceux qui tie mouraient pas
sur-le-cbamp étaient en proie à de plus cruels tour-
ments. Tout fut réduit en cendres et recouvert par les
eaux de la mer. Beaucoup de gens disaient que les
signes que nous avions vus, ainsi que nous Fa vous rap-
portéy dans le huitième mois, lorsque le ciel nous pairut
ardent, n'étaient autre chose que la lueur de cet in-
cendie. *
XXY. — Dans une autre Ue dépendante dé la cité de
Vannes, il y avait un grand étang remph de poissons^
dont Teau, à la profondeur d'une aune, se cfaangeit en
sang. Pendant plusieurs jours il s'assembla autour
de cet étang une multitude innombrable de chiens et
d'oiseaux qui buvaient ce sang, et le soir s'en âUàiéht
rassasiés.
XXVI. -Ennodiusfut fait duc désciîes'âe fciifts
erâe! p^f^:«i^fè,;q^ ijâVwtf^Sntgoi.
Vernées, était suspect d'avoir, avec son compagnon Àt-
ciegesile, énleve sécrëîemént ïés ties^ (iufôi iâigl&èitoÉ.
'iors doue qu'il se rendait ^âns les deux susdites 'Sites
formant son duché, le duc Rauchingué s empara. Bar
artifice, de lui et de son compagnon, et les chkrgea de
liens. Ou envoya aussitôt dans leur maison des s<érfi-
leUrs qui enlevèrent teaiifc^^^ !ët(r\^.
partenaieut, et plusieurs aussi provenant Ûes 'trésors
500 EXPÉDITION DE SEPTIMANIE.
dont }\i parlé. Le tout fut porté au roi Cbildebert. On
poursuivi^ Faffaire, et l'épée était déjà levée sur leur
iôte lorsque I par rintervenlion des évêques, on* leur
rendit la liberté ; mais on se leur restitua rien de ce
qu'on leur avait pris.
XXVII, — Le duc Didier se rendit, arec quèîq'^?s
évêques et l'abbé Arédius, près du roi Contran. Le roi
lui ùi d'abord un très-mauvais accueil; mais ensuite,
vaincu par les prières des évêques, il le reçut en grâce.
Eulalius voulut le metlre en cause, parce que sa femme
Tavait abandonné pour Didier; mais tourné en ridi-
cule> et, rempli de confusion^ il fut réduit au silence.
Didier reçut des présents du roi et partit emportant ses
bonnes grâces.
XXVIII. — Ingonde, que son mari avait laissée,
comme nous Tavons dit, avec l'armée de l'empereur,
fut envoyée à ce prince avec son fils encore enfant.
Mais pendant son voyage, elle mourut en Afrique et y
fut ensevelie. Leuvigild mit à mort son fils Ënnéné*
ffild» dont elle ayait été la femme. En sorte que le roi
r . lu 'h Mit. fir.l fiil .u!.,.,ut I 7/
Gontran. irrité, fit marcner une armeë contre l'Espa-
ghe. avec I mtention de soumeitre d abord a sa aoau-
iiationlaSeptifnanie, située sur le territoire des Gaiiles.,
L'armée se mit mimediatemenl en marché. Tabdis'
qu elle avançait, je ne sais quels paysans saisirent un
Lillet qu'ils firent passer au roi Gônlran, et dans leque!'
il paraissait que Leuvigild écrivait a Fi^édegotadè
l'ença^er a trouver quelque moyen pour empêcher la
%arche de l'arniée. traites 'prompfeinent''^rir' m
FHÉDÉGONDE TENTE D'ASSASSINEH JiUUNEHAUT. 501
ennemis^ Ghildebert et sa mère, et faites la paix avec
]é roi Goniran^ en Fachetant par beaucoup de pré-
sents. Si vous manquez d'argent, nous vous en en-
verrons en secret; faites seulement ce que nous tous
demandons. Quand nous serons vengés de nos enne-
mis, récompensez^ par des bienfaits» l'évéque Amé»
lius et la matrone Leuba, par le moyen desquels nos
messagers trouvent un passage pour aller jusqu'à
TOUS. i> Leuba est la belle-mère du duc Biadaste.
XXIX. — Malgré cet avis donné à Contran, et bien
que celui-ci l'eût transmis à son neveu» Frédégonde
n'en fit pas moins fabriquer deux couteaux de fer dans
lesquels elle ordonna de pratiquer des entailles assez
profondes pour recevoir du poison» afin que si le coup
n'était pas mortel, Taclion du poison arrachât promp-
tement la vie. £Ue remit ces couteaux à deux clercs,
et leur donna ainsi ses instructions: « Prenez ces
glaives» et rendez- vous au plus vite près du roi Childe-
bert» sous Tappacence de mendiants puis tous jetant à
ses pieds, comme pour lui demander Taumône, percez-
lui les deux flancs» aOn que Bruneliaut qui le gouverne
aTec arrogance se trouve par sa chute soumise à mon
pouvoir. Si le jeune homme est si bien gardé que vous
ne puissiez arriver jusqu'à lui» tuez mon ennemie elle-
même. La récompense qui vous attend pour cette ac-
tion» c'est que si vous y trouvez la mort» je donnerai
des biens à tos parents, et je les enrichirai de présents»
et les rendrai les plus iieureux de mon royaume. Ban-
nissez donc toute crainte» et que les terreurs de la
dO) ASSASSINS ENVOYES PAR FRÉDEGONOE. r
mort n'entrent pas clans voire sein, car vous savez que ,
tous les hommes sont sujets à la mort. Armez tos âmes
de cotirage, et considérez tout ce que vous voyei j
d'hommes vaillants se précipiter dans les combats , d'où \
Il résulte que leurs parents sont anoblis ^ surpassent
tous les autres par leurs immenses richesses, et sont
élevés au-dessus de tous. » Tandis que cette femme
pariait ainsi, les clercs commencèrent à trembler, re-
gardant comme très-diflicile d'accomplir ce qu'elle or-
donnait. Les voyant incertains, elle leur fit prendre ua
l>reuvage, puis leur ordonna d'aller où elle les envoyait.
Aussitôt la vigueur rentra dans leurs âmes, et ils pro-
mirent d'accomplir tout ce qu'elle leur avait coin- |
mandé. Néanmoins elle leur ordonna d'emporter un vase
plein de ce breuvage, disant : a Lorsque vous voudrez
fàlrèce que je vousordonne, le matin avant de commen-
cer votre entreprise, prenez cette boisson, elle vous don-
nmL la résolution nécessaire à votre entreprise.» Aprâ
les avoir instruits do cette manière, elle les fit partir.
Ils se mirent en route, mais en arrivant à SoissoosA ils
fttrerit pris par le duc Rauchingue; Interrogés, ils firent
un aveu complet, et furent jetés en prison chargés de *
liens. Peu de jours après, Frédégonde, inquiète de sar
voir si ses ordres avaient été accomplis, envoya un ser-
viteur s'informer de ce qui se disait dans le public,
pour Iftcter de découvrir par quehj ue indice s'A y avait i
lieu de croire que Childebert eût été tué. Le servitiur j
partit et vint à la ville de Soissons : là, ayant eoleodu |
dire que les clercs étaient retenus ên prisou, il s'appit)-
11^ SONT PRIS £T MIS A MORT. &03
dia de la porte; mais comme il commençait à s'entre-
tenir avec les gardiens, il fut pris lui-même cl retenu.
Alors tous ensemble furent envoyés au roi.GUildebert.
Interrogés, ils découvrirent la vérité, déclarant que
Frédégondç les avait envoyés pour tuer le roi. a La
reine, dirent-ils, nous avait ordonnés de dous présen*
ter sons Tapparence de mendiants, et nous voulions te
percer d'un poignard au moment où nous aurions em-
brassé tes pieds pour te demanderquelque aumône, et
si le coup porté par le fer ne s'enfonçait pas assez vi-
goureusement, le poison dont il était empreint devait
plus rapidement pénétrer jusqu'à ton âme. b Lorsqu'ils
eurent ainsi parlé, on les appliqua à divers tourments,
on leur coupa les mains, les oreilles et les narinefs^ et
ils monnirent chacun d'une mort tlilTérente.
XX}(. — Le roi Gontran ordonna donc a SQp armée
de marcher en Espagne, disant : « Soumettez d'al>ord à
notre domination la |)rovince de Septimanie qui est voi-
sine des Gaules; car il est honteux que les frontières de
ces liorriblcs Gollis s'étendent jusque dans les Gaules. »
Alors les troupes de son royaume se mirent en marche
▼ers ce lien. Iics peuples qui habitaient au delà de la
Saône, du rUiùnc vl de la Seine, unis avec les Bourgui-
gnons, dévastèrent les bords do la Saône et du Rhône,
enlevant li*s récoltes et les troupeaux. Ils commirent
dans leur propre pays beaucoup de meurtres, d'incen-
dies, de pillages; ct^ dépouillant les églises, tuant les
elercs, les prêtres et beaucoup d'autres, jusque sur les
saints autels de Dieu, ils parvinrent à la ville de Mîmes,
"1
604 KAVAGES EN SEPXIMANIË.
Les gens de Bourges, de Saintes, de Périgueux, d*An-
goulême et des autres cités soumises à la puissance du
roi Contran, arrivèrent de leur côté à Garcassonne en
commettant les mêmes ravages. Lorsqu'ils approchè-
rent de la ville, les habitants ouvrirent d'eux-mêmes
leurs portes, et Tarmée y entra sans résistance; mais
elle ne tarda pas à en sortir à la suite de je ne sais
quelle dissension survenue entre elle et les habitants.
Terentiolus , autrefois comte de la ville de Limoges,
tomba frappé d'une pierre qui l'atteignit du haut des
murs. Les ennemis pour se venger de lui, lui coupèrent
la tête et l'emportèrent dans la ville. Alors, les envahis-
seurs, saisis de crainte, se préparèrent à s'en retourner,
laissant tout ce qu'ils avaient pris sur la route et tout ce
qu'ils avaient apporté. Les Goths, au moyen d'embûches,
dépouillèrent et tuèrent beaucoup d'entre eux. De là ces
malheureux tombèrent entre les mains des Toulousains,
eurent à en souffrir beaucoup de maux, et purent à
grand'peine, dépouillés, maltraités, retourner dans
leur pays. Geux qui étaient arrivés à Nîmes, dévastant
toute la contrée, après avoir brûlé les maisons, incendié
les moissons, coupé les vignes et abattu les oliviers, ne
pouvant nuire à ce qui était enfermé dans des murs,
prirent le parti de marcher vers d'autres villes. Mais
elles étaient bien fortifiées, remplies de vivres et de
toutes choses nécessaires, en sorte qu'ils en ravagè-
rent les environs, mais sans pouvoir pénétrer dans
les villes mêmes. Le duc Nicet, qui avait conduit à
cette expédition les gens d'Auvergne, assiégeait les
DÉSASTRE DES ARMKKS HK (iONTRAX. fiO.'»
places avec les autres troupes; n'obteaanl aucun
succès^ il marcha vers un château, et sur sa pa«
rôle, ceux qui étaient enfermés ouvrirent leurs portes,
et croyant à sa promesse le reçurent en ami. Mais dès
qu'il fut entré avec ses gens^ au mépris de son serment,
il laissa faire main basse sur la garnison et emmener
en captivité tous ceux qui étalent dans le château. En-
suite les envahisseurs se déterminèrent à s'en retourner,
commettant dans la route, à travers leur propre
pays, tant de crimes, de meurtres, de pillages et de
ravages, qu'il serait trop long de les rapporter en détail.
Comme ils avaient brûlé, ainsi que nous Favons dit,
les récoltes de la Province, exténués de faim et de mi-
We, ils périssaient parles chemins ; plusieurs se noyè-
rent dans les rivières, d'autres furent tués par le peuple
soulevé. On rapporte qu'il en périt de ces diverses
manières plus de cinq mille. Mais ceux qui restaient
n'étaient pas corrigés par la mort des autres. Dans le
pays d'Auvergne, toutes les églises qui se trouvèrent
situées près de la voie publique furent dépouillées de
ce qui appartenait au service divin. 11 n'y eut de terme
à ces ravages que lorsqu'ils furent rentrés chez eux.
Ce retour causa au roi Contran une tristesse pro-
fonde. Les chefs des armées se réfugièrent dans la
basilique de saint Symphorien, martyr. Le roi étant venu
\ la fête de ce saint, ils se présentèrent sous condition
; d'être ensuite entendus. Le roi, ayant convoqué quatre
évêques et plusieurs laïques des plus grandes familles,
commença le procès des chefs en disant : a Comment
I. 29
I
Digitized by Google
tM DISCOURS m: gontran,
pourrions-nous aujourd'hui obtenir la vicloire, nous qui
ne conservons rien des usages suivis par nos pères? Ils
bâtissaientdeséglises^mettaienten Dieu toute leur espé-
rance, honoraient les martyrs, vénéraient les prêtres;
c'est ainsi qu'avec l'appui du secours divin, armés de
l'épée et du bouclier, ils soumirent beaucoup de nations
ennemies. Pour nous, non-seulement nous ne craignons
pas Dieu , mais nous dévastons les terres qui lui sont consa-
crées, nous tuons ses ministres, nous enlevons et disper-
sons avec dérision jusqu'aux reliques des saints. Quand
I! se commet de telles actions, il est impossible d'obtenir
la victoire. Aussi nos bras sont affaiblis, notre lance est
refroidie, le bouclier ne nous défend et ne nous protège
plus comme autrefois. Si ce mal doit être imputé à mes
fautes, que Dieu le fasse tomber sur ma tête ; nnais si
vous méprisez les commandements royaux, si vous né-
gligez d'accomplir ce que j'ordonne, votre tête doit
tomber sous la hache. Ce sera un avertissement pour
l'armée eniicre de voir mettre à mort un de ses chefs.
Nous devons aviser à ce qu'il convient de faire. Que
celui qui veut respecter la justice le fasse librement ;
(jue celui qui la méprise attire sur lui la vengeance pu-
blique ; car il vaut mieux qu'un petit nombre de coupa-
bles périssent, que si la colère de Dieu se répandait sur
lout un pays innocent. ï> Le roi ayant parlé ainsi, !rs
ducs répondirent : « Il ne serait pas facile, ô excellent
roi, d'exprimer toutes les vertus de ton âme magna-
nime, de dire ce qu'il y a en toi de crainte de Dieu,
d'amour pour l'Église, de respect pour les prêtres, de
Dir
1
REPONSE DËSDUCS. 507
C0Bi|MS6ion pour les paoTres, de m)éralité envers les
malhenreiix. Tout ce que la Gloire a exposé doit être
regardé comme juste, et véritable. Mais que pouvons-
nous faire quand le peuplé s'abandonne à tontes sortes
de vices^ quand tous les houuiies se complaisent dans
l'iniquité? Nul ne craint le roi> nul ne respecte le duc
ou le comte. Et si quelqu^m de nous blâme une telle
conduite, si pour conserver ses jours > il veut la ré-
primer» le peuple se soulève, des én^euies se produi-
sent, et chacun se précipite plein de colère pour
assaillir cet homme sage, et à grand'peine peut-on
éctiapper^ si on ne se détermine à garder le silence. »
Alors le roi dit : « Que celui <]ui aime la justice vive ;
que ceux qui foulent aux pieds la loi et nos commande-
ments périssent sur-îe-'chamf>, afin que le blâme qu'ils
ont encouru ne puisse rejaillir plus longtemps sur nous.»
Comme îl parlait ainsi vint un messager qui dit : c Rec-
cared, fils de Leuvijfild, est sorti d'Es[)agne, a pris le
cbateau de Cabarède'i dé|)euplé la plus grande partie
du pays toùlousnin et emmené les habitants captifs. Il
s'est emparé, dans le pays d'Arles^ du château de Beau-
caire%a enlevé tout ce qui s'y trouvait, hommes et
biens, et sYst enfermé dans les murs de la ville de Nî-
mes. » Le roi, ayant entendu ces nouvelles, nomma
pour duc Leudégésile à la place de Calumniosus sur-*
nommé Agiian, lui soumit toute la province d'Arles et
faii donna plus de quatrô mille hommes pour en garder
lestronliëres. Nicet, duc d'Auvergne, partit également
4
t Copiif AritHi, * Ugemum, (V. Oéogr,"^
Du
50Ô ASSASSINAT DK L'ÉVÈQUE PRÉTEXTÂT.
avec des lroupes,et protégea les frontières de cette région.
XXXI . — Cependant, Frédégonde, qui habitait la
ville de Rouen, eut avec Févêqne Prétextât une
querelle amère et lui dit qu'un temps viendrait où il
irait retrouver le lieu de son exil. Prétextât lui répon-
dit : « En exil et hors de l'exil, j'ai toujours été, je
suis et je serai évêque; mais tu ne jouiras pas toujours de
la puissance royale. De Texil nous passons, avec l'aide de
Dieu, dans le royaume céleste ; de ton royaume, toi, tu
tomberas dans l'abîme. Il aurait mieux valu pour toi
laisser là tes méchancetés et tes folies, te convertir à
une meilleure conduite, et dépouiller cet orgueil qui
bouillonne toujours en toi , afin que tu pusses obtenir
la vie éternelle, et amener à Tage d'homme cet enfant
que tu as mis au monde. » Lorsqu'il eut ainsi parlé
Frédégonde sortit pleine d'indignation et de fureur.
Le jour de la résurrection du Seigneur étant arrivé,
comme l'évêque s'était rendu de bonne heure à la ca-
thédrale pour y accomplir les ofûces de l'Église, et com-
mençait à entonner les antiennes selon Tordre accoutu-
mé, dans un moment où, entre les psaumes, il était
appuyé sur sa chaire, un meurtrier s'approcha de lui,
et tirant un couteau de sa ceinture, le frappa appuyé,
comme il était, sur la chaire, au-dessous de l'aisselle.
II se mit à crier pour que les clercs présents lui portas-
sent secours; mais aucun ne vint à son aide. Rempli de
sang, il étendit ses mains sur l'autel, offrit à Dieu son
oraison, lui rendit grâces, puis, emporté chez lui dans
les bras des fidèles, il fut placé sur- son lit. Aussitôt
Diqitized by CiOO<^Ic
yiSITE DE FRÉOÉGONDE A PRÉTEXTÂT. 600
Frédégonde vint le voir avec le duc Beppolène et
AnsoYald, et lui dit : a Nous n'aurions pas voulu, ô saint
évéque, non plus que le reste de ton peuple^ que,
pendant rexercice de les fonctions, il t'arrivàt une
telle chose. Mais plût à Dieu qu'on pût nous indiquer
celui qui a osé la commettre, afin qu'il subit le sup-
plice que mérite un semblable crime! » Le prêtre
connaissant la fourberie de ces paroles^ lui dit: «Et
qui l'a commise, si ce n'est celle qui a fait périr des
rois» qui a si souvent répandu le sang innocent, qui
s'est couverte de tant de crimes en ce royaume? »
Elle lui répondit: a Nous avons près de nous d'ha*
biles médecins qui pourront guérir cette blessure;
permets qu'ils viennent te trouver. » Mais il lui dit :
a Les ordres de Dieu m'ont rappelé de ce monde*
Toi que chacun connaît pour être la source de tous les
crimes, tu ^eras maudite dans les siècles, et Dieu ven-
géra mon sang sur ta tête. » Lorsqu'elle fut partie, le
pontife mit ordre aux afiTaires de sa maison, puis ren-
dit l'esprit. Romacbaire, évèque de la ville de Cou?-
^ laneesS vint Tensevelir.
Cet événement jeta la consternation parmi les citoyens
de Rouen et surtout parmi les seigneurs* franks
qui habitaient cette ville. Un d'entre eux vint à Frédé-
gonde, et lui dit : a Tu as commis bien des crimes dans
celte vie ; mais tu n'as encore rien fait de tel que d'or«
donner le meurtre d'un prêtre de Dieu. Une Dieu venge
promptement le sang innocent 1 Nous poursuivrons
t Coiistantma urls. * Seniores,
r
Du
I
510 ELLE EMPOISONNE UN SEIGNEUR FRANK.
tous la punition de ce crime, pour mettre enûn un
ierme à tea cruautés. » Comme il quittait la reiue après
avoir dit ces paroles, elle Fenvoya convier à sa laWe;
et comme il refusait d'y venir, elle le pria, s'il ne vou-
lait pas s'asseoir à sa taWe , de vider au rodus uoe
coupe pour ne pas quitter à jeun la demeure royale. Il
y eonsenUt, et reçut, après avoir attendu un moaieai,
le breuvage composé, à la manière des barbares, d'ab-
sinthe, de vin et de miel; du poison y était mêlé. A
peine Feutril avalé qu'il sentit en sa poitrine 4e vio-
lentes douleurs, comme si quelque cbose le déchirait
intérieurement; il s'écria, s'adressant aux siens :
« Fuvcz, infortunés, fuyeï le malheur qui m'àrrive,
de peur que vous ne périssiez avec moi. » Ceux-ci
s'abstinrent donc* de boire, et se hâtèrent de s'en aller.
Lui sentit sa \ ue s'obscurcir, et montant sur son cheval,
à trois stades de ce lieu il tomba et mourut*
L'évêque Leudovald * envoya des lettres à tous les
prêtres, et après avoir pris conseil, lerma les églises de
Rouen, afin que le peuple n'assistât point aux saintes
solennités jusqu'à ce qu'à force de recherches on eût
découvert les auteurs du crime. 11 en iit saisir quel-
ques-uns qui, livrés aux tourments, se bissèrent ar-
racher la vérité, et déclarèrent que le crime s'était
commis à l'instigation de Frédégonde; mais elle s'en
défendit, et le meurtre resta sans vengeance. On dit
mtoie que des assassins furent envoyés contre l'évêque
1 Évéque de Bayeuz, deuxième diocèse de laproTÎnee dont
Houen était métropole.
Digitized by Google
L'IMKHYJîiNTION DE GONTRAN REJKTÉE. ^1
' LeadovaU» à cau«e de TacUvité qu*U œoiteU dm Q9S
recherches; mais comme il était entouré et gardé
lc$ mns^iis ne purent lui faire aucun «laU ,
Lorsque ces événements Tinrent à la cnnnajmioe
du roi Godirao^ et qu'il eut appris l'accusalion qui pe-
sait 9ur çelte lemme^ il envoya au prétendu Qla de
Cbilpéric, appelé comme nous l'avons dit Glolaire»
trois évéques : Ai Ihéuûus^de Sens ; Véran^ deCavaiUpn»
et Agrécius, de Troyes, chargés de rechercher* de coq*
cert avec les gouverneurs de l'enfant, Tauleur de ce
crime, et d'amener te coupable en sa prétim^ N4ift
lorsque les évêqu'es eurent fait connaître ani( mfneu^,
Tobjet de leur mission, çeux-ci répondirent; «lif^iS
détestons de tels crimes et nous désirons de p|qa en
plus qu'il en soit tiré vengeance; maïs, s'il se trouve
parmi nous quelque coupable, il ne doit pid^S étce
conduit en firésence de Totre roi , car nous pouvons
réprimer, avec la saucUon royale, les crimes qui se
commettent parmi nous. » Alors le9 évéques répli-
quèrent : « Sachez que si Tauteur de ce crime ne
nous est pas remis, noire roi viendra a?€C line oroiéç,
et livrera tout ce pays au fer et am^ |lanime9 ; car il eft
manifeste que la môme main qui a fuit périr le Fr^nc
par ses maléfice» a frappé i'évéque du glaive, p Ayant
ainsi parlé, ils s'en allèrent sans obtenir aucune réponie
satisfaisante, protestant contre la nomination de Mélau-
tins à la place de Prétextât, et déclarant qu'il ne serait
point admis à remplir les fonctions épiscopales.
XXXli. — li se commit en ce temos beaneoup de
Digitized by Google
51« CRIJÎKS El PKODKtKS.
crimes. Domnole, ÛUe de Yiclor^ évéque de RenneSj
Teuve de Burgolène, et qui depuis avait épousé Neo
taire, était en différend pour des vignes avec Bobolène,
référendaire de Frédégonde; Bobolène sachant qu'elle
m était Tenue dans ces vignes, lui envoya des exprès pour
protester contre toute prise de possession de sa part ;
mais elle ne tint aucun compte de cette défense et pré-
textant que ce bien lui venait de son père, elle y entra.
Alors Bobolène ameuta ses serviteurs, tomba sur elle
avec des gens armés, et après l'avoir tuée, vendangea
la vigne et pilla son bien; il ût aussi périr par Tépée
tons ses compagnons, tant hommes que femmes, sans
laisser en vie aucun de ceux qui raccompagnaient, si ce
n'est ceux qui purent trouver leur salut dans la fuite.
' * XXXIII. — Dans ce temps-là il y avait à Paris une
femme qui dit aux habitants : u Fuyez de la ville, et
sachez qu'elle va être consumée par un incendie. »
Beaucoup en riaient, et croyaient que sa prédiction était
le résultat de sortilèges et de vains rèvcs, ou qu'elle
était inspirée par le démon de midi^; elle réponr
dit : a Ce n*est rien de ce que vous croyez, niais je vous
parle en vérité. J'ai vu pendant mon sommeil sortir de
la basilique de Saint-V!ncent un homme lumineux,
tenant à la main un Hambeau de cire, dont il embra-
sait Tune après Fantre les maisons des marchands, i
Trois nuits après le joyr où celte femme avait parlé
t Dmmùwiimeridiam kme infUnckt^oferret. Mabillon fait obser-
ver qu'on appelait de ce nom une maladie subite et violente,
accompagnée de délire, et promptcment suivie de mortt dont !«•
»ccè8 se produisaient surtout au milieu du jour*
INCENDIE DE PARIS. 513
ainsi^ au moment où commençait le crépuscule^ un ci«
toyen entra dans son cellier avec une lumière^ et apre^
y avoir pris de l'huile et traulres choses dont il avait
besoin^ sortit , laissant sa lumière proche de la tonne
d'huile. Sa maison était la première contre la porte
méridionale de la ville ^ la lumière y mit le feu, la
consuma 9 et l'incendie commença à se propager.
Au moment où le feu allait se communiquer aux
prisons et menaçait les prisonniers» saint Germain
leur apparut, brisa leurs chaînes et ouvrit les portes ,
de façon qu'ils sortirent sans aucun mal. Aussitôt
dehors» ils se rendirent à la basilique de Saint- Vin-
cent, dans laquelle se troave le tombeau de ce bien-
heureux évéque. Le vent qui soufflait portait la flamme
dans toute la ville» et Fincendie» dans sa plus grande ^
force, commençait à s'approcher d'une autre porto
où l'on avait dédié un oratoire à saint Martin; ce
lieu avait été consacré parce que le saint y avait guéri
un lépreux en l'embrassant. L'homme qui avait con-
struit cet oratoire de branches entrelacées» plein de
confiance dans le Seigneur, et ne doutant pas non plus
des mérites de saint Martin» se réfugia avec ce qu'il
possédait dans Toratolre» disaut : « Je crois» et suis dans
la confiance, que celui qui a souvent commandé aux
flammes» et qui en ce lieu même a purifié la peau d'un
lépreux par ses baisers, repoussera cet incendie. » Lors-
que le feu commença à s'apprqcUer» de grosses gerbes
de flanunes yenaient frapper les parois de l'oratoire» et
s'éteignaient aussitôt. Le peuple criait à cet homme et à
Digitized by Google
514 LE PONT DE PARIS.
sa femme, « Fuyez, pauvres gens, afin d'échapper :
voilà que le feu se précipite de votre côté; voilà que les
étincelles et les charbons tombent comme une violente
pluie et s'étendent jusqu'à vous. Sortez de l'oratoire
pour n'être pas brûlés. » Mais lui, prosterné en orai-
son, ne fut pas un instant ébranlé de ces cris, et sa
femme ne quitta pas la fenêtre par lacjuelle les flam-
- mes entraient dans Toratoire. Une ferme espérance
dans les mérites du saint évêque la garantissait de tout
danger. Telle fut en effet la puissance du saint pon-
tife que non-seulement l'oratoire sauva la maison et
les habitants, mais il ne permit pas que la violence
des flammes endommageât les maisons environnantes.
Là finit l'incendie, d'un côté du pont. De l'autre côté,
il s'étendit avec tant de violence qu'il ne s'arrêta que
sur les bords du fleuve ; ce|)endant les églises et les
maisons qui leur appartenaient furent épargnées. On
disait qu^anciennement la ville avait été consacrée
pour qu'elle fût préservée des incendies et délivrée des
loirs et des seri)enls; mais récemment, lorsqu'on net-
toya l'égout du pont et qu'on le vida de la boue
qui l'obslruait, on y trouva un serpent et un loir
d'airain, qui furent enlevés. Dès lors on vit dans Paris
des loirs et des serpents sans nombre, et la ville fut
exposée aux incendies.
XXXIV. — Le prince des ténèbres a mille artifices
pour faire le mal, et je vais vous raconter ce qui est
arrivé dernièrement à des reclus et à des hommes
dévoués à Dieu. Le Breton Winoch, élevé aux honneurs
ARTIFICE^ DU DÉMON. 5^5
de la prêtrise, et doat nous ayons parlé dans un autre
livre, s'était soumis à de telles austérités qu'il ne se tô-
tîssait que de peau, ne fnangeait que des berbes sau- •
▼âges cmes, et portait le Yase de vin à sa bonehe, de
telle façon qu'on aurait dit que c'était pour Tefûeurer
plutôt que polir y boire. Mais la libéralité des dévots
lui ayant souvent apporté des vases remplis de cette
liqueur, il s'accoutuma par malbeur à en prendre outre
mesure, et finit par s'abandonner tellement à k bois-
son qu'on le vit plusieurs fois ivre. D'où il arriva que,
son ivrognerie croissant avec le temps, le démon s'em**
para de lui et le tourmenta avec une telle violence
qu'armé de couteaux, de pierres» de bâtons, de tout
•
ce qu'il pouvait attraper, il poursuivait les bommes
qu'il \oyait, avec une telle fureur qu'on fut obligé
de le garder chargé de cbaines dans, sa cellule. 11
passa deux ans, frappé du jugement divin, dans
cet état de frénésie, et rendit ràme.
Un enfant de 'Bordeaux, nommé Anatole et âgé seu-
lement de douze ans, à ce qu'on rapporte, étant au ser*-
vice d'un marchand, lui demanda la permission d'en?-
treren réclusion. Le maître résista longtemps, croyant
que le 2èie i't^nfant se refroidirait et ija'a cq( â^e
il ne pourrait accomplir ce qu'il se proposqit. cje-
pendant I vaincu par les prières de sqn serviteur, il
lui permit de ^tisfaire son désir. y avait çn ce
lieu une ancienne crypte voâtée et curieusement
travaillée, dans un coin de laquelle se trouvait une
petite cellule en pierres de taille, où un homme
Digilized by Google
m * AMBASSADE X)'ESPA6N£ £N GAULE.
poinrait à peine se tenir debout. L'enfant entra dans
cette cellule, et y demeura l'espace de huit ans^
et plus» prenant très-peu de nourriture et de bois-
son, veillant et vaquant à Toraison. Mais ensuite,
saisi d'une grande terreur > il commença à s'écrier
qu'il éprouvait intérieurement de Tiol^ntes douleurs^
d'où il arriva qu'aidé, je crois, d'une partie de la
milice de Tenfer, il ébranla les pierres de taille qui
le tenaient enfermé, jenversa le mur, se brisant les
mains, et disant que les saints de Dieu le brûlaient*
Après qu'il eut demeuré longtemps dans cette folie ,
comme il contessait souvent le nom de saint Martin et
se disait tourmenté par ce saint encore plus que par
les autres, on le conduisit à Tours; mais le mauvais
esprit, réprimé, à ce que je crois, par les mérites et la
puissance du saint, cessa de le tourmenter. Après être
demeuré à Tours plusieurs années sans éprouver au-
cun mal» il s'en alla ; mais il retomba ensuite dans le
mal dont il avait été délivré.
XXXV. — Des envoyés d Espagne vinrent trouver
le roi Gontran, avec beaucoup de présents, pour lui de-
mander la paix* ; mais ils ne purent en obtenir aucune
réponse positive; car, dans Tannée précédente, tandis
que l'armée ravageîiit laSeptimanie» des vaisseaux , qui
allaient des Gaules eu Galice, avaient été assaillis par
^rdre du roi Leuvigild et pillés. Les hommes qui les
montaient avaient été maltraités et tués; plusieurs
avaient été emmenés en captivité; un petit nombre, qui
i EnSSG.
DigitizacLb^ Gûpgle
NAISSANCE D'UN FILS A CHILDEBERT. 517
8'élûient échappés sur des barques, étaient revenus dans
leur pays faire le récit de ce qui s'était passé.
XXXVI. — A la cour du roi Childebert, Magno-
Tald fut tué de la manière suivante, pour des causes
qu'on ignore. Le roi était à Metz dans son palais et-^
regardait un animal harcelé de tous côtés par une ,
' troupe de chiens. Il manda Magnovald. Celui-ci accou-
rut et, ne sachant pas quel sort Tatlendait^ se mît
comme les autres à rire et à regarder le combat. Pen-
dant qu'il était attentif au spectacle, un homme, qui -
en avait reçu Tordre, le frappa do sa hache et lui brisa
la tête. U tomba mort, fut jeté par les fenêtres de la.
maison et enseveli par les siens. On enleva aussitôt •
tous ses effets, et tout ce qu'on trouva fut porté au trésor
public. On disait qu'on Favait fait mourir, parce qu'a-
près la mort de son frère il avait fait périr sa femme
par toutes sortes de mauvais traitements, puis ayaii
épousé la femme de son frëre.
XXX Y 11. — 11 naquit ensuite au roi Childebert un
- fila que Magnéric, évêque de Trêves, tint sur les fonts
sacrés, et qui reçut le nom de Théodebert. Le roi Con-
tran en eut tant de joie qu'il ûl sur-le-champ partir
des envoyés chargés de présents, disant : «t Si le père
conserve cet enfant et si cet enfant conserve son père 9
Meu, par sa bonté particulière^ relèverar la grandeur
du royaume des Francs. »
XXXV 111. — La onzième année du règne du roi
Childebert, des envoyés vinrent de nouveau d^spagne
pour demander la paix ; mais, n'ayant pu obtenir de ré-
Digitized by Google
518 CRIMES DE L'ÉVÉQUE BODÉGÉSILE.
ponse déflnilivei ils 8'ea retour oèreot. Reccared^ ûis de
LeuYigildy s'a^nça jusqu'à Narbonne, enlera du bulin
sur le territoire des Gaules et s'en retourna secrète-
ment.
XXXIX. — Cette année mouraient bMtiMup d*éf(h
ques^ entre autres Bodégésile, éyèqu6 du Mans^ homme
très«dar enTers le peuple, qui enlevait ou pillait i^iui^
temcnt les biens des uns et des autres. Sa femme
2\joutait encore à sa cruauté, ranimant touyour» par de
maoTais conseils et ^excitant à commettre des orinaes.
Il ne se passait pas un jour, pas un mom^t, qu'il ne
dépouillât des citoyens ou ne sa prit de querelle anae
eux. On le voyait sans reiftche siéger avec les juges
pour Juger les procès, ne cessant d'exercer des olûces
séculiers, de sévir contre les oiis« de maltraitmp les
autres; souvent il frappait de ses propres mains, di-
sant : a Parce que je suis clerc, ne vengerai-je pas aies
Injures to Hais pourquoi parler de sa eenduite envers
les étrangers^ puisqu'il n'épargna pas ses propres frères»
et qu'il les dépouilla tellement qu'ils ne purept ja-
mais obtenir de lui ce qui leur revenait des biens de leur
père et de leur mère ? Ayant accompli la cinquième
année de son épiscopat^ et entrant dans la sixième^ il
avait fait préparer avec beaucoup de joie un repas pour
les citoyens, lorsqu'il fut saisi de la fièvre; la nnorl
finit aussitôt pour lui l'ainiée qu'il commençait. On mit
à sa place Bertrand, archidiacre de Paris. 11 se trouva
exposé à beaucoup d'altercations avec la veuve du dé-
funt, qui voulait retenir, comme lui appartenant, 1^
MOUT DE PLUSIEURS ÉVÈQUES. 519
choses données à PËglise du temps de Févôque Bodé*
gé^We, disant : « C'est mon mari qui lésa gagnées. » Ce-
pendant^ elle tut forcée de tout rendre. La méchanceté
de cette femme dépassait tout ce qu'on peut ima^ner.
Elle coupait souvent aux hommes les parties naturelles
iaVec la peau du ventre, et faisait brûler aux femmes «
avec des fers ardents, les parties secrètes de leur corps.
Elle commit beaucoup d'autres iniquités qu'il vaut
mieux, je crois, passer' sous silence. En ee temps moi^
rut aussi Sabaude, évè(|mi d'Arles, à la place duquel fut
nommé Licérius, référendaire du roi Gooirau« Cette
province fut dépeuplée par une cruelle contagion,
Évans, évéque de Vienne, mourut aussi, et, à sa place»
le roi nomma Virus, prêtre de race sénatoriale. Celte
année, beaucoup d'évêques quittèrent ce monde, et je
n'en parle point parce que chacun a laissé dans sa ville
des souvenirs de son épiscopat.
XL. — Il y avait dans la ville de Tours un certain
Pélage, consommé dans toutes sortes de méchancetés,
ne craignant aucun juge parce qu'il avait sous sa dé-
pendance les gatdcs des chevaux du fisc. Il ne cessait
de voler, de maltraiter les citoyens, d'envahir leurs
biens, de les battre et de se livrer à diverses sortes de
crimes, tant sur les rivières que sur terre. Je le mandai
plusieurs fois et tâchai, soit par des menaces, soit |)ar
des paroles de douceur, de le détourner de sa mauvaise
conduite; mais, Je m'attirais sa haine sans le ramener
dans le seuUer de la justice, d'après les paroles de SUr
lomon : Ne reprenez point le fou,depewrqu'Um^mi»
«
520 INVASIONS SACHILÉGES DE PÉLAOE.
haisse\ Ce malheureux avait en effet pour moi un^
telle haine que souvent, après avoir dépouillé et mal-
traité des gens de la sainte Église, il les laissait épuisés,
cherchant toutes les occasions de porter dommage, soit
à la cathédrale, soit à la basilique de saint Martin. Il
arriva qu'une fois il rencontra nos gens portant des
châtaignes* dans des vases, il les maltraita, les foula
' aux pieds, et prit les vases. Lorsque j'en fus instruit.
Je lui interdis la communion, non pour venger mon
injure, mais pour le corriger de sa frénésie. Alors
il choisit douze hommes avec lesquels il vint pour
se purger de son crime en se parjurant. Je ne vou-
lais recevoir aucun serment; mais, pressé par lui et
par nos citoyens, je renvoyai ceux qu'il avait amenés;
je reçus seulement son serment et l'admis à la com-
munion. On était alors dans le premier mois. Au cin-
quième , à répoque où Ton a coutume de faucher les
prés, il envahit un pré appartenant à des religieuses et
confinant au sien ; mais, aussitôt qu'il y eut mis la faux,
il fut pris de la fièvre, et rendit l'esprit le troisième Jour.
Il s'était préparé un sépulcre dans la basilique de saint
Martin, au bourg de Candes. On trouva ce sépulcre
ouvert et brisé ; on l'ensevelit alors sous le por-
tique de la basihque, et les vases, qu'il avait juré faus-
sement n'avoir point pris, furent, après sa mort,
Proverbes, chap. ix, v. 8.
» Je crois que MM. Guadet et Taranne ont eu raison de
traduire ici echinus par châtaignes et non par hérisson, comme
un lo faisait précédemment.
Digitized by Google
SUPPLICE D'UN ASSASSIN DE PRÉTEXTÂT. 621
rapportés de son cellier. Amsi se manifesta la puis*
sance de la bienheureuse flfarîe^ dans la basilique de
laquelle ce misérable avait proféré de faux serments.
XLL — Le bruit s'étant répandu par tout le pays
que révêque Prétextât avait été tué par Fordre de Fré-
dégonde^ pour se laver de ce crime elle fit prendre
xm de ses serviteurs, et ordonna qu'il fût violemment
frappé de coups, disant : « C est toi qui as fait tomber
sur moi ce blâme, en frappant de ton épée Prétextât^
évéque de la viUe de Rouen; » et elle le livra au neveu
du prélat qui le ûi appliquer à la torture. Cet homme
dévoila complètement le crime : a J'ai, dit-il, reçu de
la reine Frédégonde cent sous d'or pour faire ce que
j'ai fait. J'en ai eu cinquante de l'évéque Mélantius et
cinquante autres de Farchidiacre de la cité. De plus,
on m'a promis que je serais libre ainsi que ma femme. »
A ces mets, le neveu de l'évéque tirant son épée mit
le coupable en morceaux. Frédégonde institua évêque
Mélantius, qu'elle avait, dès le premier moment, nom-
mé à ce siège.
XLll. — Comme le duc Beppolène était fort tourmenté
par Frédégonde et qu'il ne jouissait pas auprès d'elle
des honneurs qui lui étaient dus, s'en voyant méprisé,
il alla trouver le roi Contran, qui lui confia la puissance
ducale dans les cités qui appartenaient à Glolaire, fil
du roi Cliilpéric. 11 s'y rendit avec un grand appareil,
mais ne fut pas reçu à Rennes. Venant ensuite à An*
gers, il y fit beaucoup de mal, s'emparant des provi-
sions, du foin, du viQ et de tout ce qu'il pouvait trou-
m IX DUC BEPPOLÈNE. PRODIGE
ver dans les maisons des citoyens, où il entrait saps
attendre les clefo^ et en rompapt les (lortes^ U (rappa et
foula aux pieds beaucoup des habitants de ce li^u. 11
menaça aussi Domégésile^ mais ensuite se réconcilia
aTec lui. Il Tint à laTÎlle, et tandis qu'il était à table a^ec
plusieursautres^daDSunemaisouatroisétages!, le plan-
cher de la maison s'effondra tout à conp, et il échappa
àgrand'peine demi-mort^ beaucoup de 3es compagaons
furent blessés; mais il n'en persévéra pas moina éms
ses mauvaises actions, Frédégonde lui enleva la plu-
part des propriétés qu'il avait dans le royaume de son
Ois. Il retourna à Rennes^ ei, voulant soumettre celte
ville à la puissance du roi Contran^ il y laissa son fils;
mais peu de temps après les habitants de Rennes tom-
bèrent sur celui-ci et le tuèrent ainsi que beaucoup
de personnages distingués:
Cette année on remarqua plusieurs prod^ses ; en vil
des arbres tleurir au septième mois^ et plusieurs qui
avaient déjà donné des fruits en produisirent de non-
veaux^ qui y restèrent attachés jusqu'au jour de la
Nativité du Seigneur. On vit aussi des kwL paroourtr
le ciel en forme de serpents.
XL m. — La douzième année du règne de Childô-
hert^> Nisier d'Auvergne fut institué recteur de la
province de Marseille et des autres villes appartenant
à Cbildebert en ces contrées. Antestius fut envQ|é à
Angers par le roi Gontrani et maltraita duiwieot cm
i j!;a 587. «
Digitized by Google
ANTESTIUS ET L'ÉVÉQUE PALLi.DE. 5t3
qui avaieut été impliqués dans la meurtre de Domnole^
leiBine de Nectaire ; il vint à Nantes apportant au fisc
les bieus de Bep[>olène, principal auteur de ce crime
et il comineDça à inquiéter IV éque Namnichius en
lui disant Ton fils est impliqué dans ce crime, et il
doit subir la peine qu'il a méritée, » Le Jeune liomme^
effrayé par les accusations de sa conscience, s'enfuit
près de Clolaire, lils de Cliilpéric. Antesiius, ayant pris
caution de révéque qu'il se présenterait devaut le roi,
se rendit à Saintes. Le bruit courait que Frédégonde
avait envoyé secrètement des messagers en Espagne,-
qu'ils avaient été reçus également en secret par PaUade,
évêque de Saintes, qui les avait fait passer plus loin.
On était alors dans les saints jours de carême, et révê-
que s'était retiré dans une île de la mer pour s'y livrer
à Toraison. Comme il revenait, selon la coutume, le
jour de la Cène du Seigneur à sa cathédrale, où le
peuple rallendait, il fut entouré par les gens d'Antes-
tius. Celui-ci, sans examiner la vérité des faits, lui dit:
a Tu n'entreras point dans la ville, mais tu seras con-
damné à l'exil, parce que tu as reçu les messagers de
rennemie du roi, notre seigneur.— Je ne sais, répondit
révêque^ ce que tu veux dire ; cependant voici les Jours
saints, allons à la ville^ et, après les solennités de ces
saintes fêtes, porte contre moi Taocusation que tu vou-
dras et écoute mes raisons, car ce que tu crois n'est
pas véritable. — Non, reprit Antestius, tu n'atteindras
pas lë seuil de ton église, car il paraît que tu as man-*
qué de loi au roi, notre s»eigneur. » Uue dirai-jedephist
524 FREDÉGONDE mXXE D'ASSASSINER GONTRAN.
Il retint révéque sur la route, fit Finvenlaire de la
maison épiscopale, et en enleva les effets. Les citoyens
ne purent obtenir de lui qu'au moins la chose ne fût
discutée qu'après la célébration des fêtes de Pâques.
Mais cooune ils le sollicitaient, Antestius, au milieu
de ses refùs, découvrit enfin la plaie cachée de son
cœur. (( S'il veut, dit-il, me remettre, à titre de vente,
la maison qu'on sait qu'il possède dans le territoire de
Bourges, je ferai ce que vous demandez, autrement 3
ne sortira de mes mains que pour aller en exil, b L'é-
vêque n'osa refuser; il écrivit, signa et livra son champ.
Puis, ayant donné caution de se présenter devant le roi,
1 obtint la permission de rentrer dans la ville. Les
iours saints passés, il alla trouver le roi, Antestius fit
de même de son côté, mais il ne put rien prouver de
ce qu'il avait imputé à l'évêque. L'évêque s'en retourna
dans sa ville, et son affaire fut renvoyée au futur sy-
node, afin dç rechercher lespreuves de ce dont on l'accu-
sait. L'évêque Namnichius se rendit aussi devant le roi,
et se retira après lui avoir offert beaucoup de présents.
XL IV. — Frédégonde adressa, au nom de son fils,
des députés au roi Contran. Après que celui-ci eut ou-
vert les lettres et fait réponse, les envoyés lui dirent
adieu, et se retirèrent; mais ils demeurèrent, je ne sais
pourquoi, quelque temps dans sa maison. Le matin
suivant, le roi se rendant à matines précédé d'un flam-
beau de cire, on vît dans un coin de l'oratoire un
homme endormi» comme ivre. Il portait une épée à son
baudrier, et sa lance était appuyée contre la muraille.
Digitized by Google
I
LE DUC DIDIER SE JETTE EN SEPTIMANIE. 525
Le roi^ Tayant m, se récria; et dit quMl n'était pas na-
turel qu'au plus fort de la nuit, un homme dormîtdans
€6 lieu. Cet homme fut donc saisie lié. et interrogé
sur ce qu'il voulait. Livré aux tourments; il dit qu'il
. avait été chargé par les envoyés de tuer le roi. On
arrêta donc les envoyés de Frédégonde, qui n'avouèrent
aucun des faits sur lesquels on les interrogeait et
dirent: «Nous n'avons eu d'autre mission que d'ap-
porter le message que nous avons rendu au rot. »
L'homme qu'on avait pris fut soumis à divers tour-
ments^ Jeté en prison, et les députés furent condam-
nés à Texil en divers lieux, car il parut certain qu'ils
avaient été traîtreusement envoyés par Frédégonde
pour faire périr le roi, ce que ne permit pas la miséri-
corde de Dieu. Parmi eux se trouvait le seigneur Baddon.
XL y. — Des envoyés d'Espagne revenaient conti-
nuellement vers le roi Contran, sans pouvoir en obtenir
* la paix; au contraire, Tinimitié croissait. Le roi Gon«
tran rendit à son neveu Childebert la ville d'Albi. Le
duc Didier, qui avait rassemblé dans le territoire de
cette ville la meilleure partie de ses biens > craignit
alors la vengeance du roi Childebert, parce qu'autrefois,
éàus cette même cité, il avait rudement traité en en-
nemie l'armée du roi Sighebert de glorieuse mémoire.
11 s'en alla donc avec sa femme Tétradia qu'il avait en-
' levée à Ëulalius, comte d'Auvergne; et,, passant avec
tous ses biens dans le territoire de Toulouse, il leva une
armée, et se disi)osaà maixher contre les Goths, après
avoir partagé, à ce qu'on dit, entre ses fils et sa
*
Digilized by Google
52« DIDIKK K.sT TUÉ. — MORT DE LEUVIGILD.
femme, tout ce qu'il possédait. Ayant pris avec lui fe
comte Austrovald, il marcha sur Carcassonne. Les ci-
toyens de cette ville se préparèrent à se défendre, car
ils avaient été avertis de l'arrivée de ces ennemis.
Lorsque le combat se fut engagé, les Goths s'en-
fuirent et Didier, ainsi qu'Austrovald , se mirent à
les poursuivre toujours battant. Didier arriva ainsi
à la ville avec peu de monde , parce que les cbe-
raux de ses compagnons étaient harassés ; près des
portes, il fut entouré par les citoyens demeurés dans
les murs et tué avec ceux des siens qui Tavaient suivi.
A grand'peine put-il en échapper un petit nombre qui
vinrent raconter ce qui s'était passé. Austrovald, appre-
nant la mort de Didier, rebroussa chemin , et alla
trouver le roi, qui aussitôt le fil duc à la place de Didier.
XL VI. — Après cela, Leuvigild, roi d'Espagne, tomba
malade. Mais, à ce qu'on assure, il fit pénitence des
erreurs de son hérésie, et protestant qu'il n'y retombe-
rait point de sa volonté, il se convertit à la foi catho-
lique; après avoir pleuré sept jours l'iniquité de ses
entreprises contre Dieu, il rendit Tàme'. Son fils Rec-
cared régna en sa place.
* En 586, et non en 587 comme le prétend ici Grégoire de
Tours*
l'IN DU TOME PREMIER.
TABLE DES MATIERES
DU TOME PREMIER.
1. De la CT«^aMon d'Adam et d'Eve; physionomie d'Adsm^n. Conanent CtïB
tma son frère Abel.—ili. Éooch le Juste enlevé par 1p Seigneur.— it. Du dé-
loge, de Noé. de l'Arche ; colère de Dieu et série des générations. — v. Poa-
térité de Noé. de ses fil», et particulièrement de Chus, fils de Cham. inven- •
leur de la magie et de l'idolâtrie. — vi. De la tour de Babyloneet de la con*
fttsion des langues.— vu. Origine, naissance, condition d'Abraham; Ninat.^i.
Tiii. IsaacEsaU, ses Qls et Job.— ix« Jacob et ses flU; Joseph en Egypte.
X. Nature du Nil et passade de la mer Rouge. — ii. Les fils d'Israël <iang *
le destTt; leur entrée dans la terre promises Josué- — m. Rois des Juifs. —
iiii. De Salomon et de la reconsiruciimi du Temple. — iiv. Comment fut
divise le royaume d Ismcl par la tlui eic >le Hoboam; captivité de Babylone
et prophètes de ce temps-la. — xvTthT retour des Juifs à la naissance de
Jésus-Christ. — ivi. Rois et royaumes des autres nations — ivii. Enjpe-
reurs romains ; quand Lyon fut ff)nde. — ïvm. Nativité du Sauveur, pré»
aents des Mages, maasucre des innocents.— m. Le Christ, sa predicaiioo,
tes miracles et sa passion. — ii. De Joseph d'Arimathie, qui l'ensevelit. —
Ixi. Vœu de l'apfltre Jacques. — xiii. Du jour de la résurrt;ctinn domini-
ixiii. De l'Ascension et dt- la mort de Pilate et d'Hérode.—
xyrr. De Pierre, qui vint à Rome et confessa le Christ dans le martyre;
Néron, Jacques. Marc et Jean rËvan>;eliste.— iiv. Persécution sous Tra-
jan. — XXVI. Origine des schismes et des hérésies. — ixvii. Les martyrs
Irène et Photio. — xiviii. Persécution sous Dèce; les sept prédicateurs
envoyés en Gaule.— xm. Conversion des Bituriges. — ixi. Persécutions
de Valérien et de Gallien; Chrocus et le temple d'Auvergne.— iiii- De
plusieurs autres martyrs.— xxiii. Le mariyr Privât et le tyran Chrocus.'^
xxim. Persécution sous Diocletien.— xixiv. Constantin le Grand; saint
Martin et déconrerte de la Croix.— xxxt. Règne de Constance.— xxxvi. Ar-
rivée de saint Martin. La matrone Mèlanie. — xxxvii. Mort de l'emperenr
Valens. — niviii. Théodose et son règne. Mort du tyran Alaiime.—
xxxix. Urbicui. évègue d'Auvergne.— xl. t>aint AUyre et son successeur 4
L , ^ . . > y Google
4
628 TABLE
répiscopat. — XLi. Saint Népotien, évêque d' Auvergne. — XLii. Les deui
amants, leur chustcte et leur sépulture. — XLiii. Saint Martin pas^e en
l'autre rie 1 & 4;?
LIVRE II
1. Épiscopat de Bmce.-— !i. Les Vandales e1 la persécution qu'ils firent subir
aux Chrétiens.— lit. De Cyrola, évêque des hérétiques, et de plusieurs saints
martyrs. — iv. Persécution exercée sous Athanaric. — v. De l'évêque
Arvatius et des Huns. — vi. De la basilique de Saint-Eiienne à Meti, —
VII. De l'épouse d'Aétius. D'Attila. — viii. Ce que les historiens ont écrit
d'Aétius. — IX. Ce qu'ils disent des Francs. — x. De ce qu'ont écrit les pro-
phètes du Seigneur louchant les simulacres des Gentils. — xi. De l'empereur
Avitus. — lu- Le roi Childériç et uF.gidius. — xiii. De répiscopat de Vené-
rande et de Rusticus à Clermont.— xiv. Episcopat d'Eustoche ei de Perpé-
tua», évêque de Tours. Basilique de Saint-Martin. — xv. De la basilique de
Saint-Sympborien. — xvi. L'évèque Namatius ot l'Eglise de Clorraont. —
XVII. De la femme de Namatius et de la basilique do Saint-Etienne. —
xviii. De la venue de Childéric à Orléans, et de celle d'Odoacre à Angers.
— XII. Guerre entre les Sfiions et les Romains. — xx. Le duc Victor. —
XXI. L'évêque Éparchius. — xxii. L'évêque Sidoine. — xxiii. Sainteté de
Sidoine; injures punies par la vengeance divine. — xxiv. Famine en Bour-
gogne. Ecditius. — XXV. Du persécuteur Euvaric— xxvi. Mort de saint Per-
pétuus; épiscopats de Volusien et de Verus. — xxvii. Comment Clovis de-
vint roi. — xxviii. Comment il épousa CloUlde. — xxix. Leur premier fils est
baptisé et meurt dans les vêtements blancs de son baptême. — xxi. Guerre
contre les Alamans. — xixi. Baptême de Clovis. — xxxii. Guerre contre Gon-
debaud.— xxxiii. Mort de Godegisèle. — xxxiv. Gondebaud désire être con-
verti. — XXXV. Entrevue de Clovis et d'Alaric. — xxxvi. L'évêque Quintien.
— xxxvii. Guerre contre Alaric — ji^^v^i Patriciat du roi Clovis. — ixxii.
L'évêque Licinius. — xl. Mort du vieux Sighebert et de ^on iil». — xli. Mort
de Chararic et de son fils. — xui. Mort de Raguachaire et de ses frères
Mort de Clovis 43 à UX)
LIVRE III
I. Lès fils de Clovis. — ii. Épiscopats de Dinifius, d'Apollinaire et de Quin-
tien.— m. Incursion des Danois en Gaule. — iv. Les rois de Thuringe.—
T. Sigismond tue son fils.— vi. Mort de Clodomir. — vu. Guerre contre let
Thuringiens et leur défaite. — vin. Mort d'Hermanfried. — ix. Expédition
de Childebert en Auvergne. — x. Mort d'Amalaric— ii. Cbildcberi et Clo-
taire en Bourgogne, Thierry en Auvergne. — xii. Dévastation de l'Auver-
gne. — xiii. Les châteaux de Volorre et de Merliac. — jiv. Mon de Mun-
derîc. — XV. Captivité d'.\tta!e. — xvi. Sigivald. — xvii. Les évêques de
Tours — xviii. Meurtre des fils de Clodomir — xii. Saint Grégoire de Lan-
gres et situation du château de Dijon.- xi. Theodcbert cpousc Witigarde.
— XXI. Theodcbert descend en Trovencc — xxii. Plus tard il épouse Ocu-
térie.— xxiii. Mort de Sigivald et fuite de Givalde. — xxiv. Childebert l'ail
un présent à Théodebert. — xxv. Bonté de Thcodeberl. — ixvi. Meur*
DES MATIERES.
. tre de la fille de Deatérie. — xxvii. Théodebert reprend Witigarde. —
xxviii. Childebert s'unit à Théodebert contre fllotaire.— xxix. Childebert
et Clotaire vont en Espagne. ~ xxx. Rois d'Espagne. — xxxi. La fille
de Theodoric, roi d'Italie. — xxxii. Comment Théodebert s'en alla en
Italie. — xxxiii. A&tériolus et Sécundiuus.— xxxiv. Libéralité de Théode»
. bert en faveur des citoyens de Verdun. — xxxv. Me'iitre de Sigivald. —
zxxvi. Mort de Théodebert et meurtre de Parthéniui». — xxxvii. Hiver
rigoureux 1^ àlfîfi
LIVRE IV
L Mort de la reine Clotilde. — ii. Le roi Clotaire Veut enlever aux églises
le tiers de leurs revenus.— m. Ses femmes et ses fiFs. — iv. Les comtes de
Bretagne.— V. L'évêque saint Gall. — vi. Le prêtre Càton.— vii. Episcopat
de Cautin.— viii. Lés rois d'Espagne.— ix. Mort du roi Théodebald.—
X. RébeUion des Saxons. — xi. t^ar ordre du roi, Tours demande Catoa
pour évèque. — xii. Le prêtre Anastase.— xiii. Légèreté et crime de
, Chramne ; Cautin et Firmin. — xiv. Seconde expédition de Clotaire con-
tre les Saxons. — xv. Episcopat de saint Euphronius.— fVi. Chramne pt
ses partisans; ses excès; il va À Dijon. — xvii. Chramne passe à Childe-
bert.— XVIII. Le duc Austrapius — xix. Mort et sépulture de l'evèque
saint Mëdard.— XX. Mort de Childebert et fin de Chramne. — xxi. Mort
' <lu roi Clotaire. — xxii. Partage du royaume entre ses fils. — xxin. Sighe-
bert marche contre les Huns et Chilpéric envahit ses cités. — xxiv. Pa-
tnciatde Celse. — xxv. Epouses de Contran. — xxvi. Epouses de Caribert.
— XXVII. Sighebert prend pour femme Brunehaut.— xxviii. Epouses de
Chilpéric. — xxix. Seconde guerre de Sighebert contre les Huns.—
XXX. Les Arvernes vont, par l'ordre de Sighebert, pour s'emparer de la
ville d'Arles. — xxxi. Du château de Tauredun et d'autres signes.—
zxxii. Le moine Julien. — xxxiii. L'abbé Suniulfe. — ^zxxiv. Le moine de
Bordeaux. — xxxv. Episcopat d'Avitus d'Auvergne. — xxxvi. Saint Nizier
à Lyon.-*xxTii. Le reclus saint Friard. — xxxviii. Rois d'Espagne. —
I^J^iJ. — L'empereur Justin. — xl. Mort de Palladius d'Auvergne.—
XLi. Alboin, avec les Lombards, occupe l'Italie. — xlii. Origine d'Eu-
nius, surnommé Mummole. — xlih. Guerres de Mummole contre les
Lombards. — xuv. L'archidiacre de Marseille. — xlv. Les Lombards et
Mummole.— XLVi. Mummole vient à Tours. — xlvii. Fin d'Andarchius. —
XLviii. Invstsion de Théodebert. — xux. Monastère de la Latte. — l. Au-
tres actions de Sighebert ; il entre dans Paris. — u. Chilpéric s'allie
à Gontran; mort de son fils Théodebert. — m. Mort du roi
Sighebert 167à238
LIVRE V
L Règne de Childebert le Jeune et de ce qui arriva à sa mère.— ii.Mérovëe
épouse Brunehaut.— III. Guerre contre 'Chilpéric et méchanceté de Rau-
chingue.— IV. Roccolène vient à Tours.- v. Des évèques de Lancres et
de Nantes.— VI, De Léonat, archidiacre de Bourges. — vii. Le reclus Se-
noch.— viii. Saint Germain, évôque de Paris.— ix. Le reclus Caluppa,
TABLK
— «. Le reclus Patrocie.— xi. Conversion de juiis par )*évèqiie ATilnt.—
XII. L'abbé Brarhion. — xiii. Mummole ravage la cité de Limoges. — xtt.
Mérovée tonsure se réfugie à la basilique de Saint-Martin.— xt. Guerre
entre leg Sazoai et le* SiièTet.'7>3cvi. Mort de MAlo.— zrn. Le toi
Contran teit périr ko flto de Magnachaire et perd les aiens; doutes an
sujet de la Pàque*— xrni. ÉgHae de Chinon; alliance des rois Goatran
et Cliildebert.— XIX. L'évêque Prétextât et mort de Mérovée.— ixj, Au-
mônes de Tibère. — xxi. Les évéques Salone et Sagittaire. — xxii. Xc Bre-
ton Winnocns-- xxiii. Mort de Samaon, fila de Qiilpério^ixiy. Prodiges
.manilèstes.— xxT. Gontrao-Boson anraebe ses fliles à la basilique de
Saint-Martin et Chilpéric envahit la cité de Poitters.— xxvi. Mort de
Dacon et de Dracolène.— xïvii. Départ d'une armée pour la Bretagne.
XXVIII. Dégradation de Salone et de Sagittaire.— xxii. Impôts établis
par Chilpéric— XIX. Ravages des Bretons.-|2}2(> Règne de Tibère.
izxii. Embàohes des Bretons.— zxziii. La basilique de 8a!ntF>Deiiia
profanée [)ar une femme.—- xxxiT. Prodiges.— xxxT. Bjssenterie ; mort
des fils (le ('hiii>oric.--xxxvi. La reine Austrechilde. — ixivn. L'évêque
IJeraclius et le comte Nantinus. — zxxviii. Martin, evèque de Galice.—
■gxxi3^. Persécution des chrétiens en Espagne.— xl. Mort de Cloris.—
SU* Les érèques Elaflas et Ennius.^xui. EuToyés de la Gallieie et
prodiges.— XLiii. Mareus Léon, évèque de Cahors. — xliv. Discussion
arec un hérétiqne. — xlv. Écrits de Chilpéric— xlyi. Mort de l'evèque
Agricola. — ilvii Mort de l'évêque Dalniatius. — xlviii. Comté d'Eunome.
zux. Méchanceté de Leudastc— l Embûches qu'il nous tendit et htuni-
liation qui en résulta pour lui.— u. Pzédiction do saint Saure^an s^Jet
doGhilptrie. M km
LIVKE VI
I. Cbildebert s'unit à Chilpéric; fuite de MummOle.— yj^ Les ambassadeurs
de Chilpérie reriennont de rOrient.— m. Ambassade de Qiildebert è
Chilpéric— ir.Comment Loup s'enfuit du royaume de Child^RffC^
T. Discussion avec un juif. — ri. Le rerlus saint Hospitius, son abstinence
et ses miracles. — vu. Mort de Ferreol, évèque d'Uzcs. — viii. Le reclus
Eparque, de la cite d'Angoulème.— iz. Domnolc, évèque du Mans.—
1. Effraction dans la basilique de Saint-Mavlia.— n> L'ërèque Théodose
et Dynamius.— XII. Armdb envoyée oontre les genn de Bourges.^
ZII1. Assassinat de Loup et d'Ambroisc, citoyens de Tours.— xiv. Appar
rition de divers prodiges-— xv. Mort de l'évêque Félix. — xvi- Pappolène
reprend sa femme. — xvii. Juifs convertis par le roi Cliilperic. — xviii.Les
ambassadeurs de Chilpéric reviennent d*£sDagne.-4iz. Les gens de
Chilpéric sur la rivière d'Orge.— xx. Mort du duc Clirodin.— xxi. Appa-
rition de divers sii^ncs. — xxii. L'évêque Chartier. — xxiii. Naissance
d'un fils au roi Chilpéric.— ^xiv ■ Embûches de levêque Thierry; Gog-
^p^a|d.— XXV. Apparition en ces mêmes temps de signes et de prodiges,
sxvx. Le due Gontran et Mummole.— xxvn. Le roi Ghllpérie entre diM
Paris. —xxviii. Le référendaire Haro.— sziz. Les religietiaca du aona^
tèn do Poitlev» ot les prodiges qui t'aoeompUreot dans le monastèro éê
Digitized by Googlt
DES MATIÈRES. 631
Sainte-Radegonde. — xix. Mort de l'empereur Tibère. — xxxi. Des grands
maux que le roi Chilpéric fit et fit faire dans les cités de son frère.—
XXXII. Mort de Leudaste — xxxiii. Sauterelles, maladies, présages* —
XXXIV. Mort du fils de Chilpéric appelé Thierry. — xxxv. Meurtre du
préfet Mummole, femmes assassinées. — xixn. L'évêque Ethorius; dé-
bauches d'un clerc. — xixvii. Mort de Lupentius, abbé du Gevaudan.—
ïxxviii. Mort de l'évêque Théodose, son successeur. — xxxix. MoTt de
Remi, évôque de Bourges; incendie de la ville; élévation de Sulpiceà
l'épiscopat. — XL. Discussion entre nous et un hérétique. — xli. Le roi
Chilpéric s'en va à Cambrai avec ses trésors.-^jy^. Childebert va en
Italie.— xLiii. Les rois de Galice. — xuv. Signes divers. — xlv. Noces de
Rigonthe, fille de Chilpéric— xlti. Mort de Chilpéric... 335 à 408
LIVRE VII
. Mort de l'évêque s«rint Sauve. — ^ii. Guerre entre ceux de Chartres et d'Or-
léans.— m. Mort de Védaste, surnommé Avon. — iv. Frédégonde cherche
asile dans une église ses trésors sont portés à Childebert. — v. Le roi
Gontran entre dans Paris. — vi. Ledit roi s'empare de l'ancien royaume
de Curibert. — vu. Les envoyés de Childebert reclament Frédégonde.—
T1II. Le roi demande au peuple de ne pas l'assassiner comme ses frères.
—IX. Rigonthe est retenue prisonnière par Didier, qui lui enlève ses
trésors. — x. Gondovald élevé au trône; Rigonthe fille de Chilpéric—
ZI. Prodiges. — xii. Incendie du territoire de Tours et miracle de saint
Martin. — xiii. Incendie et ravages dans la cité de Poitiers. — xiv. Am-
bassade du roi Childebert au roi Gontran.— xv. Méchanceté de Frédé-
gonde.— XVI. Retour de l'évêque Prétextât. — xvii.— L'évêque Promotua.
xviii. Avis donné au roi de se garder d'un assassin. — xix. La reine re-
çoit l'ordre de se retirer dans une villa. — ii. Elle envoie un assassin
vers Brunehaut.— XXI. Fuite d'Eberulf; il est gardé à vue. — xiii. Sa
méchanceté. — xiiii. Massacre d'un juif avec sa famille. — xxiv. Dévas-
tation de la cite de Poitiers. — iiv. Marilèfe dépouillé. -^jjuy . Gondo-
vald parcourt différentes cités. — xxvii. Outrages subis par l'évêque
Magnulf.— xiviii. L'nrm^ de Gontran marche en avant.— ixix. Mort
d'Eberulf.— XXI. Envoyés de Gondovald. — xxii. Reliques du martyr
saint Serge. — xxxii. Nouvelle ambassade de Gondovald. — ijxiii. Chil-
debert vient trouver son oncle Gontran. — xxxiv. Gondovald va à Com-
minges. — xxxv Dévastation de la basilique de Saint-Vincent, d'Agen,
martyr. — xxxvi. Conférence de Gondovald avec l'armée ennemie.—
xxivii. Siège de la ville. — xiiviu. Mort de Gondovald. — xxiix. Mort
de l'évêque Sagittaire et de Mummole. — xl. Trésors de Mummole.—
XLi. Géant.— xLii. Vertu de saint Martin. —iliii. Didier et ■Wa<ldon.—
xuv. Une pyîhonisse. — xlv. Une famine en cette année. — xlvi.
Mort de Christophe. — xlvii. Guerre civile entre les citoyens de
Tours 409 fc 468
LIVRE VIII
. Le roi se rend à Orléans. — ii. Comment les évoques lui furent présentai
et traités à sa table.— m. Chantres de l'église de Tours. Argent
V r '
532 TABLE I)£S MATIÈRES.
de Mummolo.— IV. Klof^e du roi Childebert.— Vi&ion du XOi eide
Grégoire touchant Chilpéric. — vi. Gréjçoire présente deux personnet
au roi. — ^vii. De l'évèque Pallade; il célèbre la messe.— vni. Prodiges.
—IX. Seiment prêté au fils de Chilpéric— i. Des corps de Mérorce et
de Clorit.— XI. Portien d'une égUse de Pftrie; meurtre de Boante.—
XII. I/évèquo Théodore; châtiment deRatbaire.—xiii. Gontraa envoie
une ambassade à Childebert. — xiv. Danger que court Grégoire sur uq
fleuve. — IV. Conversion du diacre Vultilaïc. — xvi. Ce diacre raconte
plusieurs miracles de suint Martin. — xvii. Signes dans le ciel. — xriii.
Cliildeberfc envoie une armée en Italie; comtes et ducs instituée et véro-
qaés.—xix. Meurtre de Tabbé Dagulf.— xx. Actes du concile dèHàcon
— XII. Assemblée de Bulson ; violatinn d'un tombeau. — ixn. Mort
de plusieurs evéques et de Wandelin. — xxiii. Inonciations. — xiiv. De
deux îles de la mer. — xxv. Ile dans laquelle l'eau d'un étang est ch&n-
gée en sang.— xzn. L^ex-doe Ébemlf.— xzvn. Didier se rend près dn
roi.— XXVIII. Ermenégilde et Ingpnde; des envoyéssecrets viennent dTE^
pagne trouver Frédégonde. — xiix. Frédégonde envoie des hommes pour
tuer Childebert.— \xx. Une armée entre en Septimanie. — xxxi. Meur-
tre de i'ev'èque Prétextât. — xxxii. Meurtre de Domnole, femme de
Nectaire.— xxxin. Incendiede Paris.— xxxiv. Reclus snocombsat k la •
tentation.— XXXV. Des envoyés viennent d'Espagne*— xzxvi. Menrtre
de Magnovald.— XXXVII. Il naît un fils à Childebert.— xiiviii. Les Es-
pagnols font une incursion en Gaule. — ixxix. Mort de plusieurs évèques.
—XL. — Pelage de Tours.— xu. Les meurtriers de Prétextât. — xui.
Odeppolène est foit duc— zun. Nicet est fsit gouverneur de Pro-
vence; conduite d'AntisUus.— xuT.Un liomme veut tuer le roi Gontran.
— XLV. Mort du duo Didier.— uvi. Mort du roi d'Espagne Leuri-
ftUd.. 460à5âG
PAMS.'-IlfFailliCBBZ BOMAVKNrCaB ET DCCESSQIS.
.WINCKLER^'-GFPo
LAU
Digitizecl by Google